Economie-Environnement : de l’indispensable développement de l’agro-industrie en Afrique

03 octobre 2017 10:10:24
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Le sol et le sous-sol africains renferment tout ce qui existe pour faire du continent le « continent du prochain millénaire», une flatterie creuse, il faut craindre que cela n’endorme plus que n’éveille les consciences sur l’état de l’environnement.

N’oublions jamais que développement est synonyme de destruction systématique de la nature parce qu‘il faut sortir et transformer tout ce qui est vivant et inoffensif du sous-sol pour les rendre inertes nuisible à la nature pour être utiles à l’homme.

On voit bien que les transformations de l’homme rendent les matières non biodégradables pendant des siècles ou des millénaires. Si le fer et l’acier sont biodégradables sur un siècle et plus, puisque les restes du Titanic, qui a sombré en 1912, sont en train de se laisser ronger et manger par une catégorie de bactéries, par contre, on ne sait pas s’il y a des bactéries assez voraces pour dévorer les déchets nucléaires…

Les cartels, consortiums et multinationales s’entendent bien pour baisser le prix des matières premières provenant des pays du sud. Ainsi, après le pétrole, le gaz, le fer, la bauxite, le cuivre, l’or, le diamant… après le café, c’est le cacao, et on s’attend à la saturation du marché de l’anacarde dans quelques années, puisque la ruée dans la production de ces amandes est fiévreuse dans tous les pays du sud.

Dans ces trois domaines, le chômage est absorbé en grande partie, mais si ces trois filières s’effondraient, ce serait le chao. Si l’agro-industrie était développée dans la filière cacao, les prix n’auraient pas chuté de façon si vertigineuse. Avec 700 CFA la tonne, on se demande comment la filière africaine tiendrait débout pendant quelques années dans cette concurrence face aux pays asiatiques à plus bas coût de production.

Ce qui est totalement absurde et débile, c’est le coût élevé de la main d’œuvre dans les pays  capitalistes pour élever la pression fiscale. On dit que les impôts et taxes sont plus élevés en France qu’ailleurs, ce qui a fait fuir les Gérard Depardieu, Johny Halliday et bien d’autres vers d’autres cieux. Et pour entraîner l’Afrique dans ce jeu, l’on compare et fixe son niveau de développement par le revenu par habitant : avec un dollar par jour, le Vietnamien ne mourra jamais de faim, l’Africain, non plus, mais pour un Américain, un Allemand ou un Français, c’est moins évident. Pour ceux qui peuvent voir cela en profondeur, c’est courir en rond.  En France, le nouveau machin s’appelle la CSG (contribution sociale générale) qui fait bondir les retraités, parce que le fisc rattrape ce que le travail bien rémunéré leur a donné pendant leur jeunesse.

Les pays africains veulent jouer à ce jeu sans vraiment avoir les moyens ni le talent. Ils veulent prévenir la chute des produits agricoles et des matières premières en essayant de développer les  industries de transformation des produits semi-finis ou finis pour mieux les rentabiliser, seulement, il y a des  difficultés : ils ne savent pas à quel niveau indexer les salaires de leurs travailleurs. Si la tonne de cacao est fixée à 700 FFCA, ce n’est pas  un problème pour les Vietnamiens et autres producteurs asiatiques, il est un gros problème pour les Ivoiriens et Ghanéens et autres pays proches du système capitaliste.

 Dans ces conditions, les Asiatiques, qui ont de la main- d’œuvre à plus bas coût, risquent de faire sombrer la filière du cacao en Afrique et ailleurs. De fil en aiguille, la filière de l’anacarde risque de suivre dans quelques années. Cela est prévisible. L’agro-industrie pour la conservation des produits vivriers doit être prioritaire.

Ensuite, comment gérer les déchets et comment produire de l’énergie nécessaire pour les transformations sans détruire l’environnement ? Cette question se pose parce que la protection de l’environnement est de loin plus avancée en Asie qu’en Afrique, cela doit être une question essentielle.

Si l’environnement africain est détruit, les réfugiés climatiques seront encore plus nombreux. On sait que la gestion et le recyclage des déchets dans l’agro-industrie sont faciles et utiles, puisqu’on peut les transformer en engrais ou en aliments pour animaux et la quantité d’énergie nécessaire est moindre par rapport  à celle demandée pour la transformation de la bauxite en alumine ou du minerai de fer en acier. Plus la production de l’énergie est grande, plus l’environnement en pâtit.

 Les déchets des industries de transformation minières sont autrement plus polluants.  La poussière d’alumine qui recouvrait la ville de Fria avait pollué tous les cours d’eau et pas que Fria, puisque tout le secteur qui  abrite Sèkhoutouréya, la Cour d’Assise de Conakry,  est constamment couvert de poudre blanche.

En moins de 10 minutes, le toit d’une voiture est couvert d’une couche d’alumine ou de clinker et c’est dans cette pollution que la cuisine se fait pour les fonctionnaires de Conakry… On a également vu comment la poussière de ciment indisposer tout le secteur de la cimenterie, en haute banlieue de Conakry…

Pour limiter les dégâts et tenir longtemps la route, les pays africains devront penser à développer plus les industries dans l’agriculture et dans l’élevage pour la conservation des produits vivriers que dans l’industrie de transformation des produits miniers.  Et ce qui est encore à craindre, c’est la saturation du marché international dans les secteurs de la culture de rente comme le café, le cacao et l’anacarde, qui emploient des milliers et des milliers d’ouvriers.

  • CONDÉ ABOU

    Bonjour Cher Mr. Moise Sidibé. Le sujet que vous évoquez est au coeur des préoccupations des Experts les plus avertis des questions du développement en Afrique, et je me permets de saluer votre belle inspiration, en parlant de ce thème aujourd’hui.

    Voici 2 approches économiques qui traitent de la question:

    (1)La première est celle de 3 institutions: la BAD, le PNUD, et l’OCDE
    (2)La deuxième est celle du Professeur d’Economie, Mr. Carlos Lopez qui a travaillé pendant 28 ans aux Nations Unies, avant d’enseigner ensuite à l’Université d’Oxford et à l’Université du Cap en Afrique du Sud.

    (A)Quel est le point de vue de la BAD , du PNUD et de l’OCDE ?

    Dans sa présentation de l’étude annuelle sur les perspectives économiques de l’Afrique, rédigée par la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations Unies pour le Développement (Pnud) et l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), Olivier Caslin de Jeune Afrique soulignait avec beaucoup d’arguments, l’importance pour les États africains d’entamer une révolution industrielle, notamment a .

    Comment résume-t-il la problèmatique de l’industrialisation du continent , et qui se trouve être, l’un des vecteurs du développement du continent !

    Selon lui, après avoir enregistré des chiffres en baisse ces dernières années, suite à la chute des cours de matières premières, le centre de développement de l’OCDE table sur une légère reprise dès cette année, avec une croissance de 3,4 % qui devrait atteindre les 4,3 % en 2018.

    Si l’Afrique de l’Ouest et Centrale reste à la traîne, l’Afrique du Nord et plus encore l’Afrique de l’Est, avec une prévision de croissance de 5,3 % attendue pour 2017, devraient tracter l’ensemble du continent. À condition que les hypothèses des experts de l’OCDE se concrétisent, qu’il s’agisse du rebond espéré des ressources naturelles et de l’économie mondiale, ou des réformes macroéconomiques qui doivent être réalisées à travers le continent.

    La nécessité de l’industrialisation

    Pour assurer cette relance et sortir de la dépendance des matières premières, tout en créant les 29 millions d’emplois indispensables chaque année pour faire face à la vague démographique qui attend le continent, l’industrialisation de l’économie africaine, « est plus que jamais une nécessité », insiste Mario Pezzini, directeur du centre de développement de l’OCDE. Surtout qu’entre 1990 et 2015, la part du secteur manufacturier dans le PIB africain est passée de 17 à 11 %.

    Il y a donc urgence à entamer cette révolution industrielle qui continue de se faire attendre, malgré des perspectives prometteuses en direction des marchés internationaux mais également régionaux.

    Pour assurer un tel développement, l’OCDE insiste pour améliorer la formation de la main d’œuvre et pour réorganiser les entreprises, en les regroupant notamment dans des clusters, permettant à la fois une réduction des coûts et un meilleur accès aux marchés. « L’idée est de consolider les entreprises et de renforcer leur compétitivité », explique Mario Pezzini.

    L’agro-alimentaire doit être le pilier de l’industrialisation en Afrique.

    Cette politique de développement à l’échelle locale doit avoir des visées sous-régionales, notamment dans la réalisation des grands projets d’infrastructures nécessaires à tout projet industriel.

    Pour tenir compte des spécificités du continent, par exemple le poids des activités informelles dans de nombreux secteurs comme le BTP, cette industrialisation doit s’appuyer en priorité sur les activités fortes de son économie, à commencer par l’agriculture.

    « Il est clair que l’agro-alimentaire doit être le pilier de l’industrialisation en Afrique », confirme Mario Pezzini, beaucoup plus sceptique lorsqu’il s’agit des perspectives liées à la délocalisation des millions d’emplois chinois sur le continent.

    « Avec la robotisation à venir de l’industrie Chinoise, l’Afrique n’est pas certaine d’être compétitive en terme de coût du travail », précise Arthur Minsat, Responsable du bureau Afrique du centre de développement.

    Trouver des sources de financement

    Reste à trouver les sources de financement. Si les montants de l’Aide publique au développement (APD), des Investissements directs étrangers (IDE) et les transferts des migrants devraient largement contribuer à mobiliser les ressources, les revenus fiscaux sont attendus pour jouer un rôle de plus en plus important.

    Même si les taux de collecte ne représentent encore en Afrique que la moitié de ceux enregistrés dans les pays de l’OCDE, « il y a une nette amélioration ces dernières années », remarque Mario Pezzini. Surtout, les revenus fiscaux devraient être plus diversifiés à l’avenir et moins dépendre des hydrocarbures. Au rythme de la diversification tant espérée des économies africaines.

    (B)MAIS COMMENT FAIRE POUR QUE L’AFRIQUE PUISSE ENGRANGER DE TRES BONS RESULTATS ECONOMIQUES ?

    Voici les réponses du Professeur d’Economie, Carlos Lopez, originaire de Guinee Bissau dans son interview du 19 Décembre 2016 qu’il avait accordée à Jeune Afrique, à propos de l’avenir du développement industriel du continent Africain.

    Après l’ONU, où il a effectué vingt-huit ans de sa carrière, une nouvelle vie commence pour Carlos Lopes, 56 ans, qui a dirigé quatre années durant (jusqu’au 31 octobre) la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA). L’économiste bissau-guinéen veut reprendre sa liberté de parole.

    « J’ai souvent été rappelé à l’ordre en tant que fonctionnaire Onusien », affirme en substance celui qui, juste après sa démission, a sévèrement critiqué le franc CFA, qu’il a qualifié de système monétaire « désuet ».

    Depuis début décembre, Carlos Lopes est professeur d’économie à l’université du Cap, en Afrique du Sud – où il a posé ses valises – et conférencier à l’université d’Oxford, au Royaume-Uni, où il continue de prêcher la bonne parole : le développement endogène et l’industrialisation de l’Afrique. Il prodigue aussi ses conseils à des leaders africains.

    De passage à Paris, il a dressé pour Jeune Afrique le bilan de son mandat à la tête de la CEA et livré son analyse des conséquences de la conjoncture internationale sur le continent.
    Jeune Afrique : Vous avez quitté, fin octobre 2016, votre poste de Secrétaire Exécutif de la CEA.

    Quel bilan dressez-vous des quatre années passées à la tête de cette institution ?

    Carlos Lopes : Je pense que le bilan est positif. J’ai reçu un certain nombre de manifestations de reconnaissance, par exemple celle des chefs d’État africains qui ont salué, à Lomé [lors du sommet de l’UA sur la sécurité maritime, le 15 octobre], ma contribution au débat sur le développement.
    Plus récemment, des ministres africains des Affaires étrangères ont fait la même chose. Tous disent : « Il a contribué à faire de la transformation structurelle un axe majeur de ce débat. » Certes, ce sujet n’est pas nouveau. Mais, pendant quatre ans, il y a eu un battage de ma part, avec tout le travail de la CEA sur trois points principaux.

    D’abord, l’industrialisation : comment la mener à bien en profitant de « l’avantage du retardataire ». Ensuite, la question de la fiabilité des statistiques, des données, de la qualité de l’information sur les économies africaines et, avec ça, le changement du discours sur le continent ; on n’a pas une connaissance approfondie des réalités africaines et, de ce fait, on se laisse influencer par des discours négatifs.

    Enfin, le troisième élément fort que nous avons apporté au débat porte sur la nécessité de mobiliser des ressources intérieures, de centrer le développement de l’Afrique sur nos propres forces. Cela signifie que nous devons discuter différemment de la corruption, des transferts illicites de capitaux ou encore de la collecte des impôts.

    Ce discours a-t-il eu un impact sur le terrain ?

    Il n’y a plus aucune institution africaine qui ne mette l’industrialisation au centre de sa vision du développement, que ce soit la BAD, le Nepad ou encore l’UA avec son Agenda 2063. Au niveau régional, la SADC a mis en place sa politique d’industrialisation, la Cedeao est en train d’en faire une, le COMESA aussi.

    Et au niveau national, 27 États ont une politique industrielle ou sont en train d’en élaborer une. Aujourd’hui, il n’y a plus de querelle sur le rôle majeur de l’industrialisation dans la transformation structurelle de l’Afrique. Il y a quatre ans, ce n’était pas le cas.

    L’année 2016 a été difficile pour l’Afrique. Fort ralentissement de la croissance, accélération de l’endettement des États, dépréciation monétaire, inflation… La chute des prix des matières premières n’a-t-elle pas complètement remis en question les performances économiques des quinze dernières années ?

    Il faut faire la part des choses. En ce qui concerne la croissance, il est important de dire que les grandes économies comme l’Égypte, le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Angola ont un tel poids que leurs difficultés ont tiré la moyenne africaine vers le bas. Hors les exportateurs de pétrole, le taux de croissance est de 4,4 % : ce n’est pas si mauvais. Autre point important : il s’agit de savoir si les difficultés actuelles sont conjoncturelles ou structurelles.

    Les tendances de ces dernières années sont le signe d’un manque de transformation structurelle : les économies ont peu changé et dépendent encore trop des matières premières. Pour l’instant, la crise est conjoncturelle. Elle peut devenir structurelle si les pays ne font pas les changements nécessaires. En tant qu’Economiste, je constate que le moteur de la croissance en Afrique, ces quinze dernières années, provient pour les deux tiers de la consommation interne.

    Pourquoi, dans ces conditions, l’industrie extractive et les matières premières ont-elles un impact aussi important ? Parce que nous en dépendons à 80 % pour nos exportations et parce que les États, surtout les producteurs de matières premières, n’ont pas fait d’efforts en matière fiscale pour taxer cette consommation interne. Dans la composition des économies, les matières premières sont importantes mais ne constituent pas le seul élément ; en revanche, elles sont surreprésentées du point de vue des ressources publiques.

    Quels sont les principaux acquis de la période de forte croissance enregistrée par le continent ?
    On a eu des résultats spectaculaires dans le domaine social. Il ne faut pas les négliger. Les gens disent que la pauvreté n’a pas significativement reculé, mais on voit bien les embouteillages dans les grandes villes, la multiplication des supermarchés et des liaisons aériennes…

    Tout cela est la preuve de l’émergence d’une classe moyenne. Par ailleurs, il n’y a aucun doute sur le fait que la construction a connu un véritable boom. Durant les quinze dernières années, les investissements dans les infrastructures ont été plus importants que sur l’ensemble des trois décennies précédentes. Il y a des améliorations évidentes, mais on n’a pas fait suffisamment de transformation structurelle.

    Qu’est-ce qui bloque l’accélération de cette transformation structurelle ?

    Nous ne connaissons pas suffisamment la structure de nos économies. Par exemple, les comptes nationaux doivent être gérés suivant certaines méthodologies, mais en Afrique seuls douze pays sont à jour. Les nouveaux calculs du PIB réalisés en Égypte, au Ghana, au Nigeria ou au Kenya ont ainsi révélé qu’une partie de ces économies n’était pas connue. Si on fait le même exercice à l’échelle du continent, on se rend compte que le PIB africain est sous-estimé d’environ 21 %.

    Et quand on dit que notre pression fiscale est de 17 %, elle est en réalité de 12 %, alors que la moyenne mondiale est de 35 %. Cela signifie que des activités qui, dans d’autres circonstances, devraient générer pour l’État des recettes fiscales ne le font pas.

    Au Kenya, par exemple, seulement 2 millions de personnes paient des impôts. Ce n’est pas normal. Aucun pays au monde ne s’est développé avec une pression fiscale de 12 %. Quand vous êtes dans cette situation, cela veut dire soit que vous dépendez de l’aide et de prêts extérieurs, soit que vous êtes otage de vos exportations de matières premières.

    L’Afrique importe 80 % des produits alimentaires transformés qu’elle consomme. C’est un scandale.

    Dans ces conditions, quels sont les défis prioritaires auxquels les gouvernants africains doivent s’attaquer ?
    L’industrialisation doit être une priorité absolue ! Le dire ainsi peut paraître incantatoire, mais, concrètement, il s’agit d’accéder à un niveau de modernité de l’économie où les processus de production sont beaucoup plus sophistiqués et exigent un tempo complètement différent, qui va au-delà de la simple production manufacturière. On peut avoir la même analyse pour ce qui est de la productivité.

    Prenons l’exemple de l’agriculture, qui emploie environ 66 % des Africains mais contribue pour 10 % seulement à la création de richesse. Aujourd’hui, notre agriculture est dissociée de la transformation. L’Afrique importe 80 % des produits alimentaires transformés qu’elle consomme. C’est un scandale.

    Nous pouvons commencer par là, en produisant par exemple des yaourts ou des pâtes via des processus industriels. Les gens vous disent, quand vous parlez d’industrialisation, que la quatrième révolution est en cours avec l’arrivée des robots et qu’il n’y a plus de place pour de nouveaux entrants. Ils ont partiellement raison : cela est vrai dans les marchés déjà existants. Si vous voulez entrer en compétition avec l’Europe sur certaines chaînes de valeurs, vous devez faire aussi bien que les entreprises robotisées.

    Mais si vous pensez à votre marché africain qui va compter 2,5 milliards de personnes en 2050, vous verrez que les possibilités sont énormes. Mais cela signifie qu’il faut accélérer l’intégration.
    S’industrialiser en misant sur la création d’un marché africain, cela ne signifie-t-il pas appliquer un certain protectionnisme ?

    Et pourquoi pas ! Il est possible de protéger son marché tout en respectant les règles du commerce international et les engagements que les États africains ont pris. Des possibilités de protection d’industries naissantes sont prévues dans des accords internationaux. Par ailleurs, pour les pays les moins avancés, il y a des possibilités, comme l’AGOA [African Growth Opportunities Act], que nous n’utilisons pas assez.

    Quelques rares pays comme l’Éthiopie, qui mise sur le textile, ont su mettre à profit cette batterie de possibilités.

    Aujourd’hui, Addis-Abeba veut devenir le premier exportateur africain de textile devant Maurice, en atteignant 1 milliard de Dollars US, d’exportations par an (environ 930 millions d’Euros).

    Des accords comme les APE [accords de partenariat économique], que les États africains sont contraints de signer avec l’UE, ne constituent-ils pas un obstacle à la création d’un marché africain ?

    La CEA et moi-même n’avons cessé de dénoncer les APE. Quand nous avons fait nos analyses, nous sommes arrivés à des conclusions très différentes de celles de la Commission européenne. Il ne faut pas se leurrer : les APE ne sont pas favorables à l’Afrique et constituent un frein à l’industrialisation. Il y a une hypocrisie du côté de l’UE, qui dit vouloir ce qu’il y a de mieux pour l’Afrique et, dans le même temps, refuse de donner les détails des contrats.

    On a mis ici et là, dans ces accords, des sucres qui n’en sont pas vraiment. Par exemple, l’aide prévue n’est pas contraignante. Elle inclut l’aide bilatérale, qui peut s’arrêter à tout moment, et pas seulement celle de la Commission. Et quand on regarde les montants globaux, cela paraît beaucoup, mais, en réalité, ils sont inférieurs à l’aide actuelle. Par ailleurs, comme ces accords, à l’inverse de ceux de Lomé, ont été négociés par petites régions, il y a des spécificités et des différences dans chacun d’entre eux, ce qui va créer des problèmes d’harmonisation quand on voudra créer des marchés africains.

    Mais alors, pourquoi les dirigeants africains signent ces accords ?
    Ils subissent de très fortes pressions. L’UE a fixé une date butoir complètement arbitraire, le 1er octobre 2016. On a fait croire à des pays comme la Côte d’Ivoire, premier exportateur de cacao, ou le Kenya, premier exportateur de thé, que sans ça ils n’auraient plus accès aux marchés européens.

    Le FMI, oui, mais avec modération

    Dans un contexte de crise budgétaire dans plusieurs pays, l’aide du FMI paraît souvent indispensable, mais nombreux sont les pays qui hésitent à solliciter le Fonds à cause des expériences douloureuses du passé – les ajustements structurels. « Cette hésitation témoigne d’une certaine maturité de la part des États », estime Carlos Lopes. Mais, d’après lui, le FMI dispose d’une expertise technique dont les pays peuvent avoir besoin pour transformer leurs économies. Le tout est d’utiliser les savoir-faire du Fonds au service de son propre agenda de développement. « Le FMI défend les équilibres macroéconomiques et il a raison de le faire. Mais il ne faut pas oublier qu’on peut respecter les équilibres et rester pauvre toute sa vie ! » prévient-il.

    Des champs aux magasins, sans passer par l’usine

    Si l’agriculture emploie la majeure partie de sa population, l’Afrique est un continent de services, selon Carlos Lopes. D’après l’économiste bissau-guinéen, ceux-ci sont divisés en deux catégories : d’un côté ceux qui, comme les télécoms et la finance, apportent beaucoup de valeur ajoutée mais n’emploient pas beaucoup de gens ; de l’autre ceux qui, comme la distribution, représentent une part importante de l’activité économique mais ne paient pas d’impôts. Le défi pour les États est de trouver le moyen d’arriver à taxer cette dernière catégorie.

    L’Afrique a-t-elle sauté l’étape de l’industrialisation en passant d’une économie rurale à une économie de services ? « Oui, on peut le dire, mais il faut éviter de tomber dans l’exagération », répond Carlos Lopes. Selon lui, le continent produit annuellement 500 milliards de dollars de produits manufacturés (environ 465 milliards d’euros), soit bien plus que l’Inde, qui a une population plus importante.

    « Le Maroc exporte des pièces d’Airbus, l’Afrique du Sud des pièces de BMW, observe-t-il. Nous ne sommes donc pas complètement absents du marché industriel mondial. » Reste que le continent doit augmenter sa part de marché (3 %) sur le segment des produits manufacturés.

    Toutes mes civilités, Cher Moise Sidibé, et grand merci pour la courtoisie de Guineenews.