Éducation: l’échec massif aux examens encouragerait-il à l’immigration clandestine à Labé?

07 août 2017 9:09:53
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Il s’agit en fait d’un préjugé qui est actuellement largement répandu dans la sainte cité de Karamoko Alpha Mo Labé. Une ville où les résultats des examens nationaux ont été catastrophiques ces dernières années. Avec des pourcentages d’une faiblesse sans précédent, selon une enquête exclusive réalisée sur place par Guinéenews.

A en croire plusieurs opinions dont celles des élèves et de leurs parents, ces échecs en cascade motivent bon nombre de candidats malheureux à opter pour l’immigration vers l’occident dans des conditions illégales et périlleuses.

Comme 2016, les résultats de 2017 ont été un échec historique et général particulièrement au Bac dans la région de Labé. Au regard des résultats du Bac de cette année, rapporte Alimou Diallo, le chargé des examens à l’inspection régionale de l’éducation (IRE), Labé a enregistré 27% d’admis.

«Au niveau de la région de Labé, il y avait 3 005 candidats pour l’ensemble des options comme candidats au baccalauréat, session 2017. Il y a eu 836 admis pour l’ensemble des options. C’est-à-dire un taux de 27,82% au niveau régional», a-t-il indiqué.

Le pourcentage obtenu cette année au Bac unique est relativement faible,  admet le chargé des examens à l’IRE de Labé. «Par rapport au nombre de candidats ou par rapport aux efforts fournis au cours de l’année par l’ensemble des encadreurs, à savoir : les cadres de l’IRE, des DPE (directions préfectorales de l’éducation) sans oublier les professeurs. Nous allons dire que ce taux est relativement faible », a reconnu ce cadre local de l’éducation.

En plus, il ne faudrait pas occulter le fait que nombreuses ont été des écoles de la région qui ont eu deux ou un admis et parfois même zéro. Il y a également eu des préfectures comme Lélouma qui ont enregistré zéro admis en Sciences expérimentales et un seul admis en Sciences Mathématiques. Une situation difficilement vécue par les candidats qui n’ont pas hésité d’exprimer dorénavant  leur désamour l’école.

Étant à son deuxième échec consécutif au baccalauréat, Mamadou Alpha Diallo ne sait plus à quel saint se vouer: «c’est malheureux ! Cette année encore, j’ai échoué alors que tout mon espoir et celui de ma famille reposaient sur mes études et  c’est pourquoi j’ai travaillé comme un fou. Je ne sais comment gérer ce énième échec. Car, je vois que mon bonheur n’est certainement pas lié aux bancs», a-t-il confié désemparé.

Dans la même situation, cet autre candidat malheureux qui a requis l’anonymat reste catégorique : « je ne ferais jamais l’école professionnelle car j’ai plein d’amis qui ont opté pour ça mais ils ont tous fini les études et son entrain de chômer dans le quartier. Pour l’instant je me suis pas décidé mais c’est sûr que j’irais rejoindre mon frère en Angola ou mon oncle qui est en Espagne » a-t-il déclaré.

«Je vais faire comme mon ami Saïdou en tentant ma chance du côté de l’Europe. Là bas, même si tu n’es pas instruit, tu trouveras quoi faire. Il suffit juste d’être un bras valide. Je vais tenter de convaincre mon frère afin qu’il me prête un peu d’argent pour financer mon voyage. J’ai appris qu’il y a un réseau sûr de passeurs qui évoluent du coté de la Libye. Beaucoup d’amis y sont passés, pourquoi pas moi», s’interroge un autre élève qui a préféré gardé l’anonymat.

Alpha Oumar Diallo, sociologue de formation, fait une analyse rationnelle de la situation : «c’est vrai qu’il faut juste prendre les meilleurs lors des examens, mais si les échecs continuent à se multiplier ainsi, comment canaliser ces milliers de candidats malheureux ? Croyez-moi, c’est sûr qu’on risque de multiplier les voyous, les brigands et pourquoi pas des candidats à l’immigration clandestine? C’est simple et c’est logique. Tout le monde voit ce que nos compatriotes de la diaspora, réaliser ici sur place. Et c’est tous les jeunes qui veulent en faire autant. Donc, dès qu’un élève échoue une, deux voire trois fois, il braque directement son esprit vers l’Occident qui a tendance à devenir une issue de secours pour les jeunes désespérés.»

Par contre, monsieur Alimou Diallo, le chargé des examens au niveau de l’inspection régionale de l’éducation de Labé fait porter aux élèves l’entière responsabilité de leur échec.  «Personnellement, j’accuse principalement les élèves parce que ce sont eux qui sont les premiers intéressés. Les autres donnent un produit, quitte à ces élèves de consommer le produit. On espérait au moins avoir 50 % d’admis au niveau de la région de Labé », a-t-il fait savoir.

Une hypothèse partagée par un enseignant ayant requis le couvert de l’anonymat: «il y a aussi le fait que les élèves en particulier et les jeunes en général sont tous obsédés, obnubilés  par l’idée d’immigrer et de se faire de l’argent à tout prix afin de satisfaire à leurs besoins à tel point qu’ils ont du mal à comprendre les cours en classe. En plus, il y a des jeunes qui abandonnent les cours en pleine année scolaire pour aller en aventure le plus souvent clandestinement.»

Devant la gravité de ce phénomène, le sociologue Alpha Oumar Diallo lance un appel à tous acteurs du système éducatif, des parents aux autorités, à ce qu’une solution idoine soit rapidement trouvée.

«Je pense qu’il faut vite trouver une solution pour canaliser ces candidats malheureux et désespérés sinon ils seront une charge pour la nation ou une charge pour les autres nations», a-t-il prévenu.

Ce sont des milliers de jeunes africains, pour la plupart des mineurs qui traversent chaque année la méditerranée en direction de l’Europe. En dépit que beaucoup d’entre eux meurent en cours de route, selon des informations recueillies auprès de l’Organisation Internationale de la Migration (OIM). Qu’à cela ne tienne, nombreux sont des jeunes qui se portent tous les jours candidats à l’immigration clandestine.

Alaidhy Sow Labé, pour guinéenews.org

  • msylla

    Je crois le mot approprié serait émigration!!
    De Labé, on émigre vers …

    Car, si je comprends bien, ce sont bien les jeunes de Labé qui quittent la ville et non y venir.