mercredi, 18 janvier 2017, 13:58 GMT

 

S’il y a un secteur pour lequel les autorités guinéennes ont lamentablement échoué, c’est bien celui de la gestion des déchets. En ce début d’année 2017, la capitale guinéenne Conakry est en proie à des incinérations de déchets tous azimuts. Partout, c’est une fumée noire épaisse qui se dégage des montagnes de déchets, rendant la vie insupportable aux citoyens, à l’image d’une ville bombardée aux armes chimiques. Ce scénario misérable, qui accentue dangereusement la pollution de l’atmosphère et favorise des infections respiratoires majeures, vient rappeler nonobstant l’incapacité criarde des autorités à collecter et à traiter les quelques 1000 tonnes d’ordures ménagères produites quotidiennement à Conakry. 

 

FuméeSi ailleurs les déchets ménagers sont triés, recyclés et réutilisés, valorisés en amendement organique pour l’agriculture et la biomasse servant à la production de l’électricité et au gaz, à Conakry la situation est chaotique et l’indignation de la population va crescendo, même si certains semblent s’y accommoder par fatalisme.

 

Les divers fonds mobilisés par le pays d’Alpha Condé, à l’image du projet de développement urbain (PDU) financé par la Banque Mondiale, en appui au Service public de transfert de déchets en termes d'investissements pour l'achat de nouveaux équipements et en financement pour le fonctionnement quotidien de la collecte, semblent prendre d’autres destinations, au vu de la dégradation poussée de la situation. Entre la Primature, le Ministère de l’Administration du Territoire, le Gouvernorat et les Communes, il règne un flou opaque sur l’usage des fonds alloués et une cacophonie totale sur la situation des rôles et responsabilités. Le Ministère de l’Environnement quant à lui, par manque d’influence et de leadership, est souvent mis hors circuit. De nombreuses sociétés privées, nationales et étrangères, spécialisées en collecte et gestion des déchets ménagers, ont essuyé des échecs rocambolesques en tentant de décrocher des contrats de gestion déléguée. 

 

Brûler les déchets,  une atteinte grave à la santé et à l’environnement

 

FuméeD’un côté, quand les particules polluantes issues de l’incinération des déchets sont inhalées, ils provoquent des dégâts mortels dont le cancer du poumon, les accidents vasculaires, les maladies cardiaques, l’asthme chronique et aigu, les irritations oculaires, l’augmentation de la morbidité cardio-vasculaire, la baisse des défenses immunitaires, etc.  La mauvaise qualité de l’air, principalement liée aux particules, causerait près de 50 000 décès prématurés en France par an et réduirait de près d’un an l’espérance de vie ; à défaut de statistiques en Guinée, on n’ose pas imaginer le nombre de pertes en vies humaines favorisées par l’inhalation quotidienne de ces immondices.

 

D’un autre côté, les effets néfastes de l’incinération sauvage impactent la faune et la flore et portent considérablement atteinte à la qualité de l’air, de l’eau, du sol  etc. Les décharges sauvages émettent des gaz à effet de serre et des produits chimiques toxiques qui sont relâchés dans l’atmosphère, le sol et les cours d’eau etc. Certains types de déchets peuvent prendre des années à se décomposer et viennent s’ajouter à l’accumulation des matières et produits chimiques non naturels dans l’environnement.

 

Quel dispositif mettre en place ?

 

FuméeLe problème des déchets ménagers qui préoccupe toute la population ne semble pas réellement constituer une priorité pour les autorités guinéennes, ou, sommes-nous tenter de demander à qui profite réellement cette pollution meurtrière de Conakry ? Au vu de la situation qui prévaut sur le terrain, il est facile de constater que les montagnes de déchets et les pratiques de l’incinération sauvage auront encore pignon sur rue à Conakry, pendant de longs moments.

 

Les projets annoncés à coût de milliards ne donnent rien, les actions tape-à-l’œil du  gouvernorat et ses communes n’ont donné aucun résultat, l’implication du génie militaire à la demande du Chef de l’Etat n’a pas mené à grand-chose, les subventions de la SPTD ne favorisent pas le changement souhaité. Des initiatives volontaristes à l’image du mouvement « Conakry, saine et Propre », à encourager certes, sont minimes par rapport à la problématique globale qui se pose. La seule et unique voie de recours qui reste consisterait dans un premier temps à mener une action d’urgence, sur 6 mois, pour l’élimination des points noirs, sous l’impulsion directe de la plus haute autorité du pays. Ce serait une bonne façon pour le chef de l’Etat de dépenser son budget journalier qui serait d’un milliard et quelques centaines de millions GNF.

 

De façon plus durable, il faudra déléguer la collecte et la mise en décharge des déchets de Conakry à une ou plusieurs sociétés spécialisées et expérimentées. Chaque commune devrait disposer obligatoirement de son propre plan de gestion de ses déchets, indépendamment de l’administration centrale, censée jouer uniquement un rôle politique d’orientation générale. Sous la responsabilité du ministère de l’Environnement, les décharges devraient être réhabilitées et exploitées de façon durable, en y intégrant le tri et le recyclage, la valorisation, la production de l’électricité et du gaz à travers la biomasse, etc. La mission de la société civile, en matière d’éducation et de sensibilisation à l’environnement devrait occuper également une place primordiale.

 

En attendant ces mesures concrètes, entre autres, les nuées de fumées toxiques poursuivront leurs ravages dans l’indifférence coupable des dirigeants guinéens.

Rabat, Maroc

Thierno Souleymane Bah