Découverte: zoom sur « Féllo Kolima », cette montagne qui est plus qu’un symbole pour Labé(exclusif)

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Dans la poursuite de la découverte du Fouta profond, qui est une région, par excellence, de mythes, traditions et cultures très riches. La rédaction locale de votre quotidien électronique basée à Labé a tourné ses projecteurs cette semaine sur le plus grand sommet de la commune urbaine de Labé, communément appelé en Pular, « Fello Kolima » (littéralement mont Kolima). Une montagne qui est plus qu’un symbole pour la cité de Karamoko Alpha.

En plus du palais, deux grandes équipes de Labé portent le nom de ce mont qui a une hauteur de 1 225 mètres. Il s’agit du Palais de la Kolima, du Kolima athlétique club de Labé et le Féllo Star de Labé. Mais pourquoi cette grande considération, pourquoi cette grande référence à cet endroit qui n’est qu’une simple montagne ? Voilà la question qui revient quotidiennement dans la tête de plus d’un Labéka, une question qui a poussé Guinéenews à se lancer dans cette fabuleuse aventure.

Tout d’abord, les reporters du quotidien électronique ont jugé nécessaire d’effectuer un voyage sur le site (Féllo Kolima), qui est un village situé à 6 kilomètres à l’est de Labé-centre. Pour cette petite distance, les usagers sont obligés de faire au moins 30 à 40 minutes de route à moto en passant par ‘’Fankala », une colline très accidentée qui vous évite de contourner par la route Labé-Tougué afin de rallier le village qui est en hauteur, juste au pied du mont Kolima.

Relevant de la sous-préfecture de Noussy (préfecture de Labé), le village de Kolima est composé d’une quinzaine de grandes familles qui se sont multipliées pour former une grande communauté. Mandaté par le village, c’est Mamadou Oury Sow (Sage de la localité) qui s’est prêté à nos questions.

Présentation !                                                                  

Pour satisfaire notre curiosité, Modi Mamadou Oury Sow a tenté de nous parler de son village : « on appelle ici Féllo Kolima. On ne sait pas exactement quand le village a été fondé mais ce sont nos parents qui ont été les premiers occupants. On est environ 16 familles. Au début, c’était une brousse inhabitée, mais depuis un certain temps, nos parents sont venus petit à petit. Notre aïeul, Dian Mo Tambarin, est venu de Timbo pour s’installer ici. Mais bien avant, il est d’abord passé par Hoollandé Lebbehi ensuite Holladhé Soubhé (où il a fait un grand sacrifice). C’est ainsi que notre famille s’est retrouvée ici et il paraît qu’après plusieurs années, comme c’était à l’époque des guerres de conquête (Jihad), notre aïeul Dian Mo Tambarin a été tué par la complicité de sa femme. En effet, selon le récit, en cette époque, les hommes se tressaient comme les femmes. Donc la femme était en train de tresser son mari. Et, elle a profité pour attacher chaque tresse aux branches de l’arbre sous lequel ils étaient. Bien avant, la femme avait mis son plan en marche, c’est-à-dire elle avait mobilisé une grande troupe de mercenaires. Dès leur arrivée, son mari a voulu se mettre en ordre de bataille mais il était déjà attaché. Voyant qu’il ne pouvait échapper aux assaillants, Dian Mo Tambarin a dit à sa femme, moi je vais mourir ce matin mais sache que tu me rejoins dans l’après-midi. Ainsi, après l’exécution du chef, la femme a voulu s’enfuir avec tous ses biens mais malheureusement elle a été assassinée en cours de route le même jour », raconte ce sage de Kolima.

Liens entre le mont Kolima et la ville de Labé !

Pour bien cerner le sujet, on a fait recours au service d’El Hadj Ibrahima Sampiring Diallo, sage, professeur et ex-maire de la ville de Labé. « Si vous avez fait attention à la hauteur de ce relief, chez nous, par tradition, les gens aiment souvent s’identifier à quelque chose qui est grand. Par exemple, il y a beaucoup de naissances qui portent le nom de Thierno Aliou Bhoubha N’diyan (Cheikh de Labé), beaucoup de naissances qui portent le nom de Karamoko Alpha (fondateur de la ville de Labé), beaucoup qui portent le nom de Thierno Sadou Dalein (Cheikh de Labé). Ce qui est dit des relations interhumaines, c’est valable également entre les humains et les choses. Par exemple, lorsque vous prenez le palais de la Kolima qui a été construit vers 1966, l’idée est qu’on veut que le palais de la Kolima symbolise la grandeur et la puissance de cette montagne. Effectivement, dans le Foutah Djallon, à l’époque, il n’y avait pas une salle de rencontre culturelle aussi grande que le palais de la Kolima » soutient-il. « Si vous prenez le Kolima Athlétique Club, une équipe qui porte le nom de la montagne, les sportifs pensent toujours à s’identifier à leur territoire. Kolima donc étant une montagne de Labé, montre à suffisance que vraiment cette équipe appartient à Labé. Mais puisque, la montagne en elle-même c’est une grandeur, c’est une puissance ; ils espèrent que leur performance va atteindre la grandeur ou la puissance de cette montagne », ajoute El Hadj Ibrahima Sampiring Diallo.

Kolima, un lieu touristique par excellence !

Au-delà du fait que les habitants de la ville de Labé aient toujours voulu s’identifier à ce mont, Fello Kolima est un fabuleux lieu touristique mais inexploité et abandonné. Pourtant, selon El Hadj Ibrahima Sampiring, ce site touristique était très prisé. « Kolima (le village) est situé à 6 kilomètres de Labé. Et quand on y va, on peut, à partir du sommet de la Kolima, voir presque une bonne partie du paysage foutanien. Donc, c’est un peu une sorte de porte ouverte sur le Foutah. En plus, il y a une grotte à Kolima. Cette grotte aussi a été visitée mais pas par une organisation touristique que nous connaissons. Moi, je me rappelle, au temps colonial, les scouts ont organisé une excursion aussi bien au niveau de la grotte de Pamel Hammady qu’au niveau de la grotte de Kolima. Après les scouts-là, il y a eu aussi l’aviation militaire pendant la période coloniale. Eux, ils sont allés visiter la montagne et les grottes. Lorsque les Cubains sont venus aussi construire l’aéroport de Labé, ils profitaient de leur temps libre pour organiser des excursions à ce niveau. Maintenant, à l’heure actuelle, je pense qu’un hôtel de la place organise des excursions touristiques là-bas », soutient El Hadj Sampiring.

Une information confirmée par Modi Mamadou Oury Sow, sage du village qui reçoit selon lui régulièrement des touristes. « Beaucoup de Blancs viennent visiter cette montagne, des élèves aussi font des excursions ici. En plus, cette montagne est d’une importance capitale pour notre village. On y cultive divers produits, nos femmes ont des jardins et souvent on prête des terres aux nécessiteux. Pour éviter des confusions, retenez que Kolima, c’est le nom du village qui est au pied de la montagne. Celui qui est au sommet s’appelle Diawoya. Très souvent, des animaux domestiques comme des bœufs, des chèvres et moutons glissent et tombent de la colline », affirme-t-il au micro de Guinéenews.

Difficultés et enclavement !

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À l’instar de plusieurs villages de la République de Guinée, les problèmes et difficultés ne manquent pas à Fello Kolima. « En vérité, nous, nous relevons de la sous-préfecture de Noussy. On est un district mais la route que vous avez pratiquée pour venir ici, une route qui mène à Kankalabhé, Bhodié jusqu’à Dalaba, a été faite par nos habitants de Kolima. Ce sont nos ancêtres qui avaient fait cette route de leurs propres mains. Les traces de sang sont toujours visibles tellement que ça a été pénible. Et c’était à l’époque de la chefferie traditionnelle, donc le travail était obligatoire. Actuellement, on relève de Noussy mais on ne tire aucun profit de cette sous-préfecture. Pas d’école, pas de puits, rien. Il n’y a pas de forage ici, c’est au niveau du marigot qu’on puise à boire », déplore Oury Sow, sage du village.

Ensuite, au nom des femmes de Kolima, Diallo Adama Dian égrène les maux dont souffre son village. « On habite ici à Fello Miriré (Kolima). Ici, on est en manque de tout. On n’a pas d’eau car il n’y a pas de puits ni de pompe. On n’a pas de structure sanitaire, ni d’école. Nos enfants, petits et grands, sont obligés d’aller étudier en ville. Si tu n’as pas de moyens et de relations, cela aussi ne sera pas possible. Nous voulons qu’ils étudient mais les moyens nous manquent beaucoup. Pour avoir de l’eau, on est obligé de sortir à 4 heures pour aller au marigot avec des torches. On utilise des calebasses pour puiser. Les plus malignes d’entre nous viennent avec beaucoup de bidons à cette heure pour vite remplir et les autres viennent avec certains sceaux. Le malheur est que dès qu’il fait jour, tu n’auras plus d’eau. En plus, on n’a pas de structure sanitaire alors qu’on relève de la sous-préfecture de Noussy. Mais rien ne nous parvient », dénonce cette dame.

Cohabitation difficile entre personnes et animaux sauvage ! 

Avec une forêt très dense, toutes sortes d’espèces animales y vivent, selon Adama Dian Diallo. « Au-dessus de la montagne, vous avez les chimpanzés, les anacondas, les cobras ainsi que les singes noirs et rouges en grand nombre, pour ne citer que ceux-là. C’est le lieu de préciser que les chimpanzés nous font la guerre parfois en bloquant la route du marigot. Parfois, ils nous pourchassent et on laisse tomber nos sceaux pour prendre la fuite afin de sauver nos vies. Pour l’instant, par la grâce de Dieu, personne d’entre nous n’a été violenté mais ça nous inquiète car c’est l’unique endroit dont nous disposions pour avoir de l’eau. Souvent, ils viennent en couple», s’inquiète-t-elle.

Voilà un autre site touristique qui devrait être préservé, exploité et conservé pour enrichir notre patrimoine historique et touristique. Mais hélas, le ministère du Tourisme n’existe que de nom, en république de Guinée.

Des propos recueillis par Alaidhy Sow, de retour de Féllo Kolima pour Guinéenews.org