Exil : comment Mouctar Bah (RFI) s’échappa à la frontière avec une pièce usurpée ?

16 novembre 2017 8:08:48
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Dans la troisième partie de notre entretien, Mouctar Bah, correspondant de Radio France Internationale (RFI) et de l’Agence France Presse (AFP), explique, comment il réussit à tromper la vigilance des services de sécurité avec une pièce d’identité usurpée, pour traverser la frontière ivoirienne. C’était sous la révolution. Il raconte tout comme si c’était aujourd’hui.

« Après mon baccalauréat en 1977 au Lycée Technique de Donka, autrefois Centre d’Enseignement Révolutionnaire 2 août, j’ai été orienté à la Faculté des Sciences Agronomiques de Sonfonia, l’actuelle Université Général Lansana Conté de Sonfoniah. Au bout de deux ans, j’avoue que je ne comprenais rien. Moi qui ai fait et mon brevet et mon bac technique (mécanique générale), j’ai été orienté en agronomie où, si vous voulez, j’ai passé deux ans de transition, j’étais en train de réfléchir comment quitter la Guinée et puisque vous ne pouviez même pas dire à votre maman, la plus confidente de tous, que vous vouliez quitter le pays, je suis resté et on m’a envoyé dans une ferme agro-pastorale d’arrondissement (FAPA) à Tormelin dans Fria.

J’habitais chez le commandant de l’arrondissement de Tormelin, du nom de Barry, son prénom m’échappe, il avait une épouse du nom de Fadima Bérété. C’est de là que j’ai décidé enfin de partir de ce pays, j’ai demandé à un de mes cousins du nom de Ibrahima Bah de me prêter sa carte d’identité puisque les étudiants ne possédaient pas de Carte d’identité nationale, sauf les enfants des « grands » et un soir, j’ai pris le train au buffet de la gare à Kaloum, nous sommes arrivés à Kankan au bout de trois jours puisqu’au cours du trajet, il est tombé en panne à Mamou pendant une bonne journée.

De Kankan, cap vers la frontière ivoirienne à bord d’un camion « Gil » russe et nous sommes arrivés dans un petit village du nom de Kalafilla, il était 16heures, les forces de sécurité, policiers, gendarmes et douaniers nous ont dit que la frontière était fermée, ils nous ont arraché toutes les pièces d’identité parce que simplement il fallait y passer la nuit et acheter à manger ce soir- là et le lendemain matin avant de quitter dans les « restaurants » de leurs épouses.

Et là tout faillit se savoir.

Au moment de la restitution des pièces d’identité, moi j’avais oublié que mon nom désormais c’était Ibrahima Bah et nom Mamadou Mouctar Bah. Le gendarme qui faisait l’appel a dit trois fois Ibrahima Bah, je ne me suis pas rendu compte, je n’ai pas fait attention et c’est un autre qui m’a dit : « ce n’est pas toi qu’on appelle ? » Soudain, j’ai dit : « eh ! Waï », le gendarme me fixa d’un regard perçant et dit « regarde- moi ce mouton-là ».

Je fis comme si je ne comprenais pas ce qu’il disait, j’ai demandé à mon ami : « qu’est-ce qu’il a dit ? » Il me répondit : « non, y a rien ». J’ai empoché « ma carte » en tremblant de crainte qu’il ne me découvre.

Nous nous sommes finalement embarqués dans notre camion russe jusqu’aux abords de la rivière Baranama qui fait office de frontière entre la Guinée et la Côte d’Ivoire à cet endroit-là. Puisque la rivière était en crue, le chauffeur hésitait de nous faire traverser. Vite, moi je suis allé à la nage et me voici en territoire ivoirien du côté de la sous-préfecture de Minignan (Odienné) ».