G-5 Sahel : que cache sa logique de va-t-en-guerre sans « le nerf de la guerre » ?

04 juillet 2017 15:15:56
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Comme s’ils se sont donné la consigne, les dirigeants africains actuels adoptent presque à l’unanimité une attitude déplacée de suffisance et d’indépendance dans le besoin qui fait baisser la tête et tomber les bras.

Les Africains ont vu à suffisance dans l’amertume que sans l’aide et l’intervention de la France et de l’ONU, les foyers de tension au Mali et en Centrafrique eussent entraîné tout le continent dans une mêlée de guerre civile générale. Parler de génocide dans ces cas, serait peu dire. Mais sans tirer les leçons, nos dirigeants continuent de confondre vitesse et précipitation et placer les bœufs devant la charrue. Il faut dire que la charrue n’a jamais tiré les bœufs.

Ainsi, l’UA n’a pas encore atteint son objectif de réunir la totalité des cotisations pour le fonctionnement des institutions et on doute que cela soit réel et effectif avant une ou plusieurs années supplémentaires, l’on a trouvé le moyen de parler trop vite avec emphase que l’aide de l’extérieur est une humiliation. Alors que depuis les indépendances, l’OUA et l’UA  n’ont jamais fonctionné à plein rendement sur financement et fonds propres comme d’ailleurs la quasi-totalité des Etats qui, sans aides au développement et budgétaires tous azimuts, seraient incapables de tenir débout, à fortiori prélever les 0,2% prévus sur les importations hors d’Afrique.

Mais concernant les nouvelles taxes, les ACP (Afrique-Caraïbes-Pacific) commencent à marmonner dans leurs barbes. On attend avec curiosité et impatience ce que d’autres partenaires commerciaux vont dire si leurs marchandises sont frappées de plus de taxe que conventionnellement et que dire des répercutions logiques sur les consommateurs africains. On pourrait voir que ces 0,2% que demande l’UA à ses membres ne seront autre chose qu’un caprice qui va se transformer en boomerang économique pour la postérité.

Sans voir le fond des choses, le G-5 suit la voie de son maître, mais  comme un bébé prématuré qui vient d’être baptisé, qui tient à peine débout sur ses jambes flageolantes, veut en découdre seul à seul avec Boko Haram et les terroristes qui sont partout au Mali.

Si le G-5 revendique une autonomie et une indépendance totale pour avoir les coudées franches dans cette guerre asymétrique, même sans assez de moyens matériels et financiers, c’est que le ras-le-bol est exaspérant. On dit que sur un minimum de 423 millions d’euros, les cinq membres ne peuvent mettre que 10 millions chacun dans la corbeille, que la France ne veut mettre que 8 millions sur 5 ans et l’UE a promis 50 millions. Dans ce cas, comment les cinq pays du Sahel pourront mettre leurs 0,2% dans la corbeille de l‘UA ?

Mais avec un total de 108 millions théoriquement dans la besace sur les 423 millions nécessaires pour prétendre faire face à Boko Haram et aux terroristes de tous poils qui pullulent entre le Mali et les autres pays, même Don Quichotte n’aurait pas la prétention téméraire de revendiquer une autonomie pour faire peur aux djihadistes.

On a entendu IBK dire doctoralement que son pays n’est pas occupé par une puissance étrangère. Ça n’est pas de la méthode Coué, c’est Coué, lui-même. Certes, les forces qui écument dans son pays ne sont pas une puissance étrangère, mais ce sont elles qui font la loi au nord, en dépit de la présence de la MINUSMA et de Barkhane, en plus des forces maliennes.

Cependant, si le G-5 du Sahel veut seul en découdre vaille que vaille une fois pour toutes avec les terroristes, cela veut dire que l’efficacité des forces d’interposition internationales n’inspirent plus confiance aux membres qui voient les choses traîner en long, en large et en travers. Pour cette raison, ils veulent faire un ratissage contre les barbus sans savoir par où commencer. Les djihadistes étant dispersés en cellules dormantes au Cameroun, au Nigeria, au Niger, au Tchad, au Burkina Faso, en Mauritanie et au Mali. Dans un cas pareil, attaquer aveuglement un front laisse libre cour dans les arrières et les autres flancs.

Emmanuel Macron, bien habitué aux hâbleries creuses de ses partenaires en difficulté, tient à garder les commandes, parce que si jamais les djihadistes mettaient le G-5 en déroute, il serait très difficile de reprendre les parties qu’ils vont investir. On a déjà vu cela au Moyen-Orient, avec Israël.

Mais aussi, si le G-5 est abandonné pour donner l’impression d’une coquille vide, cela renforcerait le moral des autres. La solution n’est pas militaire et les approches politiques actuelles ne rapprochent pas les positions. Toutefois, l’impasse n’est pas irrémédiable. Cherchons encore et rapidement la solution.

Moïse Sidibé

 

  • CONDÉ ABOU

    Pertinente réflexion, Cher Moise Sidibé. Votre papier appelle au moins 3 importants éléments d’analyse et qui suscitent beaucoup d’inquiétudes et de questionnements autour de l’avenir de cette guerre au Mali:

    (1)Le plus révoltant dans cette guerre au Nord Mali, et dont personne ne connait l’issue, que dis-je, le plus dramatique c’est d’abord le discours anti-Français qui se banalise au Mali après tout ce que l’Armée Française a enduré et payé dans ses rangs pour sauver ce pays frère.
    Sans l’intervention militaire Francaise in extremis, que serait devenu le Mali après les invasions des armées Jihadistes, quasiment arrivées aux portes de Bamako en 2012 ?

    Vous ne pouvez croire à vos yeux en lisant les propos qui passent sur les réseaux sociaux et les médias du Mali, contre les engagements militaires de la France sur le terrain, comme si la France était la première responsable du manque de budget d’équipement et de formation criard de l’Armée Malienne.

    Alors que tout le monde sait que, du temps du Président Moussa Traoré, l’Armée Malienne était considérée par tous les observateurs comme l’une des plus équipées et entrainées de la Sous région.

    Ce qui fait dire à beaucoup d’observateurs que ce qui est arrivé au Mali en 2012, ne serait probablement jamais arrivé à ce pays frère si le Mali avait continué sur la doctrine militaire et le modèle de développement que le Général Moussa Traoré avait construit pour l’Armée Malienne. Moussa Traoré a été plus visionnaire sur la prévention des dangers qui guettaient son pays.

    Qui ne sait pas dans quel état misérable se bat l’Armée Malienne aujourd’hui sur le terrain, à un moment où la société civile et l’Opposition politique Malienne sont inquiètes de la gestion et du fonctionnement des finances publiques et de la gouvernance économique dans ce pays ?

    Rien qu’à voir les dépenses publiques du Mali et l’évolution de ses relations et de son partenariat avec le FMI, la Banque Mondiale et les autres Institutions de développement, l’on comprend qu’il y a un grave déficit de gouvernance.

    Bref, le Mali a de très sérieux problèmes devant lui, et en grande partie par la faute de ses dirigeants dont personne ne comprend la gestion des finances publiques et leur gestion de la crise du Nord du pays maintenant en proie à des conflits ethniques et communautaires graves et sans précédent.

    Un moment curieusement choisi, pour entrainer le pays dans une révision Constitutionnelle en pleine crise, et s’aroger surtout, de nouveaux pouvoirs dans la perspective des élections présidentielles de 2018.

    (2)La crise Malienne est tres coûteuse et elle va être difficile à résoudre, après la redéfinition des règles d’engagement de la France dans la nouvelle formule du G 5 Sahel, qui signifie en quelque sorte que la France continuera son appui financier et technique mais qu’elle attend dorénavant des pays engagés sur le front, des obligations de résultat.

    Pour rendre opérationnelle la force du G 5 Sahel, rien que pour ce départ, le Ministre Malien de la Défense a annoncé un budget d’environ 450 millions de Dollars US, après le chiffre de 8 milliards de Dollars US que l’on avait vu passer dans certains médias Maliens.
    Problème ? Comment financer et boucler ce budget ? Allez savoir.

    (3)Les Présidents Tchadien, Nigerien, Mauritanien, Burkinabè, le Président de l’Union Africaine le Président Alpha Condé, sont-ils sur les mêmes longueurs d’onde ? Non, parce que ce n’est pas du tout évident pour l’instant, en les écoutant.

    Idriss Déby a de sérieux problèmes budgétaires après la chute continue des cours du pétrole depuis 3 ans et n’a plus envie de continuer sur plusieurs fronts, en l’absence de ressources et de moyens de la communauté internationale.

    Le Nigérien Mahamadou Issoufou, croit savoir que la force du G 5 Sahel ne devrait être opérationnelle qu’en l’intégrant au sein de la force des Nations Unies, la MINUSMA. C’est tout dire, en terme de prise en charge financière et de conditions de succès de la force.

    Le Président Guinéen lui, demande que les Africains prennent en charge la force du G 5 Sahel en lieu et place de la MINUSMA qui n’aurait pas fait de résultats, tout en souhaitant que les Nations Unies lui confère un mandat spécial.
    Le Président Mauritanien a un discours relativement différent et hésitant

    Quelle est la position de la France ?
    Le Président Emmanuel Macron, a annoncé avoir “bon espoir que le 13 Juillet 2017 (lors du Conseil Franco-Allemand à Paris) avec la Chancelière Allemande (Angela Merkel), nous puissions annoncer des engagements communs autour de cette alliance”.

    “Pour garantir un soutien dans la durée, ce sera à vous et à vos armées de convaincre que le G5 peut être efficace, dans le respect des conventions humanitaires”, a néanmoins prévenu le président français, à l’intention de ses pairs du Sahel.

    “Les résultats doivent être au rendez-vous pour convaincre nos partenaires”, leur a-t-il lancé, leur demandant aussi, “dans un esprit de partenariat et d’exigence réciproque”, de mener “des réformes institutionnelles et des efforts de gouvernance, appelés par vos populations”.

    L’Union européenne (UE) a déjà promis 50 millions d’Euros. Le Ministre Malien des Affaires étrangères a évoqué Samedi soir un budget total de 450 millions de Dollars US.

    Concernant les 50 millions de l’UE, le president E. Macron y a vu “l’amorce d’un engagement dans la durée” que compte favoriser la France. Une conférence des donateurs doit se tenir dans les prochains mois.

    Il a aussi promis que l’Agence Française de Développement (AFD) débloquerait “200 millions sur 5 ans” spécifiquement pour le Sahel.
    Emmanuel Macron a demandé au président Malien la “pleine mise en oeuvre de l’accord de paix” de 2015, y compris “le redéploiement de l’Etat sur tout le territoire et la décentralisation”.

    “Nous avons chaque jour à affronter des terroristes, des voyous, des assassins”, a affirmé le Président Français.

    Mais ils “se sont nourris de nos faiblesses, de nos hypocrisies, des complexes du passé, de notre inefficacité collective”, a-t-il estimé, appelant à ne plus “faire semblant de faire”.

    Conclusion:
    La situation au Mali est loin de trouver une issue heureuse pour ce pays frère et voisin. Elle est malheureusement en train de ressembler dangereusement et de plus en plus à la configuration de la guerre interminable en R.D. Congo.

    Or logiquement, le Gouvernement Malien ne semble pas du tout être en train de garder la bonne initiative sur le terrain et même de comprendre son propre rôle majeur dans la solution de cette crise qui fait souffrir la Nation Malienne et la Sous région. Il ne fait pas assez dans la gestion de la crise dans sa dimension budgetaire et militaire, et c’est tout simplment dommage.

    La preuve et le plus grave dans la situation actuelle est de savoir que l’Armée Malienne semble de plus en plus manquer de ressources et de résultats devant l’efficacité et la tenacité des adversaires barbares de la galaxie Jihadiste. La France et les autres pays Africains ne peuvent pas tout faire dans cette guerre.

    Et il va être intenable et même incomprehensible d’envisager que les autres Armées Nationales du G 5 Sahel, puissent se substituer à l’Armee Malienne dans le conflit actuel.