mercredi, 29 mars 2017, 01:21 GMT

“Nous mourrons tous l’un après l’autre sans aucun soutien financier pour subvenir à nos besoins. La seule richesse qui nous reste est l’amour que les Guinéens nourrissent pour nous malgré que beaucoup pensent que nous sommes tous morts.”

Dans les années 1990, la télévision nationale guinéenne (RTG) tenait en haleine tous les soirs des millions de téléspectateurs à travers la diffusion des films de nos troupes artistiques locales telles que “Pèssè”, “Léwouroudjèrè”, “Bènda”, “Sodia”ou encore “Sabou”. Ces courts métrages relataient le quotidien du guinéen et participaient à la moralisation du peuple ainsi que de leurs dirigeants.

 

Dans sa mission de valorisation de la culture guinéenne ainsi que de son patrimoine, Guinéenews est allé à la rencontre certaines vedettes de ces troupes. Il s’agit de M’Mah Soumah, connue sous le sobriquet de “M’Mama Pèssè”,  de Mamaissata Bangoura, “Siragbé Pèssè”  ou de Yarie Soumah “Mama Yéli”. Ces trois pionnières du septième art traditionnel guinéen, ont bien voulu nous faire revivre, dans ce premier acte de notre nouvelle rubrique intitulée ‘’Devoir de Mémoire’’, les heures de gloire de la Troupe Pèssè.  

 

«Nous avons commencé le feuilleton (Pèssè) par la danse “yankadi”, “yolé” et “makrou” (toutes des danses traditionnelles propres des peuples de la région côtière guinéenne), c’était sous le régime de feu président Sékou Touré », expliqué M’Mah Soumah,  “M’Mama Pèssè”.  

 

S’agissant de la genèse de la troupe, notre interlocutrice témoigne : “Alkaly Mohamed Kéïta est le père de la troupe “Pèssè”. Dès son retour de la Mecque, il a dit à Abou dessinateur qu’il a une idée et celle-ci consistait de créer une troupe théâtrale à l’image de celle de ‘’Tonton Week-end’’. A la différence, la nôtre serait dans en langue nationale Soussou. Son souhait était que toutes les ethnies se retrouvent dans le groupe et c’est en ce moment que feu Douty du Ballet Djoliba et feu Lamini ‘’Lopez’’ du ballet africain, sont venus renforcer l’équipe. Ainsi, toutes les couches sociales du pays ont formé une seule famille, appelée troupe Pèssè.”

 

Poursuivant, elle a regretté la mort de Abou ‘’dessinateur’’. Selon elle, beaucoup d’acteurs se sont retirés de la troupe à un moment, y compris, elle-même et Mamaïssata avant d’y revenir.

 

Même dans son lit de mort, Abou dessinateur, confie-t-elle, nous a demandés de ne pas abandonner nos répétitions des films de Pèssè.

 

“Nous sommes restés ainsi jusqu’à la mort de Yakhouba Pèssè à Ignace Deen. Nous avons déploré de le voir finir de la sorte. Car après son décès, son corps n’a pas été bien traité et il a commencé à se décomposer. C’est pourquoi il a été enterré un vendredi à 10 heures au lieu de 14 heures”, a profondément regretté Mama Pèssè qui dénonce le fait que tous les anciens acteurs comédiens de la RTG soient en train de mourir, les uns après les autres sans bénéficier d’aucun soutien financier.  

 

La seule richesse qui nous reste est, affirme-t-elle, l’amour et la sympathie que les Guinéens nourrissent encore pour eux en dépit du fait que beaucoup pensent que nous sommes tous morts.

 

‘’Nous n’avons aucune cassette de nos œuvres. Mais il y a des personnes qui ont construit des villas, leur bonheur en revendant nos œuvres. Quand je suis tombée malade et que j’ai fait sept mois paralysée, c’est Malick Sankon, le DG de la Caisse nationale de la sécurité sociale qui m’a  fait soigner à cause de l’amour qu’il a pour ce que nous avons fait en faveur de la Guinée”, a-t-elle rappelé.

 

Sur la même lancée que sa complice, Yarie Soumah “Mama Yéli ” a indiqué que le patriotisme a toujours guidé tout ce qu’ils ont fait. “Tout ce que nous avons fait dans le théâtre, nous l’avons accompli par patriotisme et non pour l’esprit mercantile. A l’époque, honorer son pays était ce qu’il y avait de mieux à faire et nous n’avions pas l’appétit du gain. Tout le monde nous félicitait et personne ne prenait même nos frais sanitaires ou notre nourriture en charge”, a déclaré Yarie Soumah.

 

De son côté, Mamaissata Bangoura dite “Siragbé Pèssè”, a assuré que la troupe Pèssè peut revenir sur les écrans s’il y a un soutien. “Avec les moyens et l’expérience que nous avons, nous pouvons à nouveau revenir sur les écrans et continuer la sensibilisation. Nous voyons des enfants habillés en vieille femme dans les feuilletons et cela veut dire que, nous avons toujours une place dans le théâtre”.

 

Tristes sont les conditions dans lesquelles plusieurs icônes de la culture et du sport guinéen, terminent leur vie après avoir servi la Guinée. Des années durant, ces célébrités ont fait la fierté du pays et avec l’âge, ce même pays les oublie ou les ignore. Un acte qui déconnecte la nouvelle génération de ses patrimoines guinéens.

 

Cheick Alpha Ibrahima Camara

Correspondant à Kamsar, Basse Guinée. Téléphone : +224-669-153-059

Cheick Alpha Ibrahima Camara