Code électoral, interpellations des artistes, résultats du Bac, troisième mandat : Dr Deen Touré de l’UFR se prononce ( interview )

31 juillet 2017 15:15:10
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Dans cette grande interview accordée à Guinéenews au lendemain de la promulgation du code électorale révisé, Dr Ibrahima Deen Touré, président du groupe parlementaire alliance républicaine et Conseiller personnel du président de l’Union des Forces Républicaines (UFR), revient largement sur cette loi, mais également sur l’actualité nationale marquée par les interpellations de deux artistes, les résultats des derniers examens nationaux ainsi que sur la question d’un éventuel troisième mandat pour le président de la République. Lisez !

Guinéenews : Dr Deen Touré, vous êtes président du groupe parlementaire alliance républicaine. Le code électoral modifié qui a suscité des débats houleux à l’Assemblée nationale vient d’être finalement promulgué par le président de la République. Quels commentaires en faites-vous?

Dr Deen Touré : je dois vous dire en tout premier lieu, que quand ce code électoral a été promulgué par le président de la République, les membres du groupe parlementaire alliance républicaine présents ici et ceux qui sont absents ont organisé un contact à l’interne pour décider de faire une déclaration. Dans cette déclaration, il y a un avis des députés, il y a aussi un avis des partis politiques. Notre groupe parlementaire est constitué de l’UPG et l’UFR. Nous avons pris acte de la promulgation du code électoral. En d’autres termes, nous avons compris que c’est devenu la loi de l’Etat et que cela ne demande maintenant que son application. Cela ne nous empêche pas de faire nos observations quand nous le voulons et de dire ce qu’on attend de cela. Comme loi de l’Etat, tout le monde doit s’engager à l’appliquer. Mais vous savez, il y a plusieurs lois de l’Etat qui existent. Il y en a qui sont appliquées, il y en a qui ne le sont pas depuis longtemps. Il y en a même qui sont rendues inapplicables. Il y en donc qui sont rangées dans la catégorie des lois inutiles. Nous espérons que ce code qui vient d’être promulgué, dans son aspect désignation des responsables de districts et quartiers sur le territoire national, nous espérons que ça ne va pas rejoindre les lois inutiles. Mais on est bien inquiet là-dessus, parce que l’opérationnalisation de tel cas peut poser problème. Cela veut simplement dire que la loi va définir par quelle manière elle va opérer pour prendre des décisions au niveau des districts, des quartiers qui, de façon indirecte, sont devenus des petites commissions administratives de recensement de vote, qui donc méritent d’être des points de décision concernant les résultats. Il faut dire dans tel district, dans telle circonscription, tel parti ou telle liste est en tête. Donc nous, en tant que bons démocrates, le débat parlementaire, c’est aussi cela. Personnellement, en tant que citoyen, député et président de groupe parlementaire, je dirais que nous nous battrons maintenant pour positiver un certain nombre de choses dedans. Nous irons aux élections et nous cherchons à gagner les élections dans les conditions qui nous sont imposées par la loi.

Guinéenews : certains de vos détracteurs qui ont une position contraire à la vôtre, disaient que vous vous opposiez au vote de cette loi parce que vous n’êtes pas la certitude de gagner les élections avec la nouvelle formule. Qu’en dites-vous ?

Dr Ibrahima Deen Touré : nous ne craignons rien. Nous avons voulu simplement ménager le droit des citoyens à la base. Les citoyens guinéens sont, depuis mathusalem, habitués à investir leur confiance aux responsables de leurs localités, quartiers, districts, PRL, quel que soit le nom. C’est une habitude dans les libertés individuelles chez nous. Nous avons voulu aussi préférer ce que nous appelons la gouvernance citoyenne à la base. Le quartier c’est le milieu où tout le monde est ensemble et en contact direct. C’est le premier escalier de la puissance publique. C’est le chef de quartier qui est le chef de l’Etat dans son carré, il est le ministre de la Justice dans ce carré, c’est lui l’agent de la police judiciaire, le ministre de l’Habitat… C’est aussi lui, le représentant des familles, c’est le lien fort. Nous avons pensé que cette personne-là ne devait pas provenir d’une désignation de quelqu’un qui est un chef de parti assis quelque part, qui ne connaît pas ces gens et que ces gens ne connaissent pas, qui est investi du pouvoir de désigner un monsieur qui assure ces rôles importants. Nous n’avons aucune crainte, nous avons des militants partout. Il y a aussi des citoyens partout. Cela peut même devenir à certains égards une façon pour les populations d’agir plus, motiver certains. Tu es dans ton quartier, tu as compris que pour être chef de ce quartier, il faut adhérer à un parti ou il faut que tu pousses ton parti à gagner. Je l’ai clairement dit dans la déclaration que ce dispositif qui est promulgué signifie que maintenant les citoyens de notre pays ne pourront plus exercer leurs responsabilités citoyennes dans leurs localités, sans appartenir ou s’inféoder à un parti politique qui devra les désigner. C’est une interprétation tout à fait correcte aux partis politiques du code électoral dans son aspect gestion des quartiers et districts. L’UFR c’est un parti républicain, nous faisons le débat quand il y a le débat et quand il y a la décision, nous appliquons la décision. Malgré cela, les citoyens restent les citoyens et ils tireront les leçons de ce qu’il faut faire pour continuer à être présents dans l’administration de leurs localités. Cela pourrait même galvaniser les citoyens. Beaucoup parmi eux, comprendront, ce qui veut dire qu’ils vont prendre leur parti plus au sérieux. Nous, au plan politique, nous continuons quand même à croire que c’est un peu regrettable, mais la loi c’est la loi. Donc pour nous, le débat est clos et nous travaillons maintenant dans la pratique de l’application.

Guinéenews : pour nombre de citoyens qui partagent votre position, cette loi pourrait être à l’avenir source de conflit à cause des désignations qui ne répondront pas au goût de certains citoyens. Qu’en pensez-vous ?

Dr Ibrahima Deen Touré : je n’aime pas les conflits dans notre pays. Mais je pense que ceux qui pensent ainsi n’ont pas tort et c’est à cause de cela que nous nous sommes battus pour que cela ne passe pas sous cette forme. Parce qu’elle peut être source de problème. En fait, c’est le déplacement d’une affaire citoyenne vers une affaire très politique. Je le dis et j’insiste, au début, l’Etat était fondé à élire les chefs de quartier et district. A un moment donné, une loi a dessaisi la puissance publique pour donner les pouvoirs aux citoyens d’élire leurs responsables à la base. Mais aujourd’hui, cette nouvelle loi retire aux citoyens ce pouvoir pour donner ce privilège aux partis politiques, même pas à la puissance publique. Déjà avec la puissance publique, il y avait le malaise et pourtant celle-ci est la propriété commune malgré tout. Et quand ça va être avec les partis politiques qui se trouvent être la propriété d’un groupe de gens et quelque fois même très restreint, je pense que les problèmes sont prévisibles. C’est pour cela que ceux qui pensent ainsi n’ont pas tort. Comme je le dis, je ne souhaite pas de conflit dans ce pays, je souhaite qu’on trouve la meilleure façon pour aboutir à des choses justes dans la pratique. En tout cas, je crains aussi qu’à cause de cet aspect, cette loi ne rejoigne les lois inutiles. En tout état de cause, nous, au groupe parlementaire, nous avons dit que le débat est clos pour le moment. Et l’UFR en tant que parti intéressé à toutes les élections de la Guinée, nous avons déjà commencé dès maintenant au niveau de notre parti à expliquer aux citoyens que le débat est terminé et qu’il faut travailler pour les élections communales que nous allons avoir dans le courant de cette année 2017.

Guinéenews : l’UFR s’est souvent intéressée à l’éducation. Quels commentaires faites-vous des résultats des examens nationaux, surtout au niveau du baccalauréat marqué cette année par un faible taux d’amission ?

Dr Ibrahima Deen Touré : je n’ai pas beaucoup suivi les résultats de cette année, mais vous savez, le créneau principal de l’UFR dans lequel notre président agit toujours, c’est l’éducation. Quand il est revenu en Guinée, la première chose qu’il a faite après l’agriculture, c’est de créer une école. Il a dit pour la Guinée et pour le monde, c’est premièrement l’éducation, deuxièmement l’éducation et troisièmement l’éducation. Maintenant le Bac, il symbolise l’un des diplômes les plus prestigieux dans le système académique francophone et donc en Guinée aussi. C’est un examen, ce n’est pas un concours. Donc cela dénote d’une certaine manière du sérieux qui peut-être a été appliqué parce qu’on a dit qu’on a déconnecté les notes de complaisance des notes d’examen. Cela peut dénoter aussi de la qualité de l’enseignement. S’il n’y a pas eu beaucoup de candidats admis, c’est parce qu’ils n’ont pas compris beaucoup. Disons que le système éducatif mérite d’être regardé de plus près. Je ne dirais même pas d’être audité, mais il mérite une mise en cause. Parce que ces 27,15%  représente réellement le taux d’amis au Bac en Guinée. Après près de 60 ans d’indépendance, ce n’est pas seulement l’échec des élèves, des parents mais aussi et surtout celui des enseignants et du système.

C’est pourquoi de mon point de vue, cela interpelle sérieusement les Guinéens dans la composante de l’administration, de son système éducatif. Ces résultats doivent aussi interpeller tout le monde. Ils nous demandent à tous une réflexion et  de regarder de plus près le problème de l’éducation en Guinée. C’est vraiment un débat très important qui mérite d’être instauré. Et j’insiste, ce n’est pas seulement l’échec des élèves, c’est aussi l’échec des enseignants, de l’école mais aussi du système éducatif.

Guinéenews : nous assistons ces derniers temps à l’implication des artistes dans le débat politique à travers les marches de protestation contre la vie chère et la question du troisième mandat pour président Alpha Condé. Pour ces faits, deux artistes sont sous placés contrôle judicaire et attendent leurs jugements. Quels commentaires faites-vous de cette situation ?

Dr Ibrahima Deen Touré : je dirais, concernant les artistes, que c’est une liberté fondamentale. Est-ce qu’ils ont agi dans la règle de l’art? Je pense que oui, on n’a rien à leur reprocher. On a vu Elie Kamano, Takana Zion et puis il y aura d’autres. C’est un problème d’expression, c’est consacré par notre constitution. Chaque citoyen est libre de s’exprimer, les manifestations aussi. Je pense qu’il s’agit simplement de les faire dans l’ordre prescrit. Il y a une façon de faire, peut-être qu’il y a des conditions à remplir et il faut les remplir. En ce qui concerne ce qu’ils font, j’ai suivi Elie Kamano dans une émission, il m’a été demandé de me prononcer sur ce qu’il dit, je dis non, Elie Kamano a dit clairement qu’il n’est pas dans le système politique, il est dans la société civile. Je n’ai pas à me prononcer sur ses activités. Je suis un député, je suis dans la politique, je suis un responsable de parti à un haut niveau. Ce que font Takana, Elie et autres, sincèrement je n’ai pas d’avis privé et même personnel à donner. Je range cela simplement dans le cadre des libertés fondamentales admises, permises, autorisées et prescrites. Il faut simplement remplir les conditions à remplir pour agir. Mais s’il y a maintenant conflit entre eux et l’administration, c’est une question d’interprétation des lois.

Guinéenews : s’agissant de cette question du troisième mandat, certains observateurs pensent que la floraison des mouvements de soutien à laquelle on assiste ces derniers temps, n’est qu’une façon voilée de préparer la mentalité des citoyens à ce projet. Quelle est votre appréciation ?

Dr Ibrahima Deen Touré : je vous dis sincèrement pour nous à l’UFR et pour moi-même aussi, en tant que député, le troisième mandat n’est pas un débat chez nous. Nous n’en parlons pas et nous ne voulons pas en discuter avec d’autres. C’est aussi simple que cela. Ce n’est pas à l’ordre du jour à l’UFR.

Guinéenews : avez-vous un message particulier à l’endroit de vos militants après la promulgation du code électoral qui oblige désormais votre parti à rafler plus de voix pour avoir le contrôle du plus grand nombre de quartiers et de districts dans le pays?

Dr Ibrahima Deen Touré : le message est clair, la loi qu’on appelle code électoral révisé est promulguée par le président de la République. Nous demandons simplement aux citoyens, en particulier à nos électeurs d’affuter leurs préparations et que les élections communales, législatives et même présidentielle c’est pour bientôt. Parce que parmi les contraintes qui empêchent la CENI de travailler, de fournir un chronogramme, c’est bien le code électoral. Peut-être qu’il y a d’autres qui vont être levées, mais en ce qui concerne la contrainte au niveau du parlement, c’était l’adoption de ce code et celle-ci est levée. Mon message est clair, je demande à l’UFR, aux électeurs et sympathisants, même à tous les citoyens de notre pays qu’il faut que nous préparions ces élections communales et communautaires, législatives et autres qui arrivent. C’est la meilleure façon pour un citoyen de s’exprimer sur les questions de son pays.  Parce que les questions du pays sont confiées à des hommes, ce sont des hommes qui sont placés par des citoyens, soit par direct ou indirect. S’il y a un moment de vote qui arrive, c’est ce jour là que la population va s’exprimer. Et je lance un appel pressant pour que chacun raffermisse sa préparation pour que l’expression générale soit faite à l’occasion de ces élections qui arrivent.

Interviews réalisée par Guilana Fidel Mômou