dimanche, 26 mars 2017, 05:21 GMT

kaback-1-copie-copieSituée à cent onze (111) kilomètres de la capitale Conakry, l’île de Kaback est l’une des neuf (9) communes rurales de Forécariah. De par l’existence de vastes plaines rizicoles, ce bout de terre s’ouvrant sur la mer a longtemps vécu sur une économie basée sur l’agriculture ; d’où son titre de grenier à riz. Hélas, un danger environnemental déjà annoncé par la rupture de la ceinture de la digue de protection à quatre niveaux, menace l’existence des 28.105 âmes y habitant.

 

 

Soucieux de vous informer, votre quotidien en ligne, Guineenews, a dépêché une mission sur l’île en danger le mardi 31 janvier 2017.

 

Le premier voyage!

 

kaback9-copie-copie-copiePour se rendre sur cette partie de la Guinée, sous la menace de la mer, le voyageur doit se munir d’une patience de tortue et surtout, avoir des poumons résistants. Des rideaux de poussière se dégagent au passage de chaque véhicule. Une dégradation très poussée de la route à base de latérite, dévoile des nids de poule tendant à être des nids de dragon. Une situation qui transforme un parcours d’une centaine de kilomètres en un voyage de plusieurs heures.

 

« Depuis qu’ils ont rasé cette route, ils ont promis que le bitumage sera fait dans de brefs délais mais jusqu’à présent, la poussière nous nourrit à chaque passage d’un engin roulant », témoigne Fanta Sylla.

 

kaback-5-copie-copie-copieTout au long de la route, il y a en vente des palétuviers découpés, des fruits et légumes provenant des bas-fonds de Kaback. Bintia Bangoura explique ici son quotidien : « je gagne un peu d’argent en vendant de l’aubergine, des noix de coco et des pastèques. Pendant ce temps, mon fils aîné est dans la brousse pour nous chercher des bois de cuisson ».

 

 

Une fois sur l’île dont l’accès a été facilité par la construction d’un pont, une population désemparée et composée en partie d’anciens cultivateurs reconvertis en pêcheurs, vous accueille avec des regards curieux. Et côté climat, un vent chaud (l’harmattan) s’installe peu à peu sur cette île qui, selon les habitants, avait un climat frais il y a de cela quelques années.

 

Une administration, loin du système de modernisation gouvernementale annoncée

 

kaback5A quelques mètres du siège de la sous-préfecture, deux plaques indiquant l’institution administrative souhaitent la bienvenue : l’une par terre et l’autre à sa place initiale. Dans l’enceinte, on découvre un bâtiment digne de l’ère coloniale et qui abrite la gendarmerie, les conservateurs de la nature ainsi que la première autorité de l’île. Avec pour décor, des murs crasseux, des toitures couvertes par de vieilles feuilles de tôle à moitié rouillées par l’effet du sel marin. Une situation déjà peinte dans l’une de nos précédentes dépêches. Lire vidéo:http://(http://guineenews.org/forecariah-des-images-insoutenables-des-batiments-administratifs-de-lere-coloniale-en-ruine/).

 

La digue a lâché, les conséquences sont nombreuses mais à qui la faute?

 

Construite dans les années 1960, une digue dont la ceinture mesurait 9.100 kilomètres, protégeait l’île de Kaback des fortes vagues marines. Malheureusement, depuis six ans, nous confient les autorités de la place, Kaback se fait entourer peu à peu par la mer dès la haute marée, sous le regard impuissant des Insulaires exposés au danger.

 

kaback2-copieAprès une première réparation effectuée durant deux ans par une société chinoise, la ceinture  qui mettait à l’abri l’île-grenier de Forécariah, n’a pas longtemps résisté aux fortes vagues. Il y a eu trois ruptures et plus précisément dans les secteurs de Bakyah, Bômôdyah et Bôssimyah-centre.

 

Pour sauver leurs vies, les habitants de Dembayah  ont fui le village car la localité est presque submergée par l’eau.

 

Djibril Camara, chef du secteur et ancien cultivateur nous a confié ceci: « à partir de la zone de Bakyah qui est foutue, l’eau s’infiltre en grande quantité dans Kaback. Dès la haute marée, nous vivons dans la peur, nous ne pouvons pas dormir car tu as la peur d’être submergé par l’eau et de te faire transporter ailleurs par le courant d’eau. Nul ne peut faire quelque chose lorsque la mer se dirige vers la ville et sans aide. Nous ne savons pas où aller. Nous serons obligés de quitter le lieu qui nous nourrit depuis l’enfance. »

 

 L’eau, parfois, rentre dans le village et elle a atteint la hauteur des murs de l’école qu’elle frappe par sa force et aussi, elle entoure le centre de santé. Le peu de terre qui reste est occupé par nous les Insulaires. Par le passé, le riz, la pastèque, le gombo, la tomate et plusieurs types de légumes étaient récoltés là où nous sommes arrêtés mais aujourd’hui, la partie a été totalement submergée par l’eau de mer », a-t-il renchéri.

 

kaback8-copie-copiePour le sous-préfet, Sékou Koyah Mara, la responsabilité de cette catastrophe environnementale est partagée entre la nature et l’homme. « C’est la population qui coupe la mangrove et non une autre personne. C’est pourquoi je dis que la population a sa part de responsabilité, la nature aussi. L’aspect naturel s’explique par l’éclatement des glaces et chaque année, le niveau d’eau augmente. »

 

Mohamed Lamine Bangoura, chauffeur de taxi-moto, explique son désarroi depuis la rupture de la digue: « nous venions, par le passé, transporter au village et dans ses environs, les produits de nos clients qui y cultivaient des légumes, des céréales et même du riz. Tout ce qui était semé ici, donnait de bonne récolte et c’est ce que nous transportions. Mais depuis que la digue a cédé, nous traversons un moment vraiment difficile car tu n’arrives pas à gagner la recette ou même le prix du carburant consommé par jour. Le transport des aliments semés ici a été interrompu. »

 

Des plaines rizicoles sont recouvertes par la boue, des plantations de légumes et même des bananeraies sont affectées par cette avancée de la mer comme l’a témoigné Bountou Sylla, ancienne cultivatrice. « Difficilement, nous arrivons à subvenir à nos besoins car nous sommes une population composée de cultivateurs à la base. Avec la mer qui rentre dans le village, nous avons perdu nos récoltes et beaucoup vivent de la pêche », dit-elle.

 

Baïlo Sow, chef adjoint de la section environnementale de la préfecture de Forécariah, a quant à lui dénoncé l’atteinte à l’environnement. « Les conditions trouvées sur place sont alarmantes et catastrophiques. Pour renforcer la digue, ils ont utilisé des palmiers naturels qui sont des essences protégées. La coupe abusive des palétuviers est en partie une cause de la rupture de la digue. D’après les paysans, toute la partie rizicole était dans le temps une forêt de mangrove. Ces palétuviers ont été détruits au profit des bois de chauffe et maintenant, ils vivent quotidiennement avec la peur d’une catastrophe.»      

 

Faute d’activités agricoles, la salinisation et la vente de bois de palétuvier nourrissent les insulaires

 

Malgré la mise en place d’un barrage de conservateurs à quelques mètres du carrefour de Maférinyah (Forécariah), le trafic de bois de palétuviers et la salinisation sont devenus les nouvelles activités génératrices de revenus des populations de Kaback.

 

Sur la route menant à Kaback, l’on traverse deux ponts dont les réalités sont les mêmes. On y  retrouve des stocks de bois de palétuviers découpés et mis en vente. Selon Bafodé, rencontré avec une tronçonneuse, les gens vivent du commerce car leurs champs ont été dévastés par la mer.

 

Des zones de salinisation font aussi partie du paysage. Et le plus triste, c’est que d’anciens bas-fonds rizicoles et de culture de légumes ont été aménagés en des fours de cuisson de sel après la remontée saline. « C’est notre source de revenu. Par semaine, nous arrivons à avoir quelques sacs de sel que nous revendons à des femmes qui quittent soit Forécariah, soit Conakry dans l’espoir de trouver dans nos mains ces sacs de sel à bon prix », nous a précisé M’Balia Soumah.

 

Au niveau des cordons placés pour le contrôle environnemental, une corruption organisée par une équipe de conservateurs et de gendarmes, contribue à la coupe abusive et à la commercialisation du bois de palétuviers. Sur place, notre reporter a constaté plusieurs minibus remplis de charbons de bois avec trois personnes à bord et d’autres, transportant des fagots de bois de palétuviers et qui, une fois arraisonnés au barrage, achètent un droit de passage qui varie entre dix mille (10.000) et quinze mille (15.000) GNF.

 

Cette situation nous a été malheureusement confirmée par les agents de la direction préfectorale de l’environnement.


 

Sur la berge, l'on découvre aussi quelques poissons et de crabes morts. Et d'après les villageois, ils sont les victimes de la marée basse.

 

kaback9-copie-copie-copieCes nouvelles activités génératrices de revenus des insulaires de Kaback sont aussi d’autres facteurs qui accélèrent l’avancée de la mer et le changement climatique dans les environs.

 

Mais pour l’heure, il est plus que nécessaire de trouver une solution palliative immédiate car la survie et la vie des Guinéens sont menacées par une mer et par la rupture à quatre niveaux d’une digue de ceinture

 

Cheick Alpha Ibrahima Camara, de retour de l’île de Kaback

 

Cheick Alpha Ibrahima Camara

Correspondant à Kamsar, Basse Guinée. Téléphone : +224-669-153-059

Cheick Alpha Ibrahima Camara