Zeinab Camara, cheffe de cabinet du ministère de l’enseignement Supérieur à Guinéenews©

07 novembre 2017 10:10:20
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« Grâce aux réformes, grâce à la revalorisation des primes, les enseignants reviennent, petit à petit, dans le public. Donc, le ministre Abdoulaye Yéro Baldé est conscient qu’on ne peut pas parler des réformes, sans des formateurs compétents. »

Guinéenews© reçoit pour vous cette semaine une personnalité avec un parcours qui force l’admiration. Après de brillantes études en Angleterre, Zeinab Camara a choisi le bercail pour mettre son savoir et ses compétences au service de la nation. Assistante de feu Naby Diakité, l’ancien ministre de l’administration et du développement local et ancien manager à Rio Tinto, elle a gravi tous les échelons avant de se retrouver cheffe de cabinet au ministère de l’Enseignement supérieur et la recherche scientifique.

Dans la première partie du long entretien qu’elle a bien voulu nous accorder, Zeinab Camara parle de son parcours et des réformes initiées par son ministère dans la qualification de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique de la Guinée. Lisez !

Guinéenews : expliquez-nous votre parcours des ONG au privé, en passant par le public.

Zeinab Camara : Mon parcours est atypique. J’ai touché un peu à tout : les ONG, le secteur privé et le public. Après mes études universitaires, j’ai d’abord travaillé en Angleterre, au compte du ministère de la santé. Ensuite, en 2008, je suis rentrée au pays pour travailler au ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation. Puis, j’ai continué à la présidence de la république comme assistante technique. Forte de mon expérience avérée dans le public, j’ai rejoint Rio Tinto, à un moment phare, puisqu’il fallait s’assurer des négociations avec l’État.

De la responsable de relation gouvernementale, je me suis retrouvée comme directrice des relations communautaires et du développement local de Rio Tinto pour s’assurer de l’impact du projet auprès des communautés. Ensuite, je devais m’occuper si le projet répondait au standard international au profit des populations riveraines.

Parallèlement, avec quelques collègues, nous avons créé aussi l’association des femmes dans les mines pour, d’une part, inciter les femmes à se tourner dans les mines, directement ou indirectement parce que le malheur, en Guinée, c’est que la plupart des licences minières sont octroyées aux internationaux. D’autre part, inciter les femmes à diversifier leurs activités minières et à se spécialiser. En Guinée, nous n’avions, à l’époque, qu’une femme qui avait fait le droit minier. Au sein des entreprises minières d’alors, nous avions fait des campagnes de porte-à-porte pour une réelle représentativité des femmes dans le circuit. Donc, il fallait inciter les sociétés minières à tenir compte du genre dans leur recrutement. Et ça marché.

Enfin, à la surprise générale, en juillet 2016, j’ai été nommée par monsieur le président de la république, sur proposition du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, cheffe de cabinet. Depuis, nous avons mené des réformes.

Guinéenews : Justement, en tant que proche parmi les proches du ministre Yéro Baldé, parlez-nous, concrètement, de ces réformes qui suscitent des polémiques ?


Zeinab Camara :
 Dans son approche, le ministre Abdoulaye Yéro Baldé n’a pas un collaborateur direct mais des collaborateurs. C’est la marque de différence. En vérité, il s’agit d’un tandem. Donc, il n’y a pas de complicité particulière avec un collaborateur. Nous travaillons en équipe. C’est visible pendant nos activités sur le terrain.

Pour répondre à votre question, je commencerais par la question de la gouvernance. Tout le monde a entendu parler de l’opération de recensement biométrique des étudiants. C’est l’une des innovations concrètes de mon ministre. Vous ferez vos recherches, mais nous sommes le premier pays en Afrique où l’État s’est engagé à mener ce recensement. L’Afrique du Sud l’a fait mais elle a pris une loi.

En Guinée, l’État a décidé de connaître le nombre des effectifs et le statut des encadreurs. Or, pour avoir de telles informations, il fallait recenser les étudiants. C’est l’une des innovations phares du ministre Yéro Baldé. L’opération a débuté en 2016 et se poursuivra jusqu’à ce que nous ayons un fichier transparent. Nous avons publié le premier rapport provisoire et le rapport définitif sera publié très bientôt. Ceci permettra à l’État de faire des économies et d’investir dans les infrastructures.

La deuxième réforme, tout le monde a entendu parler de la vision du ministre. Il s’agit de créer une ville universitaire. Une ville moderne qui répond aux standards internationaux. D’où l’extension, la modernisation et l’équipement de quatre universités. Sonfonia, Labé, Kankan et N’zérékoré. L’État nous accompagne car nos projets font partie des packages des vingt milliards de dollars avec la Chine.

Donc, il est bien d’avoir des infrastructures, mais c’est mieux de se doter des équipements adéquats. C’est pourquoi, l’année dernière, nous n’avons pas orienté en médecine. Il y a quelques mois, nous avons reçu le vice-président égyptien. On lui a fait visiter l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Il était très touché, quand il avait vu le site. Depuis, l’Égypte a décidé de nous accompagner dans ce sens.


Guinéenews : Quelle est la troisième réforme, après la gouvernance et les infrastructures ?

Zeinab Camara : Notre troisième réforme concrète, ce sont les écoles d’excellence. En janvier 2017, il a été décidé de créer l’Autorité nationale d’assurance qualité, qui va définir toutes les normes au sein de l’enseignement supérieur : les normes infrastructurelles, pédagogiques, académiques, formation des formateurs. L’école des mines de Boké a été érigée en école d’excellence. Elle va couvrir les besoins en formation des mines et de la géologie de la sous-région.

Nous avons également d’autres centres d’excellence dans le domaine de la santé. La santé est une priorité pour nous. Après Ebola, tout le monde a pris conscience. Il ne s’agit pas de construire des infrastructures mais il faut former les médecins. C’est pourquoi, nous voulons ériger la faculté de médecine en école technique de santé… Quand on dit centre d’excellence, nous voulons avoir les meilleurs étudiants.

Donc, tout cela montre l’engagement du ministre Abdoulaye Yéro Baldé de mettre l’enseignement supérieur sur le piédestal au niveau de la sous-région et en Afrique.

Guinéenews : quelle est la quatrième réforme ?

Zeinab Camara : La quatrième réforme, c’est l’amélioration des conditions des formateurs. La revalorisation des primes du corps professoral est une réforme historique. Pas 50%, ou encore 100%. Certains ont bénéficié 20000%.

De 50. 000 à 10.000.000 pour un professeur de rang magistral, de 40.000 à 8.000.000 pour un maître de conférence et de 30.000 à 6.000.000 pour un maître assistant.  Cet acquis a démontré à quel point le ministre tient à l’excellence dans ce système et l’excellence a un coût.

A l’image de la sous-région, à Dakar ou à Abidjan, nous travaillons pour que nos enseignants soient des notabilités et fiers de leur métier.

Guinéenews : Je suis d’accord avec vous concernant l’impact de ces réformes mais, sous un autre angle, ces réformes sont aussi des boites à pandore.


Zeinab Camara :
 L’enseignement supérieur est un système complexe. Quand vous touchez à un secteur, c’est la boite à pandore. Depuis les années 1990, nous n’avons pas touché les vrais problèmes de l’enseignement supérieur. Avec cet arrêté, c’était un grand pas. Malheureusement, on s’est aperçu que le problème est plus profond. On a tout le temps mis les textes à part pour se contenter du consensus. Si on les avait mis en exécution, beaucoup seraient à la touche. C’est pourquoi le ministre a suspendu la mise en application de l’arrêté jusqu’à avoir une certaine visibilité. Puisque même la façon d’octroyer les grades a été remise en cause.

Grâce aux réformes, grâce à la revalorisation des primes, les enseignants reviennent, petit à petit, dans le public. Donc, le ministre Abdoulaye Yéro Baldé est conscient qu’on ne peut pas parler des réformes, sans des formateurs compétents.

Guinéenews : Mais que préconisez-vous pour la recherche scientifique ?

Zeinab Camara : La recherche scientifique est considérée comme le parent pauvre du département. On parle souvent de l’enseignement supérieur en omettant la recherche. Or, il est important de débloquer des fonds pour mener des recherches. Normalement, on doit rechercher ce qu’on enseigne et enseigner ce qu’on recherche. On ne fait pas de recherche pour le simple plaisir de la faire. Au contraire, on fait des recherches selon les besoins de notre pays. C’est pourquoi, le ministre a pris un arrêté pour rattacher les centres de recherches aux universités.

Il y a un volet sur lequel je vais insister, c’est la mobilisation des ressources. Un problème commun à tous les ministères. On dit que l’État n’a pas d’argent. On compte tous sur le BND (budget national de développement). Il y a eu des efforts pour augmenter la part du budget du ministère. On parle de priorité pour le gouvernement comme les mines, l’énergie et l’agriculture. Mais c’est dommage que la priorité des priorités ne soit pas le capital humain. Il faut un capital humain qualifié pour pouvoir mener à bien toutes ces réformes.

Je le dis souvent, l’éducation n’est pas un secteur social. Mais un secteur économique. Il y a des opportunités d’affaires. C’est pour dire que les choses bougent au ministère de l’enseignement supérieur. Autrefois, on parlait peu de ce département. Mais aujourd’hui, nous posons des actes, et on nous critique. Tout cela parce que les choses bougent, les choses changent. Il y a une certaine dynamique en cours, impulsée par le président de la république.

A suivre…