Chronique-fiction : Tête-à-tête Antonio Souaré- Super V sans médiateur

18 septembre 2017 2:02:38
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Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Dans ce numéro, nous faisons une immersion dans le monde du sport en imaginant une conversation irréaliste. Entre l’actuel patron du football guinéen, Antonio Souaré, qui a succédé en février dernier à Salifou Camara Super V.

Les deux personnalités se connaissent parfaitement bien. Au départ, elles entretenaient des bonnes relations et une complicité intime. Antonio Souaré a par exemple soutenu Super V lors de sa réélection en 2014. En retour, le second a filé au premier la Ligue Professionnelle de football. C’est de cet antichambre que l’un a profité pour destituer l’autre et le remplacer, à travers des élections régulières. Mais il dit qu’il a été obligé par la jeunesse.

Six mois après, les deux « ennemis intimes » du football guinéen échangent à Zurich sans médiateur.

Entretien-fiction

Super V : on est en palabre, certes, mais je ne pouvais pas laisser passer ça.

Antonio Souaré : détrompe-toi, tu restes mon grand-frère. C’est vrai, que je t’ai battu aux élections, mais je t’ai tendu la main, tu l’as refusée.

Super V : je ne t’appelle pas pour notre contentieux électoral

Antonio Souaré : il n’y a plus de contentieux. La CAF a pris acte. La FIFA a pris acte. La secrétaire générale de la FIFA nous a rendus visite.

Super V : mais sur votre invitation, la précision est importante

Antonio Souaré : que ce soit sur notre invitation ou sur l’invitation de la FIFA, cela veut dire que nous sommes fréquentables malgré tout.

Super V : pourtant, quand j’étais aux commandes, j’ai fait venir ici, et le président Sepp Blatter, et le président Hayyatou. Tu étais là.

Antonio Souaré : où sont-ils aujourd’hui ? Où es-tu, toi aussi aujourd’hui ? C’est du passé ça.

Super V : au lieu de faire venir Fatma Samoura, qui n’a de fonction que garder les documents et planifier les rendez-vous de son patron, faites venir d’abord le président Ahmad de la CAF. Il est venu jusqu’au Burkina Faso, à trois heures de vol de Conakry.

Antonio Souaré : il viendra d’ici la fin de mon mandat, promis et juré. C’est moi, Antonio Souaré.

Super V : vous êtes si forts qu’en février, vous aviez annoncé la visite du président de la CAF sur invitation du professeur Alpha Condé. Si nous étions au mois d’avril, on aurait dit un poisson d’avril.

Antonio Souaré : est- ce que CIS Médias l’avait annoncé ? CIS Médias, c’est la bonne information, pas les rumeurs, l’intox et la délation.

Super V : si vous faites venir Ahmad, je vous tirerais le chapeau ?

Antonio Souaré : j’ai les moyens, les relations et le lobbying

Super V : je ne le nie pas mais je vais dire que ce serait trop vite les retournements de veste. Tout le monde sait pour qui vous aviez voté.

Antonio Souaré : la politique, c’est la raison, pas le cœur, ni les émotions.

Super V : cela ne me surprend pas, tu es élu par des frondeurs, qui mangent dans tous les râteliers. Mais aujourd’hui, Dieu sait, ils le regrettent. Eux-mêmes le disent, les robinets sont fermés. 

Antonio Souaré : J’ai été plébiscité à la régulière devant les délégués de la CAF et de la FIFA, s’il te plaît. Tu n’as même pas osé te présenter dans la salle.

Super V : bon, ça suffit comme ça. Revenons à nos moutons. Je ne pouvais pas dormir sans t’appeler. Je me suis écroulé tout à l’heure à terre. Mes enfants essuient mes larmes de joie, je te jure. 

Antonio Souaré : c’est quoi la nouvelle ? Es-tu rétabli dans tes fonctions ?

Super V : pas du tout, c’est autre chose

Antonio Souaré : grand-frère s’il te plait, je suis à Zurich. Il ne faut pas me distraire. J’ai un rendez-vous important avec le président Infantino.

Super V : pour débloquer les fonds gelés non ?

Antonio Souaré : j’ai de l’argent pour quoi faire tourner le football guinéen.

Super V : je sais que tu as de l’argent mais écoute- moi seulement

Antonio Souaré : à mon retour à Conakry, on en parlera, je suis occupé.

Super V : juste dix secondes, pas plus, je suis impatient de te le dire.

Antonio Souaré : si tu as besoin d’argent, appelle Nanette de ma part.

Super V : Moi ? Ton argent ? Que Dieu m’en garde, je n’en veux pas.

Antonio Souaré : mais si c’est pour les audits, je n’y peux rien.

Super V : tu peux ranger ton arme, je n’ai pas peur des audits

Antonio Souaré : quiconque est pris, c’est son affaire

Super V : rien ne me fait peur, j’ai fait la prison avec le professeur Alpha Condé. 

Antonio Souaré : nous attendons les décisions de la FIFA

Super V : tu es allé vite en besogne. Hier, on insinuait des noms, on présentait des documents dans les réseaux sociaux. Aujourd’hui, c’est un silence de cimetière. Qui a peur des audits ?

Antonio Souaré : as-tu entendu des noms sortir de ma bouche ?

Super V : ce n’est pas dans ma bouche que tu vas écraser tes piments.

Antonio Souaré : as-tu entendu Blasco parler des audits dans la presse ?

Super V : il parle, il ne parle pas, moi Super V, ce n’est pas mes oignons.

Antonio Souaré : tu dois te sentir fort de quelque chose ?

Super V : une fois encore, ces audits ne me font ni chaud, ni froid.

Antonio Souaré : pourquoi m’écris-tu alors sur Facebook ? Tu m’as appelé sur IMO, je n’ai pas décroché. Tu m’as envoyé un texto, aucune réponse. A partir de là, tu aurais dû comprendre que je suis occupé.

Super V : je ne t’appelle pas pour demander un arrangement en ma faveur. Ça je ne suis pas inquiété. Pendant tout le temps que j’étais à la fédération, c’était le printemps des bons. Malheureusement, tu ne connais pas tout ça, mais tu seras édifié le moment venu.

Antonio Souaré : qu’entends-tu, sérieusement, par le printemps des bons ?

Super V : je n’en dirais pas plus. Je sais une chose. Par un coup de fil, les gens m’appelaient au téléphone pour poser des problèmes. Je leur disais de prendre les bons. Les signatures existent. Les noms sont connus. Les montants aussi, ainsi que les dates.

Antonio Souaré : tous ceux qui ont fait ça, c’est leur problème, pas le mien.

Super V : je te raconte une anecdote, elle te servira peut-être de leçon.

Antonio Souaré : garde tes anecdotes. Je t’ai dit. Je le répète encore, une fois pour de bon : on perd dans la grandeur et on gagne dans l’humilité.

Super V : souffres de m’écouter, tu ne sais pas de quoi je te parle.

Antonio Souaré : je t’ai battu proprement aux élections, il faut être fair-play.

Super V : sans la corruption, tu ne peux pas me battre aux élections.

Antonio Souaré : moi, c’est la jeunesse qui m’a obligée à me présenter. Sinon, j’ai d’autres chats à fouetter : Horoya, Guinée Games et Yorokoguia. Tout ce que je gagne, je l’investis pour la jeunesse.

Super V : En 2009, je me rappelle comme si c’était ce soir, le général Toto avait dit à Dadis lors de son show télévisé : « Si vous voulez lutter contre le trafic de drogue, je vous conseille de renforcer votre sécurité ». On connaît la réponse musclée de Dadis.

Antonio Souaré : j’ignore quel est le lien ?

Super V : tu sais au moins que Dadis fût tiré par son aide de camp.

Antonio Souaré : ah bon, tu perds les élections, et tu oses encore me menacer ?

Super V : essaie de comprendre ce que je veux dire

Antonio Souaré : tu menaces de me tirer, tu me menaces de me tirer, tu l’as dit, je l’ai entendu. Mais je vais saisir Infantino tout à l’heure.

Super V : je n’ai pas ce cœur. Mais celui qui va te tirer n’est pas loin.

Antonio Souaré : on arrête comme ça les causeries, tu es cynique, Salifou.

Super V : que Dieu te sauve mais tu es en train de scier la branche sur laquelle tu es assis. Les audits, c’est un couteau à double tranchant.

Antonio Souaré : on ne peut plus faire marche arrière, la balle est partie.

Super V : que Dieu sauve le football guinéen d’une nouvelle transition.

Antonio Souaré : une nouvelle transition ? Tu rêves, ça n’arrivera jamais

Super V : je sais de quoi je parle mais je te souhaite bon vent. Les gens ont pris des bons, tous, tant qu’ils sont. J’ai les factures, les noms, les montants et les dates. Le moment venu, je sortirai les documents.

Antonio Souaré : changeons de sujet, pourquoi tu m’appelais tout à l’heure, et qui t’a donné mon numéro privé ?

Super V : les camerounaises ont mis le Syli dans la sauce. 9- 0. Jamais, sous ma commande, une de nos équipes n’avait pris une telle fessée.

Antonio Souaré : j’espère que tu m’as appelé pour autre chose d’important, pas pour ça. Est-ce que j’étais le gardien ? Est-ce que Amadou Diaby était au front de l’attaque ? Et Blasco ? Était-il le défenseur ?

Super V : vous n’étiez pas sur le terrain, certes, vous ne pouviez même pas, mais l’histoire retiendra cette humiliation sous votre règne.

Antonio Souaré : comment peux-tu te réjouir de la défaite de ta patrie ? Je vais te dire. Cette défaite ne concerne nullement Antonio, ni le Horoya, encore moins Guinée Games. Mais c’est une défaite nationale. Tu es concerné, je suis concerné, tout bon guinéen est concerné.

Super V : ce que j’aurais rêvé davantage, c’est si tu étais au stade.

Antonio Souaré : si j’étais au stade, ça t’aurait fait quoi ?

Super V : et comme le malheur ne vient jamais seul. Le Syli est éliminé au mondial 2018 par la Libye. La Libye, bon Dieu. Je me demande quelle Libye nous a battus, tellement ce pays est si divisé.  

Antonio Souaré : avant mon arrivée à la tête de la fédération, j’avais commencé par le bas. Heureusement, j’ai laissé des traces. On ne peut pas résumer mon bilan avec une défaite du Syli dame. Les faits sont là. Horoya a joué la phase des poules, Yorokoguia est très avancé.

Super V : à ton arrivée, vous aviez promis l’arrivée d’Amadou Diawara, de Bouna Sarr. Depuis, rien. Que de promesses.

Antonio Souaré : nous n’avons pas Amadou Diawara, mais nous avons Déco, il pèse 52 millions d’euros.

Super V : on reconnait le bon maçon au pied du mur, on vous attend à la CAN 2019

Antnio Souaré : je ne suis pas venu dans le sport parce que j’ai suffisamment de quoi vivre bien. Je le dis parce que parfois lorsque vous marchez avec un âne, il faut le lui dire. Je ne dois à personne. Lorsqu’on va se mettre à parler dans les radios, moi je suis au-dessus de tout çà. J’ai mis ma radio et ma télévision pour enseigner et éduquer.

Super V : c’est bien la radio et la télévision mais à quoi ça sert ces médias, si le championnat n’attire pas la foule. Aujourd’hui, il n’y a aucun engouement, quand l’AS Kaloum joue contre le Horoya.

Antonio Souaré : quand les pelouses synthétiques vont venir, je te répondrai.

Super V : comment un club peut-il être champion sans défaite au cours de toute la saison ? Le pire, il ne joue que quand il est prêt.

Antonio Souaré : c’est à cause de la coupe de la Confédération

Super V : en coupe nationale, ce qui m’a fait rire, c’est l’argument du FC Sankaran de Faranah, au lieu d’avouer qu’il a pris de l’argent avec toi, son secrétaire général sort dans les médias pour demander au Horoya de ne pas aller jusqu’à Faranah. Il ne sait même pas mentir. Tu as gâté le football guinéen.

Antonio Souaré : je n’écoute pas un perdant, qui peine à se remettre du coup KO.

Super V : on t’attend au tournant avec la CAN 2023

Antonio Souaré : je suis sûr qu’on organisera la meilleure CAN en Guinée.

Super V : il faut achever d’abord le stade de Nongo

Antonio Souaré : j’ai pris l’engagement, moi ce n’est pas la grosse bouche.

Super V : je ne te retiens plus, tu peux continuer ta visite. A la prochaine

Antonio Souaré : je te répondrai au moment venu. A la prochaine.

Note de l’auteur : Seuls les personnages sont vrais (Photos crédit). L’entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les pro- Souaré et les fans de Super V comprendront, amicalement, le sens de notre inspiration et nous épargnerons du lynchage. A la fois, sur les médias et sur les réseaux sociaux.