Dr Faya: «Alpha Condé n’a pas de vision claire pour faire avancer la Guinée… il en est le problème»

06 septembre 2017 12:12:20
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Le leader du Bloc libéral fait un survol de l’actualité politique nationale. Dans une interview téléphonique accordée à Guineenews, Dr Faya Millimouno se prononce sur la récente sortie médiatique du tout-nouveau président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Me Amadou Salifou Kébé qui semble n’avoir pas répondu à ses attentes.

Toutefois, l’incarnation de la quatrième force politique guinéenne invite la mouvance et l’opposition à ne plus se faire berner. Il s’est par ailleurs exprimé sur le mini-remaniement intervenu récemment au sein du gouvernement ainsi que sur le funeste éboulement à la décharge sauvage de Concasseur à Dar-es-Salam, sans oublier l’annulation des résultats de la présidentielle kenyane par la Cour suprême de ce pays. Lisez plutôt!

Guinéenews : vous êtes un acteur majeur de la vie politique guinéenne. A ce titre, quel regard portez-vous sur l’actualité politique nationale ?

Dr Faya Millimouno : je sais que l’actualité politique de notre pays est très riche d’enseignements. Nous avons écouté dans l’émission qui a marqué le début de la saison de l’émission ‘’Les Grandes Gueules’’, le nouveau président de la CENI qui a été incapable de nous dire à peu près la date à laquelle les élections locales vont se tenir. Au BL, nous avons ressenti la déception. Et comme nous l’avons dit, l’opposition s’est fait encore une fois piéger autour de la table en 2016 pour vous rappeler ce que sont les faits : le 20 août 2015, la classe politique guinéenne a décidé de changer complètement cette CENI et du point de vue de la forme, et du point de vue du fond. Le piège dont je parle en 2016, c’est d’avoir accepté que cette même CENI organise les élections locales dont elle ne connaissait pas la date. Dans le même Accord de 2015, il était prévu que les élections locales se tiennent au plus tard avant la fin du premier semestre de 2016. On était déjà dans le second semestre de l’année 2016 quand on a confié cette tâche encore à cette CENI. Voyons ce que les faits sont. Nous voyons les membres de la CENI dont certains sont dans l’exercice de leurs professions, les professions pour lesquelles ils ont été à l’école, n’avaient pas un salaire de 2 millions. Par le jeu politique que nous connaissons, ils se retrouvent à la CENI et ils reçoivent un salaire d’au moins 15 millions, en plus des primes et d’autres avantages. Sachant qu’on avait dit en 2015 qu’on allait se débarrasser de cette CENI, qu’est-ce qu’humainement nous pensons que les membres de la cette institution feraient s’ils savent qu’à la fin des élections locales on se débarrasserait d’eux ? Ils traineraient les pas. Et donc la mouvance présidentielle n’est pas la seule entité qui, si vous voulez, jouerait à la montre par rapport à la tenue des élections locales. Cela, c’est par rapport à l’actualité. Et je crois que l’opposition doit prêter beaucoup plus attention la prochaine fois quand elle a l’opportunité de se retrouver autour de la table.

Ensuite, ce qui influence l’Afrique étant ce qui influence aussi la Guinée, je m’en vais dire que l’actualité, c’est aussi l’annulation des résultats de présidentielle kényane. Nous avons vécu dans ce pays ce que nous pensons être une première. Le premier enseignement qu’on en tire et ce qui fait la fierté du Bloc libéral, c’est qu’il faut faire confiance en la justice même quand les actes qu’elle pose nous déçoivent. Nous félicitons donc l’opposant Raïla Odinga qui a fait recours à la Cour Suprême et qui a donné ainsi l’opportunité aux magistrats de cette Cour d’invalider l’élection présidentielle. Nous félicitons les membres de cette Cour qui viennent d’inscrire le Kenya dans la voie d’une Afrique qui marche, qui avance. On était tenté également de féliciter le président sortant Uhuru Kenyatta qui était déclaré gagnant, quand nous l’avons écouté le vendredi dire qu’il n’est pas d’accord avec la décision de la Cour, mais qu’il la respecte. Et à l’occasion, il a invité le peuple kenyan à respecter lui aussi la décision. Mais quand nous l’avons entendu le samedi, nous avons été déçus. Ça nous a rappelé que le singe, quel que soit son âge, ne va jamais oublier de se gratter ou la façon dont il se gratte.

L’actualité politique de notre pays ne peut pas être examinée en dehors de la situation dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Nous venons d’assister à un mini-remaniement du gouvernement. Le président a changé certains. Il a amené d’autres. D’aucuns se sont attaqués aux effets en parlant des ministres eux-mêmes. Au BL, on ne parle pas de ces messieurs ou dames qui ont été appelés à ces fonctions, parce que ce ne sont là que des effets. La cause, c’est le président, lui-même. Lui qui a la prérogative de nommer à toutes les fonctions civiles et militaires, de par la Constitution de notre pays. Les nominations telles qu’il les a faites depuis son arrivée au pouvoir en 2010 nous montrent qu’il n’a pas de projet, qu’il n’a pas de vision claire pour la Guinée et qu’il n’a pas de ressources nécessaires pour amener le pays à avancer. Donc, il est le problème. Il n’est, peut-être, pas le seul. Mais, il est le problème. Et nous, nous ne nous attardons pas à examiner la compétence de ceux qui sont nommés. Au niveau du BL, nous pensons plutôt qu’en confiant à une seule personne un tel pouvoir, nous courons le risque de vivre ce que nous vivons aujourd’hui. D’où, l’importance de la proposition dans les réformes constitutionnelles que prévoit notre parti que toutes les nominations que le président serait amené à faire soient confirmées par l’Assemblée nationale. Ce qui permettrait à cette Assemblée à la fois de vérifier les compétences, l’expérience, mais aussi l’intégrité des gens à qui on confie les fonctions importantes de notre pays.

Guinéenews : quel commentaire faites-vous de l’éboulement de la charge de Dar-es Salam qui a coûté la vie à de nombreux compatriotes l’autre semaine ?

Dr Faya Millimouno : Oui, c’est d’ailleurs un événement tragique que nous avons vécu dans la douleur. Je m’étais personnellement rendu le même jour à Dar-es-Salam. A mon arrivée sur ce dépotoir, ce que j’ai constaté de mes propres yeux, c’est qu’il y avait des bulldozers qui étaient là, peut-être pour frayer le chemin des camions qui continuaient à déposer les ordures. Je ne sais pas la raison. Mais lorsqu’on sait que les ordures ne sont pas une substance solide comme une roche, plutôt quelque chose de mou, lorsqu’on fait circuler des engins lourds sur une partie du dépotoir, naturellement, cela peut entrainer l’éboulement de l’autre côté. Nous avons donc émis l’hypothèse que l’éboulement ne se soit pas passé simplement par le fait naturel de la pluie. Mais par la présence des bulldozers que nous avons trouvés sur les lieux. Dans les communications que nous avons faites, après avoir présenté les condoléances aux familles éplorées ainsi qu’à l’ensemble du peuple de Guinée et souhaité que l’âme des victimes repose en paix, nous avons exigé l’ouverture d’une enquête indépendante qui puisse permettre de situer les responsabilités, parce qu’il y a eu morts d’hommes. Par rapport au dépotoir qui n’a plus sa place là-bas et nos compatriotes qui sont obligés de vivre dans les environs, courant un  risque quotidien, nous avons une vision par rapport à la gestion des déchets dans la ville de Conakry, notamment : il faut aujourd’hui identifier un site suffisamment grand derrière Coyah ou Dubréka et qui va servir de lieu de traitement et de recyclage des ordures. Il faut avoir un programme qui, en amont, permette une sensibilisation des populations de savoir que les ordures que nous produisons ne sont pas de même nature : il y a du biodégradable et du non-biodégradable. Et on devait, se servant des couleurs nationales, enseigner à nos compatriotes comment on peut catégoriser les déchets que nous produisons en vue de faciliter leur collecte, leur traitement et leur recyclage. Et un investissement est nécessaire pour équiper les services qui vont s’occuper de tout cela au niveau des communes de Conakry. Voilà brièvement dit ce que nous imaginons pour régler définitivement le problème des ordures dans la ville de Conakry et par ricochet dans les grandes agglomérations de notre pays.

Propos recueillis par Mady Bangoura