Guinée : Trois missions attendues de la Chine, de la banque mondiale et de la SFI, pour quoi faire ?

05 mai 2017 19:19:54
2

Dans son Compte rendu du Conseil des Ministres du 4 Mai 2017, à lire ou à relire sur Guinéenews©, le gouvernement vient de décliner un certain nombre de mesures et de décisions, parallèlement à l’arrivée attendue de 3 missions venant de la Chine, de la Banque Mondiale, et de la SFI.

Ce Communiqué appelle de tout observateur objectif, une lecture très différente de celle qui vient d’être présentée au public pour au moins trois raisons:

(1) L’incapacité notoire de la Guinée de ne pas pouvoir tirer profit, des conclusions du Sommet Chine – Afrique de décembre 2015 à Johannesburg est illustrative du manque d’anticipation incroyable du Gouvernement Guinéen sur le double plan de l’Aide publique au développement et de l’accès aux systèmes de financements alternatifs des investissements sur les marchés de capitaux.

(2) Alors que les besoins de financement sont incompressibles et immenses dans tous les grands secteurs du développement économique et social, le pays reste incapable de tirer profit aussi bien sur le premier plan (ADP), que sur le deuxième plan, qu’il s’agisse de la coopération avec les Chinois, ou de celle avec les autres pays émergents et les économies développées du monde occidental. La coopération avec la Banque Mondiale et avec son bras armé pour le secteur privé, la SFI, n’y changent rien du tout.

(3) Tout le problème est de savoir quelle est la stratégie réelle du Gouvernement pour inverser la tendance structurelle et conjoncturelle actuelle qui n’apporte aucun progrès économique pour le pays, en dehors de la propagande classique sur les perspectives de création d’une croissance économique à deux chiffres en Guinée.

Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui, la probabilité d’une croissance économique à deux chiffres en Guinée et dont le Compte rendu officiel du Gouvernement parle ici ? Absolument rien du tout en dehors de la propagande habituelle.

En dépit de la disponibilité du PNDS, où sont en termes clairs, les budgets et les sources de financement des vrais pôles de développement du pays, et qui devraient servir de locomotives pour tirer rapidement la croissance économique en Guinée ? Que disent les conclusions de Doing Business en Guinée ?

Quid de l’environnement général des affaires, de la sécurité des personnes et des biens, du management de la gouvernance publique, de la transformation en profondeur des bases fondamentales de l’économie guinéenne : agriculture, pèche, élevage, et industrialisation progressive.

C’est bien à Johannesburg, que la Chine a publié sa deuxième feuille de route pour l’Afrique. Un document qui reprend en cinq parties et dix programmes les principales orientations de sa politique africaine pour les dix prochaines années. De quoi s’agit-il et quels défis à relever par les pays Africains ?

Pourquoi la Guinée ne tire-t-elle aucun bénéfice de l’immense potentiel financier et technique offert par la porte ouverte par le président chinois en faveur du continent africain ?

(1) En matière d’aides financières

L’enveloppe de 60 milliards de Dollars US, annoncée par le président Xi Jinping dès l’ouverture du forum a marqué les esprits. La somme est trois fois supérieure aux aides promises lors du précédent sommet en 2012. « La Chine a décidé d’octroyer un total de 60 milliards de Dollars d’aide financière incluant 5 milliards de prêts à taux zéro et 35 milliards de prêts à taux préférentiels », a détaillé le Président chinois, cité par la presse.

Les chercheurs du Brookings Institute notent que « la Chine double à chaque forum son aide à l’Afrique. On est ainsi passé de 5 milliards de dollars promis en 2006, à 10 milliards en 2009 et à 20 milliards en 2012 ».

Cette fois, et malgré la crise, le régime chinois a donc triplé ses engagements et va annoncer, à Johannesburg, le lancement d’un projet de grands travaux avec des objectifs ambitieux, des moyens illimités. Il s’agit des « Trois réseaux d’infrastructures et industrialisation ».

La Guinée s’est-elle donnée l’expertise de Consultants Nationaux Indépendants ou privés et de Think Tanks, pour comprendre et suivre la définition de cet ambitieux programme, chinois, sans précédent en Afrique ? Rien n’est moins sûr, contrairement à beaucoup d’autres pays Africains y compris dans la sous région Afrique de l’Ouest. Et c’est très dommage pour le pays.

En quoi consiste le programme ? C’est un gigantesque projet qui mêle réseau ferroviaire à grande vitesse, réseau autoroutier et réseau d’aviation régional.

Un maillage serré financé par Pékin et qui doit contribuer au développement économique de l’Afrique. Mais aussi, plus prosaïquement, à faciliter le transport et les exportations des matières premières Africaines vers la Chine.

(2) En matière de création de valeur ajoutée des produits africains

« Ce programme est la clef pour améliorer la compétitivité de l’Afrique et, pour cela, le continent a besoin de renforcer sa coopération avec la Chine, écrivait, à la veille du sommet, le très officiel Quotidien du Peuple qui y voit un plan Marshall pour l’Afrique.

Mais l’objectif principal de Pékin consiste surtout à relier le continent et ses futurs « trois réseaux » à la route de la soie tissée par le Président Chinois. Une route terrestre allant de Yiwu, au sud de Shanghai, à Madrid, en Espagne. Et une route maritime qui traverse l’Asie du Sud-est en direction des côtes Africaines via le Sri Lanka.

« La route de la soie doit connecter trois continents et le Président Chinois a associé une soixantaine de pays à son projet », selon le Consultant international Djiboutien Charmarke Abdoulkader.

Le ralentissement de son économie rend la Chine moins dépendante des matières premières africaines, mais elle a besoin de débouchés pour ses entreprises. L’Afrique, pour sa part, « doit développer son secteur manufacturier, selon lui.

Créer des emplois et renforcer la valeur ajoutée de ses produits ». C’est sans doute la raison pour laquelle une importante délégation d’entreprises chinoises a fait le déplacement à Johannesburg. Outre les grands pétroliers et les sociétés d’État habitués des sommets internationaux, des entreprises privées de nouvelles technologies et de télécommunications, telles ZTE et Huawei, sont présentes.

(3) En matière d’allègement des dettes

Xi Jinping s’est engagé à effacer les « dettes gouvernementales sans intérêt déchues fin 2015 ». Cette annonce concerne les pays africains les moins avancés et l’on pense d’abord au Zimbabwe, première étape de sa tournée africaine.

Comment expliquer que la Guinée, n’en tire aucun profit visible à ce jour ?

La Chine a déjà accordé plus d’un milliard de dollars de prêts à Harare tandis que l’aide publique chinoise au développement a atteint 100 millions de dollars ces trois dernières années, même si le Zimbabwe peine à rembourser ses dettes. L’économie du pays est très affaiblie par la chute des cours des matières premières, et notamment le platine dont il possède les deuxièmes plus grandes réserves au monde.

Bien entendu, « ce n’est pas l’annulation de toutes les dettes des pays pauvres, réagit Deborah Brautigam. Il s’agit seulement d’une catégorie particulière de prêts à taux zéro. Depuis 2000, la Chine annule régulièrement ce type de prêts que les pays sont incapables, ou tout simplement ne veulent pas payer. »

(4) En matière de financement et de construction des infrastructures

La Chine a mis en avant son projet des « trois réseaux d’infrastructures et industrialisation. Un gigantesque projet qui mêle réseau ferroviaire à grande vitesse, réseau autoroutier et réseau d’aviation régional ».

Les exemples récents sont légion : 12 milliards de Dollars pour la construction par CRCC d’une voie ferrée au Nigeria ; 10 milliards de Dollars financés par l’Eximbank pour relier le port de Mombasa à Nairobi, sur une distance de 485 km. Le coût du fret pourrait ainsi être divisé par trois au Kenya. Et au Nigeria, 200.000 emplois pourraient être créés.

Mais les infrastructures ne sont pas les seuls piliers de la Chinafrique : dix programmes de coopération sur trois ans ont été annoncés à Johannesburg dans les domaines de l’agriculture, de l’industrialisation, de la réduction de la pauvreté, de la santé, de la culture, de la sécurité, de la protection de la nature ou encore du développement vert.

La partie chinoise dit vouloir aider les pays africains à construire les ouvrages hydrauliques pour l’agriculture, mettra en œuvre le projet d’enrichissement par l’agriculture dans 100 villages en Afrique, et fournir aux pays africains l’aide alimentaire d’urgence.

Les deux parties ont dit vouloir œuvrer activement à développer la coopération en matière de planification, de financement et de gestion de projets dans le cadre du CAADP, en se référant aux pratiques de l’UA et le NEPAD, et soutenir les études de faisabilité sur la construction d’infrastructures agricoles.

(5) Quels sont les chiffres en matière de financement de l’éducation et de la recherche et développement ?

La Chine se propose de créer des centres de formation : 200.000 techniciens Africains y seront formés et 40.000 d’entre eux iront en stage en Chine. La Chine va également offrir 30.000 bourses à des Étudiants Africains et 200 Chercheurs seront invités chaque année à poursuivre leurs travaux en Chine. La Chine est devenue une destination privilégiée des étudiants africains avec une augmentation en moyenne de 35 % par an ces dix dernières années du nombre d’étudiants. Selon les chiffres du Ministère Chinois de l’Éducation, 41.677 Étudiants Africains étaient Chine en 2014.

Un pays Ouest Africain comme le Ghana, aurait actuellement en formation 5.000 Étudiants Ghanéens sur place en Chine, dont 500 pris en charge au titre des bourses gouvernementales Chinoises.

(6) En matière de lutte contre la pauvreté en Afrique

Pour l’Afrique, la Chine est un modèle dans la lutte contre la pauvreté. Le Gouvernement Chinois va lancer deux cents projets de « vie heureuse » (« happy life projects ») qui s’adresseront en priorité aux enfants et aux femmes.

Des projets surtout symboliques car aucun montant n’est venu appuyer cette annonce. En septembre 2015, le Président Chinois avait annoncé à l’ONU la création d’un fonds d’aide au développement de 2 milliards de dollars destiné aux pays les plus pauvres de la planète, notamment en Afrique. La répartition de ces fonds n’a pas été précisée à Johannesburg.

(7) En matière de sécurité et d’opérations de maintien de la paix

La Chine a annoncé une aide « sans contrepartie » à l’Union Africaine de 60 millions de dollars pour financer ses opérations de maintien de la paix, dont le budget représente 750 millions de Dollars par an. Cette somme va-t-elle s’ajouter aux 100 millions de dollars sur cinq ans promis par Xi Jinping à la tribune de l’ONU en Septembre dernier pour soutenir une force de réaction rapide de l’Union Africaine ? L’on attend la réponse des Chinois sur ce point précis, après les discussions avec l’Union Africaine.

Conclusion et moralité

Pourquoi depuis le Sommet de Johannesburg, tenu en Décembre 2015, c’est maintenant seulement qu’une Mission Chinoise est annoncée en Guinée dans le cadre du suivi du Plan Quinquennal de coopération et d’investissement (2016-2020), proposé à l’Afrique par le Président Chinois, Mr. Xi Jinping ?

Une telle approche de la part de la Guinée, est-elle économiquement et diplomatiquement vraiment dynamique et efficace en termes de perspective de coopération, d’aide publique au développement et de partenariat Public-Privé entre la Chine et la Guinée ?

Absolument pas du tout, pour une question de bon sens.

Sans un changement en profondeur des bases de la gouvernance publique, à commencer par le climat et la sécurité des affaires et la planification stratégique du développement, la Guinée ne bougera pas d’un iota ni en termes d’Aide publique au développement (ADP), ni en termes d’accès aux sources de financements par les marchés internationaux des capitaux. C’est tout simplement dommage pour le pays.

Une contribution spéciale de Condé Abou, chroniqueur de Guinée, à Washington DC, USA pour Guinéenews©

  • Kawou DD

    Excellente analyse Abou Condé.Mais, ce gouvernement n’écoute aucun spécialiste en matière économique de développement appliqué. Aucune anticipation à résoudre les problèmes sociaux et,le respect des règles établies,des ententes signées,etc.Toujours mettre le couvercle sur la marmite bouillante et,attendre que cela saute en plein face pour réagir.La liste des revendications sociales va s’accentuer et,les pompiers du gouvernement Guinéens ont du pain sur la planche et,beaucoup de grains à moudre,sans résultat probant à l’horizon 2025.?
    Bref,un Condé compétent qui n’est pas dans le Gouvernement actuel de Nkoro Alpha !.Lol.

  • Monsieur abou condé, l’Afrique n’est pas pauvre, mais riche sur toute les lignes, commencer par la spiritualité. Que soit la Chine ou un autre pays, l’Afrique n’est pas séduit pour tout ce que vous essayez de nous expliquer. Parce-que nous savons la capacité de cette Afrique quand elle est unie. Les sommes faramineux que vous n’arrêtez pas de nous dire , l’Afrique étant uni, sera plus forte que tout. Parce-que nous savons de quoi nous sommes capables, par la grâce et la bénédiction de allahou soubhanna wa taala. Pendant que les uns cherchent à nous tirer des dépendances économiques, abou lui cherche à nous plonger, prétendre le K.O, nous percevons ses conclusions, comme si monsieur abou n’a aucune confiance à la terre qui lui a vu naître, et ça c’est très dommage. L’Afrique n’a besoin d’aucune dette, pour se développer depuis 50 ans. Même si nous savons que la Chine arrive par la bonne intention, mais qui sait ce qu’elle deviendra dans 50 ans ? Seul allahou soubhanna wa taala le sait. Sinon l’Afrique ne sera pas rester dans la servitude pendant des centaines d’années , c’est le système éducatif et la sagesse morale qui ont été d’abord détruit, Pour apprendre à la génération des dirigeants actuels à se détourner de leurs propres continent, ou c’était devenu du profit, comme la parole de monsieur le défunt feu jean marie doré, là où on attache le chèvre, c’est là qu’il se nourrit. Je ne crois pas si monsieur abou condé se rend compte l’urgence institutionnel que l’Afrique cherche à rattraper pour mieux s’organiser. Il faudrait venir faire un tour dans les états africains, pour comparer ce qu’on nous fait croire hors du continent africain. C’est impensable mon frère. Nous n’avons plus besoin de nous accumuler des dettes, mais reconstruire et réorganiser les valeurs et les institutions pour compter un développement à grand pas. Il faut d’abord maintenir le contrôle de la nation africaine dans toute les lignes pour commencer à le développer comme ça se doit. D’abord dans la spiritualité, la sagesse, et la foi qui est le retour de ce continent vers son créateur, ou nous aurons la confiance qu’à nous même pour savoir mettre l’Afrique sur le bon rail. Que ça soit la Chine ou la banque mondiale, l’Afrique n’a besoin d’aucune dette extérieure. Nous cherchons juste l’unité comme une seule nation fédérale pour donner chance au continent africain pour son développement. Que marigui mengue bénisse les croyants et bénisse l’Afrique.