Elections communales 2018 : Les ambitions de Sidya Touré (Interview)

08 novembre 2017 12:12:40
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Au sortir de la journée ‘’Portes ouvertes’’ et du meeting géant organisés par l’Union des Forces Républicaines (UFR), Guinéenews a tendu son micro à Sidya Touré, Haut représentant du chef de l’Etat et président dudit parti. Dans cet entretien, l’ancien Premier ministre explique les motivations de l’organisation de ces événements, les résultats attendus, les ambitions du parti pour les prochaines consultations électorales, tout en menaçant de réagir face aux éventuelles fraudes électorales.

Guinéenews : Après la journée ‘’Portes ouvertes’’ organisée au siège de l’UFR à Matam, nous venons de vivre un meeting géant au Palais du peuple. Quels sont vos sentiments après ces deux événements ?

Sidya Touré : Depuis un moment, l’UFR ne fait pas de manifestation, de meeting et mon anniversaire, les militants ont décidé de fêter. Ce qu’on a obtenu d’eux, c’était l’idée d’organiser la journée ‘’Portes ouvertes’’. Et comme vous avez pu le constater, cela s’est passé dans une ambiance extraordinaire. Pour la première fois, nous avons regroupé les intellectuels de notre pays, de tous bords et de toutes obédiences, pour parler de notre pays, pas pour parler des rapports entre le gouvernement et tel ou tel parti ou de tel parti avec tel autre parti, mais pour dire qu’est-ce qu’on pourrait faire pour que le Guinéen moyen ait une amélioration dans sa vie quotidienne, ce que nous appelons les biens sociaux de base. Nous avons choisi 5 thèmes, vous les avez écoutés, le leadership, un élément fondamental pour la gouvernance d’un pays. Nous avons choisi de parler du renouveau de l’Etat, pour voir si les textes que nous avons sont conformes à ce qui, si on se projetait en avant, pourrait nous permettre d’accélérer notre processus de gouvernance.

Nous avons parlé de l’éducation et de l’agriculture. Je les mets ensemble parce que ce sont deux secteurs dont un pays en voie de développement ne peut se passer, s’il veut investir pour l’avenir. Investir dans l’agriculture, c’est même investir pour l’immédiat. Et il y a eu cette intervention de Mme Makalé Traoré sur le dividende démographique. Et une certaine partie de ce qui a été dit là m’a surpris moi-même. On a entendu des choses dès fois qui n’étaient pas agréables. Les militants ont souhaité qu’on fasse un meeting de réjouissance. Comme vous l’avez vu, il n’y a pas eu de cailloux lancés, il n’y a pas eu de blessés, il n’y a personne qui est tombé. C’était vraiment un meeting de réjouissance, mais en même temps, un message clair pour dire que nous sommes-là sur la scène politique guinéenne et que, l’UFR prendra sa part entière dans le débat démocratique qui a lieu dans notre pays à tout moment et que le fait de ne pas organiser des manifestations et autres ne veut pas dire que le parti n’était pas là. Donc ça a été une sorte de défi. Nous n’avons pas pu transporter nos militants, nous avons eu beaucoup de problèmes ; parce qu’il n’y avait pas d’autorisation spéciale. Il y a eu beaucoup d’embouteillages au moment où on est parti, nous avons rencontré plusieurs militants qui retournaient à cause du soleil. Mais l’ensemble de tout cela, c’est qu’il y a eu une communion. Il y a eu volonté des jeunes gens pour se manifester et de parler de leurs ambitions immédiates et futures. C’était un peu le sens de la cérémonie de samedi. Nous en sortons ragaillardis et je pense que nous sommes toujours les mêmes interlocuteurs qui sont prêts à débattre de la Guinée. Les gens ont dit que l’UFR est endormie, mais nous nous sommes réveillés simplement pour dire bonjour, voilà nous sommes là, dès qu’il y aura un problème, vous nous verrez.

Guinéenews : Pour la première fois en Guinée, un parti politique qu’est l’UFR a organisé une journée ‘’Portes ouvertes’’ pour débattre des questions d’intérêt national. D’où est venue l’idée ?

Sidya Touré : Ecoutez, chacun réfléchit à sa manière. Vous savez, je suis d’abord un intellectuel, peut-être je suis devenu politique après. Mais il est entendu et je crois que vous l’avez tous compris, dans les discours que j’ai prononcés dans ce pays depuis que j’ai pris la direction de ce parti, je suis préoccupé par les conditions de vie de la population. Je l’ai dit, je l’ai répété à plusieurs reprises, la politique ne résout pas ces questions. J’ai pensé que cette possibilité du donner et du recevoir, pour nous-mêmes parce qu’il y a des secteurs que je ne maîtrisais pas dont Mme Makalé Traoré a parlé.

Il y avait beaucoup de choses qui étaient nouvelles pour moi et même vous les journalistes également. Les questions de droit, de la constitution, la situation administrative et sur le problème de leadership. Je me suis dit qu’il était important que ce débat ait lieu. Ça a eu lieu au siège de l’UFR, mais comme vous l’avez compris, c’était un débat qui n’avait rien à voir avec les questions de politique politicienne de tous les jours. Voilà l’une des raisons pour lesquelles nous avons organisé cette rencontre. Je crois que cela a donné les résultats qu’il fallait. Je vous ai présenté l’Internationale libérale qui était venue nous visiter. Il y avait tellement de chaleur, tellement de problème, des gens qui partaient que, si vraiment on n’était pas en place, on ne pouvait pas tenir un discours. Je pense que les gens ont bien compris que l’essentiel s’était passé le 2 novembre en ce qui concerne les discours. Et ensuite, les gens ont pris cela comme une manifestation pour prouver qu’ils sont là et que l’on peut peser sérieusement sur le processus électoral en Guinée.

Guinéenews : Certains analystes politiques pensent que c’était juste une façon pour vous de jauger votre capacité de mobilisation avant les prochaines élections qui s’annoncent. Qu’en dites-vous ?

Sidya Touré : Tant mieux, si je fais cela, c’est une bonne chose. Tu as bien dit capacité de mobilisation, ça ne veut pas dire capacité d’aller enfermer les gens quelque part. Ça veut dire que les gens qui se sont mobilisés et ils ont prouvé qu’ils avaient envie d’être mobilisés, ils avaient soif de cette mobilisation. Je souhaitais faire ce 17ème anniversaire au siège, on m’a dit il n’en est pas question. On a dit d’abord au stade et d’autres ont dit l’esplanade du palais du peuple. C’était vraiment la volonté des hommes qui ont commencé à dire nous sommes là derrière notre parti et notre leader et nous répondrons le moment venu à tous les problèmes qui se poseront aussi, notamment sur le processus électoral qui va arriver bientôt.

Guinéenews : Quelles vont être vos prochaines activités, parce que 2020  n’est pas loin ?

Sidya Touré : En attendant, nous préparons 2018, les élections communales. Nous voulons reprendre en main les communes qu’on nous a prises pendant les élections passées, dans les conditions qu’on connaît. Et ça, nous ne voulons pas répéter cela. Les gens oublient toujours, on me dit oui vous avez des  députés parce que l’UFDG vous a aidés. Non, nous avons réparti les choses en fonction des résultats de la seule élection qui a semblé transparente dans pays, celle du premier tour de 2010. Nous avons gagné Matoto, Kaloum et Matam. Nous avons gagné d’autres en Basse Guinée qu’on ne nous a pas donnés, il y a Forécariah que nous avons gagné. C’étaient les seules élections qui n’ont pas été tripatouillées au moment de la proclamation des résultats. Nous avons voulu bien faire comprendre que notre présence était réelle. Et vous avez vu qu’à cette manifestation, les différentes coordinations sont arrivées. La coordination de la Forêt était là avec son président, les coordinations de la Haute Guinée et de la Basse Guinée aussi. Voilà, nous sommes là et nous sommes-là.

Guinéenews : Il y a les élections communales de février 2018 qui seront suivies des législatives, je crois en 2019 et la présidentielle en 2020. Quelles sont les chances de l’UFR ?

Sidya Touré : Nous reprendrons notre place  et nous allons nous battre pour cela très sérieusement. Nous sommes engagés, je l’ai dit tantôt, pendant le peu de temps que j’avais, que nous n’accepterons pas les tricheries qui consistent à s’asseoir dans un bureau pour définir les résultats des élections et de les publier. Si nous sommes aujourd’hui plus ou moins, je ne dirais pas satisfaits, mais en tout cas, on laisse la CENI actuelle s’installer parce que nous pensons que ce genre de chose est terminé. Sinon, on nous reverra dans la rue, comme ce qu’on a connu auparavant. Et ça, personne ne le souhaite.

Guineenews : Vous disiez dans votre discours que ceux qui voleront vos voix vous trouveront sur le chemin. Concrètement qu’est-ce que vous comptez faire en cas de fraude ?

Sidya Touré : Mais ça c’est clair. Nous avons des structures qui sont chargées des questions électorales dans ce pays. Nous ne nous amusons pas avec cela tant que les élections se passent dans de mauvaises conditions. Nous avons actuellement ce qui se passe au Kenya en face de nous, bientôt peut-être le Liberia malheureusement. Nous n’avons pas besoin de cela. Je pense qu’il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de faire en sorte que chacun puisse compter ses voix de la manière la plus claire, la plus transparente, c’est vraiment le gage de la paix dans le pays.

Entretien réalisé par Guilana Fidel Mômou pour Guinéenews©.