Déclaration Genève4, problèmes et défis de la Guinée: Ben Yacine, ex-secrétaire général adjoint de l’ONU dit tout (interview)

06 novembre 2017 13:13:43
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 «La Déclaration est le fruit d’un débat citoyen et démocratique sur les problèmes du jour et l’avenir de la Guinée»

 À Genève, les membres du groupe de réflexion y étaient réunis récemment pour élaborer des recommandations à l’endroit du gouvernement du professeur Alpha Condé et de la classe politique guinéenne.

 

Au terme des discussions constructives, les participants ont identifié des questions fondamentales dont les réponses vont certainement aider l’Etat à poursuivre ses réformes en matière de bonne gouvernance, de renforcement de l’Etat de droit et de démocratie en Guinée.

Le document a été remis au président Alpha Condé, aux responsables des  institutions républicaines et à la classe politique guinéenne. A la suite de la remise du document que les signataires ont appelé  Genève 4, notre chef de bureau a tendu le micro à quelques participants pas les moindres parce qu’ il s’agit notamment de l’ancien diplomate et ancien secrétaire général adjoint des Nations unies, Monsieur Issa Ben Yacine Diallo, l’ancien Haut fonctionnaire des Nations unies, Monsieur Bah Thierno Oumar communément appelé Disté et le spécialiste des Droits de l’Homme aux Nations unies, Monsieur Biro Diawara, chargé de programme de la RADHO à Genève.

Dans cet entretien, les signataires, par la voix de l’ancien Sous-secrétaire général de l’ONU, notre compatriote ISSa Ben Yacine Diallo, ont abordé des questions très intéressantes. Lisez !

Guinéenews : vous êtes l’un des signataires des déclarations dites de « Genève ». Pourriez-vous nous en dire plus sur la genèse et l’ambition de ces déclarations ? 

Issa Ben Yacine Diallo : les Déclarations de Genève ne sont rien d’autre qu’une participation de patriotes guinéens au débat national sur la construction de la Guinée nouvelle.

La diaspora guinéenne en est l’initiatrice. La Déclaration de Genève se veut patriotique, démocratique et républicaine.

Chaque Déclaration est la résultante d’un débat intense et ouvert dont le résultat est régulièrement adressé au chef de l’Etat, au Président de l’Assemblée nationale, au Président du Conseil Economique et Social, au Président de la Cour Suprême, à la Présidente de la Haute Autorité de la Communication et aux leaders de l’opposition, pour information, à travers l’ambassade de Guinée à Genève . Après réception par ces principaux destinataires, les médias sont informés de la synthèse.

La Déclaration est le fruit d’un débat citoyen et démocratique sur les problèmes du jour et l’avenir de la Guinée.  Démocratique dans la mesure où elle est la résultante d’un débat entre des esprits et points de vue modérés. Les extrémistes ne croient pas au débat démocratique : ils  peuvent et sont tellement convaincus d’avoir raison ! Heureusement, ils sont si peu nombreux, qu’ils ne peuvent jamais dominer un débat démocratique. Ils sont entendus comme tous les participants et la règle démocratique tranche.

Guinéenews : s’intègre-t-elle à une structure institutionnelle ou à une ONG ?

Issa Ben Yacine Diallo : Non, la Déclaration de Genève n’a pas besoin d’un cadre spécifique d’organisation : il suffit qu’elle se fasse entendre de qui de droit, dans le cadre du débat citoyen.

Guinéenews : l’intérêt national s’articule autour de 3 questions fondamentales  qui sont d’ailleurs souvent abordées dans vos différentes déclarations: l’unité et la solidarité ; la réconciliation ; la bonne gouvernance, qui suppose la refondation de l’Etat

Issa Ben Yacine Diallo : ma position personnelle sur  ce point n’a pas changé d’un pouce. Le rôle régalien de tout Etat passe par ces questions fondamentales et stratégiques. L’Etat, quel qu’il soit, doit réconcilier la nation qu’il a le devoir d’organiser sur une base solidaire, parce que les régions d’un pays ne sont pas d’égales forces. L’aménagement du territoire, en plus de garantir la sécurité de tous, consiste essentiellement à organiser cette solidarité interrégionale. Dans ce domaine encore, la Guinée se trouve privilégiée en ce qui concerne la répartition territoriale de ses ressources.  Non seulement, par la géographie, les quatre  régions naturelles que compte le pays sont différentes, mais toutes ces régions disposent de ressources minières.  Aucune région ne se présente comme pauvre au regard des autres. Il appartient à l’Etat, dans le cadre de l’administration du territoire, d’organiser la gestion solidaire  et stratégique de ces ressources, au bénéfice de tout le pays. D’où l’importance des communications et des échanges interrégionaux.

Guinéenews : comment sont accueillies vos déclarations dans le pays par l’Etat, la société civile et les acteurs politiques ? Avez-vous eu des retours, qu’ils soient positifs ou  négatifs ?

Issa Ben Yacine Diallo : nous n’avons pas eu de feedback de la part des autorités sur nos communications diverses. Cependant, l’initiative relative à la  création du Conseil National de la Transition (CNT) est une proposition issue de la première Déclaration de Genève.

En l’état actuel des choses, nous avons simplement noté, avec intérêt, que nombreuses sont les propositions du Groupe de Genève qui figurent parmi les propositions retenues  dans le cadre du débat national, en particulier sur le plan institutionnel avec le Conseil Constitutionnel, la Cour des Comptes, la Cour Suprême, l’impérieuse nécessité de la séparation des pouvoirs et les droits de l’homme.

Nous devons revenir sur  les points tels que l’aménagement du Territoire avec deux capitales  dont l’une économique, l’autre administrative. C’est une décision urgente pour planifier et contrôler les investissements actuels et  futurs. Mon point de vue personnel est que deux capitales pour la Guinée est une idée tout fait sensée, à l’instar de nombreux pays. Conakry, capitale coloniale par excellence serait idéale aujourd’hui pour devenir la capitale économique et la porte ouverte de la Guinée sur le monde. Une capitale administrative délocalisée réduirait sans doute les coûts financiers de l’administration du Territoire et pourrait se situer du côté de Dabola, à cheval entre la Moyenne Guinée, la Haute Guinée et la Guinée forestière. Une proximité qui n’est pas faite pour déplaire aux populations de ces régions et un terrain propice  à la construction d’infrastructures et d’habitats à un coût raisonnable par rapport à des terrains tout aussi bien situés géographiquement, mais plus accidentés.

Une telle décision permettrait déjà, d’avoir une idée du tracé du Trans-guinéen, autour duquel doit s’articuler le tracé des voies ferrées et du transport routier. Etant entendu que le transport ferroviaire est plus urgent et plus stratégique que le transport routier, malgré ce que nous avons encore tendance à penser. Il est plus pratique et moins coûteux pour n’importe quel villageois guinéen,  de prendre le train que d’emprunter  une voiture pour se rendre à Conakry ou dans la ville voisine. Articuler les axes routiers autour des voies ferrées et non le contraire. Booster la communication et les échanges intra-guinéens et promouvoir les échanges et la coopération sous-régionale  et internationale. C’est de cela qu’il s’agit. Et cela exige une vision prospective et stratégique de tout ce que l’on entreprend aujourd’hui au nom de la Guinée. De quelle Guinée s’agit-il ? Dans quel monde, dans quel rôle, par quel chemin et à quel coût ?

De la part du public, nous avons eu quelques observations positives des questions sur le comment et le pourquoi ?

Les deux autres questions, desquelles nous n’avons pas encore reçu de réponses satisfaisantes, portent sur la réconciliation nationale et le bipartisme.

La réconciliation nationale est d’abord une question de droit avant d’être une question politique. Un héritage que nous devons assumer courageusement. Ce n’est pas un règlement de compte, c’est une question  de justice.  Nous ne pouvons pas hélas réveiller les morts ou gommer les souffrances endurées par des milliers de Guinéens et de Guinéennes pendant des décennies au nom de la politique. La négation des faits n’est recevable ni des prétendus bourreaux ni des prétendues victimes. Les deux groupes ont droit à la justice, parce qu’ils sont accusés de faits qui restent à prouver en droit. Politiser ce débat est dans le meilleur des cas, une grave erreur  et dans le pire une faute politique. Le Groupe de Genève a fait des propositions tirées des modèles de réconciliation à l’aune des Conférences Vérité – Justice  et Réconciliation qui ont été couronnées de succès. Ces propositions restent plus pertinentes aujourd’hui qu’hier.

L’autre proposition du Groupe que nous suivons avec intérêt, porte  sur le bipartisme politique pour conduire les affaires de la Guinée. Si beaucoup de pays (grandes, moyennes et petites puissances) sont gouvernés aujourd’hui par l’alternance de deux partis au pouvoir, la Guinée peut l’être aussi. Par ailleurs, la seule réponse politique que nous pouvons donner aujourd’hui aux apprentis sorciers qui ont sorti le diable de l’ethnicité de la bouteille, c’est de leur imposer  un débat idéologique dans deux tunnels ouverts à tous ceux qui veulent participer au débat politique national. Ensemble, tous les espoirs sont permis. Dans la division, nous ne saurons jamais préserver ce fantastique héritage, objet de tant de convoitises intérieures et extérieures. Tous ces conquérants qui contestent jusqu’à  l’existence d’un pays et d’un peuple de Guinéens. Il ne faut pas laisser l’histoire dire un jour, que la colonisation a consisté à dilapider nos ressources au profit du   colonisateur et que  l’indépendance a consisté à brader nos richesses pour en dissimuler les revenus à l’étranger. Ce schéma n’est pas propre à la Guinée seule, il est valable pour la majorité des pays africains  de nos jours.

Guinéenews : Thierno Oumar Bah, vous êtes un ancien haut responsable des Nations unies à la retraite à Genève. Vous êtes aussi signataire de la déclaration dite de Genève. Des failles importantes apparaissent dans le domaine de la gouvernance du secteur minier en Guinée, et causent une certaine instabilité dans de nombreuses régions de l’intérieur du pays (Boké, Kamsar, Siguiri). Ne pensez-vous pas que des efforts plus importants devraient être consentis concernant la protection des populations locales, les droits de l’homme, l’amélioration des conditions de travail et la protection de l’environnement. ? Quelles solutions préconisez-vous sur ce point ?

Thierno Oumar Bah : je dirai plutôt que des améliorations importantes doivent être apportées dans le processus de l’exploitation des ressources minières du pays. Gouverner, c’est prévoir dit-on.

Ainsi, c’est au moment crucial de la conclusion des accords d’exploitation desdites ressources avec les différents partenaires que les clauses doivent être incluses pour défendre et protéger les intérêts du pays, mais aussi des populations des régions minières.

Par exemple, dans le cadre de la création d’emplois induits par ces accords, une partie importante doit être réservée aux populations locales  sans oublier également les taxes, impôts et le pourcentage des revenus du pays qui, en partie sont à consacrer à des investissements dans ces régions aux fins de développer des infrastructures routières, des écoles, des hôpitaux, des centres de santé avec tous les équipements adéquats et le personnel requis.

Il faudrait veiller en sorte qu’une partie des revenus tirés des ressources minières d’une région donnée, soit investie dans cette région. C’est une question d’équité et de bon sens dont chaque région de la Guinée tirera profit sur le plan local, national, sous-régional et régional, à travers les investissements et les échanges de toutes sortes. Un investissement stratégique dans les régions entraînera un apport de ressources humaines et des compétences en matière de gestion.

Il va de soi que la protection ou sauvegarde de l’environnement est toujours à mettre au cœur de tout accord minier avec les partenaires avec des sanctions ou pénalités claires et précises en cas de non-respect des engagements pris. La Conférence de Paris de Décembre 2015 constitue une bonne base à cet effet.

Guinéenews : dans la dernière déclaration de Genève, vous avez abordé la question du respect de la constitution et du principe de la limitation des mandats présidentiels. La presse guinéenne, mais aussi des proches de la Présidence font courir un certain nombre de rumeurs au sujet des velléités d’Alpha Condé de briguer un troisième mandat après modification préalable de la Constitution de 2010. Quelle position tenez-vous vis-à-vis de ces rumeurs et ces velléités supposées ?

Thierno Oumar Bah : fin de rester dans l’esprit des différentes Déclarations de Genève, je n’ai pas de position partisane, mais plutôt des recommandations à faire. Cependant, il est difficile de procéder à une analyse sérieuse basée sur des rumeurs.

Ce que l’on peut néanmoins dire ou même affirmer est que la Constitution Guinéenne est claire pour ce qui est des mandats présidentiels. La Guinée qui a été précurseur dans beaucoup de domaines en Afrique et dans la sous-région doit au contraire continuer à être un modèle mais aussi une référence. Ce n’est pas au moment où beaucoup de pays africains se sont inspirés ou essayent de s’inspirer de l’exemple démocratique guinéen que d’aucuns vont prendre la lourde responsabilité de tordre le cou à la loi fondamentale.

Comme je l’ai déjà dit, c’est difficile de tirer des conclusions à partir de rumeurs infondées. Aussi, il est fortement espéré que l’esprit de responsabilité l’emporte sur toute dérive potentielle de changement constitutionnel.

Guinéenews : Le 28 septembre 2009, plus de 200 personnes perdaient la vie à Conakry à l’issue d’une manifestation réprimée par l’armée. Presque 10 ans après, les responsables n’ont pas été jugés. Certains parmi les accusés occupent même des postes importants dans l’armée, à l’assemblée nationale ou au sein même du gouvernement. Le Haut Commissariat des Droits de l’Homme avait émis des recommandations en 2016 pour que les responsables soient exclus des hautes fonctions publiques en Guinée. La recommandation n’a pas été suivie. Quel regard portez-vous sur ce dossier qui témoigne de la permanence d’une certaine forme d’impunité dans le pays ?

Biro Diawara : En ma  modeste qualité d’analyste, je n’étais  pas surpris de la tragédie du bain de sang du  28 septembre 2009, car avant l’avènement j’avais planifié avec Interfaith International, par  coïncidence le jour même et  dans le cadre de la 12ème session du Conseil des droits une réunion au Palais des Nations  unies sur la situation des droits de l’homme en Guinée pour faire le bilan de l’impunité  des tueries de la grève générale des mois de janvier et février 2007.

J’ai également eu la chance, avant la réunion, d’interpeller Madame Navi Pillay, Haut- Commissaire aux droits de l’homme dans les couloirs de l’ONU et je l’ai priée de porter son attention sur l’évolution de la situation en Guinée.

 La tragédie du 28 septembre 2009 n’est pas une  goutte d’eau dans un océan d’impunité de crimes économiques et de violations massives et graves du droit international humanitaire et des droits humains perpétrés par le  premier et deuxième régime. Ces blessures béantes ont causé un traumatisme généralisé au peuple guinéen.

Nous sommes tous responsables de la situation d’impunité qui prévaut actuellement en Guinée. Nous devons assumer dignement notre héritage lourd et douloureux en faisant confiance à nos institutions.  La justice guinéenne est en pleine réforme, elle a besoin d’un appui financier conséquent de la part de l’Etat et des partenaires internationaux pour la tenue d’un procès juste et crédible qui répond aux normes internationales. Nous avons la chance d’avoir à la tête du département de la Justice un professionnel, compétent  qui est conscient de l’immensité du travail à faire pour relever les défis auxquels son institution fait face.

La Commission internationale d’enquête des Nations unies a clairement établi dans son rapport du 21 décembre 2009 qu’« il est raisonnable de conclure que les crimes perpétrés le 28 septembre 2009 et les jours suivants peuvent être qualifiés de crimes contre l’humanité » et que ces crimes pouvaient relever de la compétence de la Cour Pénale Internationale (CPI). La Guinée est un Etat partie au Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale (CPI). Ce qui fait que les autorités guinéennes travaillent en étroite coopération avec la Cour pour la tenue du procès en Guinée.

Je suis de cœur avec toutes les victimes ainsi que les membres de leurs familles respectives qui s’impatientent pour la tenue du procès, mais le traitement d’un tel dossier sensible mérite une attention particulière.  La ferme détermination de la Société Civile Guinéenne et internationale pour la tenue du procès est sans équivoque.  Au stade actuel de l’évolution de l’instruction judiciaire qui tend vers sa clôture, il est important de réunir les moyens pour garantir et assurer la sécurité des témoins et des victimes.

La justice représente l’épine dorsale de la démocratie. Sans la justice dans un pays, il n’y a pas de développement. Elle  constitue le passage obligé vers la paix et la réconciliation nationale.

Nous exhortons vivement les autorités guinéennes à réunir les moyens et les énergies politiques nécessaires pour juger les principaux responsables des crimes atroces afin de tourner les pages sombres de la culture de l’impunité dans l’histoire de notre pays.

Guinéeenews : Biro Diawara , vous êtes chargé de programme de la RAHDO auprès des Nations unies. Vous êtes une personne très impliquée dans le système des Nations unies à Genève,  et vous faites partie également des signataires des déclarations dites de Genève. Je voudrais que l’on aborde ensemble les  Droits de l’Homme en Guinée, comme vous en parlez d’ailleurs dans vos recommandations.

Biro Diawara : A mon humble avis, la dignité de la personne humaine est sacrée dans toutes les cultures. Nous avons été les premiers à donner le signal d’alerte précoce au  Conseil des droits de l’homme sur l’état de la dégradation systématique  de la situation des droits humains en Guinée. Ceci,  depuis 2006, lorsque l’armée  avait  tué 14 élèves lors d’une manifestation   pacifique  dans les rues de Conakry.

Pour rappel, le Groupe de Réflexion des Déclarations de Genève (GRDG) est constitué par des patriotes de la diaspora guinéenne vivant en Suisse et en France voisine. Nous collaborons pour accompagner le processus démocratique du pays.  Le GRDG est indépendant, apolitique, neutre et impartial dans ses analyses et suggestions qui mettent toujours en avant l’intérêt supérieur de la population.

Les problèmes des droits humains ont été largement abordés dans les quatre déclarations successives de 2009, 2012, 2014 et 2017.

59 ans après l’indépendance de notre pays, le bilan des droits humains n’est pas réjouissant. Malgré cela, la Guinée a enregistré  depuis 2010, un  développement  positif  dans le domaine de la coopération   avec la Cour pénale Internationale (CPI), les mécanismes du Conseil des droits de l’Homme, certains organes de traités,  l’ouverture du bureau du Haut commissariat aux des Nations unies pour les droits de l’homme à Conakry,  la création d’un Ministère des droits de l’homme et des libertés publiques, un Institut national des droits de l’homme,  et l’avancement de l’instruction judiciaire sur les massacres du 28 septembre 2009.

Rappelons que la Guinée a présenté son premier et deuxième rapport à l’examen périodique universel (EPU) du Conseil des droits de l’homme en 2010 et 2012. A l’issue de l’adoption de ces rapports, la Guinée a pris des engagements sur la base des recommandations qui lui ont été adressées par l’ensemble des Etats membres du Conseil, les observateurs ainsi que la société civile. Malheureusement, à ce jour, la majorité de ces recommandations n’ont pas été mises en œuvre sur le terrain. De plus, le pays continue d’accuser du retard dans la soumission de ses rapports initiaux et périodiques au niveau des organes de traités.

Au cours du dialogue interactif du Conseil des droits de l’homme en mars 2017, tous les Etats membres du Conseil ont salué les efforts qui ont été consentis par la Guinée en matière de coopération et d’assistance technique dans le domaine des droits humains. En dépit  de la déclaration de l’année 2013 comme étant l’année de la justice, les réformes n’ont pas donné de résultats significatifs pour relever les  défis qui sont entre  autres : la lutte contre l’impunité, l’ethnocentrisme,  les mutilations génitales féminines, le viol,  la pauvreté, l’analphabétisme,  la torture dans les prisons, les  mauvaises conditions de détention, la corruption, les problèmes de santé publique,  l’exploitation des enfants et la multiplication des violences sexistes et sexuelles et bien d’autres.

Nous avons d’ailleurs estimé dans  nos Déclarations qu’il ne s’agit pas  de créer des institutions, mais la meilleure façon  de prévenir et de  lutter contre les abus des droits humains, c’est de rendre plus autonome et d’allouer  des ressources conséquentes  tout en investissant dans la formation des cadres compétents et intègres afin d’éradiquer  les racines politiques de l’impunité des  violences perpétrées par  des  régimes successifs à l’encontre des citoyens.

L’adoption d’une politique fiable d’administration de la justice est indispensable pour la promotion et la protection des droits humains.

Nous espérons que les autorités guinéennes fourniront plus d’efforts pour remédier à cette situation en soumettant le 3ème rapport du pays à l’examen périodique universel (EPU) en 2019.

Propos recueilli Par Thierno Brel Barry