Conakry: c’est parti pour les échanges sur les systèmes électoraux sous- régionaux

07 juin 2017 18:18:36
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Avec l’appui de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), le gouvernement guinéen a organisé ce mercredi 7 juin un atelier d’imprégnation et de croisement des expériences en matière électorale dans la sous-région. Durant trois jours, les participants échangeront sur les systèmes électoraux, a-t-on constaté sur place.

C’est le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, Bouréma Condé qui a lancé les travaux dudit atelier. Il était entouré par le ministre Conseiller spécial du président de la République, Tibou Kamara, le ministre Thierno Ousmane Diallo de l’Hôtellerie, du Tourisme et de l’Artisanat et celui du Commerce, Marc Yombouno.

Le chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo représenté par son porte-parole, le député Aboubacar Sylla, a indiqué qu’ils ont toujours déploré en Guinée le déficit de dialogue qui a généré et amplifié le déficit de confiance entre les acteurs politiques.

«Cette rencontre découle de la nécessité pour notre pays de se doter d’un instrument efficace suscitant la confiance pour l’organisation des élections de manière en sorte à ce que la Guinée rentre dans le cercle restreint des pays où les élections sont passées et les résultats ont été acceptés par tous les compétiteurs électoraux. Nous avons déjà un cadre légal qui est le code électoral et le code des collectivités locales qui n’ont pas fait encore l’objet de promulgation. Nous sommes en train de nous acheminer vers la mise place d’un cadre institutionnel adéquat. Nous avons déjà fait une proposition de loi dans ce cadre à l’Assemblée Nationale. Mais cette proposition peut être certainement enrichie par les expériences acquises par les uns et les autres au terme de cet atelier», a-t-il dit.

Poursuivant son intervention, le leader de l’UFC a fait comprendre que la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) présente beaucoup de lacunes. En 2013 lors des élections législatives, M. Sylla a rappelé que l’institution a été entourée par des experts internationaux avant de souhaiter  leur présence pour les échéances à venir afin d’obtenir des élections apaisées dans notre pays.

Dans le même sillage, Aboubacar Sylla a ajouté que la Guinée est vastement en retard en matière  de calendrier électoral. «Les élections communales devraient se ternir il y a 7 ans, les mandats ont expiré sans être renouvelé. Nous avons une administration locale qui n’a  aucune légitimité…», a-t-il fustigé.

Prenant la parole, le président du groupe parlementaire la majorité présidentielle, Amadou Damaro Camara a déclaré qu’aucun processus électoral n’est parfait. Pour preuve, Damaro Camara a indiqué que l’élection présidentielle française qui vient de se tenir, il y a juste un mois, a révélé que 500 mille voix étaient biaisées. «Nos problèmes sont souvent techniques que émotionnels. Rien que le patronyme de quelqu’un, on peut lui déterminer son camp politique. De toutes les façons, nous sommes disposés à doter notre pays d’une structure qui doit prendre en charge des élections», s’est-il engagé.

Dans la même logique, Amadou Damaro Camara a déploré le fait que la classe politique a beau incriminé le travail du Comité National de Transition (CNT) qui avait proposé une CENI technique. «Nous sommes à l’orée de faire une loi sur la CENI, celle qui existe, a des insuffisances parce qu’elle a été adoptée dans l’émotion politique et dans la pression. Nous avons toujours fait des lois pour les élections futures et non pour les générations futures», a-t-il dénoncé.

S’exprimant sur la rencontre, Damaro Camara a réitéré qu’ils sont prêts et ouverts au dialogue, à son respect et à toutes les expériences qui viennent d’ailleurs. «Au Burkina, malgré la manière du changement du régime, la CENI a survécu. Il y a eu plusieurs d’élections au Ghana, au Sénégal malgré l’organisation des élections par le ministère de l’Intérieur, cela n’a pas empêché l’alternance», a-t-il fait savoir.

Dans son allocution, l’ancien ministre Malien, Mohamed Salia Sokona qui s’exprimait au nom du Secrétaire Général de la Francophonie, a félicité les acteurs politiques pour ce qu’il appelle la détente observée au cours de ces dix derniers mois. «Cet atelier qui nous rassemble aujourd’hui révèle d’une
importance particulière en ce sens qu’il devra permettre d’aborder
et d’approfondir la réflexion sur un aspect clé de la vie politique
nationale et peut-être susciter au-delà des frontières de la Guinée, un
débat utile sur l’avenir des organes de gestion des élections mises en
place en Guinée et en Afrique
», a-t-il précisé.

Poursuivant, M. Sokona a souligné qu’il n’y a point de modèle parfait d’élection qui puisse être transposé ou imposé en toute circonstance ou à chaque contexte. Mais plutôt une démarche plus crédible pouvant être entreprise dans ce domaine, devrait nécessairement prendre en compte les réalités politiques, sociales économiques et culturelles de chaque pays.

 Au nom du chef de l’Etat Alpha Condé, le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, le Général Bouréma Condé a rappelé que  la rencontre se tient au lendemain du Dialogue politique inter guinéen qui a abouti à l’Accord politique du 12 Octobre 2016, dont l’une des  principales recommandations a permis de mettre en place le Comité de Suivi de la mise en œuvre des points dudit Accord Politique.

Selon Bouréma Condé, cette rencontre est la volonté politique du président Alpha Condé afin de créer les meilleures conditions d’un développement durable à édifier sur un substrat de stabilité sociopolitique, qui engage tous les acteurs de la vie nationale.

 Avec l’avènement de la démocratie pluraliste en Afrique à partir des années 90, le ministre Condé laisse entendre que la République de Guinée a connu plusieurs organes de gestion, de contrôle et de supervision des élections. Il s’agit notamment : De 1991 à 1995 : Le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité. En 1998 : Le Haut Conseil aux Affaires Electorales. En 2002 : Le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation et le Haut Conseil aux Affaires Electorales. En 2005 : Le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation et la Commission Electorale Nationale Autonome. De 2010 à nos jours : la Commission Electorale Nationale Indépendante avec pour partenaire technique, le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation.

Prenant son exemple sur certains pays africains, le Général Bouréma Condé la Guinée n’a pas été à l’abri des différentes remarques liées à des imperfections qui ont marqué leurs processus électoraux. Pourtant, précise-t-il, cette situation constitue une source permanente de contestations avant, pendant et après les élections quand les résultats sont proclamés.

«On assiste alors à des manifestations meurtrières accompagnées de dégâts matériels et financiers difficilement quantifiables tant ils sont énormes. Les exemples sont légion à travers le monde. En tout état de cause, les origines de ces anomalies préjudicielles doivent être recherchées dans la fiabilité de nos systèmes électoraux qui n’ont pas atteint les objectifs de crédibilité, de sincérité et de transparence, qu’on attendait d’eux, toutes choses source de paix et de quiétude sociale».

Tirant donc les leçons  des contingences électorales passées, le ministre Condé a affirmé que le Gouvernement, dans sa mission de paix et prenant acte de la volonté des acteurs politiques et sociaux, a jugé nécessaire de réunir des experts de haut niveau, pour nous mettre à l’école  des avantages et inconvénients des différents systèmes électoraux pratiqués dans les mêmes contextes sociopolitiques que notre pays.

 Plus loin, Bouréma Condé a insisté que cette rencontre doit leur amener à échanger sur la gestion électorale de nos pays respectifs, d’en tirer les meilleures expériences et leçons afin de les accommoder à la jurisprudence électorale.

«Aujourd’hui, l’espoir est permis aux guinéennes et guinéens de s’assurer que les facteurs endogènes et exogènes entravant le bon déroulement de nos différents processus électoraux sont identifiés et les solutions possibles, susceptibles d’être trouvées afin que tous les acteurs du processus électoral regardent dans la même direction pour l’organisation parfaite des prochains scrutins», a-t-il expliqué.