mardi, 28 mars 2017, 12:03 GMT

Le syndicat des enseignants a entamé un mouvement de grève qui a obligé le gouvernement de refermer les classes afin de discuter avec les syndicalistes dans la sénéréité. Le ministre porte-parole du gouvernement Damantang Albert Camara donne, dans cet entretien réalisé ce mardi avec Guineenews, les raisons de la grève et les pistes de solution. Exclusif !

 

 Guineenews : Monsieur le Ministre pourquoi cette crise avec le syndicat s’éternise-t-elle ?

Damantang Albert Camara : Parce que nous restons bloqués sur 4 points qui, en principe, ne devraient pas être insurmontables, dès l’instant où le Gouvernement a manifesté sa volonté de les résoudre.

 

Ce n’est pas ce que pense le Syndicat, notamment sur la question de la Valeur Monétaire du Point d’Indice (VMPI : NDLR) :

 

 

Damantang Albert Camara :La question du maintien de la valeur monétaire du point d’indice (VPMI) pose la question de l’incidence financière de la Grille. Selon les simulations faites par le Ministère du Budget en rétablissant l’ancienne VMPI, la masse salariale de la Fonction publique va littéralement exploser. Certaines simulations vont jusqu’à 500 milliards par an !

 

Cette augmentation de salaires est non seulement intenable financièrement par l’Etat mais elle est contraire à l’entente qui a prévalu lorsque le principe d’une nouvelle Grille indiciaire avait été adopté. Souvenez-vous qu’au moment où les parties (gouvernement-syndicat-patronat) ont accepté de concevoir une nouvelle grille indiciaire, le gouvernement venait de procéder à une autre augmentation de 40% des salaires des fonctionnaires. Il avait donc été clairement convenu que la nouvelle grille devait prendre en compte cette dernière augmentation et que la transposition de l’ancienne grille à la nouvelle ne devait pas entraîner une augmentation de la masse salariale. Cela est su par tous les acteurs. Il avait été juste admis que le jeu des arrondis pouvait entrainer une légère variation de la masse salariale qui a été évaluée à environ 2 milliards. Il s’avère que la transposition a effectivement entraîné une augmentation d’un peu plus de 2 milliards, ce qui était supportable et a donc été accepté par toutes les parties.

 

Mais comment expliquez-vous alors la baisse de la valeur monétaire du point d’indice?

 

Damantang Albert Camara :Tout simplement parce que les concepteurs de la Grille ont décidé que c’était le moyen le plus approprié d’intégrer l’augmentation des 40% qui avait été consentie avant l’adoption de cette grille. Sans renter dans des considérations trop techniques que je ne maitrise pas, je peux simplement vous expliquer que la Commission avait le choix d’agir sur plusieurs paramètres pour arriver à une grille certes novatrice mais sans incidence financière majeure : l’une des deux variantes consistait à agir sur la VMPI. La Commission a estimé que, sur le long terme, et notamment pour la retraite, cette variante 2 était la plus appropriée. A ce niveau, il faut être très clair : c’est la commission tripartite, avec les syndicalistes en son sein, qui a conçu ces deux variantes et qui a proposé ce choix ; personne d’autre n’a imposé ce choix à qui que ce soit. C’est ensemble que nous avons conçu la Grille, c’est ensemble que nous l’avons validé et c’est ensemble que nous l’avons défendue devant les fonctionnaires à travers des missions conjointes déployées sur tout le territoire. Il me semble donc que c’est ensemble qu’on devrait corriger ses éventuelles et supposées imperfections.

 

Pourquoi alors cette fronde des enseignants ?

 

Damantang Albert Camara :Peut-être que pressés par leur base, ils ont voulu aller plus vite. Si vous regardez le protocole qui nous lie au Syndicat, il est précisé au point 1.1 que « après les opérations de transposition de l’ancienne grille à la nouvelle …., les parties conviennent de se retrouver pour évaluer son impact budgétaire et l’éventualité d’une mise à jour ». Donc cette phase du processus d’adoption de la nouvelle grille était déjà prévue et même anticipée. A notre sens on aurait donc pu faire l’économie d’une grève, d’autant plus que dès que les premières anomalies ont été constatées, une commission de règlement a été mise en place pour recueillir les réclamations et faire des corrections.

 

Mieux, lorsque le Président a rencontré les syndicalistes sur ce sujet il leur a proposé de faire revenir l’expert qui avait validé la Grille pour qu’il nous aide à trouver une solution sur la question de  la valeur monétaire du point d’indice.

 

Vous savez, cette opération de conception puis de transposition d’une nouvelle grille salariale qui concerne 107.000 fonctionnaires et qui se déroule pour la première fois dans notre pays comportait forcément beaucoup d’inconnues et des risques d’erreurs ou d’anomalies. L’expert du BIT nous avait d’ailleurs prévenus qu’il faudrait sans doute procéder à des ajustements après la transposition.

 

Cette nouvelle grille est une telle victoire pour les travailleurs du public, une telle avancée qu’on devrait continuer à la gérer dans la concertation et non dans la confrontation. Sinon ce ne sera plus une victoire du syndicat mais une simple mesure administrative prise par le Gouvernement et imposée aux travailleurs.

 

Les syndicats accusent également cette grille d’être responsable de rétrogradation

 

Dans ce cas aussi ce sera corrigé, à condition que ce soit prouvé. Au moment où nous parlons, aucun cas de rétrogradation n’a encore été démontré.

 

Et la question de l’ancienneté ?

 

Damantang Albert Camara :Nous avons trouvé qu’il était légitime de considérer l’ancienneté dans la transposition. Ceci est d’autant plus vrai que l’exercice de transposition a amené des déséquilibres dans les positionnements entre anciens et nouveaux fonctionnaires. Les équipes techniques du Budget et de la Fonction publique ont déjà travaillé sur des simulations pour ressortir l’impact budgétaire de la prise en compte de l’ancienneté. Il s’agit maintenant de choisir une des options.

 

Il y a aussi le cas des contractuels qui se pose. Les syndicats veulent qu’ils soient tous recrutés.

 

Damantang Albert Camara : Comprenons-nous bien. Si nous faisons ça, ce n’est plus la peine d’organiser des concours d’entrée à la Fonction publique et d’entamer le processus de qualification du système éducatif. Je rappelle que c’est un syndicaliste qui est à la tête de la commission de réflexion chargée de requalifier le système. Le Ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire vient de nous transmettre la liste nominative des 806 contractuels qui ont réussi le concours sur les 1495 qui l’ont passé. Elle est disponible pour tous ceux qui veulent la consulter.

 

Il faut penser à l’avenir de nos enfants avant tout. Nous n’avons aucun intérêt à empêcher des contractuels à enseigner. Nous sommes prêts à repêcher tous ceux qui démontreront que leur évaluation n’a pas été juste. Les copies des épreuves sont encore disponibles.

 

En revanche, parce que nous croyons en la sincérité des syndicalistes avec lesquels nous négocions et pour démontrer notre bonne foi dans ce dossier extrêmement sensible, nous proposons de continuer à payer les contractuels qui n’ont pas été retenus et qui accepteront de suivre des cours dans les ENI et d’être évalués à nouveau en fin d’année. C’est cette concession exceptionnelle que nous pouvons faire. Il faut que les parents d’élèves et les syndicalistes comprennent que seul l’intérêt supérieur de l’école guinéenne guide cette démarche.

 

Peut-on espérer un dénouement rapide de cette crise ?

 

Damantang Albert Camara : Sincèrement il ne devrait pas y avoir de crise. Il est vrai que tout changement brusque peut générer des inquiétudes et même des peurs. Même s’il n’y a pas eu de baisse de salaires, les fonctionnaires qui ont vu des changements sur leur fiches de paie ou celles de leurs collègues et qui craignent une modification de leur classement hiérarchiques ont dû céder à l’affolement et ont fait pression sur leur leader syndicaux. La preuve est que ceux qui sont nos principaux interlocuteurs aujourd’hui ne sont pas exactement ceux avec lesquels le processus d’élaboration de la grille a été convenu. Ainsi le manque d’information, les rumeurs, la pression des travailleurs a amené le syndicat à durcir le ton pour ne pas donner l’impression d’être complaisant avec le Gouvernement. C’est la seule explication que je donne à cette grève.

 

Sinon, premièrement il n‘y a eu aucune baisse de salaires à notre connaissance, deuxièmement nous avons tout le temps pour rectifier la grille avec l’expert qui viendra et dans l’esprit de nos accords, troisièmement nous avons accepté le principe de prendre en compte l’ancienneté, quatrièmement nous nous engageons à corriger toutes les rétrogradations pour peu qu’elles soient prouvées, et, enfin, nous proposons une seconde chance aux contractuels.

 

Raisonnablement, nous devrions nous entendre maintenant sur ces points. Il n’y a aucune remise en question grave et définitive d’un droit ou d’un avantage acquis qui ne soit rattrapable.

 

Téléphone +224 664 38 60 70/620 20 20 80 Conakry, Guinée

Amadou Tham Camara