Dossier : La diplomatie guinéenne face aux défis du 21ème siècle – Le cas de Bruxelles !

03 mai 2017 13:13:10
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Deuxième partie : 900.000 Euros pour quinze ans de loyer pour l’ambassade de Guinée à Bruxelles.

Avant d’entamer cette 2ème partie de la série sur les ambassades de la Guinée à l’étranger, Guinéenews© tient à partager avec ses lecteurs, la réaction de Dr Ousmane Sylla, l’ambassadeur de Guinée auprès de l’Union Européenne suite à la parution du 1er article d’une série sur les ambassades guinéennes à l’étranger- signé par Dr Youssouf Boundou Sylla. Lire ou relireDiplomatie : Des budgets de complaisance accordés à certaines ambassades ou l’autopsie d’une gabegie financière…

Ce dont notre interlocuteur-diplomate fait état, est un phénomène déjà connu et si bien effectué, dans les normes de l’art, l’État économiserait des millions de dollars au pays. Il s’agit de la gestion du patrimoine immobilier et des investissements de l’Etat, à travers l’achat d’immeubles et de bâtiments, pouvant abriter les chancelleries, les résidences des diplomates. Or dans ce secteur, la Guinée a très peu fait et n’a pas tenu compte du coût spéculatif dans les grandes villes. Acheter et équiper une ambassade fait beaucoup économiser à l’Etat. Au lieu par exemple que le président Alpha Condé récemment en France, reste dans un palace parisien où les prix sont exorbitants et là où il pourrait être écouté, piégé et filmé, par des agents de toutes sortes, il aurait pu séjourner à la résidence de l’ambassade de Guinée, à Paris.

Quand un président américain, français ou de n’importe quel grand pays visite un pays étranger (même lors d’une visite d’Etat), alors il ou elle, élit domicile chez son ambassadeur. Ce sont le plus souvent les dirigeants africains, francophones de surcroît, qui se font la compétition d’être de bons clients des hôtels parisiens, genevois ou New Yorkais.

Guinéenews© reviendra largement sur ce sujet dans son enquête où il compte vous présenter quelques ambassades par continent et passer en revue les raisons de l’existence et du maintien de ces ambassades, missions diplomatiques et consulats.

Pour le moment, l’on va continuer à se pencher sur la capitale belge, qui s’avère être le siège de l’Union Européenne et de l’OTAN. Et nous allons partager avec vous les échanges du diplomate guinéen, avec le correspondent de Guinéenews©, à Bruxelles, Bassamba Diallo.

Pour rappel, le budget de cette ambassade de Guinée en Belgique basé à Bruxelles :

Traitement et Salaires
2 395 604 000 GNF
238 338 EUR

Opérations
3 756 577 000 GNF
373 741 EUR

(Source : Loi des finances initiale 2017 – Ambassades de Guinée-Budget2017).

A son crédit, le chef de la diplomatie guinéenne à Bruxelles a joué à la transparence en voulant nous parler sans tabou sur les problèmes auxquels sont confrontés sa juridiction, car il faut oser le dire, il n’a pas été le seul à avoir été contacté, mais il a été le premier à s’ouvrir et de parler de la vitrine de la Guinée à Bruxelles. Il est à être encouragé pour cela.

D’entrée de jeu, l’ambassadeur précise :  » Je m’exprime au nom de trois pays qui relèvent de ma juridiction et non au nom du ministère des affaires étrangères  » avant d’ajouter :  » Il serait plus intéressant de nous contacter avant de publier un tel article pour connaître les charges dont certaines ambassades font face « , sans pour autant infirmer les chiffres avancés par Guinéenews© dans l’article en question.

L’ambassadeur Ousmane Sylla confirme par ailleurs que pour les premiers trimestres de 2016 et 2017, ils n’ont reçu que 20% du budget de fonctionnement, sans aucune autre explication de la part du ministère des Affaires étrangères. La question que l’on se pose est de savoir où sont passés les 80% de deux trimestres. La ministre Makalé Camara et les cadres du département des affaires administratives et financières peuvent-ils éclairer la lanterne des Guinéens sur la destination du reste de la somme ? D’ailleurs, c’est le cas de presque toutes les ambassades. Pourtant, l’on nous informe d’une source généralement très crédible, que les 20% ne représente que les charges des ambassades et que le reste sera viré au deuxième trimestre !

Dès l’entame, Ousmane Sylla dit être convaincu que le budget d’un pays qui fait de la relation bilatérale ne peut pas être au même  niveau que celui d’un pays qui fait des relations bi-et multilatérales. “ Dans la juridiction de Benelux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg), nous faisons du bi-et du multilatéral. Nous devons couvrir trois pays, ce qui demande un budget de fonctionnement conséquent et donc plus élevé qu’un pays qui ne fait que du bilatéral. En plus Bruxelles est la capitale de l’UE (Union Européenne), un point stratégique où il y a beaucoup d’activités. Il ne faut pas voir seulement le budget de fonctionnement mais il faut voir aussi ce que l’ambassade a apporté à la Guinée, le bilan doit être pris en compte ”, insiste-t-il. 

Dans la foulée, l’ambassadeur Sylla expose son bilan en ces termes : “ C’est grâce à d’intenses négociations menées par l’ambassade à Bruxelles et des nombreux déplacements, que la Guinée a pu obtenir  le 10e FED (Fonds Européen du Développement)  en 2012 et le 11e FED en 2014, plus une enveloppe de 55 millions d’euros d’aide publique au développement accordée à la Guinée par les Pays-Bas et la Belgique en 2016. « 

Poursuivant, il égrène les nombreuses réunions et conférences auxquelles l’ambassade de Guinée à Bruxelles doit prendre part pour justifier le budget qui leur est accordé. Dans le cadre, de la coopération bilatérale, il a cité entre autres les rencontres à la CPI (Cour Pénale Internationale), à la CIJ (Cour Internationale de Justice, à l’Organisation Internationale pour l’Interdiction des Armes Chimiques aux Pays-Bas et à la BEI (Banque Européenne d’Investissement).

Sur le plan multilatéral, le chef de la mission guinéenne mentionne les rencontres à l’Union Européenne, aux ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) à Bruxelles, au Parlement européen à Strasbourg.

Selon ses mots, il y aurait plusieurs rencontres auxquelles l’ambassade n’aurait pas pris part à cause de l’insuffisance des moyens financiers mis à leur disposition. Cependant, plusieurs diplomates à la retraite contactés par votre quotidien électronique affirment en choeur que la participation à toutes les réunions citées par l’ambassadeur ne justifient l’octroi d’un tel budget, à l’ambassade de Guinée en Belgique ! Car, disent-ils, l’ambassade de Guinée, en France par exemple ne fait pas du multi-latéral, mais elle a le buget le plus élevé après celle de Genève (voir : Ambassades de Guinée-Budget2017).

La résidence de l’ambassadeur achetée en 1980 par l’Etat guinéen et entièrement payée, Guinéenews© a voulu savoir à quoi d’autres le budget de l’ambassade était consacré.

En réponse à cette question, l’ambassadeur a dit que le budget servait aussi à payer les frais des missions à l’étranger, les frais de déplacement, les frais de participation dans les différentes réunions et conférences et puis le loyer de La chancellerie.

Depuis 2012, ce loyer coûte 5000 euros par mois à l’ambassade, y compris toutes charges de fonctionnement, comme eau et électricité. Ce qui représente 60.000 Euros ou 600 millions de Francs Guinéens .En 15 ans donc, ce sont 900.000 Euros qui ont été déboursés pour la chancellerie de Bruxelles.

Enfin, le chef de la diplomatie guinéenne au Benelux partage la conclusion de Guinéenews© pour rationaliser les dépenses au sein des missions diplomatiques et qu’à cet effet, il a déjà envoyé à Conakry depuis 2015 un dossier pour l’achat d’une chancellerie dans la commune de Kraainem, mais qu’à cause d’Ebola, et de problème de budget, la Guinée n’a pu acheter le bâtiment.

Avant la fin de l’interview, M. Sylla a manifesté le désir d’accroître son personnel si les moyens le permettaient pour pouvoir bien effectuer son travail.

Justement à propos du personnel des ambassades guinéennes, votre quotidien y reviendra largement dans ses prochaines éditions sur le recrutement et les nominations bancales basées souvent sur le copinage.

Une dépêche de Bassamba Diallo, avec la collaboration de Mouctar Baldé, Boubacar Caba Bah et de Youssouf Boundou Sylla