dimanche, 26 mars 2017, 16:59 GMT

Toumba Diakité, en cavale depuis son assassinat manqué contre Dadis Camara, a été finalement extradé de Dakar vers Conakry. Depuis, la justice guinéenne brandit son trophée. Cependant, si elle tient à un procès, elle a six préalables à lever.

Premier préalable, l’État guinéen doit, en plus de l’accompagnement international, dégager un budget conséquent. Puisque ce sera un procès international. Il sera l’un des plus retentissants de l’histoire du pays, plus retentissant que le procès des gangs.

 

Deuxième préalable, après l’extradition de Toumba Diakité, la justice devrait penser aussitôt au retour de Dadis Camara. A la veille du scrutin présidentiel de 2015, l’homme avait pris son vol pour rentrer au pays en vue de se défendre devant la justice. Mais il avait été bloqué au Ghana et contraint à retourner au Burkina.

 

Depuis, l’homme s’est tu. Il a démissionné de la politique. Donc, la justice est attendue au tournant. En tout cas, c’est à se demander comment la justice peut-elle faire revenir Dadis au pays, quand, au décès de sa mère, il fût interdit de transiter par Conakry ? Pour rallier sa ville natale, l'enfant de Koulé avait été contraint de rallier N’zérékoré, via le Maroc et Monrovia.

 

Troisième préalable, si la justice parvient à faire rentrer Dadis, il ne resterait plus que Sékouba Konaté. Mais lui a dit qu’il a plus confiance en la CPI qu’en notre justice. Donc, il faudrait le convaincre et le rassurer.

 

Comme ça, si Toumba est là, Dadis est là, Sékouba est là, tous ces chefs militaires d’alors vont retrouver les dirigeants politiques de l’époque. Alpha Condé est président de la république. Cellou Dalein Diallo est chef de l’opposition. Sidya Touré est haut représentant du Che de l’État. Bah Oury est de retour de son exil. Le grand absent sera, malheureusement, Jean Marie Doré, qui a été rappelé à Dieu ! Mais le quota étant atteint, le procès peut s'ouvrir.

 

Quatrième préalable, l’État guinéen doit trouver un local digne de nom. Un endroit sécurisé et adéquat, qui ne sera ni le palais du peuple, ni le tribunal de première instance de Dixinn. Il faudrait s’attendre à l’arrivée de toute la presse étrangère à Conakry.

 

Cinquième préalable, si l’État guinéen veut maintenir la stabilité sociale au terme du procès, il devrait faire une pierre deux coups. D’un côté, il tient son procès. De l’autre, il dédommage les victimes. C’est la seule voie d’aller vers la réconciliation promise.

 

Sixième préalable, l’État guinéen doit penser à assurer la sécurité des juges et de leur famille respective. Puisqu'il ne s’agit nullement du procès portant sur l’exclusion de Bah Oury de l’UFDG. Il s'agit, plutôt, d'un procès trop militaire, trop sensible.

 

Tant que ces préalables, qui ne sont pas exhaustifs, ne sont pas levés, il serait difficile, très difficile, d’ouvrir le procès du 28 septembre, à moins que l’État ait son plan B.

 

Dans toutes ses sorties médiatiques, le ministre d’État de la justice, Cheik Sacko, a souvent promis aux Occidentaux et à la presse la tenue d’un procès courant 2016.

 

Question donc : l’extradition de Toumba Diakité est-elle un grand pas vers un procès ou c’est pour couper l’herbe sous les pieds de Macky Sall, qui avait menacé de le libérer ?

Abdoulaye Bah

Conakry, Guinée 224-622-14-15-09

Abdoulaye Bah