Contrat de bitumage de Kankan-Kissidougou, retard des travaux, leurs relations avec Alpha Condé, les rebondissements, le Directeur d’EBOMAF/Guinée comme vous ne l’avez jamais entendu ailleurs

24 juillet 2017 15:15:47
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« Le gouvernement guinéen nous a baladés et le retard, s’il y en a dans la réalisation du projet de reconstruction de la route Kankan-Kissidougou, est à 100% dû à l’Etat guinéen… »

A la suite de l’article sur l’arrêt des travaux de construction des deux ponts de Bordo, le Directeur des travaux d’EBOMAF Kankan à accorder cette semaine une interview au Correspondant local de votre quotidien électronique, Guinéenews.

Dans cet entretien, Jean Onibon n’a pas mâcher ses mots et a livré sa part de vérité sur le projet de réhabilitation de la route Kankan-Kissidougou, un projet plein de rebondissements. Lisez !

Guinéenews : bonsoir M. Jean Onibon ?

Jean Onibon : bonsoir monsieur… 

Guinéenews : EBOMAF est sur le chantier de reconstruction de la route Kankan-Kissidougou depuis juin 2014 et qui tarde à sortir des terres. Comment expliquez-vous ce retard ?

Jean Onibon : il faut tout de suite dire que le projet de reconstruction de la route Kankan-Kissidougou a connu beaucoup de rebondissements. Au début, c’était Kissidougou-Kankan. Nous nous sommes installés à Kissidougou avec nos matériels et entretemps, il y a eu l’épidémie d’Ebola dans le pays.

Le gouvernement nous dits qu’il faut commencer par Kankan. On transfère nos matériels à Kankan avec des millions de pertes. Et après ils nous disent qu’ils n’ont pas d’argent et que désormais au lieu du bitumage des 195 Km, qu’il faut faire 40 Km en bitume et le reste en terrassement. Mais déjà, il faut préciser que nous avions acheté tous nos matériels neufs, pas pour faire 40Km de voie. Ce qu’on a accepté.

Quelques temps après, toujours par rapport au même contrat, ils reviennent pour dire qu’ils n’ont pas d’argent et que désormais, il faut faire 20Km de bitume et 40 Km de terrassement. On a toujours accepté sans pour autant perdre de vue que c’est nous qui perdons au regard de l’investissement fait dans le matériel déployé sur le terrain.

Voilà donc ce qui s’est passé depuis notre arrivée en 2014 en Guinée. Le gouvernement guinéen nous a baladés et le retard, s’il y en a dans la réalisation du projet de reconstruction de la route Kankan-Kissidougou, est à 100% dû à l’Etat guinéen.

Guinéenews : à ce jour, où en êtes-vous dans la réalisation de ce qui reste de ce chantier?

Jean Onibon : avec la dernière version du projet, c’est-à-dire le bitumage de 20 Km et 40 Km de terrassement, pratiquement il ne nous reste plus que la pose du bitume et 1Km de terrassement. Et il faut préciser que contrairement à ce que vous aviez dit dans votre précédent article sur la fin du délai contractuel n’est pas vrai. Le délai contractuel de ce projet avec EBOMAF court jusqu’à fin octobre 2017.

Guinéenews : comment expliquez-vous l’arrêt des travaux des deux ponts à Bordo ?

Jean Onibon : c’est la saison hivernale qui est la cause de l’arrêt des travaux sur les ponts et le retrait du bureau de contrôle sur instruction du ministère des Travaux Publics. Mais bien avant, il faut dire qu’il y a eu des problèmes parce que le gouvernement guinéen n’avait pas prévu la réalisation des ouvrages de franchissement.

Mais nous avons dit qu’on ne peut pas réaliser une route sans ouvrage de franchissement. Alors ils nous demandés d’évaluer le coût des ouvrages. Ce qu’on a fait et le montant correspondait aux impôts dus au gouvernement.

C’est ainsi qu’on a ouvert un avenant que l’Etat guinéen devait signer. Et désormais au lieu qu’EBOMAF paie à l’Etat guinéen cet impôt, le PDG (Président Directeur General) a proposé investir cette somme dans la réalisation des ouvrages de franchissement.

La ministre des TP a donné son accord en janvier 2017 et on a fait le contrat d’avenant mais qui a été bloqué au ministère des Finances alors que nous étions déjà à 63% d’investissement sur fonds propres. Depuis, c’est tout dernièrement que ce contrat d’avenant a été signé, a peine un mois. Le retard de la signature de ce contrat est aussi la cause du retard des travaux sur les ponts par ce que depuis janvier, nous avons commencé lesdits travaux.

Guinéenews : avant cet avenant, le gouvernement guinéen avait fait des avances. A combien se chiffre ces montants ?

Jean Onibon : Oui, le gouvernement guinéen à fait une avance. Mais pour une question de secret professionnel, je me garde de vous dire les montants, y compris l’avenant. Toutefois, il faut dire que cette avance est nettement inférieure à ce qu’on nous doit.

Guinéenews : que répondez-vous à ceux qui estiment qu’il y a une collusion entre le patron d’EBOMAF et le président guinéen  Alpha Condé?

Jean Onibon : Non, il n’y a pas de connivence entre notre PDG et le président Alpha Condé.

Guinéenews : pourquoi malgré vos difficultés en Guinée, avez-vous déployé certains de vos engins sur Conakry pour l’assainissement ?

Jean Onibon : oui, nous avons actuellement à Conakry certains de nos engins pour l’assainissement de la ville. Mais, c’est à la demande du président Condé. Nous avons 11 camions bennes, un porte char, une chargeuse et un bulldozer à Conakry mais dont les frais de carburant et primes pour les chauffeurs sont à la charge du gouvernement guinéen. Je pense que c’est normal qu’une entreprise de la taille d’EBOMAF fasse des gestes humanitaires. C’est dans ce cadre qu’on s’est impliqué dans l’assainissement de la ville de Conakry.

Guinéenews : à quand la fin de ce projet de reconstruction de la route Kankan-Kissidougou ?

Jean Onibon : avec tout ce qu’on a connu comme rebondissements et difficultés, j’espère que les choses sont en passe d’être réglées. Actuellement, le gouvernement guinéen est en train d’élaborer un nouveau planning. Celui-ci prendra en compte le retard qu’ils ont occasionné et qu’on ajoutera au reste du délai de notre contrat qui court jusqu’en fin octobre 2017.

C’est à la suite du nouveau planning du gouvernement, qu’on saura dire exactement à quand la fin des travaux. Ce que je veux dire, c’est qu’au départ, notre contrat portait sur le bitumage de 195Km. Mais tout cela a changé et on se retrouve avec 20Km de bitume.

Pour nous, c’est un petit travail qu’on est en train de faire et dès que tous les problèmes liés au gouvernement guinéen seront résolus, on peut faire ce travail en un temps record. C’est seulement en Guinée qu’on a eu des problèmes. Allez demander, EBOMAF a beaucoup de chantiers qu’on réalise au Benin, en Côte d’Ivoire, au Togo, en Angola.

Guineenews: merci bien monsieur le Directeur.

Jean Onibon : c’est moi qui remercie.

Entretien réalisé par Amadou Timbo Barry, correspondant à Kankan.