Guinée : La prostitution gagne du terrain à Fria – causes, acteurs, rôles des parents et ONG (Enquête)

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La pratique du plus vieux métier  du monde, la prostitution n’est plus un sujet tabou de nos jours à Fria. Dans les pays développés, cette pratique est une profession à part entière. Mais en Afrique, particulièrement en Guinée, la pauvreté, la mauvaise fréquentation, le chômage, les divorces nés des déceptions et des vices sont souvent cités comme les principales causes de ce métier à haut risque.

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En plus de ces facteurs, il faut reconnaître que la crise économique consécutive à la fermeture de l’usine Friguia a favorisé, de façon inquiétante, la débauche des jeunes filles. Il faut se balader  tard la nuit pour s’en rendre compte. Vous rencontrerez  des jeunes filles à la conquête des hommes.

Lors d’une sortie nocturne effectuée par Guinéenews© devant un motel de la place vers l’Unité 3, aux environs de 2 heures du matin, des  P.S (Professionnelles du Sexe) ont accepté volontairement de revenir sur les raisons qui les poussent à pratiquer ce métier.

Quand la pauvreté devient le terreau pour la propstittution

La première professionnelle rencontrée invoque, elle, sa grossesse non désirée. « Je suis célibataire, mais j’ai une fille de 8 ans (pleurs). Je fais la prostitution parce que celui qui m’a enceintée n’a pas reconnu la grossesse et mon oncle m’a foutue hors de chez lui. Il est le cousin de mon père qui ne vit plus. Ma mère est vieille, elle est à Kindia avec ma grand-mère. J’ai une fille qui est au CP1.

Je dois chercher la dépense, m’occuper de moi et de ma fille. Sans oublier le loyer que je partage  avec une amie. Quand quelqu’un vient ici au bar prendre un pot et qu’il a besoin d’une fille avec qui coucher, il s’adresse au gérant de l’hôtel qui nous fait appel. On lui dit le prix de la passe et on va dans une chambre. La passe est fixée à 30.000 GNF pour une heure. Je peux accepter au minimum 20.000 fg quand je ne trouve pas de clients. Par jour, je peux avoir au moins 150.000 GNF. Je ne passe la nuit avec personne, même s’il me propose des millions. Je ne couche aussi avec personne sans les préservatifs depuis que j’ai pris la grossesse et surtout à cause des maladies comme le Sida. Je sais que c’est dangereux mais je le fais malgré moi. Je n’ai pas été à l’école. Je dois payer le loyer à 50.000 fg, manger tous les jours avec et surtout penser à ma maman qui ne sait même pas ce que je fais. Je dois m’habiller aussi, voyez-vous ? Où je peux avoir du travail pour être bien payée avec toutes ces charges ? », a expliqué M.S.

Le milieu scolaire n’est pas épargné par ce fléau dû à la crise économique qui a frappé de plein fouet certaines familles. Ce qui pousse certaines élèves, de façon déguisée, à trouver de quoi satisfaire leurs besoins et ceux de la famille de cette manière. C’est le cas de O.K qui a confié ceci : « Moi, je suis élève en classe de 11ème  SE dans un lycée de la place. Si vous me demandez pourquoi je sors avec les hommes surtout les week-end, c’est parce que je vis avec ma mère qui vend du piment et du poisson au marché. Elle sait que je sors pour m’amuser mais pas pour rencontrer les hommes. Son commerce ne marche pas et moi je me débrouille pour payer mes fournitures et mes tenues de classe. Mon père est un retraité de l’usine et paralysé. J’aide ma mère à s’occuper de mes petits frères et sœurs qui sont encore à l’école primaire. Je sors avec les hommes mariés qui sont capables de me donner beaucoup d’argent. Quelquefois, on va à Dubréka où à Tanènè pour ne pas nous faire identifier par des connaissances. Je suis consciente du danger que je cours mais je n’ai pas le choix et je vais arrêter si je trouve un bon métier ».

Le mariage forcé des jeunes filles…

Autre facteur invoqué par les travailleuses du sexe : le mariage précoce.  A cause de l’incompréhension des parents, certaines filles préfèrent quitter la maison et se battre autrement pour survivre.

« Mes parents m’ont donné en mariage  de force avec un homme qui a 3 fois mon âge et je ne voulais jamais de ce mariage. Nous sommes dans la sous-préfecture de Baguinet et je faisais la 8ème année. J’ai fui le village pour venir ici en ville  où j’habite chez une amie. Tout ce qu’on sait de moi, je travaille dans un bar restaurant, mais en réalité je gagne mieux en couchant avec les hommes par rapport à ce qu’on me donne après une nuit de travail dans le bar restaurant. Quand je vois quelqu’un qui vient boire ou manger, je le drague et il accepte grâce à mon charme. J’ai une seule fois couché avec un homme sans préservatif quand il m’a donné 500.000 fg. Heureusement après mon test, le médecin m’a dit que je n’ai rien et de ne plus jamais tenté de coucher avec les hommes sans les préservatifs. Je fais ces choses-là malgré moi », a dit FD.

Des femmes mariées, un autre maillon faible de la prostitution

Ce ne sont pas que les jeunes filles célibataires qui sont professionnelles du sexe. Des femmes mariées aussi le font. C’est pourquoi, selon les rumeurs, Mr G. s’est séparé de sa femme. Et c’est avec un visage triste qu’il a difficilement confirmé ce qui se dit sur sa femme. « J’ai été déçu dans ma vie après 7 ans de mariage. Je travaillais à l’usine et j’ai tout fait pour ma femme et ses parents, à qui je donnais tout, sans réserve. Mais la maman de ma femme était complice de sa fille qui entretenait des relations avec d’autres hommes qui leur donnaient aussi de l’argent. C’est vraiment honteux. Ce qui m’a le plus choqué, c’est quand je désire faire l’amour avec elle, elle a toujours de faux arguments et cela a duré 9 mois. J’ai alors compris que quelque chose ne va pas. Avec mes enquêtes, j’ai surpris ma femme en train de sortir seule d’un hôtel. Et quand je lui ai demandé ce qu’elle faisait là, elle m’a dit qu’elle attendait sa copine. Je lui ai dit qu’on va l’attendre  ensemble.  Cette dernière ne venant jamais, c’est alors qu’un homme est sorti de l’hôtel en lui disant ‘’je n’attends que toi depuis longtemps. Tu m’as dit que c’est 50000 GNF la passe et je suis venu avec le montant’’. Je n’en revenais pas. J’ai su que ma femme, légalement mariée, se prostituait. Depuis lors, je l’ai retourné à ses parents », a confié le mari cocu.

L’impuissance des parents pour lutter contre la prostitution de leurs filles

Des parents, impuissants, savent ce que font leurs enfants. Suite au décès de son mari, ex-agent de Rusal/Friguia, Mme C vend de la glace au marché de Tanènè. Par ambition et négligence, dominée par la pitié, elle dit avoir perdu sa fille. « Depuis que j’ai perdu mon mari en 2013, suite à une crise, je me suis lancée dans le commerce de glace. Je n’avais pas trop de temps pour les enfants. Je sors de Fria à 7h pour ne rentrer qu’à 23 heures. Et cela tous les jours. Je ne refusais pas les sorties que ma fille me demandaient. Elle me disait souvent que les amis de son père lui donnaient de temps en temps de l’argent. Par pitié, je lui faisais confiance, alors que ces derniers profitaient d’elle. Et elle en a fait une habitude. Je n’arrive plus à la maîtriser. Je suis impuissante devant cette vie qu’elle mène maintenant. Quand je lui parle, elle me dit que c’est elle qui s’occupe d’elle-même. J’ai perdu ma fille et je le regrette. Je me confie à vous pour m’aider à la ramener à la raison », a-t-il lancé.

Dans ces lieux de débauche, les clients sont des hommes âgés de 30 à 60 ans. Parmi eux, certains sont des veufs et d’autres se sentent mieux avec les filles de joie. « Je viens dans ce bar pour prendre un pot et me trouver une fille de joie. J’aime ces filles parce que ce que je fais avec elles, par respect, je ne peux pas le faire avec ma femme. Avec elles, le plaisir est assuré. Franchement, moi j’aime leurs manières de s’occuper d’un homme au lit. Ce sont de vraies professionnelles », s’est réjoui Mr K, un homme vivant avec ses deux épouses et ses six gosses.

L’implication des organisations non-gouvernementales dans la lutte contre le fléau

Les jeunes filles qui pratiquent la prostitution ne sont pas laissées pour compte. Des ONG s’occupent de leur réinsertion. Camara Mohamed Chérif, point focal de l’une de ces ONG, affirme avoir rencontré plusieurs d’entre elles et serait en train de mener des démarches pour les amener à abandonner cette pratique.

« Tout d’abord, nous avons procédé à l’identification  de 20 sites (bars et motels), ensuite les  PS (Professionnelles du Sexe) par des techniques d’approche. Les 30 jeunes filles identifiées ont bénéficié d’une formation sur la sensibilisation sur la lutte contre les IST/ VIH SIDA dans les  milieux où elles évoluent (bars et motels).

Les policiers et  tenanciers de bars ont eux aussi bénéficié d’une formation dont l’objectif est de sensibiliser ces jeunes filles professionnelles du sexe autour des risques qu’elles courent en pratiquant cette activité, ensuite les décourager à abandonner. Chose qui nous paraît difficile mais pas impossible car, nous avons parmi elles, deux qui se sont mariées, trois font le commerce et trois autres ont leur atelier de couture et une autre qui vend à manger. Ce qui ve dire qu’il y a encore de l’espoir que la stratégie marche bien pour elle.  Au-delà de cette formation, on a créé une occupation pour ces jeunes filles autour d’une AGR ( Activité génératrice de revenu), telles que : la saponification, la couture, avec une prise en charge, des pistes de solutions pour sortir de ce métier, mais nous n’avons pas réussi parce que selon elles, elles gagnent plus avec les hommes (150.000 fg) par nuit  que d’attendre la vente des savons qui peut mettre du temps avant d’être écoulés pour avoir des miettes. Cela ne nous décourage pas de continuer le combat en les suivant pour qu’elles se protègent en utilisant les préservatifs qu’on leur distribue. Et on leur demande de passer tous les mois pour une consultation. Ce qui est intéressant, c’est que ces filles ne se gênent pas de venir vers nous pour des conseils et recevoir leur dotation en préservatifs », a expliqué Mr Camara.

Parlant des catégories de professionnelles du sexe rencontrées dans la cité, Camara Mohamed ajoute : « Nous sommes face à un problème, nos PS affichées  sont très mobiles, elles sont tantôt à Tanènè, tantôt à Kamsar, tantôt à Conakry parce qu’à Fria, il n’y a plus d’argent. Il y a aussi des PS non affichées, les  plus nombreuses qui sont un danger pour la population. Elles évoluent dans les bas quartiers. Il est difficile de les localiser et  de les identifier. Elles n’ont aucune information sur les IST et aucune formation sur les dangers de la prostitution. Et cela nous emmerde énormément. Si une PS non affichée est contaminée dans un quartier, elle peut propager la maladie dans tout le quartier, ce qui devient compliqué. Pour ce qui est des femmes mariées encore dans les foyers, nous avons identifié 5 femmes qui n’ont jamais accepté de collaborer avec nous, du point de vue assistance psycho-sociale, parce qu’elles ne veulent pas se faire voir malgré tous nos efforts. On a pu les localiser par le biais de nos policiers de terrain. »

Pour finir, le point focal a déclaré que son ONG a décidé de prendre en charge les frais de scolarité des élèves, d’inscrire celles qui veulent apprendre un métier, soit la couture ou la coiffure. Il se dit prêt à les accompagner durant tout le long de leur cycle afin  d’abandonner ce qu’elles font. Mais il se heurterait à l’ambition de ces filles. Ce qui leur rend la tâche très difficile dans l’atteinte de leur objectif d’éradiquer ce fléau dans la cité de l’alumine.

La Prostitution et la loi guinéenne

« La pratique de la prostitution en République de Guinée n’est pas encouragée, mais non plus réprimée par la loi. Par contre, le proxénète, qui encourage les jeunes filles à vendre leur corps tout en tirant profit d’elles, est soumis à des peines d’emprisonnement allant de 2 à 5 ans, avec une amende allant de 2 à 5 millions de francs guinéens, selon les articles 347 du code pénal.

La peine s’aggrave au cas où on encouragerait la prostitution d’une mineure. L’on est alors soumis à une peine allant jusqu’à 7 ans d’emprisonnement, avec une amende allant aussi jusqu’à 15 millions de francs guinéens.

Le proxénétisme commis en bande organisée, selon l’article 349, est exposé à une peine allant de 7 à 10 ans de prison avec une amende allant de 10 à 50 millions de francs guinéens. Le proxénétisme devient criminel quand le proxénète le fait avec torture et est soumis à une peine allant de 10 à 20 ans de prison avec une amende allant de 10 à 50 millions de francs guinéens », rappelle Souleymane Kouyaté, juge d’instruction près la Justice de paix de Fria.

La prostitution n’étant pas réprimée en République de Guinée, les autorités préfectorales et communales ainsi que la Direction préfectorale de l’Action sociale, de la Condition féminine et de l’Enfance, à leur tour, multiplient la sensibilisation à travers des rencontres avec les tenanciers de bars et hôtels, des émissions interactives dans les radios locales en langues vernaculaires et à tous les niveaux.

2 Commentaires

  1. ces filles ont juste usées de l’ambition, si non elles pouvaient travailler comme font beaucoup de femmes

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