Guinée : Vendredi d’espoir ou de désespoir ? Le syndicaliste «rebelle», Aboubacar Soumah parle !

01 décembre 2017 2:02:15
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« Nous demandons effectivement huit millions, les magistrats prennent 8 à 12 millions, les députés touchent 15 millions, au Conseil Economique et Social, c’est 13 millions. Alors, pourquoi pas nous les enseignants ? »

A quelques heures de son assemblée générale à travers au cours de laquelle une suite sera donnée à son mot d’ordre de grève déclenché depuis le 13 novembre 2017, Aboubacar Soumah, secrétaire général adjoint du Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (SLECG), à cœur ouvert, a débattu plusieurs questions de l’heure avec Guinéenews©. Lisez !

Guinéenews© : Demain vendredi 1er décembre, il est prévu une assemblée générale du SLECG. De quoi sera-t-il question ?

Aboubacar Soumah : Il sera question de passer le message à la base suite aux différentes rencontres que nous avons eues avec les autorités religieuses, notamment le grand Imam de la Grande Mosquée Fayçal de Conakry et Mgr Vincent Koulibaly, l’archevêque de Conakry. Les proposions qu’ils nous ont faites,  c’est ce que nous allons transmettre à la base. Ces propositions seront analysées et une décision sera prise par rapport à la continuation ou à la suspension de la grève.

Guinéenews© : Il y a un secrétaire général du SLECG, à la personne de Souleymane Sy Savané. Pourquoi, c’est vous qui avez signé le mot d’ordre de grève ?

Aboubacar Soumah : C’est parce que Sy Savané a démissionné depuis très longtemps, il s’intéressait beaucoup plus aux activités du Conseil Economique et Social (CES) où il est d’ailleurs membre ainsi que la même commission qui est à la Présidence. Donc, Sy Savané ne venait plus aux réunions du Bureau Exécutif du SLECG, il ne participait plus aux activités du SLECG, il était plus fréquent au CES, à l’Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG) où il est également l’un des secrétaires généraux adjoints. Il avait complètement quitté le SLECG. Tous les comptes rendus qui ont été faits, il n’était pas présent parce qu’il était déjà récusé par la base depuis la grève de février 2017. Car, il avait proclamé la suspension de la grève sans se référer à la base et il a carrément dit dans une radio qu’il n’a pas besoin de se référer à la base pour signer un accord. Depuis lors, il a été récusé par la base et toutes les réunions étaient présidées par ma personne et jusqu’au moment de déclenchement de la grève. C’est pourquoi, je suis signataire de cet avis de grève. C’est la seule raison !

Guinéenews© : Mais cela ne veut pas dire que la démission a été actée, c’est peut être une démission de fait ; et en droit, est-ce que cela veut dire que c’est une démission ?

Aboubacar Soumah : En syndicalisme, il n’y a pas de droit, c’est la base qui commande. C’est la base qui décide, le bureau exécutif exécute les décisions de la base. Le syndicat n’est pas un parti politique où on parle des mandants, non. Une fois que tu es défaillant au niveau de ta responsabilité, tu peux être récusé à importe quel moment. Dès que la base décide, c’est entériné et puis, ça devient légitime. Or, légitimité prime sur le droit.

Guinéenews© : Donc, il a été récusé par la base ou il a démissionné ?

Aboubacar Soumah : Non seulement il a démissionné parce qu’il ne venait plus aux réunions du SLECG mais aussi, il a été récusé par la base suite à sa déclaration. C’est le même cas pour Amara Balato Keita, secrétaire général du Fédération Syndicale des Professionnels de l’Education (FSPE). Tout cela, c’est depuis quand ils ont levé le mot d’ordre de grève en février 2017 dernier sans se référer à la base.

Guinéenews© : Mais il y a un accord daté du 9 octobre  2017 entre le gouvernement et le SLECG auquel vous appartenez imposant une trêve sociale jusqu’en 2020. Pourquoi vous n’avez pas respecté cet accord ?

Aboubacar Soumah : Trêve ?

Guinéenews© : Oui.

Aboubacar Soumah : Il n’y a jamais eu une question de trêve entre le gouvernement et le SLECG. Jamais ! Aucun accord n’existe d’ailleurs, c’est ma première nouvelle. Il y a aucun accord entre le gouvernement et le SLECG sur une quelconque trêve.

Guinéenews© : Nous sommes à la fin du mois et cette grève dure il y a plus de deux semaines. Ne craignez-vous pas que la grève s’estompe d’elle-même vu que les enseignants comme les autres citoyens vivent au jour le jour ?

Aboubacar Soumah : Vous savez, même si les gens vivent au jour le jour, c’est une détermination de la base, ce sont des enseignants qui ont demandé d’aller en grève. Ce n’est pas parce qu’ils mènent une vie misérable qu’ils ne vont pas obéir le mot d’ordre de grève. Cette décision vient d’eux donc, ils sont obligés de respecter la décision. Ce n’est pas nous qui avons imposé cette décision. C’est ce que je vous dis, en matière syndicale, c’est la base qui commande. C’est l’ensemble des enseignants qui ont décidé d’aller en grève donc, quelle que soit la situation, ils sont obligés d’accepter, ils sont tenus de respecter. C’est pourquoi, vous avez vu que malgré c’est la période de paie, ils sont restés à la maison.

Guinéenews© : Que revendiquez-vous aujourd’hui ?

Aboubacar Soumah : Nous revendiquons l’amélioration de nos conditions salariales. Vous savez que nous sommes très mal payés. Dans la sous-région, les enseignants guinéens sont les plus mal payés.

Guinéenews© : Vous demandez huit millions, c’est ça ?

Aboubacar Soumah : Nous demandons effectivement huit millions, les magistrats prennent 8 à 12 millions, les députés touchent 15 millions, au Conseil Economique et Social, c’est 13 millions. Alors, pourquoi pas nous les enseignants ? Depuis la signature de notre statut particulier de l’éducation, nous avons demandé une grille salariale spécifique pour l’éducation que nous n’avons pas toujours eue. Selon l’article 100, il faut rehausser le salaire en fonction de l’inflation. Malheureusement, depuis la signature du statut particulier de l’éducation en 2006, jusqu’à ce jour, cet article n’a jamais vu le jour.  C’est pour cela nous avons demandé un salaire minimum de huit millions. D’ailleurs, quand vous  convertissez ce montant en FCFA, ça ne fera même pas le salaire d’un enseignant ivoirien ou sénégalais.

Guinéenews© Selon nos informations, votre mot d’ordre de grève n’est pas suivi à l’intérieur du pays, notamment à Kankan, à N’zérékoré ou encore à Faranah…

Aboubacar Soumah : Est-ce que vous êtes bien informés ? Kankan n’a pas suivi ? Je m’inscris en faux,  il a bien suivi la consigne de grève. N’zérékoré en partie parce qu’ils n’ont pas reçu les avis à temps. Le secrétaire général qui y était est malade donc,  il n’a pas eu la lettre à temps. C’est ce qui a fait que N’zérékoré a pris du retard. Sinon, dans les sous-préfectures de N’zérékoré, il n’y aurait pas de cours ainsi que dans beaucoup d’écoles à N’zérékoré centre.

Guinéenews© : Certains syndicalistes disent que vous voulez réglez des comptes personnels, que vous êtes orgueilleux et vous ne respectez pas la discipline syndicale…

Aboubacar Soumah : Des comptes contre qui ? Il y a une discipline syndicale. La discipline syndicale, c’est le respect des textes. Si je ne respectais pas les textes, est ce que les enseignants allaient rester derrière moi ? Jamais. Si on fait des déclarations fantaisistes sans tenir compte du statut qui régit le fonctionnement du SLECG, je ne peux pas accepter cela.

Guinéenews© : On sait que vous êtes le secrétaire général adjoint du SLECG, vous êtes professeur de français, mais,qui êtes-vous véritablement ?    

Aboubacar Soumah : Qu’est-ce que vous voulez que je dise ? Je suis moi-même, je suis professeur de français au lycée 28 septembre. Je suis professeur de l’Institut Supérieur des Sciences de l’Education de Guinée (ISSEG). J’ai fait mes études supérieures ici à Conakry dans la faculté des lettres. Je suis de la promotion Boiro et après l’université, j’ai fait deux ans de formation avant d’aller dans l’enseignement. Et je me suis encore recyclé à l’université….

Guinéenews© : Quand avez-vous commencé le syndicalisme ?

Aboubacar Soumah : J’ai commencé le syndicalisme depuis 1993-1994 et j’ai toujours évolué à Conakry.

Guinéenews© : Les Guinéens ont envie de vous connaitre.

Aboubacar Soumah : Je ne veux pas me faire connaitre en ce moment

Guinéenews© : Pourtant, par la force des choses, les gens ont envie de connaître qui êtes-vous….

Aboubacar Soumah : Ce n’est pas la peine, moi, ce sont les enseignants qui me connaissent et je me limite à cela. Je ne veux pas que le monde entier me connaisse, je suis simple syndicaliste et je n’ai pas d’autres ambitions.

Un entretien téléphonique réalisé par Amadou Tham Camara en collaboration avec Sékou Sanoh, à Conakry pour Guinéenews©

  • Göngah

    La vérité finira par avoir raison de toi mon coco. L base par-ci, la base par là ! Tu prends des gens pour des cons.