Guinée: à quoi servirait le durcissement de la grève des enseignants?

04 décembre 2017 14:14:20
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Depuis maintenant plus de 2 semaines, le jeu du chat et de la souris continue entre le gouvernement et ses associations satellites et le syndicat SLECG noyauté et noyé jusqu’au cou, mais qui tient la route.

 

 

Si, malgré toutes les tentatives d’intimidation conjugués de la part du gouvernement et des syndicalistes « dilués », malgré les actions de sape du mouvement des grévistes par la FEGUIPAE, malgré le brusque silence de la présidente du CES, qui, pourtant, était montée haut au créneau, cette grève n’a pas pu être décélérée, c’est qu’il y a une conjonction d’évènements maladroits dans la gestion de la crise.

Si Alpha Condé et ses ministres « diapo » ne sont pas au bain de la situation, s’ils n’ont pas encore pris la température du terroir, il faut leur rappeler que l’intimidation, la frime et l’esbroufe ne servent plus à rien. Personne n’est mieux informé de cela que le ministre de l’Education, lui-même sorti du rang. La tentative de museler les radios n’a abouti qu’à une synergie de protestation et de contestation bruyante par un silence lourd de signification pendant une journée. L’image donnée à la Guinée a été une image cornée.

Au moment où Alpha  réussit à faire exactement comme Midas, celui qui transformait tout en or tout ce qu’il touchait et qui faillit mourir de faim et de soif, il va risquer de souffrir du Supplice de Tantale car, voir tous ces milliards de dollars, qui auront peur du bruit qui se fait dans son pays, va être enrageant.

Ceci dit comme cela pour une véritable introspection, il faut rappeler aux syndicalistes grévistes que, si la base de leurs revendications est légitime, ils doivent savoir raison gardée. Exiger une augmentation de salaire de plus de 400% est une surenchère abusive. Même si cela avait été envenimé par le discrédit des « syndicalistes d’Etat » désormais connus et indexés par les populations et les vrais parents d’élèves, il est temps de revenir à la case départ e de mettre un peu d’eau dans son vin rouge.

La négociation doit aller pas à pas suivant les possibilités et les disponibilités de l’Etat, qui ne roule pas sur l’or, actuellement. Il ne faudrait pas craindre d’être roulés dans la farine par le gouvernement puisque les syndicats auront une dernière carte en dernier lieu à jouer avant ou pendant les examens de fin d’année. On se rappelle qu’en 2006, les Louis Mbemba Soumah, encore un autre, avaient boycotté les examens, le gouvernement d’alors avait recruté des enseignants de la rue pour aller outre, cela a été ce que ça a été, une année sale pour la formation.

La présidente du CES est aphone et les menaces d’arrestation de Aboubacar Soumah n’ont pas été mises en application. Match nul. N’est-il pas temps de repartir à partir de ce point mort.

En dernier ressort, l’ensemble des centrales syndicales ont fait un tir groupé pour soutenir le « syndicaliste rebelle ». Les centrales avertissent que si les enseignants grévistes étaient sanctionnés, de quelle façon que ce soit, la grève sera généralisée sur toute l’étendue du territoire, comme si cela ne l’est pas encore.

Comme on le voit, il y a de la frime de part et d’autre. Et pendant ce temps, les élèves du Pré-universitaire s’entraînent à l’incivisme. L’avenir est déjà sombre. Les plus de 40 milliards de gauche à droite auront peur du bruit de demain, si cette génération est ainsi éduquée aux mouvements de rue.

On a entendu que le marché de la reconstruction de destructions de guerre en Syrie s’élèverait à 250 milliards de dollars. Les matières premières guinéennes prendront inévitablement une part prépondérante. C’est plus que le moment de se positionner, mais la condition sine qua non est le retour à la normale.

Le gouvernement pourrait-il avaler une partie de la couleuvre géante et les syndicalistes rebelles, l’autre ?