Football et politique en Afrique : que signifie le retrait du CHAN au Kenya pour le Cameroun et…?

25 septembre 2017 11:11:18
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Certains disent qu’il ne faut pas mélanger  des choux et des carottes, d’autres de ne pas mélanger les torchons et les serviettes et la FIFA et la CAF interdisent à la politique de se mêler du football. Pourtant, c’est ce qui a semblé être un peu le cas entre la CAF d’Ahmad Ahmad et le Kenya.

En effet, pour retirer le CHAN 2018 à ce pays, la CAF a mis dans la bascule de ses arguments le manque d’infrastructures adéquates avant le jour «J», cela suffisait largement, mais pour taper sur la même tête de clou, elle met en considération l’imbroglio politique qui s’emmanche et s’emmêle à un mois de la date de la « réélection » à issue plus qu’incertaine et imprévue, le candidat malheureux ayant placé la barre plus haut que jamais.

 Cette prudence contraste avec celle de l’administration précédente de la CAF, qui avait tenu mordicus à organiser une CAN en Angola, et même dans l’enclave de Cabinda revendiquée par des séparatistes armés qui s’étaient fait entendre contre cette organisation et qui s’en sont pris au bus de l’équipe du Togo, qui perdra son gardien de but et des blessés à vie. Dans ce drame, sans compassion, la CAF avait trouvé d’imposer la présence de l’équipe du Togo dans la compétition sous peine de sanction, arguant que le Togo ne devait pas emprunter la route… .

La CAF d’Ahmad Ahmad ne veut pas se salir les mains et se montre très préventive, dans son excès de prévention qui n’est pas pour déplaire aux sportifs, plait au Cameroun qui se sent morveux parce que directement touché par cette « balle perdue ».

D’abord, la question de ses infrastructures sportives avait fait couler assez d’encre et de salive, même s’il est trop rôt de se prononcer sur la question, il reste une autre flèche dans le carquois de Ahmed Ahmed: la politique intérieure du Cameroun est si bancale que le gouvernement central est en  confrontation ouverte avec la partie anglophone du pays, qui vient de durcir sa position de séparatiste.

A défaut d’obtenir une intégration effective pour être considérés comme des Camerounais à part entière et non plus des citoyens entièrement à part, les nordistes trouvent l’occasion idéale d’être écoutés. La discrimination imposée en 2016 dans les écoles et dans la justice et l’arrestation du journaliste de RFI ont fini par casser l’unité ou l’union d’un pays bilingue et  cela avec le silence pesant du monde entier sur cette politique de ségrégation, une tragédie ne serait pas de trop.

 La décision de la CAF de retirer le CHAN au Kenya pour les raisons politiques donner le tournis aux autorités camerounaises. Et il faut prévoir que les séparatistes, à force de ne pas être écoutés, fassent la sourde oreille, à leur tour et essaient de monter les enchères dans leur plate-forme de revendications. Reste à savoir s’ils ne vont pas réclamer la lune à Paul Biya. Si le ballon est rond pour tout le monde, le Cameroun appartient aussi aux anglophones, ils disent que la République unie du Cameroun ne l’a jamais été pour eux. Voilà l’Occasion.

Et comme le Cameroun n’est pas le seul lié à cette affaire, la Côte d’Ivoire n’est pas aussi exempt de tout quiproquo. Si les infrastructures sportives existent, la stabilité politique donne quelques soucis aux autorités. Les jeux de la Francophonie s’étaient déroulés normalement, mais la multiplication des attaques dans le pays risquerait de faire peur à Ahmad Ahmad.

Enfin, le troisième dans cette affaire à appréhender la même situation est sans aucun doute la Guinée avec ses manifestations politiques et les insurrections populaires pour l’eau et l’électricité, si elles continuaient à ce rythme, elles risqueraient d’empêcher la réalisation des infrastructures  nécessaires à l’organisation d’une CAN à 24 en 2023. Le délai lui permet de fignoler en chemin d’ici-là

Devant toutes ces appréhensions, si les Etats concernés changeaient le fusil d’épaule, la CAF aurait servi à quelque chose de positif pour le continent, politiquement parlant. Personne ne trouverait  rien à redire.

En attendant, le Cameroun est en train de mettre les bouchées doubles pour être prêt et hors de cause, mais on attend de voir. N’est-ce pas que la libération de Ahmed Aba est opportune, pour commencer ?