Guinée : Comment mettre fin aux insurrections populaires à Boké ?

21 septembre 2017 13:13:13
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Dans la crise de Boké, on a l’impression qu’une cacophonie s’est fait entendre et une mauvaise stratégie des autorités ont jeté de l’huile sur le feu. Pour ceux qui connaissent les conditions extrêmes de vie dans les environs immédiats des sociétés d’extraction des mines, en particulier la bauxite, la chaleur et la poussière sont difficilement soutenables sans eau et sans électricité. Et si les populations ne sont pas subventionnées pour tenir le coup provoqué par la modification de leur environnement, et le coût de la vie, également parce que tout coûte plus cher dans ces zones, il va s’en dire que les remous sociaux de plus en lus violents sont à attendre.

Ceci dit, dans un premier temps, le gouvernement avait mis les bouchées doubles pour remédier à la crise, mais un an après, nous revoilà à la case départ. Incapacité ou sabotage en sous-main pour rendre les exploitations minières impossibles et décrédibiliser la gouvernance Alpha Condé, la question se pose. La tête du ministre de l’Energie et du directeur général de la SEG (société d’eau de Guinée) seraient mises à prix, ou qui n’a pas intérêt de voir que tout se passe normalement à Boké, allez savoir.

En tout cas, les rumeurs de ce type sont véhiculées un peu partout dans le vent. Si au niveau du gouvernement certains pensent comme beaucoup de citoyens lambda que les manifestations sont légitimes, ils se demandent néanmoins sur la justification des violences, d’autres n’attendent pas de midi à quatorze heures pour trouver le bouc émissaire tout désigné : l’opposition politique. Cela s’entend sur toutes les ondes.

A ces deux opinions parfois frivoles, parfois des convictions exacerbées, il faut poser deux postulats : D’abord, pourquoi les autorités acceptent de voir les pannes se répéter si régulières dans la desserte de l’eau et de l’électricité ? Les matériels envoyés à Boké dans le cadre de la fourniture de ces denrées étaient-ils adéquats ? Et en cas de panne, pourquoi ne pas informer les populations sur les causes,  personne ne croit que les populations ne comprendront pas si elles sont au courant des choses  Ensuite, si les populations veulent manifester pacifiquement pour réclamer leur droit et  elles rencontrent les forces de l’ordre déterminées, il y aura affrontement et mort d’homme, au cas où la consigne est de ne pas reculer, de part et d’autre ; encore, si, au lieu de comprendre la légitimité de la revendication, l’ on pratique la fuite en avant en cherchant la cause ailleurs, le boomerang seraau bout de la fuite.

Quelle solution finale ? Comment remédier à ces pannes récurrentes ?

La réponse se trouve dans la question que l’on peut se poser : pourquoi les cités minières ne connaissent pas les mêmes pannes ?

Dans l’intérêt des sociétés et de l’Etat guinéen, n’est-il pas opportun que EDG et la SEG de Boké mutualisent leurs efforts pour une fusion avec les services d’eau et d’électricité de la société ? On prrend ce raccourci, mais cela comporte tout un tas de révisions, mais ce serait la solution définitive pour éviter les émeutes à Boké. Les arrêts de production et les infrastructures vandalisées en valent la peine de bien réfléchir.

  • CONDÉ ABOU

    Mon Cher Moise Sidibé, vous mettez le pied carrément sur l’aiguille et puis vous nous demandez de chercher où se trouve la même aiguille ? Votre raisonnement ne va pas droit au but et n’a pas de sens pour séparer les vraies causes des effets secondaires. Pourquoi ?

    Pour la bonne raison que, même si demain matin, le Gouvernement remplaçait les 2 premiers Responsables de l’Electricité et des Eaux, cela ne changerait absolument rien du tout, parce que les vraies causes du problème sont ailleurs. L’Opposition elle aussi, n’est pour rien du tout dans la crise actuelle qui secoue Boké, Kamsar et Kollaboui.

    De toutes façons, personnellement je ne connais ni le Ministre de l’Energie, ni le Directeur Général de la Société publique des Eaux de Guinée, pour pouvoir prétendre les défendre ici de façon injuste. Le problème n’est pas là, Cher Moise Sidibé.

    Pourquoi, vous ne posez pas par exemple, la question fondamentale de savoir que gagnent exactement, les populations locales dans tous ces projets miners ? Quelle amélioration réelle pour les populations, sans aucune démagogie, vous voyez à Sangarédi, à Débélé, à Kamsar ou à Fria ? Elles souffrent énormément et les nouveaux projets miniers aggravent tout simplement leurs conditions de vie misérables.

    Où sont les résultats de 45 années de développement minier dans ce pays ? Pas même un Lycée Agricole dans tout ce pays, pas un seul Lycée technique digne de ce nom, pas un seul hôpital régional de référence, pas de routes nationales viables, pas d’accès à l’eau courante ou à l’électricité, aucun budget digne de ce nom pour faire fonctionner les Communautés rurales ?
    Que cherchez-vous, dans ces conditions, sinon la colère des populations complètement démunies ?

    À quoi sert le discours creux sur ce que le Pouvoir appelle bruyamment “le contenu local” ? C’est quoi cette expression académique savante pour les populations qui manquent de tout ?

    Le culte minier est un désastre pour la Guinée, et les raccourcis que le Pouvoir cherche à tout pix, ne feront que continuer de plonger le pays dans le pétrin, la pauvreté absolu et le chômage massif des Jeunes et des Femmes.

    Regardez ce que dit le Pouvoir et qui est invérifiable de bout en bout. Il dit que la Guinée va devenir le premier pays exportateur de bauxite au monde dans les 2 ou 3 ans à venir. D’abord cela est totalement faux.

    (1)En 2016, l’Australie était déjà arrivée à une production d’environ 82 millions de tonnes de bauxite par an, suivi de la Chine avec 65 millions de tonnes et du Brésil avec ses 34,5 millions de tonnes.

    En 2016, la production de bauxite de la Guinée était estimée à 27,6 millions de tonnes, selon les nouvelles données du Rapport de la Banque Mondiale sur les perspectives du marché des produits de base que j’ai parcourues dans les Statistiques économiques mondiales. En clair, la Guinée est passée de son rang de sixième producteur en 2015 (avec 18,11 millions de tonnes) à celui de quatrième, devant l’Inde.

    Si le plus grand producteur du minerai demeure l’Australie (81,7 millions de tonnes exactement), la Guinée peut probablement envisager une entrée dans le Top 3 en ravissant au Brésil, qui a produit 34,5 millions de tonnes en 2016, son rang de 3e producteur.

    Sinon à l’horizon 2020, il est improbable que la Guinée franchise le seuil des 60 millions de tonnes. Économiquement et techniquement parlant, et à l’allure actuelle où vont les choses, c’est impossible d’aller au delà.

    Comment dans 3 ou 4 ans la Guinée peut-elle devenir dans ces conditions, la première Nation exportatrice de bauxite devant l’Australie qui jouit de tous les avantages comparatifs par rapport à la proximité de ses ports par rapport aux usines qui se trouvent en Chine et par rapport à la puissance de son industrie minière, et à la stabilité politique du pays ?

    Il ne faut pas rêver en surfant sur des hypothèses de travail farfelues, alors que tout peut s’écrouler sur le marché des matières premières à tout moment. L’expérience des phénomènes cycliques du marché international l’a déjà suffisamment prouvé.

    (2)Ensuite, à supposer que leurs fables deviennent une réalité, comment dans 2 zones de production extrèmement pauvres comme Boffa et Boké, la Guinée pourra-t-elle sortir de terre, 80 millions de tonnes de bauxite, sans mettre carrément ces 2 Préfectures dans le pétrin environnemental et agricole ?

    Etant entendu, qu’en parlant de raccourci économique, le moyen de transport choisi par les nouveaux projets miniers notamment Chinois, n’est autre que principalement l’évacuation du minerai de bauxite par les camions et les barges, et non pas par de nouveaux Chemins de fer ? Que restera-t-il de l’environnement et de l’écosystème dans ces 2 Préfectures de Boké et de Boffa à la fin de ces projets ?

    Comment cela sera-t-il possible de faire des résultats économiques et sociaux probants, sans mettre les populations dans l’enfer de la poussière et de la destruction de tout l’écosystème ? Absolument rien ne restera de l’environnement marin et du couvert végétal.

    Quid de l’agriculture, de la pèche et de l’élévage ! Voilà la réalité au delà de tous les fantasmes actuels. Tout ce qui a été dit en termes d’impacts environnementaux par les Sociétés minières, est faux de bout en bout.

    (3)Comment voulez-vous que les populations puissent ne pas se révolter dès l’instant que c’est le Pouvoir lui-même qui a déclaré à la planète entière, le montant du jackpot de 20 Milliards de Dollars US qu’il vient de négocier avec les Chinois sur le dos des populations locales qui n’y trouvent aucun compte ?

    Si vous y voyez le moindre doute, demandez au Gouvernement de présenter le texte de l’Accord Cadre des 20 Milliards de Dollars US et qui garantit effectivement le bien être aux populations locales ! Il sera incapable de le prouver. C’est pour vous dire à quel point la communication du Gouvernement est en grande partie, responsable des problèmes actuels de Boké.

    Moralité:

    Le schéma du Gouvernement ne pourra pas fonctionner. Ce n’est ni une question de main cachée de l’Opposition qui l’empèche de tourner en rond, ni une question de forces occultes. Le Gouvernement fait une fuite en avant, que les populations n’accepteront plus jamais.

    Les populations en 2017, sont loin de ce qu’elles étaient dans les années 70. Elles comprennent leurs droits, et elles ne se laisseront plus faire devant les baillonnettes ou les intimidations et gros mensonges.

    Le seul message qui sera entendu par les populations c’est celui qui démontrera cartes et pièces sur tables, comment l’ensemble des problèmes du développement à la base seront pris en compte et résolus au plus vite par la création avant tout engagement Chinois et autre, des conditions qui rassurent leur accès au bien être, et aux infrastructures économiques et sociales de base qui vont avec. C’est tout un package complet.

    Au lieu de regarder la réalité en face, et de changer de discours politique sur des promesses intenables, le Pouvoir choisit de s’enfermer dans sa logique qui consiste à expliquer l’échec lamentable de sa gouvernance minière en le mettant comme c’est tellement facile, sur le dos des autres. L’avenir nous en dira plus, et puis l’on verra.

    Les mines risquent de devenir une malédiction pour ce pays, exactement comme le cuivre et le cobalt au Congo, et le pétrole au Nigeria. Que Dieu nous en garde. Amen.