Guinée : Des chenilles attaquent des champs de maïs – Les précisions des spécialistes

09 août 2017 11:11:10
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Cette année en Guinée, plusieurs champs de maïs ont été dévastés par des chenilles. On en dénombre plus de 900 hectares détruits à Kindia, 553 hectares à Mamou et d’autres zones dans le Fouta.

Un phénomène nouveau pour les producteurs de maïs en Guinée qui constitue un problème réel. Malgré l’utilisation des insecticides, la menace est toujours présente.

La rédaction de Guinéenews© s’est approchée des spécialistes pour comprendre davantage ce phénomène.

Contrairement à une information faisant état de l’importation des larves à travers les semences du maïs du Burkina, Dr Boubacar Diallo, coordinateur du programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest  apporte des précisions. « Avant d’importer la semence de maïs du Burkina, il y a eu des visites dans ce pays pour voir les semences. Ensuite, nous avons reçu les certificats phytosanitaires des semences du maïs et du riz. On a rencontré le service de protection des végétaux du Burkina qui nous a attestés que ces semences sont indemnes de toute maladie qui peut être transportée dans notre territoire », indique t-il.

Poursuivant, Dr Diallo affirme que la chenille attaque toutes les varietés de céréales. « Sur le terrain, nous avons constaté des chenilles qui attaquent les champs pas seulement à Mamou, mais beaucoup de régions en Guinée sont victimes. Ces chenilles ne s’attaquent pas seulement qu’aux variétés en provenance du Burkina mais à toutes les varietés de maïs cultivées actuellement en Guinée et plus largement aux céréales », affirme-t-il.

Suite à  la rapidité de la propagation de ces chenilles dans les champs de maïs en Guinée, un producteur victime et un encadreur technique non avertis de cette réalité avaient par coïncidence estimé que les choses sont venues dans des semences améliorées comme les larves qui avaient été introduites en Europe par fret aérien sur des légumes ou des fruits.

Alors, comment cette chenille est elle rentrée en Guinée ?

Kalevogui Koïkoï, le chargé de l’inventaire et la surveillance des nuisibles du stock à la direction nationale de la protection des végétaux explique. « Il est réel que cette chenille existe en Guinée. Cette chenille est originaire de l’Amérique tropicale et subtropicale. La larve a fait son apparition au Nigeria en janvier 2016 où elle a été surnommée Boko Haram à cause de ses attaques dévastatrices et progressivement au Bénin où elle a détruit plus de 300 000 hectares. Les adultes émergent la nuit et utilisent leur période de pré-oviposition pour voler sur plusieurs kilomètres avant de s’installer pour la ponte, migrant parfois sur de longues distances. Elle se nourrit en grand nombre de feuilles et de tiges de plus de 80 espèces végétales. Elle cause des dommages importants aux graminées cultivées d’importance économique comme le maïs, le riz, le sorgho, la canne à sucre mais aussi d’autres légumes et le coton. Cette chenille n’attaque pas le stock de maïs dans les magasins », martèle-t-il.

Seny Kalabane, le chargé de l’identification des insectes au laboratoire national de la protection des végétaux parle des mesures prises. « Pour identifier un insecte, il faut d’abord procéder à son élevage. Cette chenille est là depuis l’année dernière. La première fois, elle a été signalée dans un périmètre de culture de contre saison où elle a dévasté complètement le champ.  Actuellement, cette chenille est en élevage au laboratoire et sera envoyée dans des laboratoires les spécialisés pour confirmer si effectivement c’est la même chenille qui sévit dans la sous région », confie t-il.

Avant qu’une solution définitive ne soit trouvée, les spécialistes conseillent les producteurs d’utiliser des insecticides systémiques.

  • CONDÉ ABOU

    Ecoutez Cher Monsieur Badicko Diallo, le système agricole est lamentable dans ce pays.

    A-t-on besoin d’aller dans une Ecole d’Ingénieurs Agronomes pour comprendre que la chaine des valeurs dans la production agricole est indissociable de la maitrise complete de toutes ses composantes y compris la protection des végétaux ? Non.

    Notre système agricole et la recherche scientifique ne fonctionnent pas du tout. C’est, à peu de chose près mais dans un cas différent, ce qui explique l’échec total que le pays avait fait, pour combattre aux premières heures, l’épouvantable épidémie Ebola.

    Sinon, pourquoi, le Burkina Faso fait des progrès spectaculaires en arrivant même à l’auto-suffisance sur le plan de la production céréalière ? C’est parce que toute la chaine des valeurs fonctionne très bien dans ce pays, pourtant très pauvre et enclavé.

    Sur un tout autre plan, demandez à nos compatriotes techniciens qui sont sur place, quel budget a été affecté au Département de l’Agriculture au cours des 3 dernières années. Ils vous diront de quoi il s’agit sur le terrain.

    Il est impossible d’isoler les composantes de la chaine des valeurs de la production agricole, et espérer un quelconque succès de l’agriculture. C’est aussi simple, même pour un profane comme moi.