Guinée : Pour célébrer Tierno Monénembo

27 juin 2017 12:12:42
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« Parole-Plume-papier » et son comité scientifique international du forum des médias et du dialogue interculturel tiennent à féliciter chaleureusement notre compatriote l’écrivain Tierno Monénembo qui vient de recevoir le prestigieux Grand Prix de la Francophonie décerné par l’académie française le 22 juin 2017.

Si ce prix récompense avant tout sa langue magnifique – cette langue inventive si personnelle faite de légèreté et de gravité parce que nourrie du cousinage à plaisanterie et qui se déploie depuis près de 40 ans dans onze romans et une pièce de théâtre – c’est surtout l’ensemble de son œuvre qui est salué. De « Crapauds-brousse » en 1979 à « Bled » en 2016, toujours aux éditions du Seuil, son style qui n’est ni tout à fait le même ni tout à fait un autre suit à travers ses personnages les méandres d’une mémoire morcelée qu’éclaire à peine le soleil noir de la grande Histoire toujours réinventée mais jamais trahie.

Tout à la fois tragique et absurde voici une œuvre qui a trouvé son public à travers le monde et en Guinée. Plus que son talent, son génie a été reconnu plusieurs fois, notamment par l’adaptation cinématographique du « Terroriste noir », publié en 2012, et qui vient de sortir sur les écrans sous le titre « Nos patriotes », grâce à la réalisation de Gabriel Le Bomin.

L’hommage rendu au natif de Porédaka, né en 1947 et qui a fait d’un exil subi en 1969 le viatique d’une parole toujours recommencée, rejaillit forcément sur sa patrie d’origine, la Guinée, qui doit le reconnaître comme un de ses meilleurs fils. Il a usé ses pieds et sa plume en parcourant le monde entier pour faire œuvre de création. Le voilà de retour au bercail depuis quatre ans maintenant pour vivre ce que vivent ses compatriotes, défendre les plus faibles sans prendre parti dans un jeu politique trouble, mais en dénonçant toujours l’hydre de la Françafrique. Depuis plus de trente (30) ans, nous l’avons souvent reçu dans notre émission littéraire pour rendre ses écrits accessibles au plus grand nombre.

Notre compatriote étant un patriote incontestable et portant haut l’étendard du pays et les couleurs de la grande littérature, nous lui rendrons un hommage spécial pendant les trois jours du forum à Conakry du 26 au 28 octobre 2017, par la contribution d’éminents professeurs, universitaires et journalistes littéraires africains et français qui le considèrent comme le plus grand écrivain francophone vivant.

A l’auteur incomparable et à l’homme humble, digne et décent, la patrie et ses lecteurs à jamais reconnaissants.

Le 25 juin 2017 pour « Parole-Plume-Papier », Mohamed Salif Keita.

  • CONDÉ ABOU

    Un homme de lettres n’est pas nécessairement un homme politique. Chacun d’eux défend ses propres valeurs et ses propres jugements et arguments, qui ne vont pas toujours dans la même direction, dira-t-on.

    L’histoire des grands écrivains du siècle des Lumières en France, (Voltaire, Jean Jacques Rousseau, Diderot ou Montesquieu, etc..) a démontré, que cette catégorie de penseurs de la société Française, était de loin, en avance sur son temps, et était toujours en rupture avec les régimes politiques en place (la Monarchie de l’époque).

    Ceci dit, est-il normal pour autant qu’en Guinée, les figures emblèmatiques de la Littérature nationale et les premiers Magistrats du pays qui se sont succédé, se soient presque toujours regardés dans une certaine animosité de la première Republique à la troisième ?

    Dans tout pays normal, l’on ne tue jamais les grands hommes de culture, on les jette même pas non plus, en prison. C’est tout dire, et c’est là que se trouvent les premières racines du mal et des souffrances de notre Société.

    Feu Camara Laye (1928-1980), a été célébré surtout par le Sénégal, et non par son propre pays, la Guinée. Vous trouvez cela normal pour un pays au XXème et au XXIème siècle ?

    Comment peut-on passer par pertes et profits les ressources des figures emblèmatiques de la Littérature Guinéenne comme Fodéba Keita, Ibrahima Baba Kaké, Nénékhaly Condetto, Emile Cissé, Lieutenant Colonel Kaba 41, Djibril Tamsir Niane, Libar M. Fofana, Nadine Barry, Mariam Barry, Ahmed Tidjane Cissé et j’en passe ?

    Je constate aujourd’hui, qu’il est tellement aberrant que le pays ait un de ses propres fils, salué et honoré par l’Académie Française, et qu’il n’y ait même pas de passerelle, ni la moindre communication entre celui-ci et le Président de la République, Premier Magistrat de la Nation. C’est aberrant pour le pays et inexplicable.

    Je crois que le Président de la République, le Professeur Alpha Condé, devrait faire beaucoup mieux que tous ses prédécesseurs à l’endroit des grands hommes de culture de ce pays.

    Un pays comme le nôtre, ce sont ses hommes et surtout ses hommes de haute matière grise que Dieu lui a donnés dans toutes ses ethnies. La Guinée a eu de Dieu cette chance d’avoir dans toutes ses ethnies des valeurs académiques incontestables comme le disait le Président Léopold Sédar Senghor.

    Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouet Boigny ont beaucoup donné en honneur et en gloire aux grands hommes de lettres et de culture dans toutes les filières scientifiques, quand bien même en leur temps aussi, ils ont été politiquement contrariés par beaucoup d’intellectuels de leurs propres pays. Il y en a eu plein au Sénégal contre les idées de Senghor et en Côte D’Ivoire aussi contre celles du Vieux Félix Houphouet Boigny.

    Qu’à cela ne tienne, ces deux grands hommes d’Etat, ont su transcender et se placer dans une vision futuriste hautement positive. Le Président Alpha Condé devrait suivre leurs exemples en ne laissant jamais tomber les valeurs que Dieu a donnés à la Guinée dans toute leur pluralité, notamment dans les Lettres, les Mathématiques, et les Sciences, d’une manière générale dans la culture d’où elle qu’elles viennent.

    Le Président de la République, Professeur Alpha Condé n’a pas du tout un bon bilan sur ce plan, et cela est tout simplement inacceptable, au regard de son parcours historique.

    De toutes les façons, comme il ne nous lit pas, Dieu merci, nous continuerons de le critiquer comme nous voudrons, pourvu qu’il sache que dans ce pays comme ailleurs, il y aura toujours, certains qui seront dans la quête du fauteuil présidentiel alors que d’autres ne sont même pas concernés par la Magistrature Suprême, encore moins par les ors et lambris de palais. Tierno Monénembo est un grand homme de lettres et c’est tout un symbole pour le pays.

    Très franchement Mon Cher Mohamed Salif Keita, la situation de la culture et des grands hommes de lettres est pathétique en Guinée. De grâce, passez notre message et notre cri du coeur au Président de la République, pour qu’il se révolte lui aussi, contre les injustices et les aberrations de la Société Guinéenne.

    C’est à lui de corriger les torts incalculables que notre Société a commis à l’endroit d’elle-même et à l’endroit de ceux qui incarnent ses propres valeurs universelles. Le Président Alpha Condé doit être notre Léopold Sédar Senghor, notre Félix Houphouet dont le prix international de la Fondation qui porte son nom, sera attribué aujourd’hui Mardi 27 Juin 2017 au siège de l’UNESCO à Paris.

    Les lauréats de l’édition 2017, sont Madame Giuseppina Nicolini, ancienne Maire de Lampedusa (Italie), et l’Association Européenne SOS Méditerranée pour leur contribution à la survie et à la protection des centaines de milliers de réfugiés traversant la Méditerrannée.

    Cher Monsieur Mohamed Salif Keita, devant une valeur portée par l’Académie Française, il est impossible de croire que notre Président de la Republique, ne fasse pas le premier pas et le grand pas en direction des valeurs académiques de la Guinée où qu’elles se trouvent, pour que la Guinée en finisse avec des tares moyenâgeuses héritées inutilement du passé et qu’elle traine aujourd’hui dans une philosophie de la lutte de classes marxiste et stalinienne.

    Les résultats des examens du Baccalauréat et de sortie des Ecoles Professionnelles, arrivent en Août ou Septembre prochains. C’est l’occasion pour le Président de la République, de prendre à bras le corps cet évènement très symbolique, pour offrir des prix “en or” qui n’ont jamais été donnés dans ce pays aux meilleurs des examens de fin de cycle secondaire et professionnel. Cela doit faire partie de l’agenda personnel de Monsieur le Président de la République, afin que ce pays change et avance.

    Ce message, Cher Mohamed Salif Keita, vous devriez être capable de le passer au Président de la République, sans que cela ne nous empèche de le critiquer tous les jours, puisque chacun fait son métier.

    Il y en a qui se battent pour les fauteuils présidentiels et les gloires, c’est leur droit absolu, et d’autres ont choisi de regarder le monde et de le construire très différemment.

    Vivement et pour l’honneur de la Guinée, que le Président de la Republique, le Professeur Alpha Condé himself, rende à notre compatriote, Thierno Monénembo la place et la gloire nationale dûes à son rang, pendant que cette distinction historique de l’Académie Française arrive en Guinée sous son soleil.

    Merci Thierno Monénembo d’avoir eu la baraka de porter si haut, l’étoile de la Guinée sur le toit du monde, merci au Président de la République, le Professeur de Sorbonne Alpha Condé, de relever ce défi historique pour une Nation dont les enfants continuent de se haїr et de s’auto-détruire chaque jour un peu plus et pour rien du tout.
    Merci pour la courtoisie de Guineenews.