Géopolitique : entourloupes en Mer de Chine

06 juillet 2017 11:11:56
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 La gestion médiatique des différents conflits a des prises de position qui font dire qu’elle est, on ne peut plus, partiales. Les bavures en Syrie ont été nettement dénoncées comme crimes de guerre et autres termes pour diaboliser les forces de Bachar Al-Assad. L’on en a fait très peu cas de ce qui s’est passé en Irak, si l’on ne l’a pas éludé avec dessein.

De là, toute moralisation sur l’indépendance de la presse n’est que partisane. Quant à la presse propagandiste d’en face, elle n’en fait pas moins dans l’autre sens. La recherche de la vérité dans un conflit idéologique relève d’une gageure pour les analystes. Mais en mettant les différentes informations ensemble, les analystes peuvent séparer la bonne graine de l’ivraie.

Ainsi, ce qui se passe en Mer de chine est un sujet explosif, mais l’on en parle que si peu et les choses se dégradent de jour en jour. L’agacement est au paroxysme et l’irréparable pourrait venir d’un rien quand on voit les protagonistes qui se défient de façon inconsidérée.

Entre « le Loup et l’agneau » et « La Chèvre de monsieur Séguin », on ne sait quel titre attribuer aux évènements qui sont en train de se produire en Mer de Chine.

Donald Trump, dans sa schizophrénie,  s’est mis le monde entier à dos. Sa position pourrait être comprise si on fait appel à l’empathie politique et non partisane : les USA sont à l’origine de la création de l’ONU, donc, le plus grand bailleur.

Les spécialistes nous diront à quelle hauteur s’élèvent leurs différentes contributions pour le fonctionnement des différents organismes qui composent l’organisation du monde. Or, ce grand bailleur, qui vit au-dessus de ses moyens, est endetté jusqu’au cou. On parle de 3000 milliards de déficit. C’est-à-dire que les Etats-Unis dépensent plus que les recettes. Le manque à gagner est dans les 3000 milliards. Toutes les administrations américaines qui se sont succédé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale ont joué à engranger des prestiges creux. Cela n’a rien servi d’être vu comme le plus prestigieux du monde, quand l’économie stagne.

Cette politique de « gendarme du monde » devait cesser depuis la chute du Mur de Berlin, mais les dirigeants américains ont continué de plus belle jusqu’à la grande crise financière de 2008. Le réveil n’a pas été facile, la relève non plus.

Barack Obama s’en est rendu compte dans l’exercice du pouvoir pour procrastiner tant qu’il a pu dans la mise en place de son plan-phare de campagne : Obama care, qui, comme tant d’autres, ne feront qu’enfoncer les USA. Mais au nom d’une politique sociale et progressiste vaille que vaille, advienne que pourra, il l’a fait. Donald Trump voit tout cela comme un désastre pour vouloir tout balayer d’un revers de manche.  Dans les relations de commerce transatlantique, dans l’OTAN, il voit que les USA sont lésés, d’autant que la position de leader n’est qu’une position gonflante qui ne contient que de l’air, il veut tout rétablir de façon brutale, mais n’a-t-il pas une part de raison ?

Seulement, Trump veut déshabiller Paul pour habiller Pierre. S’il veut l’égalité et la parité avec tous ses partenaires, il veut aussi prendre les devants comme leader qui fait tout de façon unilatérale et sans concertation. On a vu qu’il a frappé la Syrie alors que c’est l’allié de son grand allié, la Russie, et, sans que rien ne soit évident, il menace de récidiver. En outre, un tas de ses cafouillages fait penser à l’incohérence de ses actions, à moins que ce ne soit de la frime.

C’est ainsi qu’il a transféré ses menaces en Mer de Chine, la zone où le repositionnement stratégique bat son plein depuis la fin de la guerre froide et où la Corée du nord joue au « délégué trublion ». On voit bien que les Etats-Unis veulent toujours garder la main dans cet azimut. Le Vietnam a retrouvé son unité, grâce au Bloc Socialiste avant la fin de guerre froide, l’Allemagne a retrouvé l’unité à la chute du Mur mais pas la Chine et la Corée, ces deux pays voient le Japon comme un des responsables de leur division. La Russie qui est victime de la fin de la guerre froide, est réduite à la portion congrue de son immense territoire transcontinental. Il y a mauvaise humeur partout.

Si dans de telles circonstances, Donald Trump qui est, soit dit en passant, un stratège aliboron, veut jouer les gros bras dans cette région, alors que tous les pays sous pression se sont armés tant soit peu, oubliant qu’hier n’est pas aujourd’hui, il risque de se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude.

Quelques facteurs permettent de soutenir cette thèse : en cas de déflagration, il n’est pas certain que tous les pays de l’OTAN le suivent comme un seul caniche, il n’est pas encore certain que la Russie et la Chine restent les bras croisés. Si Trump frappe la Corée du nord, ce serait un autre conflit qu’on n’ose pas qualifier pour le moment.

Déjà, tous les ingrédients sont réunis. La Russie à croupetons serait à un doigt d’écraser l’Ukraine pour avoir ses arrières tranquilles, la Pologne aurait des soucis ; la Chine sur le pont ne se retiendrait pas par quatre pour ne pas bondir sur Taïwan à cause des agitations à Hong-Kong, le Vietnam également aurait des soucis ; la Corée du nord n’attendrait que ça et ne pourrait plus se retenir de faire ce qu’elle a envie de faire depuis toujours, c’est-à-dire en finir une fois pour toutes avec la Corée du Sud.

 Donald Trump sait qu’il ne fera pas le clown, parce que si tous ces fronts s’ouvraient instantanément, il ne pourrait pas faire face et tous les comptes et contentieux seraient soldés pour un nouvel ordre mondial, une nouvelle monnaie-refuge, une nouvelle ONU…

Un vrai scénario de film d’anticipation à réaliser.

Cela, la Corée du nord et tous ses alliés le savent et l’attendent. Toutes les condamnations diplomatiques de la Corée du nord par la Chine et la Russie aux Nations-Unies ne sont que diplomatiques.

Trump a dépêché une armada pour faire du vent en Mer de Chine. Kim Jong Un, en vrai trublion, a fait comme la chèvre de monsieur Séguin. Cette chèvre n’est pas comme l’agneau de La Fontaine qui se laissa emporter par le loup. Elle avait donné des coups de cornes et de pattes toute la nuit à toute une meute de loups qui l’assiégeaient jusqu’au matin. Outrepasser l’ultimatum jusqu’à lancer un missile le jour de l’indépendance des Etats-Unis et que cela reste de glace n’est pas donné à n’importe qui, Donald Trump, même exaspéré jusqu’au délire le sait et se retient par… six. La folie du 21ème siècle serait de frapper la Corée du nord.

A bon chat bon rat, dit le proverbe.

Moïse Sidibé

  • CONDÉ ABOU

    Cher Monsieur Moise Sidibé, vos arguments sont indéfendables sur tous les plans au regard du contexte régional, historique et politique.

    Les Chinois ont beau être nos amis de longue date, de quel droit, peut-on fermer les yeux sur ce que leur régime communiste a fait subir en termes de guerre et de conflits territoriaux avec tous ses voisins, depuis leur arrivée au pouvoir en Octobre 1949 ?

    Cela n’est ni de l’affubulation, ni une invention des Américains. Ce sont des faits attestés par l’histoire de la Chine Communistes et qu’aucun historien ou enquêteur ne sauraient remettre en cause.

    (1)La Chine est entrée en guerre en Automne 1962 contre l’Inde à cause d’un conflit territorial dans lequel elle est sortie victorieuse en confisquant à l’Inde plus de 43.180 km2 de territoire.

    Le conflit portait sur deux portions de la frontière : l’Aksai Chin (43 180 km2) à l’Ouest et l’Arunachal Pradesh (90 000 km2) à l’Est. L’Inde les considère comme partie intégrante de son territoire national en vertu de l’héritage frontalier légué par l’Empire britannique des Indes.
    La Chine, elle, récuse la légitimité de ces tracés « coloniaux » et estime que les deux zones sont une extension de ses propres régions du Tibet ou du Xinjiang.

    A l’issue de ses percées victorieuses de 1962, Pékin avait imposé sa souveraineté sur l’Aksai Chin tout en retirant ses troupes de l’Arunachal Pradesh, permettant ainsi à New Delhi d’y rétablir sa tutelle.

    Depuis, le statu quo prévaut mais le litige n’en finit pas d’empoisonner la relation bilatérale, l’Inde réclamant le retour de l’Aksai Chin (qu’elle considère comme appartenant à la région du Ladakh intégrée dans l’Etat du Jammu-et-Cachemire) tandis que la Chine continue à revendiquer l’Arunachal Pradesh (appelée « Tibet du Sud »), qui héberge le fameux monastère bouddhiste de Tawang.

    (2)En Mars 1969, la Chinois ont failli basculer dans la guerre contre les Russes à propos des îles Tchenpao au Nord-Est de la Chine. Là, il a fallu beaucoup de tacts du régime Soviétique de l’époque pour éviter une grande guerre entre les 2 plus grands pays du bloc communiste, la Chine et la Russie.

    (3)Le Viet Nam et la Chine. Les escarmouches sont parfois meurtrières, comme en 1974 et en 1988, entre les deux pays, et jusqu’à présent le sujet n’est pas règlé. Les Chinois le savent plus que tout le monde.

    En octobre 2011, l’Inde a signé avec le Vietnam un accord relatif à l’exploration conjointe de deux blocs, potentiellement riches en pétrole et gaz, en mer de Chine méridionale. Pékin, qui revendique la souveraineté sur cette zone, a très mal réagi, estimant que New Delhi aurait dû lui demander l’autorisation avant que la compagnie indienne ONGC Videsh Ltd (OVL) ne commence son exploration.

    Le chef de la marine de New Delhi a répliqué qu’il saurait protéger les intérêts indiens dans la région. Il n’est pas exclu que la récente poussée de fièvre sur la frontière de l’himalaya, soit une manière indirecte pour Pékin d’exprimer son courroux face au nouveau jeu de New Delhi en mer de Chine méridionale.

    (4)Les 2 éternels frères ennemis le Pakistan et l’Inde depuis la fin de la colonisation par la Grande Bretagne. Connaissant la situation explosive entre ces 2 pays en raison du conflit du Cachemire, dites-nous qui a aidé le Pakistan à se doter de la haute technologie militaire qui lui a permis de fabriquer sa propre bombe atomique ?

    Au lendemain de la guerre de 1962, la Chine a commencé à resserrer ses liens avec le Pakistan – rival historique de l’Inde – en vertu de l’adage « L’ennemi de mon ennemi est mon ami ».

    La coopération est aujourd’hui florissante. L’armée Pakistanaise est équipée à 60 % d’armes chinoises, notamment les chasseurs bombardiers J-10 de troisième génération. L’autre domaine de coopération privilégié entre la Chine et le Pakistan, est le nucléaire. Tout le monde le sait.

    (5)La question de la mer de Chine méridionale. C’est quoi la mer de Chine méridionale ?
    C’est une mer semi-fermée, appelée aussi mer de Chine du Sud, qui mesure environ 3 000 kilomètres de long sur 1 000 kilomètres de large.

    Elle est bordée par les Philippines, la Chine, l’Indonésie, le Vietnam, Brunei, la Malaisie, Singapour et Taiwan. Elle est présumée de milliers de récifs non identifiés, et de plus de 200 îles qui portent des noms différents selon les pays. Par exemple, l’archipel des Paracels est connu sous le nom de Xisha en Chine.

    Forte de sa puissance et de son Armée, la Chine fait tout, pour imposer sa souveraineté sur toute cette zone stratégique.

    (6)En quoi la mer de Chine méridionale est-elle un secteur clé de la planète ?
    Selon Laurence Defranoux, qui y a fait une enquête approfondie, un tiers du commerce maritime de la planète transite sur ses eaux. Elle est aussi très riche en poissons et son sous-sol regorge de pétrole et de gaz. Depuis toujours, les pays voisins se disputent le contrôle des îles, qui servent d’abri contre les typhons et de postes militaires avancés.

    (7)Que s’y joue-t-il en ce moment ?
    Depuis quelques années, la situation s’est beaucoup dégradée entre les pays frontaliers. Brunei, la Malaisie, les Philippines, Taiwan et le Vietnam revendiquent des droits sur des îles ou des îlots, l’archipel des Spratleys étant particulièrement disputé. La Chine, elle, veut étendre sa souveraineté sur 80% de la mer de Chine méridionale, mettant en avant des «droits de passage historiques» qui n’ont pas de valeur légale.

    (8)Que se passe-t-il entre les Philippines et la Chine ?

    La zone revendiquée par la Chine englobe des îles réclamées par Manille, notamment le récif de Scarborough, un atoll accaparé par Pékin en 2012.Les Philippines ont saisi dès 2013 la Cour permanente d’arbitrage de La Haye afin de trouver une issue légale au conflit.

    La Chine, qui demande à ce que le différend soit réglé directement entre les deux Etats, a prévenu qu’elle ne reconnaîtra pas l’autorité des cinq juges dans cette affaire, qui selon elle concerne le tracé de ses frontières.
    Et effectivement, elle a refusé en 2017, de reconnaitre le jugement rendu par la Cour de La Haye.

    Les pays de la région, (Japon, Corée du Sud, Philippines, Brunei, Viet Nam, Malaisie, Indonésie, Taiwan ) n’auraient pu rien faire en contraignant la Chine à se plier au droit international, sans la presence musclée de l’Armée Américaine qui leur garantit la sécurité et la protection de leur souveraineté.

    La position du Japon depuis la fin de la 2eme Guerre mondiale, qu’il a perdue avec l’Allemagne Nazie et l’Italie fasciste, n’a pas varié et le Japon ne dispose que d’une Armée d’auto-défense aux moyens d’intervention, réduits.

    Quant à la Corée du Sud, sa défense et sa sécurité stratégique ne sont assurées pour l’essentiel que par les Etats Unis qui disposent sur le terrain de 28 mille soldats. Sans cette présence dissuasive de l’Armée des USA, depuis l’armistice de 1953, la Corée du Nord aurait déjà attaqué et phagocyté la Corée du sud dans son empire communiste.

    Voilà la réalité historique décrite par Laurence Defranoux qui connait parfaitement la région.
    Quant à parler d’une menace de frappe directe des USA contre la Corée du Nord, je n’y crois pas du tout.

    Les USA, continueront d’imposer les sanctions économiques et financières contre la Corée du Nord, via le soutien de la Chine très probablement puisque c’est elle qui assure la survie économique du régime de Pyongyang en lui fournissant du pétrole, et une énorme quantité de biens de consommation dont il a besoin.

    Des sanctions, très efficaces et qui pèsent lourdement sur ce petit royaume communiste qui continue ses tirs de missiles de longue portée dans la région, 13 au total depuis le début de l’année 2017.

    Les USA, n’iront jamais au delà de telles sanctions, pour sauter dans un conflit nucléaire avec la dynastie communiste de la famille Kim qui dirige la Corée du Nord depuis 1948.