Géopolitique: pourquoi le pape n’a pas pu résoudre le problème des Rohingyas en Birmanie?

04 décembre 2017 14:14:12
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Le difficile, voire l’impossible retour des Rohingyas expulsés, ou qui ont fui la violence de la Birmanie pour le Bengladesh est définitif. Aucun Dieu, encore moins un pape, ne pourra plus ramener le statu quo en Birmanie. Les médias ont longtemps glosé sur le laxisme ou la complicité de Aung San Suu Kyu, pour la pousser à une réaction d’orgueil  contre les militaires, qu’elle avait pourtant bravés dans sa lutte pour l’Etat de droit et la démocratie dans son pays.

Mais tout semble faire croire que le prix Nobel de la paix de 1991 n’a plus le cœur à l’ouvrage pour la lutte et pour défendre son prix. On peut la comprendre. Longtemps prisonnière et mise en résidence surveillée sans que ceux qui la soutenaient et l’exhortaient dans son combat ne puissent la tirer des griffes de la junte birmane qui finira par l’élargir et lui faire participer au gouvernement, ce que le Dallai Lama n’a pas eu, lui qui avait d’abord lutter farouchement pour l’indépendance du Tibet, puis, en mettant de l’eau dans son vin, n’a demandé seulement que l’autonomie sans plus de succès, pis encore, il s’est vu abandonné par toutes les capitales occidentales sous l’implacable pression de la Chine et le voilà enfin qui a jeté l’éponge.

Aung San Suu Kyu est d’abord et avant tout une nationaliste patentée vu que le combat est aussi inégal sinon plus risquant que celui du Dallai Lama.

Ensuite, en plus de cette question politique sensible, l’affaire des Rohingyas est religieusement exacerbée à fleur de peau par les attentats djihadistes dans le monde. On ne parlait  de Rohingyas en Birmanie que superficiellement comme les Gens du voyage, des Roms et Tsiganes en France, mais depuis la naissance de l’Etat islamique, les Rohingyas se sont vus indexés comme minorité ethnique venant d’ailleurs et qui veulent s’affirmer sur le plan national en Birmanie. Que se passerait-il si les Roms en faisaient autant, en France ?

Dans un documentaire sur TV-5 ou France 24, on ne sait plus, il y a deux ans, les Birmans voyaient les Rohingyas comme leur parfait contraire. C’est-à-dire que fondamentalement tout et tout les divisait. Après réflexion, il était visible que la cohabitation ne pouvait plus durer. Et comme pour ne rien arranger, les Rohingyas faisaient tout dans la provocation avec arrogance. Les dernières violences n’ont été que la réponse aux attaques des Rohingyas.

Les Chrétiens  et les Bouddhistes, qui ne se regardaient déjà pas comme des alliés parfaits, sont obligés de former bloc contre les musulmans. Et ceci n’est pas étranger à ce qui se passe en Chine où les Ouïghours se font entendre de temps en temps, or, la Birmanie est le bras prolongé de la Chine. Les stratèges politiques ont plus d’arguments à donner sur le sujet.

Si les 620 mille Rohingyas ont pris le chemin du Bengladesh, rien ne dit que le reste ne va pas les suivre parce que tout sera fait pour leur rendre la Birmanie invivable. Il n’est pas sans crainte pour les chrétiens, qui ne jouissent pas pleinement de leur autonomie, qui ne sont tout juste tolérés. Sans prendre connaissance profonde du problème, le pape François 1er,  qui n’a pas l’habitude de rabâcher ses mots, a donné sa langue au chat sur la question pour ne pas mettre à dos ses fidèles chrétiens avec la communauté bouddhiste majoritaire, à condition que les chrétiens de Birmanie ne s’immisce pas dans les affaires politiques et qu’elle marche sur des œufs.

Cela est probablement compromis, puisque le pape, qui a su tenir sa langue à deux mains tant qu’il était en Birmanie, l’a lâchée lestement et a demandé pardon aux Rohingyas. Espérons que les généraux birmans ne voient pas morveux en ce pardon.

Enfin, que signifie le fiasco de la visite de François 1er ? Doit-on s’attendre à un coup de froid entre la Birmanie et le Bengladesh. Cette question est importante car, en cas d’attentats terroristes prochainement contre la Birmanie, le risque d’escarmouches entre les deux Etats n’est pas à négliger. De ce fait, une mêlée générale dans la région n’est pas à éluder. L’Inde et le Pakistan sont éternellement à croupetons l’un en face de l’autre, la question religieuse n’y est pas pour rien.