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Arts et culture - Souleymane Koly Kourouma à Guinéenews© : « Nous devons réfléchir et bâtir une véritable politique culturelle »
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Après avoir posé le diagnostic de la culture guinéenne, Souleymane Koly interpelle ici dans cette deuxième partie de notre entretien, les autorités au plus haut sommet du pays sur la nécessité de la mise en place d’une véritable politique culturelle en vue de remettre en ordre de concurrence cette vaste industrie qu’est la culture guinéenne.
Guinéenews© : Vous avez fait un état des lieux de la musique de façon générale en Guinée. Est-ce que, à votre avis, c’est à cause de la politique culturelle mise en place ou y a-t-il d’autres raisons qui expliquent le fait que la culture guinéenne n’est pas largement consommée et exportée comme avant ? Souleymane Koly Kourouma : Ce serait long à expliquer. Mais prenons d’abord ce qui s’est passé dans la première République. La première République, pour différentes raisons qui ne sont pas forcément artistiques, a décidé de prendre le sport, et d’ailleurs pas tout le sport, de prendre le football. Et quand on dit l’art ce n’est pas tous les arts, il n’y a pas eu beaucoup de romans ni beaucoup de sculpteurs ni beaucoup de peintres. Donc, la première République a décidé de faire du football, de la musique et de la danse. Et là , c’est une forme de danse, une arme de communication et même de propagande politique. À partir de là , ils ont mis en place une stratégie. C’est comme toute politique, que ce soit la politique minière, la politique agricole ou la politique de l’éducation, il faut une réflexion et un objectif qu’on fixe et on se donne les moyens d’atteindre cet objectif. En général, même si on n’arrive pas à atteindre l’objectif totalement, on arrive à l’atteindre partiellement. Il se trouve que la première République, en la matière, a été précurseur en Afrique de l’Ouest. Lorsque Syliphone naissait, il n’y avait pas de maison de disque ailleurs, sauf peut-être au Congo. Et d’ailleurs c’est parce qu’il y avait le Congo qu’on attendait indépendance Tcha tcha jusqu’en Guinée. Les Belges les ont aidés à créer ça pour focaliser la population sur la musique et ne faisant pas autre chose. Donc en Guinée, la première République a mis en place toute une politique, a créé une maison d’édition et mettait des moyens à la disposition des artistes. On a envoyé des orchestres dans les fédérations de sorte que l’ensemble de cette politique qui était précurseur par rapport à tout ce qui se passait dans la sous-région, a fait naître un certain nombre de pratiquants et donc, a envahi l’ensemble des marchés. C’est certainement positif mais, il faut quand même faire un inventaire des lieux. D’abord, on a été focalisé sur une forme de musique pas une autre. Il y avait des concours, il y avait des jurys. Donc, on décidait en fonction des normesce qui, à mon avis, est antiartistique. L’artiste doit être libre et c’est le public qui décide. Mais, on disait voici le thème, vous allez le traiter. Et même le traitement de ce thème était jugé par des gens qui venaient et qui disaient, je corrige. Aujourd’hui, à moins que vous soyez proche des musiciens de l’époque, vous ne pourriez pas savoir que tel titre a été créé par telle personne. Puisqu’on disait que la création était l’œuvre du peuple donc, il n’y avait pas d’auteur etc. La conséquence, c’est que le jour où ce père titulaire qui était l’État n’était plus là , des artistes n’ont pas été à même de récupérer l’héritage. Parce qu’on n’aurait pu imaginer que des initiatives privées viennent récupérer cet héritage qui a été laissé par la première République. Et donc ceux qui ont pu partir sont partis. C’est ainsi que nous, nous avons vu arriver en Côte d’Ivoire beaucoup de musiciens Guinéens qui ont justement donné un nouveau coup de fouet à la musique en Côte d’Ivoire. Beaucoup de choses se sont passées et du coup, petit à petit, on est tombé dans le rond-rond, et tout le monde accuse le pouvoir. Mais, je pense que ce n’est pas seulement le fait du pouvoir, c’est le fait aussi que les initiatives ne s’expriment pas. Vous savez en Côte d’Ivoire, c’est le terrain que je connais mieux, l’Etat est intervenu très peu dans l’émergence des groupes. Ce sont des entrepreneurs privés qui décident d’investir sur monsieur Camara qui est jeune, en disant : oui lui, il est capable donc, je vais lui chercher un arrangeur et un compositeur, on va rentrer en studio et après je vais faire la promotion de son album. L’autre résultat, c’est que la production de la première République était tellement puissante qu’elle a un peu écrasé l’inspiration. On a du mal à se dégager. C’est comme quand vous avez une tradition forte, c’est très difficile de vous en dégager. Mais, je ne suis pas désespéré. Je crois que l’espoir est permis. Il suffit que deux ou trois entrepreneurs privés, décident de sortir vraiment du rond-rond. Si on veut se faire tout de suite de l’argent, voir quelqu’un qui marche bien, on prend le Palais du peuple, on appelle un chanteur, on sait que s’il chante quatre à cinq noms on est assuré d’avoir la dizaine de millions qu’on attend et puis après arrête, il y a plus rien. On ne va pas tourner à Kamsar, à N’Zérékoré, Macenta, Labé ou Kankan à plus forte raison aller proposer son produit au Sénégalais. Vous ne verrez jamais un clip guinéen passé au Mali, en Côte d’Ivoire ou ailleurs. Cela dépend aussi des promoteurs. Je pense qu’il faut d’abord qu’on regarde comment nous fonctionnons avant d’interpeler le pouvoir. Et en la matière je crois, il en est de ce domaine comme des autres. Il y a un problème d’initiative à prendre et puis de ce détourner peut-être du gain immédiat. Quand on investit, c’est pour le moyen et le long terme, ce n’est pas pour le court terme. Guinéenews© : Est-ce que le manque de professionnalisme des promoteurs culturels de la place n’est pas aussi de nos jours un des facteurs ? Souleymane Koly Kourouma : Il y a des gens qui sont devenus des grands entrepreneurs culturels en apprenant sur le tas. Quelqu’un comme Mamadou Conté qui ne savait ni lire ni écrire, c’est un Soniké qui est arrivé en France comme docker et qui a fini par recevoir la légion d’honneur pour toute l’action culturelle qui l’a amené en France pour l’art. Il n’y a pas un artiste africain qui a pu émerger sans passer par ses mains. Les Salif Keita, Alpha Blondy… Tous sont passés par ses mains. Sauf que Mamadou Conté avait un plan de carrière pour chaque artiste qu’il avait. Mamadou Conté ne prenait pas Salif Keita ou Alpha Blondy pour un concert et puis après chacun s’en va de son côté. Il avait un plan de carrière. Un plan de carrière ça veut dire quoi ? Cela veut dire qu’on forme d’abord l’artiste. On investit sur lui et l’argent peut se perdre. On signe un contrat qui est clair pour tout le monde et qui obéit à une législation qui protège et l’entrepreneur et l’artiste. J’espère qu’il y a la législation et que la législation existe en Guinée. Je ne suis pas très informé de son existence mais, selon la législation on signe un contrat. Si tu t’inscris dans un plan de carrière, ce plan de carrière peut dire mon gars ou ma fille ne va pas faire de concert pour l’instant. Ainsi, on travaillera sur son plan médias, sur le placement de son album, on va lui trouver un producteur digne de ce nom etc. Ensuite, on va faire un plan de promotion de son album. Le plan de promotion de l’album, ce n’est pas une dédicace, c’est une conférence de presse pour présenter l’album et ensuite des tournées. Pendant ces tournées, on ne gagne pas forcement de l’argent. Guinéenews : Cette chute de la musique guinéenne n’est-elle pas due au fait qu’elle a perdue ses repères et authenticités en étant plus portée aujourd’hui sur l’imitation et l’emprunt démesurés à d’autres musiques étrangères ? Souleymane Koly Kourouma : D’abord moi, je ne vois pas où est notre authenticité. C’est une boutade. Il a été une époque, tout ceux qui ont percé et qui ont la cinquantaine tels que Youssou N’Dour, Salif Keita, disaient qu’ils ont été influencés par la musique guinéenne. Bon, si nous avons influencé les autres à un moment donné, acceptons que les autres nous influencent. C’est simplement qu’ils ont été influencés et de cette influence, ils ont fait sortir quelque chose de nouveau. Youssou N’Dour ne s’est pas contenté de chanter les Kôgnô Koura et autres. A un moment donné, il a réfléchi, cherché et trouvé son M’balax. Je dis cela parce que la Guinée en arrivera à ça. Seulement, on est dans une période de confusion générale. La mise en place des institutions ne se fait pas facilement, l’assise économique n’est pas là , on est préoccupé par des tas de choses. Mais, à un moment donné vous allez voir, un jeune guinéen va sortir et va faire une sorte d’amalgame qui va bien sonner à l’oreille des gens. Mais pour cela, il faudrait des gens qui l’accompagnent et c’est un peu ce que je me donne comme mission. Ils sont là , je vois ce qui se passe, je passe dans les boîtes de nuit, je vois les jeunes jouer à la guitare. Ils ne jouent plus comme Sékou Bembeya, pas du tout, c’est autre chose. C’est une assimilation de ce qui est venu d’ailleurs mais, ils y ajoutent quelque chose. Mais pour l’instant, on ne leur a pas donné la possibilité d’être vus. Moi, je pense qu’il n’est pas mal d’être influence par des frères. Mais, c’est se complaire dans cette influence qui peut devenir dommageable à terme. Guinéenews© : Depuis un certain, Souleymane Koly est en Guinée. Est-ce que vous signez votre retour au bercail ou c’est dans le cadre d’un projet bien spécifié ? Souleymane Koly Kourouma : Comme disent nos vieux, demain est dans la main de Dieu. Aujourd’hui, je ne peux pas décider ce que je vais faire demain. Mon intention à moi, c’est d’être là , mais peut-être que le destin va m’amener ailleurs, le Tout-Puissant va vouloir que j’aille ailleurs. En fait qu’est-ce qui s’est passé ? Je vous ai parlé du Festival mondial des arts nègres en 2010. Après le festival, l’équipe de Kotéba est rentrée à Abidjan et je suis rentré en Guinée pour saluer la famille. C’est en ce moment-là qu’il y a eu le remaniement et que mon ami Cissé est devenu ministre et m’a dit, il faut que tu rentres. C’est la première fois qu’un ami de ma génération m’a appelé bien que beaucoup soient passés par là . Je ne rentre pas dans les détails mais, cela m’a un peu surpris et en même temps j’avais des envies de retour, la famille voulait que je rentre. J’ai donc décidé de venir, et je travaille aux côtés du ministre de la Culture. Guinéenews© : Parallèlement à votre fonction de conseiller du ministre de la Culture, est-ce que vous développez actuellement des activités culturelles sur place si oui, lesquelles. Souleymane Koly Kourouma : Je n’entreprends pas d’activités. Moi, ma passion, c’est de repérer et de former. On parle beaucoup des trois Go. A leur arrivée, certaines de ces trois GO ne chantaient pas. L’accompagnement et l’identification des personnes ressources, capables de les faire avancer, ont fait aujourd’hui d’une chanteuse Maté Keita. Si elle chante aujourd’hui, ce n’est pas moi seul qui lui ai appris à chanter. A un moment donné, je lui ai fait rencontrer d’autres gens qui étaient capables de lui apporter des connaissances dans d’autres domaines que je ne connais pas. Donc, c’est ouvrir l’éventail pour que les personnes soient performantes. Je suis arrivé en juin, j’ai observé pendant six (6) mois, et dès février, j’ai fait venir d’Abidjan, Maté Kéita qui est une formatrice en chorégraphie, en chant et en danse. Nous avons regroupé des jeunes gens. Si vous avez vu nos dernières représentations, la plupart des jeunes qui étaient dedans, sont des jeunes dont certains ont commencé avec nous depuis février. D’autres sont venus au fur et à mesure. Nous les formons, travaillons avec eux pour dire que d’autres voies sont possibles. J’ai envie de dire simplement que c’est les alternatives qui sont possibles. Commençons avec une, deux ou dix personnes, un local et puis on travaille. Il n’y a des moyens, ça c’est sûr mais, on n’a pas attendu d’avoir les moyens, on a travaillé avec les moyens du bord. A la suite du spectacle qu’on a donné, avant même qu’on le donne, on a participé à d’autres projets qui n’étaient pas les nôtres. Les gens nous ont vus et petit à petit, sont venus s’associer à nous. De telle sorte que le groupe commence à se graisser aussi bien avec des soutiens mais avec d’autres artistes pour permettre d’apporter l’expérience qu’on pu acquérir ailleurs. Donc, je suis sur le terrain de la formation, je vais investir si cela est possible dans le domaine de la diffusion. Parce que tout se passe à Conakry. Vous allez à Kindia on dirait que vous n’êtes pas à 150 kilomètres de Conakry. Je crois que quelque chose qui est proposée à Conakry doit pouvoir aller à Kindia, Labé, Gaoual, Koundara etc. Il faut que ça circule. Les conditions de circulation ne sont pas faciles chez nous. C’est ce qui explique que ce les autres ça ne circule plus, ils ont des routes bitumées alors bitumons nos routes. Ailleurs, vous n’avez pas besoin d’aller avec un groupe électrogène, il y a de l’électricité, donc donnons l’électricité etc. Un spectacle de Kotéba, vous le présentez à Abidjan tout comme vous pouvez le présenter à Korhogo à 1000 kilomètres, au nord dans les mêmes conditions qu’à Abidjan. Parce qu’il y a tout l’équipement. Vous allez à Man ou Abengourou, vous pouvez aussi le présenter. Et celadepuis 20 ans, nous le faisons. Ce n’est pas seulement en Côte d‘Ivoire. Au Mali, c’est aussi possible, au Burkina c’est pareil. Je ne sais pas ce qui arrive à notre pays. Il va peut-être falloir qu’on fasse des prières et des sacrifices parce que c’est terrible (rire). C’est pour vous dire qu’on va s’investir dans la formation, dans la diffusion, la création de spectacle, faire venir du monde, inviter des gens. Pour l’instant, on a fait venir des gens proches de Kotébaaprès, on fera venir d’autres que nous connaissons et qui sont capables d’apporter la bonne graine à des jeunes guinéens en matière de placement de voix dans des techniques qui ne sont pas forcément les leurs. On a une technique de chant mais, on peut nous apporter d’autres techniques. Et puis en Guinée, généralement quand on est d’une région, on ne sait pas chanter dans les techniques de l’autre région. Et pourtant, ça peut se faire. On peut très bien imaginer que quelqu’un de Conakry puisse chanter dans les polyphonies et que les polyphonies puissent savoir chanter le chant de tête qu’on appelle le chant sahélien. Guinéenews© : Vous avez dressé un diagnostic de la culture guinéenne. Est-ce que vous avez des propositions de solution pour inverse la tendance et favoriser davantage le rayonnement de notre culture comme vous l’avez déjà fait en Côte d’Ivoire ? Souleymane Koly Kourouma : Oui, les grandes propositions je les aies. Je vous ai dit que j’ai travaillé sur la politique culturelle de la Côte d’Ivoire pendant 11 ans. La Côte d’Ivoire n’est pas si différente de la Guinée que ce qui y a été dit ne soit pas envisageable ici. J’ai ensuite été convié par mon ami Cheik Oumar Cissoko qui était ministre de la Culture au Mali à venir travailler avec lui sur sa politique culturelle. Donc, c’est à nous de nous donner les moyens pour réunir les gens. Une politique culturelle ne se réalise pas seule même les médias doivent être associés. Il faudrait qu’on convie tous à une grande assemblée. Je sais qu’il y a déjà eu les états généraux de la culture en Guinée. Normalement au sortir de ces états généraux, l’institution publique prend en compte tout ce qui a été dit pour les traduire en projets concrets. Les projets concrets c’est quoi ? Les projets concrets, c’est par exemple décider de la création d’un pôle culturel à Dubréka de la même façon qu’on peut parler de la création d’un pôle industriel à Simandou. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que l’aménagement du territoire prend en compte le fait culturel. Cela suppose que la formation prenne en compte le fait culturel. On peut aussi dire que la culture n’est pas seulement danser et chanter, la culture c’est aussi les langues. Comment nous partageons nos langues, quelle place nous leur donnons dans la formation, dans la communication etc. Donc, c’est un projet d’ensemble. Je crois que nous devons prendre le temps de réfléchir et de bâtir une véritable politique culturelle qui va au-delà de l’échelle d’un individu ou même d’une mandature. En général se sont des projections qui se font à 25 ans par une génération. Quel profil de Guinéen nous voulons à l’horizon des 25 prochaines années, qu’est-ce qu’on voudrait qu’il parle, comment il se situe dans le monde, quelle maitrise il a de l’informatique et des nouvelles technologies, quelle maitrise il a de nos langues. Si on décide que dans 25 ans, chaque Guinéen de 25 ans sera capable de parler quatre langues, on peut y arriver. Comme d’autres l’ont fait avant nous, on met en place des outils pour y arriver. On introduit à l’école l’éducation musicale, l’éducation chorégraphique, l’apprentissage des langues sans abandonner le Français qui est l’une de nos langues. Moi, je dis que le Français n’est pas une langue étrangère. Tant qu’on le pensera ainsi, on continuera à bredouiller comme on bredouille ou alors on l’enlève. Mais, si on met dans notre constitution que c’est la langue officielle, il faut la considérer comme notre langue. Ce n’est pas la langue d’un pays qui s’appelle la France, c’est une langue qui nous appartient et donc, il faut que chaque Guinéen apprenne à se l’approprier. Parce que c’est la langue de communication de base. Voilà les directions dans lesquelles ont devait pouvoir aller en disant, la culture ce n’est pas seulement comment se porte les artistes. Les arts font partie de la culture mais, cette culture va au-delà de tout cela. C’est comme ce que je disais plus haut. C’est investir pour gagner en moyen et à long termes. Donc, sans jeter la pierre à personne, l’ensemble est à l’image de ce qui se passe dans le pays, le gain immédiat. On n’investit pas à long terme. Peut-être aussi c’est parce que le pays n’inspire pas confiance. Parce que pour investir à long terme, il faut se dire j’investie aujourd’hui et je peux récupérer dans cinq ans. Mais, si vous ne savez pas ce qui va se passer dans six (6) mois, vous n’oserez pas. Donc, on fait des coups. Je ne pense pas que l’état actuel de l’art actuel et en particulier la musique, parce que je crois que c’est de la musique vous pensez, n’est pas le fait d’un seul corps de métier. C’est l’ensemble du système y compris les artistes eux-mêmes. Il faut qu’on s’attaque au mal à la base, et qu’on forme les gens. Il faut que les artistes apprennent à savoir ce que c’est que leur droit, comment fonctionne notre bureau des droits d’auteurs, est-ce qu’ils reçoivent normalement leur droit. Si tout cela fonctionne normalement, chacun devra pouvoir retrouver son compte. Parce que la configuration sociologique de la Guinée devrait permettre aux artistes Guinéens de pouvoir se vendre dans toute la sous-région. Cela s’est fait dans le passé. Je veux dire que des morceaux guinéens ont été consommés par des Burkinabé à une certaine époque. Comment se fait-il que cela ne se fait plus maintenant à part une ou deux personnes. Peut-être que c’est notre système qui est devenu bancale entre temps. Guinéenews© : Quel message avez-vous à l’intention de l’ensemble des acteurs du monde culturel guinéen ? Souleymane Koly Kourouma : Plutôt c’est une conviction que je voudrais partager. Une conviction qui s’applique à la Guinée et au continent. Il ne faudrait pas qu’on se laisse inhiber par les difficultés du présent. Moi, je vois les jeunes guinéens, ils sont inventifs. Je parle bien des jeunes parce que j’ai l’impression que la partie est perdue pour nous les Papas. Mais, les jeunes sont inventifs, il suffit d’un rien pour arriver à les mobiliser autour d’un projet. Il faut arriver à mobiliser les gens, à donner des perspectives. Si on arrivait à donner des perspectives ou à les mobiliser, je pense que les choses pourraient bouger. Donc, c’est de croire fondamentalement en la Guinée, de croire en l’Afrique et chacun d’essayer de faire quelque chose dans le petit espace qu’il maitrise. Il y aura des méga projets. En attendant ces grands projets, il faut les micros projets qui font qu’il y a un tissu qui se dessine. Lorsqu’un spectacle est fait à Conakry, puisque nous parlons de spectacle, s’il marche bien, voyons comment on peut prendre les transports en commun pour aller jouer à Kankan, ensuite à Siguiri ou à ailleurs. Kotéba a commencé comme ça. On allait avec des cars au Mali, au Niger etc. Seulement que la sécurité est moins sûre qu’à l’époque. Donc, c’est vraiment croire en la Guinée et ne pas se laisser décourager peut-être par le spectacle que le pays et le continent nous donnent. L’avenir est permis. Quand je vois comment les jeunes gens marchent dans la rue. Vous savez, nous on voyage. Il y a des pays qui sont très riches, il y a de belles voitures…mais, les gens marchent, épaules sont rentrés, les regards sont obscurs. Excusez-moi mais ici, on a l’épaule droit, les regards sont droits. Cela veut dire qu’il y a de la vigueur, il y a de la force et cela ne trompe pas. Donc, c’est une jeunesse qui attend seulement qu’on lui apporte le bon message pour qu’elle se mobilise. Elle s’est mobilisée dans le passé, elle peut se mobiliser dans un avenir immédiat. Mais il faut lui donner le message qui lui donne du rêve, qui lui permet d’espérer. Interview réalisée par Camara Moro Amara en collaboration avec Tokpanan Doré pour Guinéenews©. Commentaires
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