Gouvernance: messieurs les gouvernants, plus de respect et de la considération pour la Culture !

07 septembre 2017 12:12:32
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Ces dernières décennies, les différents gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays ont plutôt consenti de colossaux efforts dans d’autres secteurs au détriment du ministère de la Culture. Au lendemain de sa réélection en 2015, Alpha Condé a décidé de fusionner le département de la Culture et du patrimoine historique et celui des Sports.

Un pouvoir discrétionnaire que l’opinion publique est sommée de concéder au locataire de Sèkhoutouréya. Sauf qu’à observer la démarche des dirigeants, l’on se rend aisément compte de leur manque de considération à l’égard du secteur culturel qui reste le parent pauvre du gouvernement, alors que les efforts sont beaucoup plus orientés vers les Sports.

En témoigne l’omission du secteur de la Culture par l’ancien Premier ministre Mohamed Saïd Fofana lors de la présentation de la politique générale de son gouvernement en 2014 à l’Assemblée nationale. Mais aussi la faiblesse du budget alloué à la Culture au détriment des Sports en 2016, soit 12 milliards contre 120 milliards. L’écart parle de lui-même.

Mais pour qui connaît ce que revêt la Culture en termes d’importance, l’on est tenté de crier à l’injustice. Sinon, combien de trophées ont été remportés à l’échelle mondiale par les acteurs culturels du pays ?

Inutile de se lancer dans l’histoire. Mais rien qu’à prendre l’histoire récente de la Guinée, l’on peut entre autres citer les Prix Rfi Découvertes remportés par Sia Tolno et Soul Bang’s, respectivement en 2011 et 2016, la couronne de la Miss Cedeao raflée par Mariama Diallo, le Prix Impulse it arraché de haute lutte par Soul Bang’s en 2015, la distinction décernée à Moussa Doumbouya, ‘’Petit Tonton’’ lors des 8èmes  Jeux de la Francophonie dans la catégorie ‘’Conte’’, ainsi que le récent sacre de Miss Africa Continent obtenu par Mlle Asmaou Diallo.

Alors dans quelle discipline sportive la Guinée excelle-t-elle le mieux ? Sa récente participation aux Jeux olympiques de Rio n’a été sanctionnée que par une médaille de figuration, puisque le tricolore guinéen a tout de même flotté au Brésil. Heureusement qu’en Côte d’Ivoire, Mlle Fatoumata Yarie s’est adjugé une médaille lors des joutes de la Francophonie tenues à Abidjan.

Contrairement à l’espoir né après la victoire in extremis obtenue le 31 août dernier en match-aller des éliminatoires de la Coupe du monde 2018 contre la Libye, le Syli national de Guinée a lourdement déçu les millions de férus du sport-roi avec cette défaite concédée le lundi 4 septembre à Monastir sur la marque d’un but à zéro. Parce que finalement cette défaite signe inéluctablement l’élimination pure et simple des poulains du coach Kanfory Lappé Bangoura de la course à la qualification de la Coupe du monde 2018. L’équation était simple : à partir du moment où le Syli national avait remporté le match aller le 31 août, il devrait impérativement gagner les 3 dernières rencontres à livrer, notamment contre la Libye, la Tunisie et la RD Congo.

Ces victoires auraient pu lui permettre de recoller à la tête du groupe pour prétendre une éventuelle qualification en cas de défaite de la RDC ou de la Tunisie. Malheureusement, ce scénario n’est plus possible avec la défaite concédée lundi soir à Monastir. «C’est bien dommage pour ce groupe qui méritait peut-être de disputer une phase finale de Coupe du monde, parce que figurez-vous que nous avons régulièrement participé aux éliminatoires. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas pu franchir le cap d’une phase finale de Coupe du monde», regrette l’analyste sportif et banquier Thierno Saidou Diakité.

«Ce qui a essentiellement manqué aux poulains de Kanfory Lappé, c’est l’engagement et la détermination. Curieusement, les Libyens étaient plus déterminés et engagés lors de la rencontre. Ils tenaient beaucoup plus à la victoire que nos footballeurs. C’est ce qui est un peu surprenant, du moment où on avait impérativement besoin de la victoire pour nous relancer dans la qualification. Les joueurs étaient quelque peu timorés, dépassés par le match. Ils ont produit un jeu quelque peu approximatif. Et rien ne réussissait», dresse-t-il comme regard. L’édition du Mondial 2018, les Guinéens la suivront donc à domicile.

Mais à côté, la Culture se bat autant qu’elle peut pour vendre l’image du pays. De l’avis du journaliste culturel et correspondant de Couleurs tropicales de Rfi, Aly Bongo Léno, si les dirigeants voient plus loin qu’au bout de leur nez, ils doivent savoir que la Culture est 10 fois plus rentable que les activités sportives.

«Aujourd’hui, on voit des pays comme le Nigeria et l’Inde qui font de grands progrès dans le domaine de la Culture, notamment à travers le cinéma. Aux Etats-Unis, ils n’ont pas un ministère de la Culture. Mais Dieu seul sait combien de fois la Culture apporte à ce pays. La France qui est notre référence, le revenu annuel généré par la Culture est 7 fois plus que le revenu sur la vente des automobiles», énumère-t-il tout en s’insurgeant contre le fait que les autorités du pays utilisent les artistes pour des fins de politique politicienne que d’avoir une politique d’aide à la promotion de ceux-ci ainsi que de leurs œuvres.

«Si on réfléchit bien et qu’on mette des moyens à la disposition de la Culture, la Guinée peut faire de bonnes choses. Mais si on n’a pas de dirigeants aussi éclairés, on ne pourra jamais s’en sortir. Car, autant les matches de football mobilisent, autant les activités artistiques et culturelles peuvent mobiliser. On a vu ici des activités culturelles remplir le stade de Nongo et du 28-Septembre. Alors, je résume tout cela à un manque de clairvoyance et de volonté politique», conclut le journaliste.

Au lendemain de l’accession de la Guinée à la souveraineté nationale le 2 octobre 1958, les 3 mois de salaire des fonctionnaires ont été payés grâce aux cachets de prestations des célèbres Ballets africains de Keita Fodéba. Ces mêmes Ballets africains ont participé à l’équipement, tous les deux ans, de chaque préfecture en instruments de musique, à la mise en place d’orchestres fédéraux, équipés grâce à leurs cachets de prestations.

Aussi, les équipements sportifs de toutes les disciplines confondues émanaient des cachets de prestations des Ballets africains, qui étaient transformés en marchandises pour que les Ballets puissent jouer dans certains pays et qu’en contrepartie financière, des équipements soient mis à la disposition de la Guinée afin que celle-ci puisse développer une politique sportive cohérente.

Présentée comme un scandale géologique où toutes les ressources -ou presque-, se sont donné rendez-vous, la Guinée continue de s’illustrer dans l’incapacité notoire de ses dirigeants à assurer une meilleure vie à sa population. Ce, dans tous les domaines, notamment dans le secteur culturel. Parce que rien que le site touristique samorien à Kérouané, le Sosso Balla à Niagassola, les ports négriers de Farényah à Boffa et à Kassa, entre autres, le pays peut tirer son épingle du jeu et drainer plusieurs milliers de touristes par an. En ce sens ces sites restent de véritables pôles d’attractions de touristes. Et donc, des sources de financements.

Le tout nouveau promu à la tête du département de la Culture, Sanoussy Bantama Sow, se penchera sur ces sites à restaurer ? L’avenir nous édifiera davantage. Toujours est-il que le successeur de Siaka Barry donne comme l’impression de s’inscrire dans cette logique en initiant de faire l’inventaire du patrimoine historique et culturel. Sauf qu’en Guinée, c’est toujours beau quand c’est nouveau. Le bilan à présenter par Bantama Sow passe donc par là en premier chef. Le chouchou d’Alpha Condé n’a donc pas droit à l’erreur.