Colloque national de la jeunesse : enjeux du dividende démographique pour la Guinée

13 août 2017 12:12:04
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La Guinée, à l’instar des autres pays, veut participer à la croissance économique du continent. Pour y parvenir, elle entend résoudre ses problèmes à la source en mettant l’accent sur la capture du dividende démographique. Un concept relativement nouveau en vogue partout en Afrique.

Selon le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), le dividende démographique se définit comme l’avantage économique tiré d’une proportion relativement importante de personnes en âge de travailler au sein de la population, qui bénéficient d’investissements en faveur de leur autonomisation, de leur formation et de leur emploi.

Cela est d’autant vrai, que de 100 millions d’habitants en 1900, la population de l’Afrique est passée à environ 275 millions entre 1950-1960, puis à 640 millions en 1990 et à 1,1 milliard en 2014.

Or, avec un taux de fécondité moyen estimé en 2013 à 4,7 enfants par femme contre une moyenne mondiale de 2,5, d’ici à 2050, la population africaine pourrait doubler, atteignant ainsi 2,4 milliards de personnes, avant de s’établir à 4 milliards vers 2100, selon des chiffres fiables.

Inattendues, ces projections démographiques établies par l’Organisation des Nations Unies bouleversent les perspectives de développement du continent, selon tous les experts en démographie.

C’est pourquoi, face à cette problématique préoccupante, et constatant déjà les conséquences dont l’immigration clandestine à outrance, le taux de chômage élevé chez les jeunes et la floraison des réseaux criminels, la diminution de la fécondité, il est donc plus qu’urgent d’agir.

D’où l’initiative d’organiser un colloque national, porté par le ROJALNU- Guinée, les 12 et 13 août 2017, sur le Dividende Démographique et les Objectifs du Développement Durable. C’est pour vulgariser ce concept que 200 participants venus issus des organisations de jeunesse et des institutions de développement ont bénéficié, d’une formation de deux jours à la Blue Zone de Kaloum.

L’objectif recherché est de permettre aux participants de s’approprier des outils, techniques et autres processus de la capture du Dividende Démographique en vue d’atteindre la croissance économique.

Initié par le ministère de la jeunesse, en appui avec le réseau des organisations de jeunesse africaine leaders des Nations unies, le colloque national de la jeunesse, avait pour thème principal : « l’engagement civique des jeunes pour la capture du dividende démographique en Afrique ».

Durant deux jours, les 200 participants ont été outillés sur des panels comme : engagement civique et dialogue intergénérationnel, rôles et responsabilités des différents acteurs, (Etats, Partenaires techniques et financiers et jeunes), Sécurité-immigration, développement durable, quel mécanisme mettre en place en vue d’accélérer la capture du dividende démographique en Guinée.

Si la Guinée parvient à tirer pleinement profit du dividende démographique, le contribuable pourra souffler avec moins de personnes à supporter, à scolariser, à nourrir, à soigner et à habiller.

Dans son discours de circonstance, la présidente de ROJALNU-Guinée, Saran Traoré, a estimé que les choses pourraient changer au sortir de ces deux jours d’échanges. « J’ose espérer que la jeunesse guinéenne et africaine ici présente auront davantage conscience du rôle qu’elles ont à jouer dans le processus de développement durable du continent et continuera à poser des actes y afférentes conformément à la feuille de route de l’Union Africaine ».

Pour sa part, le secrétaire général, Alioun GUEYE a appelé les dirigeants africains et les partenaires au développement à investir massivement dans la jeunesse afin de donner une chance au continent africain d’être un espace géographique et politique stable, pacifique et prospère.

Présidant la cérémonie, le ministre de la jeunesse, Moustapha Naité a appelé à la maitrise du dividende démographique. « Comment l’Afrique peut-elle capturer le dividende démographiques, la fenêtre d’opportunité qui nous est donnée ? Comment la Guinée peut-elle effectivement s’approprier de la notion du dividende démographique ? Il faut que les jeunes de Guinée, les jeunes d’Afrique commencent à penser, commencent à réfléchir, commencent à ne pas seulement épouser les doctrines ou les concepts qu’ont les vend tous les jours. Mais qu’eux-mêmes soient maitres de leurs pensées », dit-il.

 

  • CONDÉ ABOU

    Cher Monsieur Bah Abdoulaye, bonsoir. Au regard de ses conclusions que je viens de lire, ce Colloque est lamentable pour la simple raison que le coeur du sujet est ailleurs et par rapport aux politiques publiques et programmes que les pouvoirs publics devraient clairement choisir et expliquer à nos compatriotes avant de les mettre en oeuvre.

    Avec tout le respect que je vous dois, je me permets de vous dire que les Panélistes de ce Séminaire sont dans les nuages, et il est impossible de laisser passer des conclusions confuses et qui passent complètement à côté du sujet pour la simple raison qu’elles n’ont rien à voir du tout avec les vrais enjeux du dividende démographique en Afrique et en Guinée pour ce qui nous intéresse le plus.

    Vos Panélistes ne disent pas la vérité sur le sujet du dividende démographique en Afrique, et c’est tout simplement triste de le noter en lisant votre papier.

    Je maintiens encore une fois, ma position sur la base de ce que je viens de lire dans votre papier et sur le sentiment que le leadership Africain, particulièrement en Guinée, a une position ambivalente loin de la réalité de la question du dividende démographique.

    La bataille autour de ce sujet n’est pas du tout dans les chiffres que les Panélistes vous ont annoncés, Mais de savoir de quoi il s’agit et qu’est-ce que les plus grands Démographes et Chercheurs disent aux dirigeants Africains.

    Il ne s’agit pas des conclusions des seuls démographes des Universites Occidentales. Mais des travaux scientifiques de 50 Spécialistes internationalement reconnus dont de nombreux Chercheurs Africains et qui viennent de publier le livre Africa’s Population : In Search of a Demographic Dividend (Springer, 2017). Vous pouvez aller sur internet pour le lire et le comprendre, tout en le comparant avec les conclusions de ce Colloque National de Conakry.

    En 2017, la population Africaine représente plus de 1,1 milliard d’habitants, soit 13 pour cent de la population mondiale. Elle devrait passer au rythme actuel de 13 pour cent à 36 pour cent en 2100 quand l’Afrique comptera 4 milliards en ce moment.
    Il est bon de rappeler qu’une ville comme Conakry ne comptait que 50 mille habitants en 1958.
    Contre plus de 2 millions et demi en 2017 ! Des chiffres que tout le monde peut faire vérifier.

    Comment expliquer cette évolution démographique fulgurante, et pourquoi l’Afrique a l’obligation de prendre elle-même de grandes décisions pour inverser cette tendance galopante et qui est contreproductive pour le progrès économqiue et pour la prospérité des Africains ?

    Selon Jeune Afrique, dans sa récente tribune cosignée par Hans Groth , Médécin, Président du Word Demographic and Ageing Forum à Saint Gallen en Suisse, le Démographe Américain John F. May, Professeur à la prestigieuse Université Georgetown de Washington DC, a abouti aux conclusions suivantes:

    (1)La raison de l’évolution démographique en Afrique, est la baisse rapide de la mortalité, surtout infantile et juvénile, bien que son niveau y soit encore trop élevé.
    En revanche, la fécondité (cinq enfants par femme en moyenne) ne fléchit que lentement. Étant donné que les Africains vivent plus longtemps et que la fécondité reste élevée, la population connaît une expansion sans précédent.

    La répartition par âge de la population va changer aussi durant la transition démographique. En supposant que la baisse de fécondité soit plus rapide, les adultes actifs deviendront plus nombreux.

    (2)Ces actifs auront moins de jeunes à charge et ils pourront mieux les préparer à la vie active. Moyennant l’accès à l’emploi rémunéré, ces actifs pourront aussi créer un surplus économique. C’est ce qu’on a appelé le dividende démographique, dont plusieurs pays, Asiatiques entre autres, ont déjà bénéficié.

    Deux questions de taille et de bon sens, émergent de ce raisonnement du Professeur John F. May:

    (1)De quoi l’Afrique y compris bien entendu la Guinée, a-t-elle besoin pour obtenir un dividende démographique ? Il faut une révolution contraceptive, et c’est de cela qu’il s’agit de façon fondamentale en parlant de dividende démographique. C’est le cas de réussite qu’il faut souligner et par lequel sont passés le Kenya, le Rwanda et l’Ethiopie et dont les démographes parlent en termes de dividende démographique.

    (2)L’offre de planification familiale suffira-t-elle pour obtenir le bénéfice du dividende démographique en Afrique ? Pas du tout. Il conviendra nécessairement de créer une demande plus forte pour une taille familiale réduite sans oublier les politiques sectorielles complémentaires.

    En clair, il ne faut pas avoir peur des mots en cachant la réalité du sujet aux Africains, et particulièrement à nos compatriotes en Guinée. Et c’est totalement absurde de s’attaquer au Président Français, Mr. Emmanuel Macron au sujet de cette question de la démographie galopante et désordonnée en Afrique, pour la simple raison que ce n’est ni lui, ni les dirigeants Asiatiques qui ont créé cette notion de dividende démographique.

    Les Scientifiques et autres Chercheurs qui ont créé la notion de dividende démographique affirment sans aucune ambiguïté que pour obtenir un dividende démographique, il est indispensable que le continent réalise sa révolution contraceptive. Pourquoi vos Panélistes n’en parlent pas ?

    La grande question est celle de la baisse rapide de la fécondité pour favoriser la formation du capital humain (éducation et santé).

    Pour obtenir un dividende démographique, il est indispensable que la fécondité baisse beaucoup plus vite et que le continent réalise sa révolution contraceptive, quand au moins 75 pour cent des couples utilisent une méthode moderne de contraception (ce taux est de 26 pour cent seulement en Afrique subsaharienne).

    C’est autour de la baisse rapide de la fécondité que se situe le débat sur le développement.
    Deux camps s’opposent : les économistes et « développementalistes » et les partisans de la planification familiale.

    Les premiers estiment que la baisse de fécondité interviendra grâce aux seuls progrès économiques et sociaux, dont la scolarisation des jeunes filles.
    Pour les autres, il est urgent d’agir directement sur la fécondité en organisant des programmes de planification familiale plus efficaces.

    L’extension de l’offre de planification familiale ne sera pas suffisante. Dans ce débat, le leadership africain, souvent mal informé sur les questions démographiques, est resté ambivalent. Son rôle sera cependant crucial à l’avenir, car il faudra mettre en place des politiques efficaces pour faire baisser la fécondité.

    L’extension de l’offre de planification familiale ne sera pas suffisante. Il conviendra aussi de créer une demande plus forte pour une taille familiale réduite sans oublier les politiques sectorielles complémentaires.

    Les pays émergents ont fait face aux mêmes défis démographiques que l’Afrique sub-Saharienne. Tous ces pays ont terminé leur révolution contraceptive et réussi à faire baisser leur fécondité.

    Nombre de ces pays ont engrangé un dividende démographique. Certes, des avancées notables ont été obtenues dans plusieurs pays subsahariens, dont le Rwanda, le Kenya et l’Éthiopie. Les leaders de ces pays ont agi sur la fécondité : réseau de volontaires de santé en Éthiopie, programmes de planning familial ailleurs. Mais la tâche en Afrique reste immense et tous les pays devront s’impliquer bien davantage.

    Face à sa démographie, l’Afrique est aujourd’hui à la croisée des chemins. Il est possible pour les leaders africains d’agir sur les évolutions démographiques, et de le faire avec une certaine d’efficacité et dans le respect des droits de l’Homme.

    Le grand défi, cependant, sera de le faire rapidement pour faciliter l’accès à l’emploi, capter un dividende démographique et enclencher un cercle vertueux de développement.

    Pour vous permettre d’asseoir votre propre jugement sur ce sujet, vous pouvez aller soit sur Jeune Afrique, soit en lisant le dernier ouvrage du groupe des 50 Spécialistes internationaux qui viennent de publier chez Springer, Africa’s Population : In Search of a Demographic Dividend .

    Un ouvrage scientifique complet et qui résume, à lui seul, la problèmatique de l’évolution démographique du continent et les perspectives du dividende démographique en tant que levier du développement en Afrique.

    Merci pour la courtoisie de Guineenews et bonne soirée chez vous, Cher Monsieur Bah Abdoulaye.