Géopolitique : peur raisonnée ou phobie des référendums séparatistes?

30 septembre 2017 18:18:12
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L’ère des référendums séparatistes comme l’air du temps, est changeante. En 1958, suivant et respectant la charte de l’ONU sur l’autodétermination des nations et des peuples, le général de Gaulle proposa et suggéra un référendum sur le « ‘’OUI’’ ou le ‘’NON’’ à la Communauté franco-africaine.

Des Guinéens révolutionnaires avaient vu qu’une cage dorée restera toujours une prison. Le ‘’NON’’ de la Guinée à De Gaulle a été et reste retentissant, les conséquences de part et d’autre, aussi. Et comme De Gaulle était un unioniste incohérent et un séparatiste incomplet, il était allé clamer haut et fort à Montréal : «vive le Québec libre et indépendant » et pendant ce temps, la Guinée était toujours dans son collimateur. Les historiens devraient se pencher sur ce côté disjoncteur du général…

On a vu des mouvements semblables qui sommeillent ou qui sont tombés dans l’oubli au Canada, en Belgique, en Corse et un peu partout actuellement, le référendum pour l’autonomie des Kurdes irakiens fait peur, surtout que celui des Catalans pour l’indépendance est plus déterminé à se tenir que jamais et que les Corses attendent de voir la direction du vent.

Pourquoi cette reviviscence brusque ?

La flamme des séparatistes et indépendantistes ne pourrait se raviver que pour trois raisons possibles : l’identité bafouée, l’égoïsme politique et l’inégalité économique. Tous les peuples de la terre vivraient en harmonie ensemble s’ils bénéficient des mêmes avantages et sont soumis aux mêmes contraintes nationales. Dès qu’on parle de « minorité ethnique », il y a fracture sociale.

Les Rohingas par exemple sont ségrégués et mis au ban de la société Birmane parce que les bouddhistes ne les voient faire que le contraire d’eux, ils en sont viscéralement allergiques. Demander à Aung san Suu Kyi, en dépit de son prix Nobel de la paix d’intervenir en faveur de ces Rohingas, c’est lui demander d’être en porte-à-faux avec sa propre société, même son peuple lui désobéira.

Soumettre les Kurdes après leur référendum réussi à une chape de plomb implacable, c’est les pousser d’aller de Charybde en Scylla qui déboucherait sur le vandalisme pour terminer en sabotages, attentats terroristes, vu que déjà ils sont considérés comme des terroristes. Les pousser au fait ?

 Les kamikazes japonais de la deuxième guerre mondiale avaient pressenti que la guerre était irrémédiablement perdue, ils se sont transformés en bombes volantes pour s’abattre sur les bâtiments américains, c’étaient de vrais héros. Certains peuples préfèrent la mort à l’humiliation

Dans un passé très récent, sous le général Lansana Conté, on avait entendu parler d’une velléité de sécession d’une partie de la Guinée par un mouvement appelé « Union manding » et une autre union en projet « Hal Pular ». Ces deux embryons d’organisations voulaient réunir tous les Malinké et les Peulhs de toute la sous-région. Beaucoup avaient eu peur, d’autres, point du tout. Ces derniers avaient raison car, les Mandénkas de Guinée qui n’ont pas les mêmes mœurs, us et coutumes que les  Djoulas de Côte d’Ivoire, que les Bambaras du Mali ou que ceux du Burkina, ne pourraient former qu’un grand ensemble hétérogène avec des dissensions. Il en serait de même des Peulhs du Macina ; du Fouta Toro et du Fouta Djallon. Un Bah-Diallo de Guinée est différent d’un autre du Cameroun ou du Burkina et du Sénégal. En tout cas, le général Lansana Conté n’avait pas été ébranlé par la rumeur mais Paul Biya n’est pas serein avec les  remous de la partie anglophones de son pays. Ces remous ne se seraient jamais produits si tous les Camerounais étaient pris et toisés sur le même pied d’égalité.

Qu’en est-il des Kurdes d’Irak, de Syrie, d’Iran et de Turquie ?

La question se pose puisque tous ces pays sont en guerre et chacune des entités kurdes dans ces pays ne bénéficierait pas des mêmes droits et devoirs que les majorités dans ces pays. Dans le passé, les Kurdes d’Irak avaient été bombardés par Saddam Hussein au gaz moutarde pour avoir voulu profiter des frappes américaines dans « Tempête du désert » du père Bush pour s’affranchir de sa tutelle. Dernièrement, ils ont tenté un coup fumant en Turquie contre Erdogan, la purge n’est pas terminée. Auparavant, c’était une coopération internationale des services secrets de Turquie, des USA et d’Israël qui étaient allés dégotter Abdoullah Ocalan en Ouganda.

 Si les kurdes sont nombreux et sont de redoutables combattants, leur union sur les différents fronts peuvent faire peur, pas leur unité, mais les empêcher de s’unir alors que c’est une impérieuse nécessité pour eux, sans des mesures de compensation et d’intégration effective, c’est produire une frustration générale. Comment les apaiser ? La réponse est dans le texte.

 Quant aux Catalans, on peut se demander si leurs responsables ne font pas fausse route parce qu’ils ne pourront pas vivre en autarcie. A supposer qu’ils décident contre vents et marées de rompre avec Madrid, que dira Bruxelles, les admettre comme 28ème membre, à la place laissée par les Anglais ? Cela n’est pas évident.

On a vu Theresa May, la Première ministre d’Angleterre, qui a provoqué l’éjection de David Cameron parce que celui-ci était laxiste avec le Brexit et qui a promis de faire mieux, vite et radical, la voilà dégonflée dans la composition d’un gouvernement hétéroclite dans lequel elle a perdu des plumes et la voilà qui demande audience et pardon pour un Brexit à l’amiable. Espérons que les dirigeants catalans ne tombent pas dans le même pétrin, parce que ça ne sera pas le feu du même bois.

 A contre-courant, après avoir déposé les armes, vont-ils les reprendre ? La question reste posée.

Des référendums, il faut en avoir peur, parfois, à cause des majorités négatives, mais dans ce cas comment faire pour être en harmonie avec la charte de l’ONU, qui prône la libre autodétermination des nations et des peuples, faire comme De Gaulle ?

 

  • CONDÉ ABOU

    Quelle tristesse et quelle lecture de l’histoire contemporaine ! Vous en voulez-vous pour rien du tout au Général De Gaulle, un homme d’Etat qui n’a jamais menti à l’Afrique, et qui n’est pas à l’origine des vrais problèmes de la Guinée, à moins de vouloir faire de la falsification de l’histoire.

    Il faudrait absolument faire la part des choses entre les responsabilités individuelles du Général De Gaulle, en tant que figure emblèmatique qui a sauvé la France durant la 2ème guerre mondiale avant de devenir le fondateur de la 5ème Republique en 1958 d’une part, et de l’autre, celles des Responsables des puissants réseaux et Services Secrets nostalgiques de l’ère coloniale ainsi que les Chefs d’Etat de certains pays voisins de la Guinée et qui n’ont jamais pardonné l’arrogance des leaders politiques Guinéens conduits par le Président Ahmed Sékou Touré.

    Sans cette distinction, vous risquez de ne rien comprendre à ce qui s’est passé en 1958 dans les 2 anciennes AOF et AEF, et de tomber dans des amalgames dangereux et contre-productifs.

    Le Général De Gaulle, a été il est vrai, très déçu de la tonalité du discours qui lui a été adressé durant l’accueil qu’il avait reçu le 25 Août 1958 à Conakry. Mais, depuis il n’a jamais entrepris spécialement et personnellement une déclaration de guerre contre la Guinée. Les vrais ennemis du nouveau pays indépendant, étaient bien connus du Président Ahmed Sékou Touré lui-même.

    Il savait parfaitement que ses pis ennemis étaient en Afrique, et non en France où il pouvait compter sur beaucoup de ses soutiens politiques au sein de la Gauche Française et qui étaient farouchement opoosés au colonialisme. Relisez attentivement l’ouvrage impartial du Diplomate André Lewin pour que vous compreniez la vérité sur cette page difficile de l’histoire politique de la Guinée.

    Référendum ou pas référendum en 1958, le plus grand malheur de la Guinée, est venu du fait que les progrès économqiues de la Guinée ont été très faibles par rapport à ceux de ses voisins, notamment la Côte D’Ivoire qui a multiplié par 4 les revenus des paysans Ivoiriens en l’espace de 20 ans.

    Prenez les chiffres de la Banque Mondiale durant les années 60 et 70, les taux de croissance économique en Guinée, étaient de l’ordre de 3 pour cent sur une longue période, en dépit des bonnes intentions des nouvelles autorités politiques qui sont venues au pouvoir en 1958. Vous pouvez les vérifier dans toutes les statistiques économiques de la Banque Mondiale.

    L’origine du mal de la Guinée, se trouve à ce niveau et non au fait que le Général De Gaulle qui aurait joué au malheur de la Nation Guinéenne. Cette théorie du complot personnel du Général
    De Gaulle, est complètement fausse et inacceptable pour le bon sens.

    L’idéal de l’indépendance politique de la Guinée voulu par les jeunes leaders politiques conduits par le Président Ahamed Sekou Toure était formidable, et je ne vois comment peut-on, ne pas saluer cet exploit historique.

    Malheureusment, au plan des résultats économqiues et de la cohésion sociale interne du pays, le pays a raté énormément d’occasions, alors que sur le plan des relations internationales, c’est tous les pays anti-coloniaux y compris les USA qui ont soutenu le nouveau régime dans un contexte mondial plomnbé par la guerre froide Est-Ouest

    Sinon et pour revenir à votre papier, pourquoi, l’Ethiopie a perdu l’Erythrée le seul endroit de son territoire qui lui donnait accès à la mer d’ailleurs, et est arrivée pourtant à se hisser au niveau actuel de ses performances économiques extraordinaires depuis la chute du Roi Hailé Selassié en 1974 et la fuite du Lieutenant Colonel Mengistu Hailé Mariam en 1991 ?

    Personne ne pouvait imaginer que l’Ethiopie (presque 100 millions d’habitansts) connue pour ses longues années infernales de famines et ses catastrophes naturelles (sécheresses et inondations), pouvait arriver au niveau actuel avec seulement le leadership de la minorité ethnique Tigréenne qui ne fait même pas 7 millions d’habitants ! Pourquoi ?

    Tout simplement à cause de la solidité de la gouvernance arrivée en 1991 et de la très bonne tenue de l’économie Ethiopienne depuis le renversement du régime communiste du Lieutenant Colonel Menguistu Hailé Mariam en 1991. L’Ethiopie a éclaté carrément en perdant l’Erythrée, mais elle reste debout.

    Pourquoi l’Union Africaine a fait de l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme, et en même temps, a accepté, l’éclatement du Soudan du Sud, et a refusé finalement l’autonomie et l’indépendance du Sahara Occidentale avec le Polisario ?

    Qui à l’Union Africaine ose parler de l’indépendence de la province du Cabinda en Angola, alors qu’il y a des décennies depuis que les autonomistes du FLEC (Front de Libération de l’Enclave du Cabinda) s’y battent et continuent de mourrir au vu et au su de tout le monde ? Tout le monde sait aussi qu’une bonne patie du pétrole Angolais vient de cette très riche ancienne enclave Portugaise ?

    Pourquoi, personne na’ levé le doigt suite à l’éclatement de al Guinée Bissau et des Iles du Cap Vert ? Pourquoi, l’Union Africaine n’ose-t-elle pas parler de l’indépendence du Biafra, alors que les mouvements indépendantistes de cette région du Nigeria continuent jusqu’à présent de s’y battre ?

    Le MFDC en Casamance dans le Sud du Sénégal fait la guerre depuis 1982 pour obtenir l’indépendance de cette partie méridionale du Sénégal. Sur quelle tribune du monde, est-il écouté pour ses velleités indépendantistes bien connues ?
    Quid des mouvements séparatistes de l’Azawad au Nord Mali, qui rèvent de leur indépendance eux aussi !

    L’histoire des scessessions, des référendums et autres modifications des frontières a ses raisons que le Droit Intentional ne connait pas parfois. Chaque pays est un cas d’école à part.

    Le Kosovo, la Croatie, la Macedoine et la Serbie en ex-Yougoslavie, le Kurdistan Irakien, l’Ile de Chypre entre Grecs et Turcs, les Timores Est contre l’Indonesie,le Bangla Desh contre le Pakistan en 1971, et aujourd’hui les Royinghas de Birmanie, chaque pays est different de l’autre. Peu importe, le continent du conflit. Parfois la chance est avec certains, et parfois elle n’y est pas pour d’autres. Ainsi va le monde.

    CONCLUSION ET MORALITÉ:

    Le Général De Gaulle n’a absolument rien à voir avec la situation économique générale de la Guinée depuis le référendum du 28 Septembre 1958.

    C’est aux Guinéens d’assumer leurs propres responsabilités devant l’histoire et de ne pas faire porter aux autres les chapeaux de leurs échecs ou de leur bilan.

    Le leadership politique dans le pays, devrait s’inspirer de façon intelligente des fondamentaux suivis par les leaders politiques dans un autre pays comme Singapour (719 km2 avec une population de 5,5 millions d’habitants) depuis la séparation de cette Ville-Etat de la Malaisie en 1965. Les exemples ne manquent pas dans le monde depuis la fin de l’époque coloniale.

    Il ne sert à absolument rien du tout de rester à faire le pleurnichard éternel sur son propre sort, comme si, ce sont les autres qui nous empèchaient de créer de la richesse et les emplois dans notre propre pays !

    Il est indéfendable après bientôt 60 ans que le Référendum de 1958 a eu lieu en Guinée, que nous soyons parmi les derniers de la classe en Afrique en matière de progrès économique.

    Le discours pleurnichard sur les responsabilités personnelles du Général De Gaulle ou même sur celles de la France dans l’échec économique de la Guinée, me parait ridicule et lamentable. Ce genre de disocurs ne servira à strictement rien du tout pour faire avancer la Guinée.

    Le choix du Non en 1958 par la Guinée était formidable. Notre devoir est de l’assumer et d’y réussir sur tous les plans: politique, économqiue et social, pour que le monde entier nous respecte. Ni plus ni moins.