Conférence diplomatique, politique migratoire, cas des Guinéens de l’étranger : Dr Hady Barry fait le point (interview)

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«Nous n’accepterons pas qu’on attache ou qu’on bastonne un de nos compatriotes pour le ramener»

Dans cette interview accordée à votre quotidien en ligne, Dr Mohamed Hady Barry, Secrétaire général du ministère des Affaires Etrangères et des Guinéens de l’Etranger fait le point des préparatifs de la conférence diplomatique en vue, la politique migratoire du département mais surtout la situation des compatriotes guinéens vivant à l’étranger. Lisez.

Guinéenews : M. le Secrétaire général, quelles sont les dispositions envisagées par la Guinée dans le cadre du rapatriement de nos compatriotes en situation difficile en général et ceux vivant aux Etats-Unis en particulier ?

Dr Mohamed Hady Barry : d’une manière générale, les dispositions qui sont en cours en ce moment se situent à deux niveaux. Sur le plan interne et sur le plan externe. Sur le plan interne, nous sommes en train de travailler avec l’OIM, le ministère de l’Administration du Territoire et le ministère de la Sécurité pour créer les conditions nécessaires nous permettant d’accueillir dignement nos compatriotes expulsés des autres pays. Sur le plan externe, comme vous le savez, le ministère des Affaires Etrangères est représenté par les missions diplomatiques à l’étranger. Nous avons donné une instruction ferme et précise à toutes ces missions diplomatiques afin qu’elles procèdent à l’identification de tous les Guinéens qui sont sous leurs juridictions, qui sont dans des situations difficiles, d’essayer de les situer. Il s’agit de vérifier s’il s’agit des gens qui sont en prison, dans le désert, dans les maisons ou si ce sont des gens qui sont maltraités comme des bonnes à tout faire, etc. Donc, nos missions sont chargées d’identifier tous nos compatriotes à l’étranger sous leurs juridictions et d’essayer de nous informer régulièrement de la situation. Mais on leur a demandé également d’être avec les associations des ressortissants guinéens à l’étranger, qui sont en contact direct avec notre population immigrée dans ces pays afin de cerner les difficultés dans lesquelles nos compatriotes se trouvent.  Ainsi, elles nous envoient régulièrement des rapports circonstanciés et même parfois des rapports mensuels pour nous décrire la situation. Et en fonction de cela, nous avons une direction nationale des Guinéens de l’étranger qui va étudier l’ensemble des dossiers et nous faire des propositions qu’on soumet au cabinet pour en discuter sous la présidence de madame le ministre des Affaires Etrangères et des Guinéens de l’Etranger. En fonction de cela, on planifie les rapatriements. Il y a deux types de rapatriements. Il y a les rapatriements volontaires pour nos compatriotes qui, pour x raison, n’ont pas pu atteindre leur objectif, ils se trouvent coincés quelque part et dont la sécurité et la vie sont en danger. Ceux-là nous contactent à travers nos missions diplomatiques à l’extérieur. Il y a les rapatriements involontaires. C’est le cas des gens qui, dans les Etats où ils se trouvent, les autorités ne veulent d’eux pour diverses raisons. Le plus souvent, certains de nos compatriotes, au lieu d’aller chercher à gagner leur vie, se livrent à des pratiques non convenables. Parce qu’il s’agit de délit et parfois même des crimes pour lesquels ils sont déclarés coupables. Ainsi, ils peuvent être arrêtés par les autorités de ce pays, condamnés  et mis en prison. A partir de là, ces pays, une fois qu’ils présument la nationalité de la personne, ils peuvent rentrer en contact avec nous pour nous demander de les identifier et de confirmer s’ils sont nos compatriotes. Dans ces conditions, nous procédons à l’identification. S’il s’agit des Guinéens, nous sommes obligés d’assumer notre responsabilité parce que l’Etat a une grande responsabilité, aussi bien sur le plan interne que sur le plan externe, en ce qui concerne ses ressortissants. Dans ces conditions, si les pays d’accueil nous demandent de les rapatrier, nous sommes obligés parce que le droit international nous l’oblige. Une fois que nous sommes sûrs que ce sont nos compatriotes, nous donnons instruction à nos missions diplomatiques à l’extérieur de délivrer des laissez-passer. Mais avant qu’on ne délivre les laissez-passer, nous donnons instruction à ces mêmes missions diplomatiques pour dire de ne pas délivrer ces documents sans avoir reçu l’ordre écrit du département central. Pour qu’on autorise le rapatriement forcé d’un de nos compatriotes, il faut qu’on s’assure que c’est bien un Guinéen qui dispose la carte d’identité guinéenne ou le passeport guinéen. Deuxièmement, il faudrait qu’on sache pourquoi on est en train de l’expulser. Troisièmement, il faudrait que cette expulsion soit faite en concertation avec toutes les parties concernées au niveau interne. Quatrièmement, il faudrait absolument que les conditions d’expulsion se déroulent dans le strict respect du droit de l’homme et de la dignité de la personne humaine. Nous n’accepterons pas qu’on attache ou qu’on bastonne un de nos compatriotes pour le ramener.

Guinéenews : quelle est aujourd’hui la politique migratoire mise en place par votre département ?

Dr Mohamed Hady Barry : comme vous le savez, l’une de nos missions, c’est bien sûr de s’occuper des Guinéens de l’extérieur, de faire en sorte de les organiser, de faciliter leur retour et leur insertion dans la mère patrie. Ainsi, notre objectif c’est que la politique migratoire de la Guinée vise d’abord à protéger nos compatriotes partout où ils se trouvent dans le monde, à protéger leurs droits, s’ils sont victimes d’abus ou d’injustice. Deuxièmement, il faudrait absolument qu’on puisse les identifier, qu’on les organise et ensuite qu’on fasse en sorte que tous les Guinéens qui se trouvent à l’extérieur, qui sont en train de contribuer au développement de la Guinée, puissent venir au secours des parents dans le pays, que toute cette potentialité soit gardée, coordonnée et dirigée vers la République de Guinée.

Guinéenews : selon nos informations, ce sont plusieurs centaines de nos compatriotes qui arrivent chaque mois en Italie. Qu’en dites-vous ?

Dr Mohamed Hady Barry : c’est une réalité. Malheureusement d’ailleurs, ce ne sont pas tous qui arrivent. Beaucoup de nos jeunes périssent dans le désert avant d’atteindre la mer méditerranée. En traversant la mer méditerranée, beaucoup de nos compatriotes y meurent également. Nous avons enregistré en 2016, environ 105 noyades de jeunes guinéens identifiés. C’est terrible pour un pays parce que c’est l’avenir du pays qui est sa jeunesse, qui est mise en cause. Au jour d’aujourd’hui, on a des milliers de Guinéens dans cette situation. Nous n’avons pas malheureusement la possibilité de les identifier tous. Mais c’est une triste réalité. Aujourd’hui, il y a beaucoup de nos jeunes qui arrivent par centaine en Italie pour essayer de poursuivre leur voyage à la quête du bonheur. Ce que nous pouvons souhaiter, c’est qu’ils arrivent à destination et de pouvoir trouver les papiers nécessaires pour s’installer, pour se former, pour trouver les moyens et qu’un jour, ils puissent revenir dans notre pays. Mais si cela n’est pas possible, ce que nous souhaiterions, c’est qu’au moins, ils n’y périssent pas, mais qu’ils reviennent dans leur patrie. Parce que nous avons beaucoup de chance, la Guinée est un pays stable, un pays qui, contrairement aux autres pays qui nous environnent, n’a pas connu de guerre. Il peut y avoir quelque soubresauts qui se passent dans toutes les familles, mais on fini toujours par s’entendre. Donc ce que nous regrettons aujourd’hui, ce n’est pas le fait qu’on soit en train d’expulser nos compatriotes, mais c’est le fait qu’ils quittent notre pays pour aller à l’aventure. Parce que nous estimons que notre pays est suffisamment riche et nous avons des hommes de valeur. Il suffit d’une bonne organisation et une prise de conscience générale pour faire de ce pays une sorte de havre de paix, de prospérité où le Guinéen pourra vivre convenablement. Et nous pensons que si la Guinée avait réussi à exploiter tous ses atouts sur tous les plans économiques et minéraliers, etc. Ce serait un pays où le visa serrait très prisé. Notre objectif, celui du chef de l’Etat, c’est de faire en sorte que ce pays se développe pour retenir le Guinéen. Nous ne sommes pas du tout contre l’immigration, mais nous encourageons l’immigration légale qui se fait dans des conditions acceptables, dans des conditions de sécurité et du respect de la dignité humaine. Tous les pays asiatiques comme la Chine et l’Inde, ont connu une forte émigration vers les pays occidentaux. Des jeunes sont allés se former dans les universités et les centres de formation. Et aujourd’hui, ils se sont retournés pour développer leur pays. C’est pour cela, dans le cadre des accords de coopération sur l’immigration que nous organisons avec nos partenaires, nous insérons ce volet immigration légale. Nous voulons que nos jeunes puissent partir se former et qu’ils puissent revenir au pays. Mais pour préserver sa vie et sa santé, je crois qu’il vaut mieux prendre le maximum de précautions au lieu de se jeter à corps perdu, les yeux bandés dans une aventure qui, parfois, se termine d’une façon tragique.

Guinéenews : quel est aujourd’hui le niveau des préparatifs de la conférence diplomatique projetée par votre département ?

Dr Mohamed Hady Barry : la conférence diplomatique est un événement très attendu en République de Guinée, même à travers nos missions diplomatiques à l’extérieur. Parce que tout le monde attend cette conférence. C’est au cours de cette conférence que nous comptons faire le diagnostic pour cerner les difficultés, les écueils, les manquements qui font que la diplomatie guinéenne n’a pas atteint sa vitesse de croisière. Le monde a évolué autour de nous. Hier, c’était la politique qui dominait la diplomatie. Mais aujourd’hui, le monde est régit par une compétition effrénée et impitoyable, l’économie. Il est normal que nous changions de perspectives et que nous nous engagions à la situation qui prévaut actuellement sur le plan continental et international. Nous souhaiterions organiser cette conférence qui sera le rendez-vous de tous les acteurs de la diplomatie guinéenne pour qu’on échange sur tout ce qui ne va pas. Ensuite, que nous essayons de trouver des solutions adéquates. A l’occasion de cette conférence, c’est le président de la République, qui est le président de l’Union Africaine et le premier diplomate du pays, qui nous donnera sa vision de la politique étrangère par rapport à la diplomatie guinéenne. C’est une diplomatie qu’il veut compétitive et capable de permettre à la Guinée d’occuper une place de choix sur les reines internationales, mais aussi une politique qui permettra à la Guinée de drainer des investisseurs qui viendront développer ce pays avec le peuple guinéen pour juguler la misère. Parce qu’aujourd’hui, tous les conflits qui secouent le monde sont dus à trois choses : l’injustice, le manque de sécurité et les facteurs climatiques. Donc aujourd’hui le meilleur moyen, nous pensons, pour pouvoir sortir notre pays des difficultés, d’apaiser notre population, vivre et transformer ce beau pays en une sorte de paradis terrestre, c’est lorsque nous arriverons à être compétitifs à travers notre diplomatie. Il y aura beaucoup de sujets qui seront abordés sur le choix des hommes qui doivent être utilisés dans la diplomatie. Il faut des hommes suffisamment compétents ou des hommes qui seront formés. Ensuite, il faut des moyens. Et la diplomatie coûte très chère. Le plus souvent la vision pessimiste des gens sur les affaires étrangères, est que c’est un département qui dépense trop d’argent mais n’apporte rien. C’est une vision tronquée parce que c’est lorsqu’un pays est bien vu à l’extérieur qu’il a de la crédibilité au sein des institutions internationales, capable de défendre sa position sur la scène internationale, c’est en ce moment qu’il pourra tirer les dividendes. Lorsque le pays est crédible, on dit qu’il est fréquentable. Et lorsqu’il est fréquentable, les gens ont le courage d’y investir. Donc nous trouverons les hommes, les moyens et nous allons essayer de professionnaliser notre diplomatie, de faire en sorte que si un jeune vient comme stagiaire, qu’il sache les différentes étapes à franchir pour arriver au niveau ambassadeur. Ensuite, il faudrait qu’on respecte le principe sacré qui régit la diplomatie mondiale, la rotation. C’est-à-dire qu’à travers la carrière lorsque tu sors pour quelques années, tu sais dans combien d’années tu dois rester à l’extérieur et combien de temps tu resteras au niveau des services centraux avant de sortir. Il ne peut y avoir de conflit. L’évolution sera basée sur l’ancienneté et la compétence. Il faut également le cadre. Aujourd’hui, nous avons les statistiques de 1 000 personnes ici et les locaux dont nous disposons ne peuvent pas prendre 400 personnes, de telle sorte qu’il y a beaucoup de nos cadres de valeur qui sont à la maison ou sous le manguier en train de trainer par ci-par là faute de place où on pourrait les caser.

Guinéenews : concrètement, à quel niveau se situe actuellement les préparatifs de la conférence diplomatique ?

Dr Mohamed Hady Barry : grâce à la coopération guinéo-iranienne, nous allons bientôt avoir un ministère flambant neuf, qui est en train d’être construit sur le Site de Koloma. Voilà autant de perspectives que nous avons et que nous espérons que la conférence diplomatique pourra régler. Les préparatifs, au jour d’aujourd’hui, tout est relativement prêt. Parce que pour que ça soit prêt, il faut mettre les équipes qui sont chargées de développer les différents thèmes. Elles sont constituées et elles sont déjà fonctionnelles. Tous les documents de la conférence ont été produits, corrigés et validés. Ensuite, les termes de référence sont déjà produits, corrigés et validés. Ils ont été déposés en Conseil interministériel et ils ont été validés. Aussi, en conseil ministériel, sous la présidence du Pr Alpha Condé, le budget a été présenté par notre ministre et tout a été validé, donc accepté. Toutes nos missions diplomatiques sont informées et elles ont contribué à la production de ces documents qui tournent au tour du diagnostic pour la qualification de notre diplomatie. Tout est fin prêt. Il  y a une seule chose qui nous reste, c’est de fixer la date. Là aussi, une conférence diplomatique, c’est sous la présidence du chef de l’Etat et comme vous le savez, cette année, le président de la République est hyper occupé.  Parce qu’en plus des problèmes guinéens qu’il avait à résoudre, aujourd’hui, il a les problèmes du continent qu’il doit gérer également. De telle sorte qu’il n’est pas très facile pour lui de trouver une date où caler cette conférence. Nous attendons. Madame le ministre des Affaires Etrangères l’a déjà écrit et il a dit qu’il prend note, qu’il va voir dans son calendrier où est-ce qu’on peut loger cette conférence diplomatique. Donc, très bientôt la date sera fixée et lorsqu’elle sera fixée, vous serez informés, parce que c’est une conférence au-delà des Affaires Etrangères. Elle intéresse toute la Guinée parce que la qualification du ministère des Affaires Etrangères, l’efficacité du département aura sans aucun doute, un impact considérable sur l’évolution de la Guinée. Et malgré la médiocrité de nos moyens, nous sommes en train de travailler d’arrache-pied à tous les niveaux, nous sommes en train, en ce moment, d’élaborer une politique d’information qui nous permettra de communiquer réellement sur ce que nous faisons quotidiennement. Parce que dans la plupart des temps, les gens préfèrent se taire parce qu’on a peur de la presse de peur qu’on déforme nos propos.

Guinéenews : quelles sont vos activités en perspective en dehors de cette conférence ?

Dr Mohamed Hady Barry : il faudrait que les Guinéens sachent que nous protégeons nos compatriotes vivant à l’extérieur. Nous avons des projets visant à organiser nos compatriotes. Nous avons des projets permettant aux Guinéens qui vivent à l’extérieur, qui souhaiteraient rapatrier des fonds en toute sécurité de le faire. Ceux qu’ils veulent faire des constructions de logements en tant que Guinéens qui vivent à Atlanta par exemple, nous leur disons qu’ils pourront le faire directement. Donc, nous sommes également en train de moderniser notre gestion de recettes consulaires. Nous allons mettre sur pied un système informatique sécurisé à partir duquel quelqu’un qui souhaite venir en Guinée n’aura pas besoin de se rendre directement à l’ambassade. Ce qui pourrait lui coûter en argent et en temps, mais à travers son ordinateur, il pourra commander son visa payé par la carte de visa immédiatement. Ce système central est lié à l’Interpol. De telle sorte que si cet individu est en porte-à faux avec la loi quelque part, qu’on puisse l’identifier. Ainsi, les Guinéens peuvent venir au pays tranquillement et faire ce qu’ils ont à faire. Voilà autant d’actes que nous sommes en train de poser. Nous souhaiterions aussi créer un réseau de journalistes professionnels qui acceptent de nous accompagner, qui viendront se renseigner, qui ne cherchent pas que du sensationnel, mais qui peuvent nous aider à nous qualifier pour faire comprendre aux Guinéens que nous ferons tout ce qui est de notre pouvoir pour que le peuple ne soit pas déçu de nous.

Interview réalisée par Guilana Fidel Mômou

 

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