Gassama Diaby : « nous vivons les conséquences de 60 ans de mensonges et de corruption morale…»

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Les élèves du complexe scolaire Alleluia, une école de la banlieue de Conakry, ont été reçus vendredi, à leur demande, par le ministre de l’Unité nationale et de la Citoyenneté Khalifa Gassama Diaby. Cet entretien tant désiré avec le ministère de la Citoyenneté faisait suite à l’exploitation du célèbre bouquin  » Le livre du citoyen  » édité par le Ministère dans le cadre de la promotion de la citoyenneté en Guinée. Apparemment bien préparés par leurs encadreurs pour cette rencontre avec le ministre, les élèves ont posé des questions de grands, des questions qui expriment que même les enfants sont conscients de la réalité inquiétante de la Guinée.

Une réalité marquée par l’incivisme, la communautarisation, la culture d’irresponsabilité, la culture généralisée du mensonge, la politisation démagogique de l’administration et de ses hauts agents au détriment du travail serieux et du développement, la faillite morale de l’ensemble de la société..,de l’Etat jusqu’aux structures familiales. Et tous ces éléments se sont retrouvés dans les réponses du ministre qui a même été questionné sur les raisons de l’impasse guinéen…

La première question a porté sur les objectifs du ministère de l’Unité nationale et de la Citoyenneté en 2017. Mais sur cette première, Gassama Diaby a élargi sa réponse sur les raisons d’être de son ministère. Histoire certainement de faire connaitre davantage son département aux enfants. « Nous  oeuvrons pour le renforcement de la nation guinéenne. Il faut déjà la faire exister réellement… Nous faisons en sorte que la Guinée soit composée que de citoyens et de citoyennes, qu’il n’y ait donc pas de communautarisme », a-t-il dit en substance.  Et pour atteindre son objectif, le ministère dispose de quatre directions. Il s’agit de la direction des Droits de l’Homme qui oeuvre à ce que chaque citoyen guinéen soit respecté dans sa dignité et jouisse pleinement de ses droits et libertés ; de la direction de la Citoyenneté, promouvoir la culture du civisme, puisque sans citoyen il n’y a pas de démocratie,ni nation republicaine — ; de la direction de la Réconciliation pour amener les Guinéens à accepter la vérité sur leur histoire, a reconnaître les injustices causées, à rendre justice et à se pardonner ; et la direction de prévention des Conflits pour éviter aux Guinéens d’allonger la phase sombre de leur histoire,en apprenant et en promouvant la culture du respect,du dialogue et des normes de vie.

« Quels conseils pour les éducateurs en vue de la promotion de l’éducation civique dans les écoles ?  » C’est la deuxième question à laquelle le ministre a eu à répondre. Et il est clair sur cette question : l’école n’est pas faite pour seulement former des travailleurs. Elle est aussi le lieu par excellence de l’apprentissage des règles de vie commune, de desir national et de la citoyenneté. C’est à l’école qu’on devrait promouvoir la culture du respect de l’autre, le respect de l’autorité, des principes humains et sociaux, des biens et édifices publics, de l’amour du prochain comme être humain et comme citoyen … « Les éducateurs doivent faire en sorte que les valeurs morales soient enseignées au même titre que les valeurs scientifiques. Il ne faudrait pas que les enfants grandissent avec l’ethnocentrisme, la haine, la culture de la médiocrité, du mensonge et des solutions faciles.. », conseille Khalifa Gassama Diaby.

La troisième question a été plutôt un peu embarrassante pour Gassama Diaby. Après l’avoir qualifié du Leonel Messi du gouvernement, l’enfant a voulu savoir c’est quoi le secret de sa réussite. Tout en évitant de ramener la question sur sa personne (par modestie?), Gassama Diaby dira, en substance, que le secret n’est rien d’autre que l’amour du savoir. « Il n’y a pas meilleur héritage que le goût de la connaissance,l’amour du savoir et la conscience de son utilité humaine et sociale », a dit le ministre aux jeunes.

 » Mais la connaissance et le savoir ne sont rien si ce n’est pour servir l’humanité d’une juste manière, servir sa patrie sa nation et tous ses fils et toutes ses filles » ajoutera le Ministre. Car,continuera t-il,  En plus du savoir, il faut accorder  au coeur, au respect et  à l’amour de son prochain leur juste place en chacun d’entre nous. « Vivez avec le coeur pur, sincère, l’intelligence n’est rien sans un bon coeur et de meilleurs sentiments  », leur a-t-il dit. Et de poursuivre : « aimez vos prochains, apprenez dans le but de servir l’être humain, il faut apprendre à aimer l’humanité, détestez l’injustice, combattre toutes les formes d’injustices, d’humiliation et de frustrations … »

Les conceptions de démocratie, liberté, paix… paraissent simples, mais les définir peut s’avérer un casse-tête, surtout pour des enfants de l’école primaire. Et sur cette quatrième question, les élèves ont été une fois de plus satisfaits par le ministre. « La démocratie est un système de liberté. C’est-à-dire libre d’avoir son opinion et de les exprimer dans le respect de la loi, libre de choisir sa religion et de les pratiquer dans le respect des autres, libre de choisir souverainement ceux et celles qui veulent diriger le peuple… », a dit le ministre sur la démocratie. Mais la réponse à cette question ne s’est pas limitée à une simple définition des conceptions. La question a aussi servi à expliquer pourquoi ce système politique n’arrive pas à prospérer aisement en Guinée. Le problème selon le ministre, c’est que les gens consomment leur liberté, mais n’assument pas leurs responsabilités.  Dans la démocratie, le citoyen a beaucoup de droits, mais il a aussi des devoirs. Le devoir, c’est ce que vous devez conformément à la loi, à la société, ce que vous devez à l’Etat et à d’autres citoyens. Or, dira le ministre, c’est tout le contraire qui se passe en Guinée. « Ce qui se passe en Guinée s’appelle l’anarchie et du désordre consommé à tous les niveaux de la vie sociale de notre pays », dira-t-il d’ailleurs. Gassama Diaby a illustré cette anarchie avec la désinvolture qui règne dans l’espace  public et particulièrement dans  la circulation routière à Conakry et à l’intérieur du pays , et qui a pour conséquence les embouteillages insensés et les accidents (souvent mortels).

Pour ce qui est de la paix, Gassama Diaby souligne que l’avoir nécessite d’être en harmonie avec soi-même et de respecter les normes à tous les niveaux et par tous « Lorsqu’on respecte les normes à tous les niveaux, on a la paix pour sois et pour l’ensemble de la société », reste convaincu Gassama Diaby.

La cinquième question a voulu savoir la motivation de « Le livre du citoyen ». En substance, a indiqué le ministre, ce livret a été édité à l’occasion de la première édition de la Semaine nationale de la citoyenneté. Son objectif est qu’il n’y ait que des citoyens et des citoyennes  en Guinée. Ce livre permet aux formateurs, aux élèves et aux étudiants d’y retrouver l’ensemble des notions essentielles qui sont relatives aux problématiques de la citoyenneté, du civisme, de la démocratie et d’une société fondée sur des principes qui sont inhérents  aux règles démocratiques, notamment  l’Etat de droit, le respect des droits humains et la question de justice…

« J’attends du citoyen guinéen qu’il assume sa responsabilité de citoyen vis-à-vis des autres citoyens , vis-à-vis de l’Etat, vis à vis de la société dans son ensemble.  Qu’il respecte les lois de notre pays, qu’il paie ses impôts, qu’il ne triche pas, qu’il ne ment pas au détriment de l’intérêt social et national et qu’il travaille pour le développement de notre pays… » C’est la réponse que le ministre a donnée à la sixième et avant-dernière question. Celle-ci demandait au ministre ce qu’il attend du citoyen guinéen en vue de l’affermissement de la démocratie et de du développement national. 

Près de 60 ans de mensonges et de complicités collectives 

 

La dernière question de la journée n’était pas non plus la moindre. L’enfant a voulu savoir ce qui explique les problèmes actuels de la Guinée. A le comprendre, il parlerait des problèmes socio-politiques et économiques actuels du pays ? Et le ministre s’est donné la peine de satisfaire la curiosité et l’inquiétude légitimes des jeunes élèves. Le Ministre Gassama estime que les problèmes actuels des Guinéens sont le résultat de 60 ans de dégâts moraux,sociaux et politiques sur la Guinée et les Guinéens.  Des dégâts qui ont été causé par la culture  du mensonge, la paresse intellectuelle, la violence, l’injustice,  la lâcheté morale, la culture d’irresponsabilité, et nos penchants obsessionnels pour des petites et grandes haines recuites   « Il y a eu 60 ans de mensonges généralisés, 60 ans de culture d’irresponsabilité individuelle et collective, 60 ans d’injustices, 60 ans d’incivisme, 60 ans de paresse intellectuelle, 60 ans de démagogie systémique, 60 ans de détestation du modèle...», a vivement dénoncé le ministre.

Puis, de préciser que cela commence dans les structures familiales jusqu’au niveau de l’Etat, en passant par les partis politiques, les structures sociales et civiles. Pour lui, l’Etat et ses éléments  ont contribué à cette situation en démissionnant de sa mission et de son obligation de guide et de garant des paramètres moraux et légaux qui fondent et structurent la société. L’Etat n’assume pas sa responsabilité de garant des droits et libertés, de l’ordre public à travers une mise en application stricte et ferme de nos lois , et il s’est laissé piéger par les communautés et pièges lui même les vertus républicaines. 

Pour sa part, a indiqué le ministre, la société est depuis longtemps une faillite morale. « Dans la situation actuelle, nous sommes dans l’impossibilité de faire avancer le système démocratique… », a clairement signifié  le ministre à ses compatriotes. « Si on ne vote pas, si on agit pas en tous lieux et en toutes circonstances commes des citoyens libres et responsables, on n’aura pas les résultats voulus et attendus, et notre société risque la désintégration morale et politiques… », a-t-il renchéri pour dénoncer le vote ethnocentrique en Guinée.

L’autre handicap de la Guinée, selon Gassama Diaby, c’est la politisation de l’administration…Bref, le facteur humain étant le premier instrument du développement, Gassama Diaby croit fermement que le salut de la Guinée passera par la formation et l’éducation des hommes, et la rationalisation efficace de l’administration guinéenne. 

«  La problématique de l’administration est un sujet central pour notre pays. La politisation de l’administration qui ne date pas d’aujourd’hui, mais qui est le fruit de 60 ans de compromission politique et intellectuelle, est un facteur d’irresponsabilité, d’impunité et d’inefficacité.» Dira le Ministre.

Poursuivant, Gassama tranchera : « Comment évaluer et sanctionner si nécessaire des cadres et agents de l’administration s’ils passent le clair de leur temps à faire de la politique démagogique, à vouloir plaire au lieu de travailler et à se détruire les uns et les autres au lieu de promouvoir l’excellence et la qualité ». Bien au-delà de l’aspect moral et légal liés à l’obligation d’une égalité de traitement de tous et pour tous, le ministre pense que c’est une affaire de pratique et de pragmatisme. 

Pour Gassama Diaby, il est impossible de développer une nation avec une administration politisée. Puisque ce schéma relègue au second plan la compétence, le mérite et l’éloge de l’effort. Car, dit-il,  il suffira hélas d’être politiquement  (d’ailleurs sans sincérité ! ) engagé pour paraître administrativement légitime. Or, le Guinéen doit être éduqué à l’amour et au respect de l’effort, de la formation et du travail.  Il doit être amené à détester l’escroquerie morale, la démagogie, le clientélisme, et la haine de sois à travers celle des autres.

Sur ce même sujet de dépolitisation de l’administration, le ministre dira, avec son sans détour habituel que « Si on veut le développement, si on veut garantir l’autorité de l’état et la force des lois, il faut dépolitiser l’administration et ses agents. Que ceux et celles qui veulent faire de la politique aillent dans les formations politiques et dans les instances politiques.» 

« Je vous souhaite d’être des meilleurs citoyens pour mieux vous épanouir et mieux servir votre patrie », lancera l’air heureux au milieu des enfants le Ministre Gassama Diaby.

  • Merci monsieur le ministre pour votre diagnostique des maux pathologiques de notre Guinée depuis 60ans .
    60 ans de mensonges généralisés ,de complicités collectives ,d’irresponsabilité individuelle et collective d’injustice et de démagogie systématique avec des actes anti démocratique de nos dirigeants politisés qui vont jusqu’à interdire les meetings de l’opposition de leurs propre chef .
    Tout çà est visible palpable tous les jours en Guinée depuis la première république c’est devenu une sorte de A D N et de mode de gouvernance résultat le pays est toujours malade .

  • Yahia Sylla

    Merci Monsieur le ministre votre vérité me réchauffe le cœur et me donne foie en l’avenir même si c’est lointain . Mais comme on dit l’espoir fait vivre en espèrent que ces jeunes étudiants prendront conscience de tout ça . pour commencer en s’opposant fermement contre le troisième Mandat et condamner tout aussi ferment les valets du régime qui incitent le président à œuvrer dans ce sens que dans leur propre intérêt .La plus part ces des bi nationaux en cas de gban gban ils prennent la poudre de escampette avec leur magot et laisse les Guinéens dans la merde