lundi, 27 février 2017, 20:22 GMT

Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Dans ce présent numéro, nous vous proposons un entretien téléphonique imaginaire entre l’ex président gambien, Yaya Jammeh et Blaise Compaoré.

 

Si nous avons choisi ces deux chefs, c’est à cause de la similitude de leur parcours. Tous deux étaient des militaires de formation. Aux commandes de leur pays, ils troqueront le treillis pour la vie civile.

 

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Après 27 ans de règne sans partage, Blaise Compaoré a été chassé du pouvoir en octobre 2014, par un soulèvement populaire, hostile à toute modification de la constitution. Depuis, l’enfant de Ziniaré vit en exil à Abidjan. Son pouvoir est marqué par l’assassinat de Thomas Sankara et du journaliste, Norbert Zongo.

 

Quant à Yaya Jammeh, chassé par les pressions internationales au lendemain de sa défaite aux élections, il entame un exil doré à Mongomo en Guinée équatoriale après 22 ans de règne sans partage. Son pouvoir est marqué par l’assassinat des opposants, dont le journaliste Deyda Haidara, rédacteur en chef du journal « Le Point ».

 

A l’entame de son exil, qu’il souhaite tranquille, l’enfant de Kanilai veut s’inspirer de l’expérience de l’ex président burkinabé, Blaise Compaoré.

 

 

Blaise Compaoré : allô Jammeh, comment vas-tu, mon frère d’armes ?

 

Yaya Jammeh : oui, mon frangin Compaoré, content de t’entendre. Je me porte à merveille. Présentement, je suis à Mongomo en Guinée équatoriale. Une cité magnifique de 10 000 âmes. Un petit paradis sur terre.

 

Blaise Compaoré : content de l’apprendre, mon frère. Bienvenue au club des présidents déchus. Mais comment trouves-tu ton pays d’accueil ? Et ton intégration ? Est-ce facile en ce début pour toi ?

 

Yaya Jammeh : je n’ai pas parcouru tout le territoire, mais le peu que j’ai vu, c’est somptueux. Dès mon arrivée, ce qui m’a frappé le premier, ce sont les posters géants d’Obiang Nguema, qui sont visibles dans les aéroports, à bord des bateaux, dans les bureaux ou les halls d’hôtel.

 

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Blaise Compaoré : le frère Obiang Nguema a modernisé son pays. J’y étais en juin 2014, en marge du sommet de l’Union africaine. Au cours de mon séjour, j’ai visité le pays de long en large. Malabo, la capitale, par exemple, ne manque pas de charme avec ses hautes bâtisses, sa cathédrale, son marché et ses voitures rutilantes. Mais il verra, dès son départ, les aigris vont enlever tous ces posters.

 

Yaya Jammeh : à Banjul, les « Bilakoros » de Barrow n’ont pas attendu mon départ. Dès qu’ils ont appris l’arrivée des troupes de la CEDEAO, ils se sont mis à tourner partout dans le pays pour déchirer mes posters géants.

 

Blaise Compaoré : toi, tu parles. Au Burkina, quand il y a eu le soulèvement populaire, les badauds sans papa, ni maman, ont cassé les statues érigées en mon nom, d’autres ont pissé sur mes posters géants. Mais ça, c'est une autre histoire. Allons à l'essentiel, raconte-moi tes premiers jours à Mongomo.

 

Yaya Jammeh : de Malabo, le frère Obiang Nguema m’a logé à Mongomo, son village natal. D’après la presse locale, quand on est originaire de Mongomo, on est respecté dans tout le pays. Mais mon principal handicap, c’est la langue. Je ne parle pas l’espagnol. Eux aussi ne comprennent pas l’anglais. A chaque fois, j’ai besoin d’un interprète ou parfois mimer comme un petit singe. Et mes vigiles sont lents à comprendre. Trop têtus. Quand je prie, ils me regardent, les yeux écarquillés, comme s'ils avaient vu Dieu sur terre.

 

Blaise Compaoré : si tu veux faire un séjour doré, je te donne six conseils, qui me paraissent précieux. Le premier, apprends l’espagnol pour mieux t’intégrer. Cherche-toi dès à présent un enseignant. Ensuite, apprends à tenir ta langue, parfois, ils font le con, ils comprennent tout ce que tu dis. Mais ils jouent au niais. N'oublie pas que tu es dans un pays très policier.

 

Yaya Jammeh : je prends bonne note, et je le ferais dès demain. Mais si le frère Obiang Nguema me fait surveiller comme ça, je prends mon avion, je rentre en Gambie. Le communiqué conjoint CEDEAO-UA-ONU est clair : je peux rentrer quand je veux à Banjul.

 

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Blaise Compaoré : reviens sur terre, Jammeh, moi, qui te parle, je réagissais comme toi au début de mon exil, mais ce n'est pas la solution. Tu sais, après le soulèvement populaire au Burkina Faso, j’ai quitté le pays un vendredi à la mi-journée à bord d’un hélicoptère affrété par Ouattara. Je m’en rappelle comme si c’était aujourd’hui. Après, j’ai débarqué à Yamoussoukro dans le luxueux « palais des hôtes », près du Lac aux caïmans, qui est situé légèrement à l’écart de la ville. François Mitterrand, Jacques Chirac et Nelson Mandela, y ont habités lors de leur visite respective.

 

De là, je suis allé au Maroc pour un bref séjour. Quelques instants après, je suis revenu à Abidjan dans la nuit du 12 au 13 février 2015. Là, j’ai bénéficié d’une résidence d’État au cœur de Cocody- Ambassades, non loin de la résidence de mon ami Henri Konan Bédié.

 

Yaya Jammeh : en ce qui me concerne, après le débarquement des troupes de la CEDEAO, mes amis Alpha Condé et Ould Abdel Aziz ont négocié mon départ. Je suis venu à bord de l’avion présidentiel guinéen. De l’aéroport de Conakry, j’ai directement continué en Guinée équatoriale.

 

Blaise Compaoré : confirmes-tu qu’Alpha Condé en personne, s’est impliqué pour faciliter ton départ, lui qui ne parlait pas bien de toi ? Mais que l'homme change, Dieu merci, Alpha aussi a changé.

 

Yaya Jammeh : ah oui, je confirme, que le président Condé a joué un grand rôle, je lui en serais reconnaissant. Il n’était pas sur la même longueur d’onde avec le petit Macky Sall sur la façon de me faire partir du pouvoir.

 

Blaise Compaoré : tu es chanceux, Jammeh. Moi, quand il y a eu le soulèvement au Burkina, Alpha n’a pas bougé d’un iota. Il ne m’a pas appelé au téléphone, ni envoyé un émissaire. Depuis, il a coupé le pont. Pourtant, il le sait, j’ai été le médiateur dans la crise guinéenne. On m’a accusé de lui avoir favorisé. J’étais en conflit avec Conté à cause de lui. La case brûle chez moi, au lieu d’éteindre les braises, il me fuit comme si j'étais Ebola. Mais je l'attends après 2020.

 

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Yaya Jammeh : mais tu connais Alpha mieux que moi, quand il te donne dans la main gauche, c’est parce qu’il espère récupérer le double dans l’autre main. N’as-tu pas remarqué ? Dès la fin de la crise à Banjul, il est aussitôt élu président en exercice de l’Union africaine. Son parti promet de sortir un million de fans pour l’accueillir le 2 février 2017.

 

Blaise Compaoré : dis comment as-tu pu quitter Banjul ? Tu t’es déguisé ?

 

Yaya Jammeh : qui, moi ? Jamais de la vie ? Je n'ai pas vu ce garçon en Gambie, qui va m’a obliger à me déguiser avant de sortir du pays ? Ce garçon n’est pas encore né, en tout cas pas, Barrow que je connais. Et toi ?

 

Blaise Compaoré : je suis parti de la capitale pour Pô, une ville à la frontière du Ghana où il y a une résidence présidentielle. Mais tôt, j’ai compris qu’il m’était impossible de rallier le Ghana pour gagner la Côte d’Ivoire avec mon convoi de près de 30 véhicules. Avec l’intervention de Paris, j’ai rejoint Fada N’Gourma par hélicoptère. De là, j’ai continué vers Yamoussoukro sans doute par avion.

 

Yaya Jammeh : que Dieu soit loué, nous sommes en vie, c'est l'essentiel

 

Blaise Compaoré : bon, on tourne cette page et revenons à nos moutons. Moi, quand j’ai perdu le pouvoir après 27 ans de règne, j’ai eu beaucoup de propositions. On m’a proposé le Maroc, mais après tout, j’ai préféré la Côte d’ivoire. Pour la simple raison que mon épouse, Chantale, est ivoirienne. Or, selon la loi ivoirienne, quand un étranger épouse une ivoirienne, il est aussitôt ivoirien.

 

 

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Yaya Jammeh : c’est comme moi, quand j’ai perdu le pouvoir, après 22 ans de règne, on m’a proposé le Maroc, le Nigéria et la Guinée. Mais c’est à la dernière minute, que la Guinée équatoriale m’est venue en tête.

 

Blaise Compaoré : stratégiquement, c’est un mauvais choix, à mon humble avis. Si tu n’as aucune ambition, la Guinée équatoriale est une bonne piste pour toi mais si tu veux sauvegarder tes intérêts et garder un œil sur la Gambie, tu aurais choisi un pays voisin. Bon, c’est juste une parenthèse. Dis-moi que fais-tu à Mongomo ?

 

Yaya Jammeh : pour l’instant, je prends un petit repos. J’appelle les amis, je fais une petite balade dans la ville, je lis le Coran. Et toi à Abidjan ? Et Alhassane, il ne m'aime pas, je ne l'aime pas. Il sait que mon ami, c'est Gbagbo.

 

Blaise Compaoré : je pratique des activités sportives, je mène des entretiens bilatéraux et des réflexions politiques en privé. En plus du sport, je dispose de nombreux équipements sportifs.

 

Yaya Jammeh : dès que je finirais mon installation, je ferais comme toi.

 

Blaise Compaoré : non, je te le déconseille, tu as d’autres chats à fouetter.

 

Yaya Jammeh : tu m’effraies-là, mon frère d’armes, pourtant, tu m’inspires.

 

Blaise Compaoré : loin de moi de t’effrayer. L’exil est une vie difficile. C’est pourquoi le deuxième conseil, tu dois appeler les anciens présidents. Le centrafricain Michel Djotodja à Cotonou, François Bozizé au Cameroun, Dadis Camara à Ouagadougou, le nigérien Salou Djibo, qui navigue entre Abuja et Ouagadougou, Toumany Touré, qui était à Dakar. Chacun a une petite expérience.

 

Yaya Jammeh : merci de ta suggestion, je le ferais dès que j’aurais des crédits.

 

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Blaise Compaoré : troisième conseil, évite de t'exprimer ni en public, ni dans la presse. Sinon, tu risques d’embarrasser ton tuteur. Plus tu te feras rare, plus tu feras des jours heureux à Mongomo.

 

Yaya Jammeh : dès mon arrivée à Malabo, ces salauds de Rfi ont tenté de me joindre sur mon nouveau numéro, je me demande comment ils l’ont eu. Mais j’ai réfusé.

 

Blaise Compaoré : quand j’ai échangé avec Abdoulaye Wade, il m’a dit qu’après sa défaite aux élections en 2012, il passait son temps à Versailles en train de lire, de réfléchir et de partager ses analyses.

 

Yaya Jammeh : ne me parle pas de Wade, s’il te plaît, il ne m’a jamais gobé. Moi, non plus. Mais après tout, il est moins pire que le petit Macky.

 

Blaise Compaoré : Jammeh, tu es trop impulsif. Tu es dans un nouveau monde, dont tu ne maîtrises pas la complexité. Je te conseille de garder ton sang-froid, de rester discret, prudent et tolérant. A partir du moment où tu as perdu le pouvoir, tu deviens très fragile. Cherche à te réconcilier avec tes anciens ennemis. Quand tu seras dans le pétrin, ils t’aideront, c’est le quatrième conseil.

 

Yaya Jammeh : moi, j’ai tenu tête à Barack Obama et à Banki-moon. Ce n’est pas un ancien vieux président, qui peut m’effrayer. Il ne m’atteint même pas aux chevilles. Je reste toujours le président de la Gambie.

 

Blaise Compaoré : Jammeh, reviens sur terre, l’actuel Chef de l’État de la Gambie s’appelle Adama Barrow et il est déjà rentré à Banjul. Je te parle parce que l'exil est trop dur. C'est une autre vie. Hier, tu choisissais une pricesse parmi mille princesses. Aujourd'hui, tu es monsieur tout le monde.

 

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Yaya Jammeh : ne crains pour moi, mon frère. J'ai mon chapelet, mon Coran et ma canne. Mais dis-moi, veux-tu me dire que mon ami Condé m’a dribblé ?

 

Blaise Compaoré : qu’avez-vous conclu ?

 

Alpha Condé : il m’a prié de venir à Malabo pour assister à l’ouverture de la coupe d’Afrique des nations chez le frère Obiang Nguema, en attendant que ses troupes débarquent à Banjul pour chasser celles de la CEDEAO. Il a dit qu'en venant à Malabo, j'aurais le soutien de tous les présidents de l'Afrique, alors que Barrow ne comptera que le clan de Macky Sall.

 

Blaise Compaoré : et tu as cru en lui ? Mais la coupe d’Afrique, c’est au Gabon, pas en Guinée équatoriale. 

 

Yaya Jammeh : attends je vais l’appeler, je veux lui dire mes quatre vérités.

 

Blaise Compaoré : tu n’as pas à l’appeler. Ecoute- moi très bien, je tiens à ce que tu fasses un exil doré. C’est pourquoi, je te conseille de prendre la nationalité équato-guinéenne et tu épouses une équato-guinéenne, c’est le cinquième conseil pour toi. Moi, quand je suis venu à Abidjan, j'ai pris la nationalité ivoirienne. Aujourd'hui, je porte le maillot ivoirien.

 

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Yaya Jammeh : ah là, tu me mets dans un dilemme cornélien. Comment entretenir toutes ces femmes étant en exil et ne dispose pas des ressources ?

 

Blaise Compaoré : tu dois épouser une équato-guinéenne, quitte à divorcer, c’est stratégique. En tout cas, c’est comme ça, moi, loin du Burkina, que j’ai réussi, à l’image d’un oiseau migrateur, à m’adapter à ma nouvelle aventure sur les bords de la lagune Ebrié.

 

Yaya Jammeh : je vais y réfléchir et je te tiendrai au courant

 

Blaise Compaoré : je te conseille d’adopter un profil bas à Mongomo. Plus tu te fais oublier, plus tu y mèneras une vie tranquille. Pas d’interview, pas de sortie publique. Fais comme ATT. Durant tout son exil à Dakar, après avoir été chassé de Bamako, il a adopté une attitude de dignité et de réserve au Sénégal.

 

Yaya Jammeh : compte sur moi, tu n’entendras pas des histoires me concernant

 

Blaise Compaoré : plus tu vas parler, plus risques de t’attirer des foudres de l’opposition et des ONG de défense des droits de l’homme.

 

Yaya Jammeh : merci mon frère d’armes, je t’en serais reconnaissant

 

Blaise Compaoré : le reste, on échangera sur facebook, je te laisse, j’ai de la visite.

 

Yaya Jammeh : à bientôt, mon frère adoré, on se tient au courant

 

Note de l'auteur : Seuls les personnages sont vrais (Photos crédit). L'entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront notre inspiration et nous épargnerons des ennuis judiciaires.

 

 

Abdoulaye Bah

Conakry, Guinée 224-622-14-15-09

Abdoulaye Bah