vendredi, 20 janvier 2017, 22:03 GMT

 

Les marchés de la commune urbaine de Labé sont de nos jours remplis de manuels scolaires interdits de vente. Pire, le grand nombre de ces livres de français, d’histoire, de mathématique…portent le cachet soit de la DPE (direction préfectorale de l’éducation) de Labé ou des DSEE (direction sous-préfectorale de l’enseignement élémentaire) de la préfecture ou encore de la région, a constaté Guinéenews© sur place.

 

img_7894Des manuels scolaires interdits de vente inondent le marché

 

Saisie par plus d’une personne, la rédaction régionale de votre quotidien électronique Guinéenews© a voulu voir clair dans cette affaire qui sent du vol flagrant au su et au vu de toutes les autorités. « C’est mon jeune frère qui a remarqué les cachets de la DPE de Labé et de la DSEE de Noussy sur deux, ensuite trois et quatre livres ; donc on s’est rendu compte que ce n’est pas un cas isolé. En plus du cachet, c'est écrit sur les livres en termes clairs "interdit de vente". Dans l’un des livres, ils ont voulu effacer le cachet de l’école, mais celui de la DPE est visible. Voyant tout cela, je me suis dit que ces livres ne devraient pas se retrouver sur le marché », dénonce Mamadou Oury Diallo, un parent d’élèves.

 

Selon lui également, ses jeunes frères sont d’abord passés par la direction de leur établissement où ils n’ont pas eu gain de cause avant de se tourner vers le marché : « Avant d’acheter ces livres au marché, mes jeunes frères avaient déjà demandé les mêmes livres dans leurs écoles respectives. Les responsables ont dit qu’ils n’ont pas un nombre suffisant car ce sont seulement six (6) livres qui restaient à l’école. Donc, il fallait faire face au marché pour doter les jeunes de manuels scolaires ; et avec surprise, ce sont les livres cachetés et interdits de vente qu'on nous a vendus », ajoute Mamadou Oury Diallo.

 

Sage de la ville de Labé et parent d’élève, El Mamadou Yero Bah partage lui aussi son constat avec votre quotidien électronique. « Ce sont seulement les malhonnêtes qui peuvent fermer les yeux devant une telle situation. C’est mon enfant qui fait la troisième année à Dianyabhé (secteur du quartier Madina) qui m’a réclamé des livres. Ainsi, je l’ai demandé de me fournir une liste. À la suite de cela, j’ai été au marché et j’ai déboursé quatre vingt cinq mille francs (85.000 GNF) pour les quatre livres réclamés par mon fils. C’est contre toute attente que ma grande fille a remarqué quelques temps après, comme moi je ne suis pas instruit que les livres sont interdits de vente et portent tous le cachet des responsables de l’éducation », explique ce parent d’élève.

 

Des commerçants affirment avoir des fournisseurs à l’intérieur du système éducatif

 

img_7893Dans le souci de mener l’investigation en profondeur, la rédaction locale de Guinéenews© a fait un tour au marché central de Labé où elle a, elle-même retrouvé beaucoup de livres portants non seulement le cachet de la DPE de Labé, mais également celui de la DPE de Lélouma, les DSEE de Sannoun, de Dionfo, de Popodara…dans les mains des commerçants qui les étalent à même le sol. Le même constat a été fait dans des librairies, des papeteries et des cybers de la place.

 

Sous le couvert de l’anonymat et avec une prudence absolue, certains vendeurs nous ont confiés hors micro avoir acheté ces manuels auprès de certains responsables de l’éducation de la ville de Labé mais n’ont pas voulu donner de noms. Plus loin, certains d’entre eux soulignent avoir des fournisseurs réguliers qui leur dotent en manuels scolaires interdits de vente, périodiquement.

 

Une situation qui a directement mené Guinéenews© à la direction préfectorale de l’éducation (DPE) et à l’inspection régionale de l’éducation (IRE) de Labé où depuis plus d’une semaine maintenant, ses questions n’ont pu avoir de réponses satisfaisantes. Même en présence des manuels en question brandis aux autorités afin d’éviter une mauvaise interprétation, elles (autorités) ont juste réclamé du temps pour mener leurs propres enquêtes.

 

Des parents d’élèves choqués par réaction du ministre jugée « d’irresponsable »

 

img_7892Il a fallu l’arrivée du ministre de l’enseignement pré-universitaire cette semaine dans la région de Labé pour avoir une réaction officielle à cette situation qui est sur toutes les lèvres. Mais très malheureusement et contre toute attente, Ibrahima Kourouma à sa sortie d’une conférence sur la citoyenneté au niveau de l’amphithéâtre de Labé a minimisé le problème en rejetant la faute sur les parents d’élèves et les élèves qu’il accuse à son tour d’être de mauvaise foi. 

 

« C’est ça la citoyenneté ; ce n’est pas forcément l’école ; ça peut arriver en famille et que les élèves et les parents d’élèves le sortent pour le vendre dans les quartiers. Je pense que chacun d’entre nous doit jouer son rôle. Le rôle n’est pas seulement d’un seul côté. Les enseignants doivent pouvoir faire le travail, les élèves doivent comprendre ; mais les parents d’élèves qui sont nos partenaires sociaux doivent également comprendre », réplique Ibrahima Kourouma, le ministre de l’enseignement pré-universitaire.

 

Voulant faire comprendre la gravité du problème au ministre, Guinéenews© s’est vu interrompu par Ibrahima Kourouma qui a aussitôt repris la parole en ces termes : « mais écoutez, quand vous donner un livre à un élève, il va en famille, il reste en famille et le livre sort ; je ne veux pas rentrer dans une situation où je vais incriminer les uns ou les autres, mais je veux que chacun de nous que ce soit le parent d’élève ou l’élève que chacun comprenne que les investissements faits par le gouvernement, les investissements faits par l’État pour ramener les conditions d’apprentissage au niveau des élèves, que chacun de nous parents d’élèves, élèves, enseignants œuvre dans ce sens », a conclu le ministre Ibrahima Kourouma.

 

img_7896Cette sortie du premier responsable de l’enseignement pré-universitaire a choqué plus d’un parent d’élèves. « Mais c’est dommage, c’est vraiment dommage d’entendre de tels propos de la part du ministre qui est censé veiller sur le système éducatif de notre pays. Comment peut-il dire que ce sont les élèves et les parents d’élèves qui sont en train de ventre les manuels scolaires ? Mais c’est insensé ! Quand les lots de documents viennent, est-ce que ce sont les parents d’élèves qui les réceptionnent », s’interroge Mamadou Alpha Sow, parent d’élèves très choqué par la réaction du ministre.

 

« Alors-là les parents d’élèves sont vraiment forts. Si vous me dites qu’un parent d’élève qui n’est souvent pas instruit serait capable d’approvisionner une librairie ou tout un marché en livre et puis quel livre ? Des livres portant le seau des institutions d’enseignement pré-universitaire, je dirais tout simplement que ces parents d’élèves sont des super-hommes dotés de superpouvoirs », renchérit Chérif Sall, un autre parent d’élèves indigné par la réaction du ministre.

 

img_7897Rappelons que pendant chaque année scolaire, ce sont des chargements de livres qui parviennent aux représentations locales du ministère de l’enseignement pré-universitaire dans les régions et préfectures de la Guinée. Mais force est de reconnaitre que quelques mois après, il est difficile voire impossible de retrouver la trace de ces manuels scolaires.

 

Le cas de ces livres est juste la face visible de l’iceberg, car c’est tout un réseau de businessman qui est impliqué dans ce réseau de vol flagrant. Mais très malheureusement, ce type de corruption semble être négligé et minimisé par tout le monde y compris le premier responsable du département, qui au lieu d’annoncer une enquête pour situer les responsabilités, accusent des parents d’élèves sans fondement. Pourtant, estiment plusieurs observateurs, la nation guinéenne est en train de perdre des millions de nos francs à cause des intérêts égoïstes et égocentriques de certains commis de l’État.

 

Alaidhy Sow

Labé, Moyenne Guinée

Alaidhy Sow