Guinée-Tunisie: pourquoi la raclée fait jaser ?

09 octobre 2017 15:15:22
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On a entendu Florent Ibenge sourire de la sévère défaite du Syli National (4-1), il est dans ses droits de douter qu’un micmac a eu lieu dans cette confrontation.

Des supporters guinéens se sont insurgés à travers les médias pour verser dans l’irrationalisme. Du coup,  cette défaite prend des allures de scandale artificiel, mais la réalité, pas beaucoup ne veulent la regarder en face : la Guinée n’est plus une grande nation de football. La raison est connue de tous, pas de footballeur de grand niveau, pas de terrain de jeu, tout a été vendu à Conakry.

Dans le passé, chaque quartier avait un terrain de proximité, les talents poussaient dans les quartiers. Qu’en est-il, actuellement, et ce n’est pas le football de rue qui fera sortir de l’ornière.

Il est d’habitude que les Guinéens se basent sur l’irrationalité des choses plutôt sur la superstition. Pendant la Révolution, les ministres membres du Bureau politique national étaient délégués à tour de rôle pour présider les rencontres du Syli National et du Hafia, on disait que N’Famara Kéita a plus de chance que Mamadi Kéita ou Damantang Camara.

La dernière fois qu’on a été au stade sur invitation insistance de l’ami Amadou Daiby, pendant la transition, c’était le ministre Diaouné de la Jeunesse qui présidait la rencontre. A la mi-temps, l’équipe guinéenne avait gagné 3-0. Le ministre était si enthousiaste qu’il s’était écrié : donc, j’ai beaucoup de chance ! Il a eu très chaud, puisqu’en deuxième période, les visiteurs avaient planté coup sur coup deux  buts de belle facture…

On a entendu sur tous les toits que l’arrivée de Bantama Sow a porté malchance aux deux équipes guinéennes engagées le même jour et presqu’à la même heure. Les cadets ont reçu une fessée des Iraniens et les seniors une autre à la hauteur des ambitions placées en eux.

Après l’épisode Luis Fernandez, tous les observateurs étaient conscients et unanimes de constater que le Syli National n’avait plus d’étoffe.  Les autorités de la Jeunesse ont vu juste de ne pas jeter  l’argent par les fenêtre en engageant un entraîneur de haut niveau pour payer cher pour rien, et quand le tirage au sort de la coupe du monde et de la CAN a fait connaître la composition des poules, pas beaucoup encore n’ont misé sur une chance quelconque du Syli National dans une poule comprenant  de la Tunisie, de la RDC. Objectivement, les deux favoris. Certains voyaient une probable qualification de la Tunisie, au vu de leur performance et des leur faux-pas lors de la dernière CAN entre le Sénégal et l’Algérie. On doutait que cette formation de la Tunisie fasse mal dans cette poule à sa portée, il n’en est pas de même de la Guinée. Même s’il est vrai que les Guinéens ont craqué lors de cette rencontre pour ramasser 4 buts, il est difficile pour tout le monde, pour Lappé et pour les joueurs pour une raison. Il n’y avait plus d’enjeu, les deux buts avaient déjà coupé l’herbe sous les pieds et surtout que cette fois, les Tunisiens avaient trouvé un climat plutôt favorable.

On souhaite bon retour à Chérif Souleymane comme DTN dans le football, et on le prend à témoin que lors d’un certain Guinée-Tunisie, en 1976, si la date est exacte, au temps de Tarek Diab, on avait entendu que les filets des buts sont revenus de Boké, la nuit dernière. Les Chérif, Petit Sory, Papa NJolea, Eusob, Kolev et  autres étaient au sommet de leur art. La rumeur a fait que les gens se rendaient au stade dès 14 heures, on disait que les Maghrébins avaient horreur de la chaleur, que dalle, les Tunisiens avaient battu les Guinéens proprement par 2-0.

Donc, il faudrait enlever de la tête certaines considérations irrationnelles pour jeter le bébé avec l’eau du bain. Il reste encore deux compétitions. Même si le Syli s’est placé de façon étonnante devant la Côte d’Ivoire dans la course à la CAN, il ne faut pas trop l’enflammer.

Le défaut de ce Syli est de recevoir trop de fleurs. A chaque expédition de la CAN, Bambino lui dédie une nouvelle belle chanson, hélas ! Et quand l’équipe perd, la colère des supporters est indicible et inqualifiable. C’est à la presse de savoir garder raison pour ne pas jeter de l’huile sur le feu. La Guinée n’a que ces joueurs, puisque d’autres déclinent la sélection, peut-être pour cette raison…

Enfin, on se demande si Lappé comme le coach des cadets, n’a pas perdu la voix à certains moments, puisque les deux équipes avaient été torpillées de la même manière. Evidemment, quand une équipe commence à couler, plus rien ne la retient. Rappelons-nous la raclée historique et  inoubliable du Brésil devant la Manschaft lors de la dernière coupe du monde… et le même Syli National face aux Eléphants ivoiriens, en 2008.

Les Guinéens n’ont pas d’équipe, ils n’ont pas d’infrastructures de proximité et ils exigent des résultats face à d’autres qui sont plus lotis et plu nantis.