dimanche, 26 mars 2017, 17:03 GMT

Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Pour ce présent numéro, nous proposons un entretien imaginaire entre le chef de l’opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo, et son désormais ex vice-président, Bah Oury.

Deux personnalités de la scène politique guinéenne aux tempéraments opposés. L’un est réputé modéré, conciliant et courtois, alors que l’autre, est violent, extrémiste et radical. Hier, connu pour son franc-parler, sa constance et son engagement, l’homme s’est mué en opposant de « l’opposition », depuis son retour au pays, après près de quatre années d’exil.

 

Cet entretien, bien qu’imaginaire, intervient au lendemain de l’annonce de la justice annulant l’expulsion du second des rangs de l’UFDG, le parti qu’il a fondé.

 

 

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Bah Oury : tu as vu non ?

Cellou Dalein Diallo : j’ai vu quoi ?

 

Bah Oury : est-ce que tu as vu, dis-je ?

Cellou Dalein Diallo : je n’ai rien vu. Tu parles en parabole sans que je ne sache de quoi tu parles. Si tu fais allusion à la vidéo de M’bany Sangaré, je te mets à l’aise. Je ne suis dans aucun réseau social. C’est toi, qui es plutôt présent sur Facebook et Twitter.

 

Bah Oury : que Dieu m’en garde de commenter l’acte de M’Bany. L’ami de ton ami, c’est ton ami. Je te montre la lune, tu regardes le doigt. Comment peux-tu dire que tu n’es pas connecté en ce 21e siècle ? C’est très grave ça. Voilà pourquoi les militants de l’UFDG doivent te destituer pour me confier les rênes du parti.

Cellou Dalein Diallo : il n’est pas interdit de rêver, petit-frère. Mais, en cet instant, l’Élysée, le Kremlin et la Maison de Blanche sont plus proches de toi que la présidence de l’UFDG. Que tu sois épaulé par Alpha Condé, que tu agisses seul, je suis indéboulonnable.

 

Bah Oury : quel drôle d’idées. Écoute-moi bien, pour mon retour au sein de l’UFDG, je n’ai pas besoin de ton avis puisque tu n’es pas légitime à mes yeux. Je viens quand je veux, c’est ma maison. C’est moi, qui ai posé les premières briques.

Cellou Dalein Diallo : la politique, ce n’est pas l’architecture, ni la maçonnerie, petit-frère.

 

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Bah Oury : je te préviens, tôt ou tard, j’aurais mon parti.

Cellou Dalein Diallo : Un parti est une association. Quand c’est comme ça, c’est un bien commun. Goyo Zoumanigui a cédé l’UFR à Sidya Touré mais jamais je ne l’ai entendu revendiquer la paternité de l’UFR encore moins le poste de premier vice-président.

 

Bah Oury : Bah Oury n’est pas Goyo Zoumanigui, l’UFDG n’est pas l’UFR

Cellou Dalein Diallo : on ne change pas le monde avec des coups de poing ou des coups de tête

 

Bah Oury : ne sors pas hors-sujet. Tu viens de dire que tu n’es pas connecté. Bon Dieu, comment peux-tu diriger le principal parti d’opposition sans être connecté ?

Cellou Dalein Diallo : je ne suis pas un opposant virtuel. Mes militants non plus. Au contraire, ils sont à Conakry, en provinces et à l’étranger. A l’UFDG, les rôles sont définis, monsieur le connecté. La dernière fois, c’est comme ça tu as tué Jean Marie Doré.

 

Bah Oury : quoi ? Comment peux-tu dire cela ? Je porterai plainte pour diffamation. Jean Marie Doré est mort de sa belle mort, ce n’est un secret pour personne.

Cellou Dalein Diallo : dis-moi, qui a annoncé la mort de Jean Marie Doré sur Twitter, alors qu’il vivait ? Sa famille aurait dû porter plainte contre toi pour avoir précipité sa mort.

 

Bah Oury : Désolé. C’est un de tes militants qui a piraté mon compte pour annoncer la triste nouvelle. Juste pour me porter le chapeau, mais c’est peine perdue.

Cellou Dalein Diallo : décidément, qui veut noyer son chien l’accuse de rage. Pourquoi avais-tu présenté des excuses alors ? Qui s’excuse s’accuse non ? Tu es en manque d’idées.

 

Bah Oury : en tout cas, je veux reprendre mon parti, de gré ou de force.

Cellou Dalein Diallo : bonne chance, mon petit-frère. Mais ce qu’Alpha Condé n’a pas pu faire en six ans, ce n’est pas toi, un ancien vice-président destitué, qui peut perturber mon sommeil. Je ne suis pas juriste mais va te pourvoir encore, comme disent les juges.  

 

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Bah Oury : justement, comme tu parles de justice, tu as vu non ?

Cellou Dalein Diallo : j’ai vu quoi ? Donne- moi, au moins deux indices

 

Bah Oury : vas demander à Halimatou ou à Fodé Oussou. Eux au moins, ils ont vu.

Cellou Dalein Diallo : sois élégant, mon épouse est Hadja.

 

Bah Oury : si ta femme est Hadja, ça fait quoi ? Je l’appelle comme je veux

Cellou Dalein Diallo : sois reconnaissant. Comment peux-tu te comporter de la sorte envers elle ?

 

Bah Oury : qu’a-t-elle fait pour moi ? M’a-t-elle envoyé une fois à la Mecque ?

Cellou Dalein Diallo : elle a fait plus que ça autrefois

 

Bah Oury : dis-le, et je la rembourse cash

Cellou Dalein Diallo : alors, qui avait crié sur les bérets rouges, lors de la visite nocturne de Sékouba Konaté à la maison à la veille du second tour de 2010. Qui avait crié sur les militaires pour leur demander de te laisser en paix, quand ils t’avaient soulevé par ton pantalon, les pieds en l’air, de mon salon jusqu’à l’extérieur de la cour ?

 

Bah Oury : désolé, les choses ne se sont pas passées comme tu le décris. Les bérets rouges m’ont soulevé depuis ton salon jusqu’à l’extérieur de la cour. Mais une fois au dehors, je leur ai dit de m’enterrer vivant dans le cimetière d’à côté.

Cellou Dalein Diallo : mon œil, je ne sais pas qui t’a envoûté mais je ne te reconnais plus. Bon, c’est du passé. Tournons la page. Parlons dans la fraternité. Comment vas-tu ?

 

Bah Oury : regarde-moi de la tête au pied. Penses-tu que je vais me rabaisser pour te saluer ? Qui es-tu pour que je te salue. Je ne le ferai pas. Ni aujourd’hui, ni demain. D’ailleurs, à qui parles-tu de fraternité. A Aliou Condé, peut-être, pas à moi.

 

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Cellou Dalein Diallo : épargne Aliou Condé de tes attaques, il est en deuil

 

Bah Oury : je le sais puisque j’ai été en famille pour présenter mes condoléances

Cellou Dalein Diallo : félicitations. Alors, dis-moi l’objet de ta visite. La salutation, c’est une tradition africaine, une question de savoir-vivre. Après la politique, ce n’est pas la guerre.

 

Bah Oury : tu ne peux pas m’exclure avec mes proches et s’attendre à mon salut. Je ne mange pas de ce pain-là. Heureusement, Dieu ne dort pas, tu as vu non ?

Cellou Dalein Diallo : j’ai vu quoi ?

 

Bah Oury : la justice m’a rétabli. Ah justice divine. Dieu a dit dans le Saint Coran. Je le cite : « les patients auront leur pleine récompense sans compte ». Fin de citation.

Cellou Dalein Diallo : un bon verset, monsieur l’érudit. En tout cas, l’amnistie vient au bout de l’attente.

 

Bah Oury : je ne suis pas amnistié, certes, mais je suis dans mon pays

Cellou Dalein Diallo : si, au moins, tu avais réussi à obtenir l’amnistie, j’aurais tiré le chapeau pour toi. Mais crier victoire parce que le tribunal t’a déclaré vainqueur, je te plains.

 

Bah Oury : on verra, un film de guerre, c’est la fin

Cellou Dalein Diallo : pourvu que le bandit chef meure

 

Bah Oury : dis ce que tu veux, tes jours sont comptés à la tête de l’UFDG

Cellou Dalein Diallo : jusqu’à preuve de contraire, je reste le seul leader incontesté de l’UFDG et de surcroît le chef de file de l’opposition guinéenne. J’ai le moral gonflé à bloc.

 

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Bah Oury : la justice a annulé ta décision inique m’expulsant de l’UFDG.

Cellou Dalein Diallo : et après ? Si tu es rétabli, en quoi cela regarde l’UFDG ?

 

Bah Oury : je reste le premier vice-président de l’UFDG, qui te remplace en cas d’absence.

Cellou Dalein Diallo : viens dire ça aux militants.

 

Bah Oury : jamais

Cellou Dalein Diallo : si on reprend la procédure mille fois, tu seras expulsé mille fois

 

Bah Oury : en tous cas, la justice a annulé ta décision, je dois réintégrer l’UFDG

Cellou Dalein Diallo : tu viendras faire la bonne annonce toi-même devant les militants

 

Bah Oury : jamais, tous les militants et responsables ont appris le verdict à la radio.

Cellou Dalein Diallo : pour le respect des militants, tu devrais venir le faire

 

Bah Oury : je n’irais pas là-bas, vous allez me tuer comme vous l’avez tenté en 2016.

Cellou Dalein Diallo : à l’UFDG, nous défendons des idéaux. Si je voulais tuer quelqu’un, c’est en 2010. En refusant ma défaite. Mais j’ai privilégié la paix. Je veux bien arriver à Sékoutouréyah mais par les urnes. Pour l’heure, je prépare les élections. Je ne suis ni condamné par contumace, ni cité dans un coup d’État. Je ne suis pas gracié.

 

Bah Oury : A qui fais-tu allusion, quand tu parles de condamné par contumace. C’est un coup monté de toute pièce par Alpha Condé pour me liquider mais il se trompe.

Cellou Dalein Diallo : ah bon, c’est toi, qui accuses Alpha Condé d’avoir voulu te liquider. Laisse-moi composer son numéro de téléphone, tu vas reprendre tes propos.

 

Bah Oury : je ne t’ai jamais dit ça, jamais de la vie. Le professeur Alpha Condé est un démocrate convaincu, il est le Mandela Guinéen, j’ai du respect pour cet homme.

Cellou Dalein Diallo : tu dis une chose et son contraire en une minute, assume tes propos.

 

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Bah Oury : je suis reconnaissant envers Alpha Condé, je lui dois ma victoire au tribunal.

Cellou Dalein Diallo : voilà; l’opposition a toujours une justice aux ordres de l’exécutif. Sinon comment, peut-elle débouter Mamadou Barry et te donner raison dans un cas similaire ?

 

Bah Oury : tu sais, remuer la route Le Prince. Nous aussi, on va remuer la justice

Cellou Dalein Diallo : je te laisse, je vais au siège pour rencontrer mes militants

 

Bah Oury : moi aussi, le président de l’Afrique m’a appelé au téléphone.

Cellou Dalein Diallo : tu es libre de le rencontrer, à partir du moment où tu ne relèves plus de l'UFDG

 

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Note de l'auteur : Seuls les personnages sont vrais (Photos crédit). L'entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront notre inspiration et nous épargnerons des ennuis judiciaires.

Abdoulaye Bah

Conakry, Guinée 224-622-14-15-09

Abdoulaye Bah