dimanche, 26 mars 2017, 05:21 GMT

Situé au nord-ouest, à seulement sept (7) kilomètres et demi du centre urbain, Bambaya est l’un des 28 quartiers que compte la commune urbaine de Labé. Ce quartier péri-urbain, totalement enclavé et manquant de tout, est sans doute le plus sous-développé et délaissé de la capitale du Foutah Djallon, a constaté sur place la rédaction régionale de Guinéenews basée à Labé. 

 

img_8875Érigé en quartier en 1992, Bambaya n’a visiblement bénéficié d’aucune infrastructure sociale de base depuis l’aube des temps. Conséquence : les citoyens de ce quartier vivent toujours ‘’à l’ère primitive ", a constaté votre quotidien électronique. Avec une population estimée à 700 habitants, dont 380 femmes et 320 hommes, Bambaya n’a jusqu’à ce jour aucun puits, aucun forage, aucune école, aucune structure sanitaire, aucun centre d’information, aucun centre de loisirs et l’accès à la localité est quasi impossible. C’est tout dire…

 

Quartier complètement enclavé !

 

Nimg_8876on seulement la route de Bambaya est fortement accidentée, mais l’unique point de passage reliant la localité aux quartiers environnants aboutit à un vieux pont artisanal fait de pierre et de bois à l’entrée du village. Ce pont artisanal, si on peut l’appeler ainsi, a été construit en 1960. Il est de nos jours dans un état pitoyable. « C’est en 1960 qu’on a entamé ce pont par un assemblage de grosses pierres sous forme de pont qu’on appelle en langue locale ‘’YERAADHE'' ". En ce moment, les véhicules passaient sans grand problème. Au fil du temps, on a remplacé ce pont en pierre par un pont en bois en 2010. Mais très malheureusement, les pluies diluviennes enregistrées en 2013, précisément le 07 août, ont emporté le pont en bois. Depuis lors, les véhicules ne pouvaient plus traverser. Une semaine après, on a déposé des demandes à la commune, à la préfecture et au gouvernorat de Labé dans le but d’avoir un pont conventionnel. Hélas, jusque-là, il n’y a eu aucune réaction. Récemment, avec l’arrivée d’un nouveau préfet, on a réactualisé nos demandes. Actuellement, avec cette structure, seuls quelques motocyclistes et des piétons arrivent à emprunter ce petit pont que vous voyez. Et ce, avec des consignes strictes, car on a demandé à tout le monde de faire preuve d’une très grande prudence », explique Boubacar Kirondo Diallo, le président du Conseil de quartier.

 

img_8874Manque criard d’eau !

 

Ne disposant pas de puits encore moins de forage, les 700 habitants du quartier Bambaya de la commune urbaine de Labé sont obligés de faire recours à un cours d’eau situé en pleine brousse, à environ 1 à 2 kilomètres des habitations. «On n’a pas où puiser de l’eau potable, à part cette source. Il n’y a pas de puits, les marigots tarissent, la grande rivière tarit. C’est cette seule source qui nous sauve ici à Bambaya en saison sèche. En plus, on n’a pas de forage et vous comprendrez que le manque d’eau nous embête beaucoup dans ce quartier. Pour éviter les maladies, on conseille à tout le monde, une fois à la maison, de filtrer cette eau à l’aide d’un tissu bien propre. C’est tout ce qu’on a », déclare le chef du quartier.

 

img_8879Venue s’approvisionner en eau potable, Aissatou Oury Sow, une femme âgée d’une soixantaine d’années, confirme le calvaire auquel ce quartier est confronté: « depuis l’aube des temps, c’est ici qu’on puise de l’eau. C’est parce qu'il n’y a pas de pompe. Voilà pourquoi on vient ici. C’est cette eau que nous buvons car on n’a pas le choix. Certains quittent la colline pour venir ici. Nous demandons à l’État de nous aider à avoir un puits amélioré », lance-t-elle au micro de Guinéenews.

 

Depuis plus de 20 ans, le bureau du quartier mène des démarches, mais en vain. « On a mené des démarches auprès de la commune au temps d'El Hadj Amadou Thiam (ancien maire de Labé). On leur avait demandé de nous aider à avoir deux à trois forages au moins pour les trois secteurs de notre quartier. Mais ça n’a toujours pas eu lieu », précise le chef de quartier.

 

Pas d’école !

 

img_8877Les jeunes en âge d’aller à l’école sont obligés de faire des kilomètres pour rallier l’établissement le plus proche. Âgé de 16 ans, Souleymane Diallo met à nu les conditions dans lesquelles il suit ses études : « c’est à Saala Douyébhé (quartier voisin) à deux kilomètres et quelques de mon quartier que j’ai commencé mes études primaires. Chaque jour, je quittais Bambaya pour l’école pendant 6 ans. Par la suite, j’ai eu mon examen d’entrée en 7ème  année. Et actuellement, j’étudie au centre-ville. Mais jusqu’à présent, mes amis et moi, nous faisons ces courses à pied. Si au primaire je marchais 2 kilomètres, actuellement je fais environ 8 kilomètres multipliés par deux, pour un aller-retour entre Bambaya et mon école au centre-ville. Chaque jour, je quitte chez moi au plus tard à 6 heures 00 pour être à l’école à 08 heures 00. Quand tu arrives en retard à l’école, tu ne seras pas reçu. Donc, il faudrait tout faire pour être matinal. Nous avons vraiment besoin d’une école primaire dans notre quartier car ce calvaire est le même pour tous les jeunes de la localité », souligne ce jeune…

 

Pas de structure sanitaire !

 

Uimg_8880n autre problème très inquiétant à Bambaya c’est le manque de structure sanitaire. En ce 21ème  siècle où même des secteurs et des districts de la République de Guinée disposent de poste ou de centre de santé, ce quartier situé à 7 kilomètres du centre urbain n’a jamais bénéficié d’une infrastructure sanitaire. Ainsi, ses habitants sont obligés de passer par les quartiers voisins pour tout éventuel besoin sanitaire. En état de famille, Kadiatou Camara raconte : « on n’a ni centre de santé, ni poste de santé. Au meilleur des cas, on est obligé de faire recours au centre de santé de Saala Douyébhé et au pire des cas on se tourne vers le centre urbain. Si je prends l’exemple sur les femmes enceintes, il y en a beaucoup qui ratent ou sèchent les visites prénatales par manque de moyens. Faire souvent ce trajet à pied est vraiment pénible pour les femmes en état de famille. Voilà pourquoi, très souvent, on s’en remet à Dieu car nombreuses sont les femmes de Bambaya qui ne prennent contact avec un médecin que le jour de l’accouchement », témoigne-t-elle.

 

Malgré l’absence de ces infrastructures de base, les habitants de Bambaya continuent à se battre bec et ongles pour trouver le salut à travers l’agriculture, l’élevage et même la pisciculture très développée dans ce quartier péri-urbain. SOS donc pour ce ‘’quartier-village’’ qui manque de tout et fait tout pour assurer sa survie en ce 21ème siècle.

 

Alaidhy Sow de retour de Bambaya, pour Guinéenews.org

Alaidhy Sow

Labé, Moyenne Guinée

Alaidhy Sow