Culture: ces instruments musicaux traditionnels menacés de disparition à Mamou faute de relève

30 septembre 2017 15:15:49
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La culture guinéenne, riche et diversifiée, constitue l’expression des valeurs, des traditions, acquis et savoir-faire des sociétés vivant sur le territoire guinéen. Les éléments constitutifs de cette culture contiennent des éléments d’identité de ces sociétés. De nos jours, sous l’effet de la mondialisation, certains de ces éléments sont menacés de disparition. Cette menace se traduit par exemple par le désintéressement des jeunes à apprendre à jouer sur les instruments mais également la vieillesse des artistes qui les utilisent.

Dans ce reportage qui suit, la rédaction de Guinéenews est allé à la rencontre des acteurs culturels de Mamou pour toucher du doigt les réalités que traversent les artistes qui utilisent les instruments musicaux traditionnels tels que : le Tamtam, la Flûte, le Bolon, le Gnégnérou, la Calebasse, la Castagnette, le Tounè. Lesquels instruments permettent de pérenniser encore les mélodies Peules. Parmi ces instruments, le Tounè et le Gnegnerou sont fortement menacés de disparition si des dispositions devant assurer la relève ne sont pas prises.

A Mamou, ville cosmopolite, l’appartenance culturelle offre une utilisation diversifiée de ces instruments musicaux. A Ourékaba , plus au sud-est de la commune urbaine de Mamou, il y a eu feu Sergent Ourékaba. Il était un artiste du peuple et avait un style musical tout particulier et utilisait le djembé, la flûte, le tounè et le wassakoumba ou castagnette. Vers d’autres parties, c’est la flûte qui prédomine. Vers les lieux où il y a des malinkés, c’est le bolon. Chez les Djély, c’est le balafon qui prédomine, a confié Ibrahima Sory Camara, Inspecteur régional de la culture de Mamou.

En plus de la mélodie qu’ils produisent, ces instruments ont un tout autre rôle. D’après Mamadou Alpha Dilé Diallo, ancien artiste, les instruments musicaux du Fouta forment un ensemble de sons pour animer les moments de réjouissance dans la région tels que les baptêmes, les mariages, les rites religieux, initiatiques et plus rarement, des manifestations liées à la vie politique locale. Ces instruments constituent, dit-il, des valeurs culturelles qui représentent l’identité de notre société.

«Les instruments musicaux traditionnels font partie de notre patrimoine culturel. Sur le plan du message, la Tabala est un instrument de communication. Un professionnel qui joue le tamtam, il communique, il salue. Dans les villages, le crieur public à l’aide de son tamtam, attire de loin les personnes, fait le tour de la localité pour annoncer un évènement », renchérit Amine Touré, le Directeur général du centre international des percussions.

La flute traditionnelle au Fouta est taillée à la main dans une variété de roseaux. La longueur est un des paramètres qui détermine la gamme obtenue, puis on perce trois trous permettant ainsi de guider le souffle et de faciliter l’obtention du son. La mélodie produite par la flute donne plus du courage et de motivation aux personnes lors des travaux champêtres.

L’Inspecteur régional de la culture de Mamou pour sa part, précise : «si nous prenons par le passé, au temps des rois, il y avait le Farba qui vantait les louanges du chef. Des instruments de musique accompagnaient les éloges. Au Manding, on utilisait la Kora, au Fouta, c’était la flûte pastorale qui donne une mélodie émouvante et sensationnelle. Dès que tu entends la flûte jouée par un maître, ça te donne envie de  pleurer, selon l’interpellation.»

De nos jours, plusieurs facteurs expliquent la disparition de ces instruments qui, dans le passé, ont eu des valeurs sociétales. «Tous nos instruments musicaux sont menacés de disparition. Après la première République, la deuxième République a réduit la culture seulement aux chants et danses. Les jeunes ont abandonné. Prenons le cas de la flûte, on n’a pas 10 personnes à Mamou qui jouent. Et tous ceux qui jouent, ont plus de 50 ans. A tout moment, tu les entends menacer : moi, je vais bientôt abandonner pour me repentir. Si ces flûtistes ont la chance d’aller à la Mecque, ils ne vont plus toucher à l’instrument. Quand ces doyens vont déposer alors que la jeune génération n’a rien appris, imaginez les conséquences. La flûte et tous les autres instruments musicaux traditionnels resteront dans nos pensées », regrette Ibrahima Sory Camara. Selon certaines explications, la flûte est aussi menacée par la disparition à cause de la menace qui pèse sur l’arbre duquel elle est fabriquée au niveau de la forêt du Tambin.

La situation financière des artistes n’encourage pas les jeunes à s’y intéresser, soutiennent d’autres personnes comme le doyen Doufory, un ancien de la Troupe théâtrale de Mamou.  «Les personnes qui jouent les instruments traditionnels, végètent dans la pauvreté. Pour gagner leur quotidien, ils sont obligés de tourner dans les quartiers en quête des cérémonies de baptême ou de mariage où ils vont passer le temps à quémander. Cette situation n’encourage pas les jeunes », a-t-il fait savoir.

 Actuellement le constat est alarmant à Mamou, on ne trouve plus un joueur de Touné. Dans la ville, seul le vieux Oury Baïlo Wouga Dansa joue le Gnégnérou, puis à Tolo il y a le vieux Thierno Touris et à Koulipan, il y a le vieux Bah. Le Kérona aussi est maintenant tenu par Amadou Bobo Guembawol, il est le seul à pouvoir le jouer. Le bolon  ne se trouve que dans Ourékaba.

Il est temps que les nouvelles autorités en charge de la culture guinéenne se penchent sur ces menaces qui pèsent dangereusement sur ces instruments de musique traditionnels qui sont, pourtant, considérés comme un pan important de nos patrimoines culturels tant au niveau des 4 régions naturelles mais aussi et surtout au plan national.