Industrie: le ministre Bouba Barry annonce la relance de l’usine Salguidia

18 mai 2017 12:12:20
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S’exprimant chez nos confrères de radio Espace, le ministre de l’Industrie, des PME et de la Promotion du Secteur Privé, a largement évoqué mercredi 17 mai, le processus de relance de l’usine Salguidia, la situation des actifs de ladite usine ainsi le cas des partenaires libyens.

«Comme vous le savez, l’usine Salguidia est fermée depuis très longtemps. Le processus mis en place consiste d’abord à faire un audit technique des installations. Et ensuite au terme de l’audit technique, faire des évaluations nécessaires pour la mise à niveau des instruments dont nous disposons. Ensuite, régler  la relance des activités agricoles des 2000 hectares disponibles et faire la situation également du personnel pour savoir, dans la relance, quels sont les techniciens qu’il faudra et quel est le personnel nouveau qu’il faudra recruter », a indiqué d’entrée Boubacar Barry.

Le ministre de l’Industrie a également apporté des éclaircissements quant aux informations faisant état de l’occupation de l’immeuble Salguidia dans la commune de Kaloum par un particulier ainsi que l’occupation du patrimoine foncier par des citoyens.

«Le patrimoine foncier immobilier au niveau de l’ensemble des équipements techniques, nous avons deux types d’équipements que nous avons vus sur le terrain: les équipements anciens qui étaient l’équipement de base de fonctionnement de l’usine et des équipements nouveaux qui avaient commencé à être installés par la société elle-même. Aujourd’hui, nous avons fait ce point. Au-delà du patrimoine technique, vous avez aussi un patrimoine immobilier et un patrimoine foncier. Le patrimoine immobilier c’est le bâtiment qui abritait Salguidia à Kaloum en face de l’ex-cinéma Palace  et le patrimoine foncier, c’est la plantation. On a fait un constat d’occupation illégale d’une partie de la plantation. Le gouvernement a pris les mesures qu’il faut pour préserver le patrimoine foncier en procédant au déguerpissement des occupants et à la fermeture de la carrière qui s’est ouverte de façon clandestine sur le patrimoine foncier », a-t-il expliqué.

Du cas de l’occupation de l’immeuble Salguidia par une dame avec l’autorisation d’un ancien directeur du Patrimoine Bâti Public, la réponse du ministre est sans équivoque : «je sais que Salguidia avait un bâtiment en face de la BICIGUI, qui a été occupé par une société qui en a fait une exposition de meubles. Après les renseignements auprès du Patrimoine bâti public, il s’avére que le Patrimoine bâti n’est nullement mêlé à cette opération de location. Puisqu’apparemment, il avait été dit au départ que c’est le patrimoine qui avait loué, mais après vérification, on s’est rendu compte que ce n’est pas le cas », a indiqué Boubacar Barry.

Et de poursuivre : « ce qui nous intéresse, ce sont les accords qui existent entre le patrimoine et tout particulier. Et à date, il n’y a pas de contrat qui lie le patrimoine à cette dame. Nous avons la notification écrite qui est faite par le nouveau Directeur du patrimoine bâti qui nous dit qu’il n’y a pas de location entre cette dame et son service. Et le patrimoine est immatriculé au livre foncier de Conakry sous le nom de Salguidia. La dame a été saisie officiellement pour prendre des dispositions pour libérer les lieux. Le problème ne se pose pas, la procédure continue dans ce sens ».

Salguidia est une société mixte libyo-guinéenne, qu’en est-il du cas des partenaires libyens. «La Libye a des difficultés, nous n’avons pas de répondant vis-à-vis de nos partenaires libyens. Il est donc de droit que le gouvernement guinéen, conformément aux instructions du président de la République, s’approprie l’ensemble des actifs pour relancer la société et nous ferons le point avec les Libyens le jour où nous aurons des interlocuteurs crédibles. J’ai reçu trois groupes différents et chaque fois que j’ai reçu un groupe, il m’a dit que le groupe précédent n’est pas le groupe légitime».

Pour l’heure, indique le ministre, des audits technique et financier doivent être faits par un cabinet indépendant pour établir la situation de l’usine Salguidia à date.

 

  • CONDẺ ABOU

    Le projet de relance de la Salguidia n’est ni techniquement, ni financièrement compatible avec le fonds de commerce d’un troisième ou septième mandat présidentiel en Guinée.

    C’est une propagande en plein jour, pour une soi-disant reprise de la Salguidia avec à la clé un discours politique taillé sur le nouveau fonds de commerce tout trouvé d’un troisième ou treizième mandat présidentiel ?

    Absolument rien du tout, de positif et cohérent, sauf à rentrer dans une belle manoeuvre politicienne pour ouvrir les vannes budgétaires des maigres ressources publiques, et pour creuser allègrement les déficits budgétaires du Trésor Public, dès l’instant que le Président de la République en donnera son feu vert. C’est pourquoi, ce pays n’avancera jamais avec cette catégorie d’élite tellement inscrite dans les accrobaties budgétaires. Pourquoi ?

    À supposer que vous disposiez demain matin des informations exactes sur l’actif net comptable d’une agro-industrie qui s’est arrêtée de travailler à plein régime depuis probablement plus de 10 ans, combien de temps prendront les études de faisabilité, le montage financier envisageable, la détermination de la structure définitive du capital et la libération des quote parts ainsi que la recherche de financement pour couvrir les besoins de financement prévisionnels y compris la couverture des investissements et des besoins en fonds de roulement indispensables au fonctionnement de la nouvelle Salguidia ?

    Voilà la question centrale qui devrait interpeller l’Etat. Comment pouvez-vous dans ces conditions, annoncer une hypothétique relance de la Salguidia ?

    Au bas mot et dans le meilleur des cas, tout le montage technique et financier, le tour de table et le cycle végétatif pour la production proprement dite de l’ananas, sont une affaire qui ira jusqu’à 5 ans ou plus, en supposant qu’après les conclusions de l’Audit complet, l’Etat Guinéen jouera les mêmes rôles de misère que dans l’actionnariat précédent, c’est à dire, en attendant tout des Libyens pour fournir les ressources et pour conduire la future gestion, selon leurs propres conditionnalités et selon leur propre agenda. C’est ce que nous sommes capables de faire depuis des lustres.

    Selon les spécialistes, un ananas nécessite pour chacune des deux principales variétés qui sont dans le commerce, la Queen et la Cayenne, quatorze à vingt mois de la plantation à la récolte : six à huit mois pour la phase végétative, et cinq à six mois du forçage à la récolte.

    Le forçage étant considéré comme une technique de culture qui vise à faire pousser des plantes en dehors de leur saison normale de croissance. Ce résultat est obtenu généralement par la modification des conditions climatiques de la culture, principalement la température.

    Le même plant fructifie généralement deux, voire trois fois : une première fois après vingt mois, et une seconde fois quinze mois après.

    De toutes les façons, l’ancienne gestion Libyenne de la Salguidia, a prouvé ses limites manageriales dans l’agrobusiness de l’ananas en Guinée, puisque sans la manne financière et la générosité de l’ancien dirigeant Libyen, cette entreprise n’aurait jamais pu sortir la tête de l’eau même pendant une année.

    Si vous n’êtes pas convaincus de tels propos, ressortez les bilans et les comptes de résultats de Salguidia pour la période des 10 dernières années qui ont précédé la fermeture de cette agro-industrie. Recherchez dans les archives de Salguidia et du Ministère de l’Industrie, tous les documents financiers et comptables, vous en serez édifiés.

    Il importe peu de dire que Salguidia soit reprise ou relancée dans le portefeuille de l’Etat. Par contre, ce qui devrait guider la décision du Gouvernement, ce n’est pas tant, de faire de façon aberrante du chiffre en comptant le nombre d’entreprises publiques en Guinée, mais de faire du résultat en termes de profits, de création d’emplois grâce à une nouvelle politique industrielle compétitive et performante et qui éviterait au pays de sombrer davantage dans les déficits budgétaires chroniques et dévastatrices.

    Très franchement, le Président de la République mettra du temps avant de comprendre réellement l’immensité du savoir-faire dans l’administration publique de ce pays.

    La preuve la plus palpable est qu’il n’existe aucune entreprise publique dans ce pays et qui soit capable de faire du chiffre et du profit. Voici une belle occasion de rallonger inutilement la liste des entreprises budgétivores dans ce pays, en écoutant le bruit actuel autour de la relance magique de la Salguidia. Du courage à vous.