Le député Holomo Koni Kourouma passe au crible la loi de finances 2017.

26 décembre 2016 5:05:42
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« Ce budget ne cadre aucunement avec les objectifs du plan national de développement social et économique. »

Dans cette interview exclusive accordée à Guinéenews, le député Holomo Koni Kourouma, membre de la Commission Economie et Finances de l’Assemblée nationale et spécialiste des questions de finances publiques, revient sur la loi de finances 2017 qui vient d’être adoptée par le parlement. Il passe au crible les différents volets du budget, sa mauvaise répartition au niveau des différents secteurs ainsi que son exécution qui, à son avis, ne tient pas compte des priorités du gouvernement. Lisez !

Guinéenews : la loi de finances initiale 2017 a été récemment adoptée par l’assemblée nationale. En tant que membre de la Commission économie finances de cette assemblée et donc un spécialiste avertie des questions de finances publiques, quelle analyse en faites-vous ?

Holomo Koni Kourouma : c’est une très grosse question. D’entrée de jeu, il faut relever que le débat parlementaire lors de cette session de loi de finances 2017 a été d’un meilleur niveau que les autres débats que nous avons connus par le passé. Parce que l’ensemble des députés, quelque soit leur bord, ont œuvré pour poser des questions pertinentes et amener le gouvernement à préparer et présenter un meilleur budget. Je vais vous faire remarquer qu’au niveau du volet recette, cet exercice a permis de mobiliser plus de 430 milliards GNF supplémentaires. Au départ, le gouvernement avait proposé des recettes de l’ordre de 16 000 milliards GNF. Mais à l’issue des débats, il y a 430 milliards GNF supplémentaires qui ont été mobilisés. C’est quelque chose qui ne s’est jamais faite et je pense qu’il faut saluer et reconnaître.

A part cela, au niveau du volet recette, il faut juste noter la baisse des taux de la TVA et de certains impôts. Sinon le volet recette du budget de cette année, par rapport au budget de l’an passé, c’est essentiellement les mêmes dispositions qui vont continuer à être appliquées. C’est surtout cette volonté de dialogue entre les deux institutions, l’assemblée qui s’affirme beaucoup plus qui, à mon avis, est l’élément le plus percutant et le plus important de cette session.

Le gros du problème à notre avis, c’est que l’essentiel de notre attention pour cette fois-ci doit se porter au niveau du volet dépense. Parce que nous estimons que l’impact du budget de l’Etat peut être multiplié par quatre. C’est-à-dire aujourd’hui, si avec le budget de l’Etat on construit une seule école, en principe, si on s’y prend bien, on peut construire 4 écoles. Il y a deux axes sur lesquels on peut se baser pour arriver à cet objectif. Le premier axe, c’est de travailler pour augmenter les recettes. Le potentiel de ce côté est énorme. L’ensemble des députés le savent, les cadres du ministère de l’Economie et des Finances et les autres ministères pourvoyeurs de recettes, nous allons travailler dans ce sens.

D’ici quatre, trois à cinq ans, le budget de l’Etat en recettes peut être multiplié au moins par quatre. Si vous multipliez les recettes par quatre, il faut aussi noter que le côté dépense, on peut beaucoup plus avec le peu d’argent qu’on a. Il y a des éléments qui nous montrent encore que l’efficacité de la dépense peut-être aussi multiplié par quatre. Si vous multipliez l’efficacité de la dépense par deux et les recettes par deux, l’impact du budget va forcement être multiplié par quatre. Donc l’Etat va se faire quatre fois plus sentir qu’il ne le fait maintenant.

Au niveau des dépenses il faut noter que le gros des dépenses de l’Etat va dans les dépenses courantes, c’est-à-dire les salaires et les dépenses de traitement biens et services.

Cette année, on a 3 600 milliards GNF que l’Etat va payer à des fonctionnaires. Je ne voudrais pas m’intéresser au personnel militaire hors-mi l’armée, la Police et la Gendarmerie, ces gens-là sont autour de 122 000 employés. Dans les 122 000 employés, vous avez 50 000 qui travaillent à l’enseignement pré-universitaire. On considère que ce sont des enseignants. Vous les enlevez, le reste 70 000 essentiellement ce sont des  bureaucrates qui sont basés à Conakry. En réalité, le gouvernement guinéen n’a pas besoin d’avoir autant de bureaucrates dans les départements ministériels à Conakry. Ça c’est une première source de gaspillage que l’Etat doit chercher à résoudre. Il ne s’agit pas de licencier quelqu’un, mais je pense qu’il faut redéployer le personnel de l’Etat là où l’Etat en a besoin. Conakry n’a pas plus de 25% de la population guinéenne. Comment Conakry peut avoir plus de 80% des fonctionnaires de l’Etat hors enseignement, hors armée et hors sécurité. Ça pose un problème. Cela veut dire que le personnel de l’Etat guinéen n’est pas là où on a besoin de lui. Dans nos villages, on a des écoles sans enseignants, on n’a pas de policier, on n’a pas d’agronome qui puisse aider les paysans à mieux cultiver. Pendant ce temps, tout le gros lot du personnel se trouve à Conakry. Chaque matin ils vont dans les ministères, il n’y a même pas où s’assoir, il n’y a pas d’ordinateur, pas de table. Ce sont donc des gens qui restent à la maison. On constate que qu’il y a des chômeurs que l’Etat guinéen paye.

Guinéenews : à ce niveau, les dépenses effectuées ont- elles  été justifiées par rapport à ce nombre pléthorique de fonctionnaires à Conakry ?

Holomo Koni Kourouma : c’est ce que nous sommes en train de signaler. Je pense que ça pose problème et qu’il faut résoudre à un moment. Parce que si vous payez quelqu’un que vous n’utilisez pas, c’est que vous perdez de l’argent. Supposons que vous prenez une cuisinière à la maison, chaque mois vous lui donnez un million de francs, mais elle ne fait jamais de cuisine. C’est dire qu’il y a des gaspillages qu’il faut éliminer. Nous avons fait la remarque au niveau du ministère du budget. Rien que le petit ministère de l’Economie et des Finances, on est à hauteur de 7000 travailleurs. Il n’y a même pas suffisamment de places pour 2000 ou même 1 000 personnes. Donc comment 7000 travailleurs peuvent se retrouver là-bas. Ce n’est pas possible. Nous pensons que le ministère de la Fonction publique et le gouvernement dans son ensemble ont un gros travail à faire, finir ce travail qui n’est jamais fini, de recensement et contrôle des fonctionnaires et surtout les repartir sur le territoire national là où l’Etat a besoin d’eux. Quand vous recrutez un personnel, vous le mettez là où vous avez besoin de lui.

Guinéenews : il y a aussi au niveau des dépenses, le cas de la catégorie des biens et services où il y a beaucoup d’interrogation.

Holomo Koni Kourouma : effectivement, le gros problèmec’est dans la catégorie des biens et services. Cette catégorie là par exemple pour cette année, ça fait autour de 2600 milliards GNF. C’est l’argent qu’on utilise pour acheter les papiers, les chaises et les tables. Vous remarquez que les mêmes dépenses reviennent presque tous les ans. C’est comme si depuis dix ans chaque jour, on remplace les chaises et les tables qu’il y a dans les ministères. Ça n’a pas de sens. Il faut que cette catégorie là baisse significativement pour qu’on puisse investir, soit dans l’enseignement, la santé ou on fait des investissements pour faire nos routes.

Nous avons aussi de ce point de vue fait la remarque au ministère de l’Economie et des finances et au ministère du budget. On ne peut pas comprendre que le ministère de l’Economie des Finances plus le ministère du Budget aient les mêmes dépenses en fonctionnement biens et services que le ministère de l’Enseignement Pré-universitaire. L’Enseignement Pré-universitaire a des écoles jusque dans mon village et dans les villages plus petits que mon village. Ces gens-là ont plus de 50 000 enseignants qu’ils ont sur le terrain partout en Guinée. Donc si vous consommez le même montant alors que vous, vous êtes dans un petit bâtiment situé en ville, c’est qu’il y a problème, il y a une partie de l’argent qui n’est pas utilisée pour le peuple de Guinée. Et nous pensons que cette partie qui se situe au niveau du ministère de l’Economie et des Finances. Celle qui est utilisée par l’Enseignement Pré-universitaire, nous pensons que c’est le meilleur budget que l’Etat a. C’est l’argent qui part dans l’intérêt du peuple de Guinée. Et il faut qu’on se débrouille pour que l’essentiel des dépenses de l’Etat soit comme celui du département de l’Enseignement Pré-universitaire. Donc du point de vue des biens et services, il y a beaucoup de problème de cette nature. On a remarqué un budget spécifique dont je ne vais pas dire le nom du département, c’est une agence de l’Etat, on s’est rendu compte que pour un personnel de l’ordre de 80 personnes, il y avait 35 véhicules, on voulait déjà acheter 15 autres. C’est dire que chaque personne dans cette agence devrait avoir une voiture. Et quand vous évaluez leurs dépenses de carburant, ça faisait un million de francs par jour presque pour chaque jour ouvrable de dépenses de carburant. Mais ce n’est pas possible. Il y a des gaspillages comme cela qui existent de gauche à droite. Il faut qu’un travail sérieux soit fait pour progressivement éliminer ces dépenses afin de les réduire sensiblement pour qu’on puisse augmenter l’impact du budget de l’Etat.

Guinéenews : Les mêmes problèmes se retrouveraient également au niveau du volet investissements. Là on a du mal à comprendre l’utilisation du budget alloué à certains départements qui n’ont pratiquement aucun impact sur le terrain. Qu’en dites-vous ?

Holomo Koni Kourouma : il faut noter que depuis 2011, le budget d’investissement, bien qu’il soit encore petit, a connu une nette progression. Je crois que c’est ce qui a permis de faire le barrage de Kaléta, les fêtes tournantes de l’indépendance et autres choses. Mais il faut aussi remarquer que l’argent qu’on mobilise pour faire des investissements n’a aucune commune mesure avec la réalité sur le terrain. Vous comprendrez par exemple que Kaléta, le budget a été entièrement géré par les Chinois. Ce qui est une bonne chose parce que nous avons le barrage. Et grâce à cela, nous avons aujourd’hui le courant électrique. Si vous enlevez cela, on n’a presque pas fait de nouvelles routes. Nos routes sont dans un état de délabrement total. Et les quelques maisons qu’on a construit dans les régions administratives, ça ne peut vous coûter autant que l’Etat est en train de mettre dans les investissements. Donc il y a eu un problème de la qualité des investissements. L’an passé par exemple, il y avait un budget de l’ordre de 2000 milliards de nos francs dans le secteur des travaux publics. Ça veut dire pour faire des routes. Mais nos routes n’ont jamais été aussi dans un état plus mauvais que la même année. En 2016, il y a eu près de 2000 milliards GNF alloués pour faire des routes. Mais les routes n’ont jamais été aussi mauvaises. Nous avons aussi de ce point de vue fait la remarque aux cadres du ministère des Travaux Publics et à ceux de l’agence de gestion des grands projets pour leur demander comment se fait-il qu’à Conakry le gouvernement puisse faire des routes de trois mois, par exemple le goudron qui passe devant le stade de Nongo et celui qui passe devant chez moi. On vous le fait, au bout de trois mois, le goudron a disparu. Quand vous faites cela, c’est que vous gaspillez l’argent de l’état. Parce que tous les jours vous êtes obligés de reprendre le même travail. Donc il y a des problèmes de surfacturation et de qualité du travail. Cela fait que le bénéfice qu’on aurait tiré de nos investissements publics, n’est pas réellement celui qu’on est en train de tirer. Si nos investissements publics ne sont pas utilisés de façon judicieuse, je ne dirais pas que la Guinée deviendrait comme la Suisse, mais quand même on se sentirait un peu mieux. Par exemple, dans le budget de l’an prochain, nous avons remarqué des investissements publics de près de 400 milliards GNF que les gens veulent investir pour faire des lampadaires. On aime bien les lampadaires, mais pour 400 milliards de francs, franchement c’est de la rigolade. Donc de ce point de vue, l’ensemble des députés se sont levés pour dire qu’on ne peut pas mettre ce montant dans les lampadaires. Avec 400 milliards de francs, faisons l’électrification par exemple de N’Zérékoré et de Kankan. Parce que ça fait des micro-barrages pour faire l’électricité à N’Zérékoré et à Kankan. Et ce sont de telles dépenses qui sont nombreuses dans le budget qu’il faut corriger pour que l’impact du budget de l’Etat soit multiplié par quatre. On ne peut pas rentrer dans tous les détails, mais je termine par deux dernières remarques. La première c’est les intérêts de la dette. Celavous fait près de 1200 milliards GNF qu’on paye chaque année comme intérêt des crédits que l’Etat a pris. Je crois qu’avec le PPTE, les intérêts qu’on paye pour la dette extérieure sont largement minorés. Essentiellement les intérêts que nous payons actuellement sur la dette intérieure, c’est essentiellement des banques, et autour de 800 milliards de francs guinéens chaque année qu’on paye en intérêt aux banques. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de payer tout cet argent, parce que 400 milliards de francs c’est presque le budget de l’Enseignement Supérieur. L’argent que vous utilisez pour former vos étudiants, si vous utilisez le même argent pour payer des intérêts des dettes intérieures, c’est qu’il y a problème. Est-ce qu’on a même besoin de ces dettes pour commencer ? Parce que si tu dois payer un intérêt sur une dette, il faut que ça soit une dette nécessaire. Parce que l’Etat n’est pas en train de financer des investissements par la dette intérieure. C’est-à-dire on n’emprunte pas en Guinée pour faire un barrage. Si tu n’as emprunté de l’argent pour faire un investissement pourquoi emprunter. En économie c’est très claire, tu empruntes quand tu as besoin d’un investissement. Pour tes besoins courants, tu prends ton propre argent. Si voulez vous développer vous ne pouvez pas prendre une dette pour payer la scolarité des enfants. Votre salaire règle cela. Le jour où vous voulez faire un investissement qui doit vous rapporter de l’argent, vous devez prendre une dette. Donc de ce point de vue, l’Etat paye des intérêts vraiment énormes. Et à ce niveau, il faut revoir pour que ces intérêts faramineux cessent. Parce que le PPTE son avantage, c’est qu’on paye moins d’argent pour rembourser nos dettes. Si ce qu’on a gagné dans le PPTE on est entrain de le remettre sur la dette intérieure, ça pose un gros problème. Près de 1000 milliards, ce ne sont pas des cacahouètes. Je dois terminer cet aspect par dire que le plus important n’est pas de faire la dépense. Il faut que la dépense aboutisse à quelque chose. Je voudrais donner un exemple clair et concret sur l’Enseignement Supérieur. Actuellement, quand vous prenez le budget de ce ministère, c’est autour de 800 milliards GNF pour à peu près 100 000 étudiants. C’est comme si l’état investissait 8 millions de francs par an et par étudiant chaque année. C’est bien, on peut améliorer cela, mais si tu dépenses 8 millions sur quelqu’un pendant trois ans et que ce dernier finisse les études et qu’il se retrouve au chômage pendant cinq à dix ans, ce n’est pas une bonne chose. Cela veut dire que vous avez gaspillé votre argent. Par contre, même si tu dépenses 20 millions sur lui par an, pendant trois ans et qu’il finisse et se mette à travaille, tu n’as pas perdu ton argent. Donc toute dépense qui n’aboutit pas à quelque chose, il ne faut pas la faire. C’est valable pour l’Enseignement Pré-universitaire et pour tous les enseignements. Aujourd’hui, des élèves sortent de nos écoles primaires, ils ne savent pas lire et écrire. Dans ces conditions, on se demande pourquoi ils vont à l’école primaire. Nous avons fait la remarque aux ministères de l’Enseignement supérieur et celui de l’enseignement pré-universitaire. Donc il faut que notre système d’enseignement soit reformé de telle sorte qu’il produise des citoyens productifs et constructifs. Quelque soit le prix, il faudra que la Guinée accepte, parce que sans cela, on n’ira nulle part.

Guinéenews : vous avez dénoncé des tares au niveau des investissements. A votre avis est-ce que cela est dû à l’incompétence des cadres, ou simplement le manque de volonté ou encore une façon de détourner les publics ?

Holomo Koni Kourouma : écoutez, je suis de l’école américaine, je constate les faits, je ne rentre pas dans les recherches  de causes à effets. Je vais tout droit. Nous avons constaté qu’il y a tel et tel problème. Que cela soit dû à l’incompétence ou à un détournement, cela ne m’intéresse pas. La seule chose qui m’intéresse, c’est que ces problèmes soient corrigés à l’intérieur de la Guinée. Rentrer dans de tels débats, parfois ce n’est pas utile.

Guinéenews : au niveau de la répartition du budget, nous avons également constaté une hausse au niveau de certains départements et une baisse au niveau d’autres pourtant plus importants. Qu’est-ce qui peut expliquer cela ?

Holomo Koni Kourouma : globalement, il faut noter qu’il y a une dichotomie totale entre la volonté exprimée de l’Etat de favoriser certains secteurs, comme l’agriculture, la santé et l’éducation et les allocations budgétaires. Le gouvernement a annoncé en cours un plan national de développement social et économique. Ce qui est une bonne chose, si nous avons ce bon plan. Mais ce budget ne cadre aucunement avec les objectifs du plan national de développement social et économique. Donc c’est un budget qui ne répond pas à une vision claire et globale de développement. C’est pourquoi nous pensons qu’il faut travailler urgemment à la finalisation de ce plan national de développement économique et social et faire en sorte que désormais, toute les dépenses que l’Etat doit faire soit conformes à ce plan. Tous les pays que nous voyons avancés aujourd’hui, ce sont des pays qui ont un plan et qui trouvent de l’argent pour financer ce plan. Et le budget de l’Etat est une partie de ce financement. Récemment, le Burkina a finalisé son plan, la Côte d’Ivoire et le Sénégal sont déjà à plus d’un an d’exécution de leur plan de développement économique et social. Et les résultats concrets se font voir sur le terrain dans ces pays. Donc ce problème d’allocation sectorielle est réel. Par exemple aujourd’hui, une de nos priorités c’est la route. Mais le budget des travaux publics a diminué de près de 50%. Alors que nous n’avons pas de route. Comment peut-on expliquer cela si nous avons des difficultés de nous déplacer de Conakry à l’intérieur du pays. C’est un problème global et entier, cette dichotomie entre là où les besoins se trouvent et là où l’argent va. Il y a donc une dichotomie entre là où les décisions sont prises et là où l’argent va. Même du point de vue gouvernance, quand vous écoutez les membres du gouvernement, ils vous disent leurs priorités, mais quand ils envoient le budget, entre ce qu’ils vous disent et ce qui est dans le budget, ce n’est pas du tout la même chose, c’est le jour et la nuit.

Interview réalisée par Guilana Fidel Mômou