Conakry : l’opérateur économique kidnappé a donné signe de vie (GOHA)

07 décembre 2017 18:18:50
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Deux jours après l’enlèvement du vieil homme d’affaires, El Abdourahmane Barry à Conakry, le président du Groupe Organisé des Hommes d’Affaires (GOHA) a confié à Guineenews ce jeudi 7 décembre qu’il aurait donné de ses nouvelles.

 «Des membres de sa famille affirment qu’il a appelé pour les rassurer qu’il se porte bien, mais sans apporter d’autres détails », a indiqué l’homme d’affaires au bout du fil de Guinéenews.

En attendant plus d’informations, le président de l’association des hommes d’affaires exhorte la police à poursuivre les investigations afin que l’homme d’affaires de 80 ans retourné sain et sauf dans sa famille. « C’est un homme d’affaires en retraite. A GOHA, il est membre du conseil des sages », précise le président de cette institution qui a exprimé son inquiétude quant à la fragilité de l’homme.

L’homme d’affaires a été enlevé le mardi 5 décembre dernier à Conakry par des inconnus, seulement près de deux mois après l’enlèvement du fils d’un autre riche homme d’affaires à Conakry. Les ravisseurs de celui-ci avaient conditionné sa libération par le paiement d’une rançon de 200 000 dollars. Cette somme avait-elle été payée ? En tout cas, Djibril Barry avait été libéré par ses ravisseurs plus d’une semaine après son enlèvement.

Face à ces enlèvements, Chérif Abdallah exige de l’Etat le renforcement de la sécurité des citoyens en général, et en particulier celle des opérateurs économiques. « Les taxes que nous payons, c’est pour justement que l’Etat assure notre sécurité », rappelle-t-il dans une déclaration publiée mercredi.

Chérif Abdallah n’a pas manqué de souligner que le kidnapping répétitif des hommes d’affaires n’encourage pas l’investissement dans le pays.

Aux ravisseurs, Chérif Abdallah leur demande de bien vouloir libérer le vieil homme. « C’est un vieux qui n’est plus dans les affaires. Il a pris sa retraite et se consacre souvent à sa famille et à ses prières à la mosquée. Nous leur demandons donc de bien vouloir nous le rendre », a-t-il lancé.

 

  • CONDÉ ABOU

    La culture du kidnapping et du rapt de ceux qui investissent ou créent de la richesse économique dans le pays et d’une manière générale, tous ceux qui vivent sur le territoire national, est dévastatrice et extrèmement dangereuse pour la Nation.

    Elle peut être à la base de l’aggravation du risque-pays et de la fuite de tous les investisseurs potentiels qui envisagent de mettre leur argent en Guinée.

    C’est une pratique criminelle qui ne rappelle que la maudite industrie des gangsters du Nigeria. Et ce serait dommage, si la Nation Guinéenne ne se lèvait pas dès maintenant pour apporter les réponses les plus musclées afin d’y mettre fin.

    Faut de quoi, le pays plongera dans les ténèbres de l’auto-destruction et de la fuite des investisseurs.

    Tout le monde, à commencer par la force publique (Police, Gendarmerie et tous les services de l’intelligence) ainsi que la Justice devraient se lever comme un seul homme, afin de faire barrage aux groupes de gangsters qui ont mis le Nigeria en retard de plusieurs décennies en dépit de son potentiel économqiue incroyable.

    Voici les conclusions d’une enquête indépendante menée au Nigeria en Juin 2017 par Jeune Afrique, et qui montre comment le fléau du kidnapping et du rapt est très lié au chômage massif des Jeunes et au phénomène de l’exclusion sociale.

    Début Juin 2017, le quotidien Nigerian Daily Trust affichait en première page des chiffres étourdissants : 630 enlèvements entre les mois de Mai 2016 et Mai 2017 à travers le territoire, dont 200 depuis Janvier 2017, plaçant le Nigeria dans le top 10 des pays les plus à risque dans ce domaine d’après le baromètre de NYA International, une organisation de conseil en gestion des risques et des crises.

    Et ce décompte serait très largement sous-évalué selon Nnamdi Obasi, Spécialiste du Nigeria pour International Crisis Group : « De nombreux enlèvements ne sont pas rapportés car les familles ne font pas confiance à la Police et préfèrent traiter directement avec les kidnappeurs.
    Beaucoup ont lieu dans des zones rurales reculées, du Nord de la région centrale au Delta du Niger, et les médias en parlent très peu. »

    DES RANÇONS EN DIZAINES DE MILLIERS D’EUROS AU NIGERIA

    Les statistiques ne sont pas précises et rarement régionalisées, mais l’an dernier les États de Lagos au Sud-Ouest, de Kogi et Kaduna dans le centre ont été particulièrement ciblés par les ravisseurs.

    Cette pratique est favorisée par un cocktail d’ingrédients tels que le chômage de masse, la criminalité généralisée et la carence de l’État dans ce domaine.
    « C’est une industrie riche, explique Martin Ewi, Chercheur sur le Nigeria à l’Institut Sud-Africain des études sur la sécurité. Les rançons demandées tournent autour de 10 millions de nairas (28 000 Euros) en moyenne.

    C’est un véritable business pour les criminels qui a le double avantage de présenter moins de risques et de s’enrichir assez rapidement. Les ravisseurs peuvent garder en captivité leur victime pendant des mois car ils sont persuadés que la famille finira par payer. »

    Les chiffres prennent en compte tous les enlèvements. Ceux perpétrés par Boko Haram pour le recrutement et le financement de leurs opérations terroristes, ceux commis dans les zones pétrolières du delta du Niger pour des revendications politiques, et le rapt « commercial » qui a pris des proportions inquiétantes à partir des années 2000.

    Largement utilisée à partir des années 60 dans le delta du Niger, la méthode s’est généralisée à travers le pays sous un aspect purement vénal. Le phénomène est tel que les autorités ont du mal à le contenir.

    « Il arrive souvent que les coupables connaissent très bien leur proie, voire fassent partie de la même famille, poursuit Martin Ewi. Et la lutte est d’autant plus difficile du fait du niveau de corruption, une autre plaie du pays. À cela s’ajoute la crise économique que traverse actuellement le Nigeria. »

    LA SANCTION DE LA PEINE DE MORT SANS EFFET AU NIGERIA

    Pour limiter la gangrène, le Gouvernement adopte des mesures radicales. Depuis 2009, un total de 16 des 36 États qui composent le Nigeria ont approuvé le recours à la peine de mort dans certains cas de séquestration contre rançon.

    Malgré tout, l’épidémie de kidnapping n’a pas freiné. « Ces mesures ne dissuadent pas les gangsters, pour qui le rapt constitue un moyen efficace de s’enrichir rapidement, argue Isa Sanusi, d’Amnesty International au Nigeria et contre la peine capitale.

    Et bien que plusieurs ravisseurs soient aujourd’hui en prison, ils ne font que remplir des prisons déjà surpeuplées de détenus en attente de jugement. Avec pour seul résultat de faire du Nigeria le deuxième pays après la Chine au plus grand nombre de condamnations à mort. L’une des réponses à apporter, c’est avant tout la réforme du système judiciaire et la lutte contre le chômage des jeunes» conclut le Spécialiste d’Amnesty International dans l’investigation de Jeune Afrique du 19 Juin 2017.

    Une autre étude conclut qu’il importe toutefois de reconnaître que les kidnapping au Nigeria sont une stratégie des terroristes islamistes de Boko Haram pour soutirer de grandes sommes d’argent aux ressortissants Occidentaux via leurs ambassades.

    Comme les pirates de la Somalie, tous les moyens sont bons pour se faire des sous quand on gît dans l’antre de la folie terroriste.