lundi, 27 février 2017, 20:22 GMT

‘’L’élection du président Alpha à la tête de l’UA consacre le retour triomphal de la Guinée dans le concert des nations’’

Mme Sidibé Fatoumata Kaba est l’Ambassadeur de Guinée à Addis-Abeba et à ce titre, a quasiment sous son contrôle, excepté le Rwanda, tous les pays de l’Afrique de l’Est (Kenya, Tanzanie, Djibouti, Somalie, Ouganda). De part cette position stratégique qu’elle occupe, elle a été au centre de toutes les sollicitations à l’occasion de cette 28ème session de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement qui s’est tenue du 30 au 31 janvier à Addis-Abeba. Tantôt avec le président de la République, tantôt avec la délégation de son département de tutelle, cette hôtesse des Guinéens à Addis-Abeba que la ministre des Affaires Etrangères Makalé Camara a appelée  ‘’la cheville ouvrière’’ des différentes missions diplomatiques que la Guinée a entreprises, avant, pendant et après, la tenue de ce dernier sommet de l’UA, s’est, en dépit de son agenda chargé, prêtée aux questions de l’équipe multimédia qui s’était déployée à Addis pour la couverture dudit sommet. De l’élection d’Alpha Condé à la présidence de l’UA aux défis et priorités de l’institution en passant par le fonctionnement, la mobilisation et l’apport de son ambassade lors de ce sommet, Mme Sidibé Fatoumata Kaba dit tout. Lisez plutôt !

 

 

Guinéenews: en tant qu’Ambassadeur de Guinée à Addis-Abeba que vous inspire l’élection du professeur Alpha Condé à la présidence de l’Union Africaine ?

Mme. Sidibé, Fatoumata Kaba : je vous assure que l’avènement du président de la République Alpha Condé à la tête de l’Union Africaine, constitue pour moi et pour toute l’ambassade que je dirige ici à Addis-Abeba, une véritable joie. Il l’est d’autant que c’est la première fois dans l’histoire de notre pays qu’un président assume une telle responsabilité au niveau continental. Ce, en dépit des sacrifices immenses que la Guinée a consentis pour la libération de l’Afrique.

Guinéenews : le président Alpha Condé est arrivé par plusieurs fois au sommet de l’Union Africaine mais, c’est la première fois qu’on enregistre une forte mobilisation de Guinéens, ici à Addis-Abeba. Est-ce que peut-on considérer cela comme étant de votre fait ?

Mme. Sidibé, Fatoumata Kaba : je pense que depuis que j’ai été nommée ici, la mobilisation a été toujours pareille. Il vous souviendra que lorsque le président de la République prenait les destinées du pays, la Guinée était suspendue dans la plupart des organisations internationales. C’est pourquoi, il a fait du retour de la Guinée sur la scène africaine et internationale, son cheval de bataille. Il en a fait de cet objectif, sa priorité des priorités. Je peux dire pour ma part que l’avènement du président Alpha Condé à la magistrature suprême de notre pays a rallumé la flamme de l’unité et de l’intégration africaine. Il s’est fortement investi dans la gestion des questions africaines, celles des conflits ainsi que dans d’autres dossiers qui ne sont pas politiques mais qui sont d’ordre économique et ayant trait au développement économique de l’Afrique. C’est toujours la même mobilisation et la même ferveur qui ont prévalu ici à Addis-Abeba à chacune des visites du  chef de l’Etat. C’est l’ensemble de ces mobilisations qui ont été couronnées par son élection à la présidence tournante de la Conférence de l’Union Africaine pour l’exercice 2017-2018.

Guinéenews: c’est vrai, il y a beaucoup d’atouts personnels ayant plaidé en faveur du président Alpha Condé pour son accession à la présidence de l’UA. Mais il a dû sans doute bénéficier d’autres dont les vôtres en tant que représentation diplomatique guinéenne au niveau d’Addis-Abeba. Peut-on savoir quels ont été exactement vos apports ?

Mme. Sidibé, Fatoumata Kaba : les apports de notre Ambassade ont été considérables. Mais en toute humilité, je n’ai pas envie de parler de moi-même ou de ce que l’ambassade a fait. Parce que cela relève de notre travail, de notre vocation naturelle. Comme on le sait, en Afrique lorsqu’il y a succès, chacun tire la couverture de son côté tout en oubliant les véritables acteurs. Mais je pense qu’en tant Guinéenne et patriote, je reste convaincue d’une chose, c’est que depuis que je suis ici à Addis-Abeba, beaucoup de choses ont changé. Je préfère restée, cependant, derrière mon humilité habituelle et d’autres voix plus autorisées que la mienne pourront mieux le dire. Ce qu’il faut tout de même savoir, c’est que depuis 2013, nous y avions travaillé. Je rappelle que l’ambassade a une double dimension. Il y a une dimension bilatérale et une autre multilatérale. Donc, nous y avions travaillé sous la très haute direction de son excellence, monsieur le président de la République. Du point de vue aspect bilatéral, il faut retenir que la Guinée a été suspendue de toutes les organisations internationales. Le président Alpha Condé dès son arrivé à la tête du pays, en a fait de sa priorité. C’est pourquoi, il a mobilisé les moyens qu’il a mis à la disposition de l’ambassade afin de lui permettre de réaliser ce rayonnement de la Guinée au plan africain et international. Je crois que vous qui avez pu suivre toutes les péripéties de ce sommet en tant que journalistes, vous avez remarqué ce qui a été fait comme honneur à notre pays, le prestige tout comme le rayonnement que la Guinée a eu sur la scène africaine, sont sans commune mesure. Voilà ce que je peux dire à propos. Mais qui a fait quoi ? Je pense que là-dessus, l’histoire nous édifiera un jour. Ce qui compte, c’est le résultat final qu’il y a eu pour notre pays. Ce sont des Guinéens qui ont travaillé avec l’ambassade. Très personnellement, je me réjouie du résultat auquel on est parvenu. Si ça avait foiré ou si le président de la République n’avait pas pu relever les nombreux défis liés à cette 28ème session de la conférence, peut-être qu’on allait pointer du doigt la responsabilité exclusive de l’Ambassade. Maintenant qu’il y a victoire, on peut compter beaucoup de gens qui peuvent se disputer sa paternité. Ici, nous nous abstenons de tout commentaire. Tout le monde y était présent et pour nous, ce sont des Guinéens qui ont travaillé ensemble à cette victoire autour du président de la République.

Guinéenews: quels sont les défis qui sont à relever et quel peut être, à votre avis, le contenu qu’il faut donner à ce mandat guinéen de l’UA ?

Mme. Sidibé, Fatoumata Kaba : je précise que les défis à relever sont immenses. D’abord, le président Alpha Condé a procédé au lancement du thème. Et celui du sommet de cette année est intitulé : ‘’Comment tirer pleinement profit du dividende démographique en investissant dans la jeunesse’’. Ce qui est surtout original, c’est qu’à Kigali, on a adopté la feuille de route avec une matrice des différentes activités à mener durant l’année. Dans cette feuille de route, le thème est axé sur 4 piliers. Il y a l’éducation et la compétence ; la santé et le bien-être des jeunes ; l’entreprenariat des jeunes ; le droit et l’autonomisation des jeunes. Aujourd’hui, plus de 70% de la population africaine est composée de jeunes. Si cette jeunesse n’est pas bien formée, elle n’a pas accès à la santé et n’est pas autonomisée, c’est vraiment une réellement bombe à retardement dans les mains des dirigeants africains. Ceux-ci ont donc la responsabilité de prendre en compte la situation des jeunes.

Guinéenews : le nouveau président de l’UA a, dans son discours, indiqué que des réformes au sein de l’institution panafricaine doivent  aboutir à une union africaine des peuples. Qu’est-ce que cela veut dire, selon vous ?

Mme. Sidibé, Fatoumata Kaba : comme je l’ai dit plus haut, à Kigali, d’importantes réformes ont été entreprises. Parmi lesquelles, il y a la réforme de la commission de l’Union Africaine. Il faut souligner qu’il y a des réformes institutionnelles et le financement de l’Union Africaine. Tout le monde sait que 70% des budgets des programmes de l’UA sont financés par des partenaires. C’est ce qui a fait que les Africains ont pris acte de cette situation qui, en principe, ne doit plus continuer. Il y a désormais un nouveau mécanisme de financement qui a été approuvé à Kigali. C’est quelque chose d’historique et c’est la première fois. C’est l’ancien président de la BAD, Donald Kaberuka qui a fait des propositions que les chefs d’Etat ont approuvées. Celles-ci consistent à prélever 0,2%  sur les importations pour financer le budget-programme et le fonds devant servir pour le maintien de la paix. Quant aux réformes institutionnelles, elles ont été confiées au président Paul Kagame qui a présenté, à cet effet, son rapport. La mise en œuvre de toutes ces importantes réformes, sera faite sous la haute autorité de son excellence, le président de la République. Les défis sont nombreux et les pairs fondateurs de l’OUA ont fait le travail politique. A savoir la libération du continent. Maintenant, il faut que l’Union Africaine se l’approprie et que le travail et les actions que celle-ci va mener dans les 50 prochaines années à travers l’agenda 2063, aient un impact sur l’amélioration des conditions de vie des populations africaines. Sans cela, l’Union Africaine n’aura pas répondu aux attentes des populations africaines.

Guinéennews : pour beaucoup de Guinéens aujourd’hui, le budget de l’Union Africaine va être pris en charge par la Guinée. Qu’en dites-vous ?

 Mme. Sidibé, Fatoumata Kaba : les Guinéens doivent apprendre à bien s’informer et à vérifier les informations qu’ils reçoivent. Comment se fait-il que la Guinée puisse prendre, à elle seule, le budget de l’UA. Nous n’avons pas encore cette surface financière pour prendre en charge tout le budget de l’Union Africaine qui est quand même une machine assez lourde financièrement. Pendant tout ce temps, les Africains sont en train de travailler pour trouver une source alternative de financement. Il y a la contribution des grands contributeurs. Mais compte tenu de la baisse des cours des matières premières, ces grands contributeurs n’arrivent plus à tenir leurs engagements. Alors où est-ce que la Guinée va prendre les ressources nécessaires pour financer l’UA surtout après le passage de la terrible épidémie à virus Ebola qui a été ravageuse pour notre économie. Que les gens se détrompent, l’UA a un budget et il y a des barèmes de contribution. C’est-à-dire que chaque pays membre contribue au prorata de son PNB. C’est pourquoi, j’invite tout le monde à éviter de propager des fausses informations qui contribuent à ternir l’image de notre pays. De pareilles insinuations dénotent une méconnaissance de l’UA et de son financement. En tout cas, je ne vois pas d’où nous allons tirer les ressources pour financer intégralement l’Union Africaine.

Guinéenews : parlez-nous du fonctionnement de votre ambassade et quels sont les pays qu’elle couvre ?

Mme. Sidibé, Fatoumata Kaba : notre ambassade couvre Addis-Abeba et la plupart des pays  de l’Afrique de l’est, excepté le Rwanda. Donc parmi les pays qui relèvent de l’ambassade d’Addis-Abeba, il y a le Kenya, la Tanzanie, le Djibouti, la Somalie et l’Ouganda. Nous avons une forte communauté guinéenne en Ouganda. Et sur place, nous avons un Consul honoraire, un Guinéen qui y réside depuis très longtemps. Nous travaillons toujours ensemble dans le cadre d’une bonne gestion de nos compatriotes vivant dans ce pays parmi lesquels, il y a beaucoup d’étudiants. Il y a aussi une forte communauté en Tanzanie et c’est compte tenu de ce 28ème Sommet que je n’ai pas pu présenter mes lettres de créances. J’entends le ferai aussitôt que le gouvernement tanzanien va me programmer. Par contre, il faut noter que l’Ethiopie est un pays qui n’encourage pas l’immigration, qu’elle soit légale ou clandestine. Pour la simple raison qu’elle a une population qui est estimée à plus de 92 millions d’âmes. Donc, nos compatriotes qui y vivent, travaillent à l’UNICEF, à la CEA, au HCR et dans des ONG internationales notamment dans le domaine de la santé et surtout à l’intérieur du pays. Ces compatriotes vivent en parfaite harmonie avec l’ambassade.

Guinéenews : quels sont les problèmes auxquels vous êtes confrontée dans la gestion courante de l’ambassade ?

Mme. Sidibé, Fatoumata Kaba : comme toute activité humaine, rien n’est parfait. Mais il faut savoir manager, gérer. C’est cela l’essentiel. Et l’objectif de mon équipe et de moi-même, c’est le résultat plutôt que des petits problèmes internes liés à la gestion quotidienne de l’ambassade. J’avoue que ces problèmes internes sont des détails qui n’impactent pas le fonctionnement de notre ambassade.

Guinéenews : votre dernier message ?

Mme. Sidibé, Fatoumata Kaba : les Guinéens doivent être fiers… Tout le monde sait que la Guinée s’est beaucoup donnée pour l’Afrique. Mais il fut un moment, on ne parlait pas assez de la Guinée. Rien qu’à travers ce qui s’est passé ici à Addis-Abeba, les Guinéens doivent être fiers et ce sont tous les acteurs qui y ont contribué. Ce qui ont fait signé l’accord politique à l’intérieur du pays, ont permis de créer un climat apaisé et cela a fait qu’on ne parle plus de la Guinée en termes de crises à répétition, de grèves récurrentes et de  violences. Bref, c’est le retour triomphal de la Guinée et nous devons tous en être fiers. C’est pourquoi, nous devons remercier le président de la République qui, avec son charisme, le travail qu’il a abattu, le réseau dense de relations internationales qu’il entretien, son passé panafricaniste, a rendu possible ce retour et ce rayonnement de la Guinée sur la scène africaine et internationale. Lire vidéo:https://www.youtube.com/watch?v=TC99x-sKKQk&t=6s

Propos recueillis par Camara Moro Amara depuis Addis-Abeba pour Guinéenews                                

Amara Moro Camara

Conakry, Guinée 224-664-26-81-82

Amara Moro Camara