dimanche, 26 mars 2017, 05:22 GMT

 

Depuis que le nouveau locataire de la Maison Blanche, Donald Trump a commencé à mettre ses promesses électorales à exécution, notamment en matière d'immigration, en voulant fermer les portes aux ressortissants de 7 pays musulmans, tout le monde sait qu'il y a désormais un nouveau shérif en ville, – celui qu'il faudrait prendre très au sérieux (Photo : Karen Bleir).

 

Avec la vague de peur et d'anxiété qui s'installent au sein de toutes les communautés immigrantes aux États Unis, les représentations diplomatiques de ces pays, les leaders religieux, les institutions universitaires, mais aussi les grandes compagnies technologiques se sont mêlés dans la danse pour freiner la furie du nouveau locataire de la Maison Blanche.

 

Au niveau des pays de l’Amérique Latine fortement représentés dans ce pays, ce sont les leaders politiques au plus haut niveau, ainsi que les leaders religieux qui sont intervenus et suivent de près la situation, somme inusité.

 

Pour les employés étrangers de Google, Facebook et autres géants de la Silicon Valley par exemples, ils ont été avisés par leurs employeurs de limiter leurs déplacements, en attendant de voir clair.

 

Face à ces inquiétudes, l’ambassadeur de la Guinée aux Etats-Unis, Mamady Condé n'a pas fait exception à la règle. C’est dans ce contexte qu’il a rencontré les leaders de la communauté guinéenne à New York, le 5 février dernier pour statuer sur la question.

 

Pour la Guinée, il y avait de quoi s'inquiéter, dans la mesure où elle figure avec 22 autres pays, sur une liste rouge établie depuis les deux dernières années de la présidence Obama.

 

Parmi les autres pays non-coopératifs, figurent de grands pays, comme la Chine et l’Inde ayant des millions d'immigrés sur le sol américain. Il y a aussi des pays en constant désaccord avec les États-Unis tels que la Somalie, l’Iran, le Yémen, le Soudan, considérés comme des États « voyous » par l'administration américaine. Les autres pays sur cette liste rouge sont entre autres l’Afghanistan, le Zimbabwe, le Soudan du Sud, le Burundi, le Zimbabwé, le Cap Vert, l’Algérie , la Sierra-Leone, le Liberia, l'Entrée et la Guinée sont là pour différentes raisons.

 

Ces 23 pays ont en commun le fait d'avoir refusé des titres de voyage pour leurs ressortissants, emprisonnés en Amérique, pour de la fraude liée aux cartes de crédit et des crimes divers. La plupart des gens arrêtés seraient des récidivistes, bien connus des services de police américains.

 

La mauvaise volonté de ces pays de coopérer pour le rapatriement s'est aussi souvent manifestée par l'interdiction de survoler leur espace aérien et d'y atterrir pour décharger le « lot indésirable »,  indique un rapport officiel américain dont Guinéenews© a consulté.

 

Expulsion massive des immigrants sous l’administration Obama…

 

En effet, le 2 mai 2016, ICE- l’organisme chargé de l'expulsion avait renvoyé 240.255 individus, rien que pour ces premiers mois de 2016,  faisant du président Obama, le président américain, qui avait renvoyé le plus d'immigrés. De ce chiffre, il y avait 35,000 à renvoyer à Cuba qui n'a jamais voulu reprendre ces individus depuis l'imposition de l'embargo ; et il y a la Chine qu'on ne peut trop menacer à cause de beaucoup d'intérêts économiques était supposée reprendre 1900 de ses nationaux, indésirables aux États-Unis.

 

Les autorités des pays concernés ne reconnaissent pas souvent les détenus, comme des éléments venant de leurs pays. Et nul n’est sous pression ici comme l'ambassade de Guinée aux États-Unis.

 

Vente illicite des passeports guinéens aux étrangers…

 

L’ambassadeur Mamady Condé dit pour sa part qu'il «ne sait pas certain d'où venaient ceux qui sont à expulser. Il ne sait pas s'il sont sénégalais, Maliens ou venant de quels cieux. À cet égard, le diplomate guinéen avait un point très valide sur cette question, car de par le passé, les passeports guinéens (voire diplomatiques) se vendaient comme des petits pains, à toute personne qui pouvait payer les frais. Ce n'est un secret pour personne parmi les Guinéens que la vente de passeports à des non Guinéens était organisée au plus haut sommet de la diplomatie guinéenne depuis au temps de Lansana Conté jusqu’à l’administration d’Alpha Condé. Le réseau était présent aussi bien au  ministère de l'Intérieur et de la sécurité qu’à la présidence de la République  en passant par le ministère des Affaires étrangères sous la complicité de certain diplomates qui ont atteint leur limite. Ces pratiques continuent malheureusement toujours, même si avec l'apparition des passeports biométriques, ça se rend de plus en plus impossible.

 

Quan les autorités américaines demandent à l’ambassadeur Mamady Condé s'il ne reconnaît pas les extraits de naissance ou passeports émis par les autorités guinéennes, authentiques et  bon et due forme, c'est parce qu'il y a eu une gestion douteuse dans la livraison des passeports guinéens et cela affecte , malheureusement tout un pays.

 

Justement, se rendant compte de la magouille de ce trafic de passeports guinéens (diplomatiques) au sommet de l’État, Guinéenews©, a appris de source diplomatique que c’est désormais le président Alpha Condé lui-même qui signe lesdits passeports diplomatiques pour tenter de lutter efficacement contre ce fléau qui ternit, très malheureusement l’image de la Guinée, à l’étranger

 

Lors de sa rencontre avec les leaders de la communauté guinéenne des États-Unis, l'ambassadeur  Condé a parlé de la gravité du moment. Assis à côté de Mamady Touré, le représentant de la Guinée à la mission permanente de la Guinée aux Nations-Unies,  le diplomate guinéen a bien résumé la situation actuelle en reconnaissant, que « l'Amérique d'aujourd'hui, n'est pas comme celle  d'hier ».

 

Par ailleurs, votre quotidien a appris de sources non confirmées que les agents chargés de l'attribution de ces passeports, qui avaient été envoyés en mission dans les ambassades, ont trouvé des excuses pour ne plus livrer ces précieux documents. La raison : ils ne se font plus d'argent avec ce trafic, raison pour laquelle ils sont rentrés, laissant ainsi des milliers de Guinéens dans le besoin. Et pourtant, un montant surfacturé de 200 millions de dollars avaient été attribués  à une société malaisienne, qui a des soucis actuellement avec la justice de la Malaisie.

 

Le dossier des 55 Guinéens…

 

Convoqué à plusieurs reprises sous l'administration Obama pour le dossier des 55 Guinéens à rapatrier, Mamady Condé comprend à juste titre que la donne a changé à Washington.  Il dit avoir été convoqué après la promulgation du décret du président Trump, pour choisir entre rapatrier les 55 Guinéens ou perdre l'octroi de visas, car les 55 individus doivent partir. Il s'est dit prêt à défendre les intérêts de ses compatriotes, mais qu'il ne défendrait jamais des trafiquants de drogue, des violeurs, et des fraudeurs de carte de crédit.

 

Contacté par Guinéenews© via courriel pour commenter sur le cas guinéen, Jeff Loree, porte-parole de la division Afrique au département d’État américain, n’a pas voulu commenter. « Pour le moment, nous sommes en période de transition d'une présidence à une autre », écrit-il en réponse à l’E-mail de votre quotidien. Il a cependant promis de nous trouver des informations tout en nous invitant de contacter le ministère de la sécurité intérieure pour plus de détails. Même son de cloche là-bas.

 

« 55 Guinéens vont être rapatriés ; il faut que la Guinée les laisse partir en leur délivrant des laisser-passer. La Guinée est déjà sur la liste des pays non coopérants. Si l’ambassade refuse de délivrer les laisser passer,  l’administration Trump menace des sanctions contre la Guinée ; les Guinéens se verraient vu refuser d’obtenir des visas américains de toute forme », affirme Abdoul Diallo, président de la communauté guinéenne.

 

Liste des 2000 Guinéens, les femmes qui viennent accoucher aux USA, Ébola…

 

Lors de sa rencontre avec les leaders communautaires guinéens, le diplomate guinéen a profité pour annoncer l'établissement par les services de l'immigration américaine d'une autre liste de 2000 Guinéens, dont le départ serait déjà planifié.

 

Pour les femmes enceintes venues de Guinée pour accoucher et laisser des factures salées impayées aux hôpitaux américains, l'ambassadeur a dit désormais que celui qui invitera la personne venue accoucher, sera dorénavant tenue responsable pour s'acquitter de la facture ou à défaut se verra expulsé, même si cette personne est en règle.

 

Après l’apparition de l'épidémie Ebola en Guinée en mars 2014 et pour des raisons humanitaires, le gouvernement américain d'alors, avait suspendu toute expulsion vers la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Les ressortissants de ces 3 pays, tous sur la liste des récalcitrants ont été autorisés à rester jusqu'au 17 mai, 2017 sous le  TPS (Temporary Protected Status).

 

Selon nos informations, à l’annonce officielle de la fin de l'épidémie en Guinée, la question de rapatriement était donc revenue à l'ordre du jour. C'est ainsi que le diplomate guinéen avait tenu une première session d'information, avec les présidents des différentes associations de Guinéens, dans les différentes villes et États américains. Face au refus d'octroyer des titres de voyage aux geôliers, le gouvernement américain sous Hillary Clinton et Obama avait décidé, de suspendre ou geler l'aide financière, octroyée aux pays  récalcitrants, de réduire le nombre de visas qui leur était  accordé. La situation était étudiée au cas par cas, et les républicains au Congrès poussait pour ce genre de sanctions et appuyait les agents de la police des frontières, ICE qui avaient fait des pétitions.

 

« De nos jours vu le nouveau transfuse des Guinéens qui passent par les frontières, il est estimé qu’on a à peu près 2500 à 2600 Guinéens qui sont en situation irrégulière avec l’immigration. Ce sont des personnes qui sont en prison ou au quels on dit de partir. Plus de 500 sont en prison, parmi lesquelles 55 doivent rentrer au pays. Ils sont poursuivis de meurtre, de viol, de la vente de la drogue, du trafic des cartes de crédit, etc. », affirme Abdoul Diallo commentant le statut des Guinéens en situation irrégulière.  

 

Lors d’un de ses meetings à Phœnix, en Arizona, alors candidat à la présidentielle américaine, Donald Trump avait parlé des 23 pays récalcitrants, en disant que sous sa direction, les pays concernés allaient forcément reprendre leurs citoyens.

 

Il avait promis en même temps de suspendre l'aide apportée par le gouvernement américain, aux mairies des grandes villes américaines, comme New York, Los Angeles et Chicago qui refusent de coopérer avec la justice et la police, pour arrêter et expulser les étrangers, vivant dans leurs villes

 

Dans ce dossier qui oppose  immigration américaine et certains partenaires de l’Amérique,  ce qu'il faut savoir, c'est la détermination du nouveau président à appliquer, comme il l'avait dit lors de sa campagne, la loi et l’ordre. Trump est bien perçu par la police et par les agents de l'immigration, qui ont massivement voté pour lui ; ceux-ci l’écoutent et vice-versa.

 

Dans des documents de la commission des affaires étrangères du Congrès américain, dont nous disposons copie, on constate clairement lors d'une audition, la volonté des forces de l'ordre représentés par ICE (Immigration and Customs Enforcement) de pousser les membres du Congrès à user de leur pouvoir, pour expulser les étrangers – criminels, et de ne plus accorder de visas aux pays récalcitrants. Par contre, les diplomates eux, craignent que les pays concernés et soumis à la reprise des malfrats, ne cessent de coopérer, comme ils l'ont toujours fait, à la lutte contre le terrorisme, si chère aux Américains.

 

Il a fallu l'habileté des diplomates du Département d’État pour expliquer les répercussions diplomatiques et les conséquences pour les États–Unis d'appliquer les décisions de freiner l'octroi des visas et de réduire l'aide de l’USAID, par exemple.

 

Durant ces nombreuses auditions, les diplomates de carrière américains ont surtout parlé des  conséquences de couper le pont avec ces pays. Ils  ont souligné le fait qu’en matière d'aide dans la lutte contre le terrorisme, de la part de ces pays africains au moment où Boko Haram s'installe partout, et que le vide créé, donnera plus de champ libre aux compétiteurs, comme la Chine. C'est là qu'a hésité jusqu'à présent la partie américaine.

 

S'il semble impossible pour Donald Trump de stopper l'aide fédérale aux grandes villes américaines qui s'opposent à ses lois anti-immigration (sanctuary cities), tel ne sera pas le cas, en politique étrangère, surtout avec des pays africains, qui, jusqu'à présent, ne semblant pas trop compter pour lui et qui ne pèsent pas très lourds dans la balance.

 

Faut-il souligner qu’au cours d’un entretien télévisé le 13 novembre dernier, Donald Trump avait annoncé sur la chaîne CBS de l’expulsion de 3 millions de criminels présents illégalement sur le territoire américain. Une promesse qu’il avait déjà prise durant sa campagne à l’élection présidentielle.

 

Une enquête réalisée par Mouctar Baldé, Youssouf Boundou Sylla et Badicko Diallo pour Guinéenews©

Mouctar Baldé