mercredi, 18 janvier 2017, 13:59 GMT

Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Pour ce présent numéro, nous proposons aux lecteurs l’interview imaginaire que le général-président, Lansana Conté, a accordé au reporter Boeing, Elhadj Mohamed Diallo, tué à la devanture du siège de l’UFDG en février 2016.

Dans cet entretien, le « président-paysan » évoque une histoire sensible de son règne. Il s’agit de la mutinerie d’une partie de l’armée les 2 et 3 février 1996 à Conakry. Entretien purement imaginaire. 

 

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Lansana Conté : dis-moi les nouvelles de la Guinée en toute objectivité. Etant journaliste, tu es censé être neutre. J’ai confiance en toi plus que Jean Marie Doré, qui est insaisissable. J’ai écrit à Alpha Condé depuis des jours, aucune suite.

 

Mohamed Diallo : merci, mon général, pour la confiance placée en ma personne. Mais je vous apprends que si le président Alpha Condé ne vous a pas répondu jusque-là, il serait hors du pays. Contrairement à vous, qui bougiez peu, lui aime trop voyager.

 

Mais pour répondre à votre question, croyez-moi, le pays allait mal. Jamais la Guinée n’a été divisée que maintenant. Dans les marchés, les commerçants s’asseyent par affinités. Dans les écoles, les parents inscrivent leurs enfants selon que le fondateur soit de leur ethnie. Quand tu es journaliste, le lecteur s’en fout de votre pertinence. Dès qu’il achète le journal ou ouvre un site, il cherche qui est l’auteur du papier avant la lecture.

 

Lansana Conté : là, c’est grave. Donc, j’ai eu raison de refuser de libéraliser tôt l’audiovisuel. Mais tu dis qu’Alpha passe plus de temps à l’étranger qu’au pays ? Que cherche-t-il à l’étranger ? Les solutions aux problèmes guinéens seraient-elles à l'étranger ? Qui paye la facture ? Ne peut-il pas se faire représenter ?

 

Mohamed Diallo : l’opposition a dénoncé ses voyages, mais il en fait à sa tête. Il est comparable à son homologue Uhuru Kenyatta, qui a voyagé 43 fois en deux ans et demi de mandat. Contre 33 en dix ans pour son prédécesseur, Mwai Kibaki. Uhuru a parcouru 32 pays entre juillet 2014 et juin 2015 pour un coût évalué à 10,4 millions d’euros.

 

En novembre 2014, par exemple, lors d’une visite au Moyen-Orient, Uhuru Kenyatta s’était permis de faire un tour de détente au Grand Prix de formule 1 d’Abou Dhabi. Pendant ce temps, 28 Kényans étaient abattus à bord d’un bus à la frontière de la Somalie.

 

Et c’est à peu près ce que le président Condé a fait. En 2013, des heurts meurtriers ont éclaté à N’zérékoré faisant plus de cent morts. Le soir, le Chef de l’Etat s’est envolé pour Oyo, le village natal de Sassou N’guesso, où il a assisté à l'an cinq de l'anniversaire du décès de la fille aînée du président et ancienne première Dame du Gabon.

 

En 2014 aussi, au lendemain de la bousculade meurtrière à la plage de Taouyah, il s’était envolé pour Washington, malgré les critiques de l’opinion, laissant un pays en deuil. 

 

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Lansana Conté : tout peuple a le dirigeant qu’il mérite. En mon temps, on me traitait d’être un président sédentaire. Aujourd’hui, les guinéens ont le chef qu’il mérite. Moi, je sortais peu parce que je détestais le syndicat des chefs d’Etat.

 

Mohamed Diallo : aux accusations de l’opposition, le président argue que ses voyages offrent au pays une visibilité internationale, ainsi que d’appréciables retombées. Pour votre information, mon général-président, une fois, j’ai lu dans la presse un article qui fait trop sourire. « Le président élu pour voyager encore de retour ».

 

Lansana Conté : bon, tournons cette page et revenons à nos moutons. Dis-moi comment se portait la presse quand tu quittais le pays. Est-elle réellement libre ?

 

Mohamed Diallo : mon général, je ne souhaite pas aborder cette question pour éviter qu’on me taxe de régler des comptes. Je suis mal placé pour parler de l’exercice de la liberté de la presse en Guinée. Je préfère laisser ces soins-là à une autre personne.

 

Lansana Conté : les arabes disent que le chien aboie et la caravane passe. Donc, tu n’as pas à te censurer. Apprends-moi comment se portait la presse au pays ?

 

Mohamed Diallo : la presse, c’est comme toutes les composantes de la société guinéenne. Elle a ses hauts et ses bas. Aujourd’hui, elle a besoin de réforme, tant elle regorge d’éléments incontrôlés en son sein, pour reprendre le langage militaire en vogue.

 

Sous votre régime, il n’y avait que les journaux indépendants et les médias d’Etat. Aujourd’hui, la donne a changé. Il y a les radios privées, les télé privées, la presse en ligne et les réseaux sociaux. Le pays ignorant la culture de la publicité, les médias se battent par tous les moyens pour survivre, avec des charges énormes. Malheureusement, l’accompagnement de l’Etat ne suit pas à la hauteur des attentes. D’où la naissance d’une race de journalistes à part entière. On les appelle la presse alimentaire.

 

Ceux-là ont fini d’envahir et de polluer le milieu de la presse. Ils vivent de l’arnaque et de la corruption. Invités ou pas, ils sont les premiers à arriver dans les cérémonies officielles. A la fin de l’événement, ils vous tendent le lendemain un article mal rédigé moyennant salaire. Gare à vous si vous déclinez leur offre, ils vous déclarent la guerre.

 

Par contre, il y a des médias sérieux et crédibles, qui tentent, jour après jour, de garder leur ligne. Malheureusement, ceux-ci vivent dans une pression terrible. Quand ils critiquent le pouvoir aujourd’hui, on les taxe d’être à la solde de l’opposition. Quand ils s’insurgent contre l’opposition demain, on les accuse de rouler pour le pouvoir.

 

Malheureusement, la Guinée est le seul pays qui ne dispose pas d’un syndicat de presse.

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Lansana Conté : mais et le Conseil national de la communication dans tout ça ?

 

Mohamed Diallo : elle a été érigée en haute autorité de la communication mais c’est une caisse de résonnance de l’exécutif. Au lendemain de son élection, Alpha Condé a nommé une militante, qui animait la cellule de communication du RPG, à la tête du CNC. Au départ, elle a voulu embrigader la presse à travers des sanctions et des censures.

 

En juillet 2011, le CNC a interdit, par exemple, tout commentaire lié à l’attaque contre la résidence présidentielle. Pendant ce temps, la RTG accordait plusieurs minutes à ce sujet. Alpha Condé y avait consacré une partie de son adresse à la nation précédant son départ pour les États-Unis, où il sera reçu par le président Barack Obama. Le chef d’état-major des forces armées, Souleymane Kéléfa Diallo, ne s’était pas non plus privé de faire référence à la tentative d’assassinat, dans un discours télévisé.

 

En mai 2013, Mandian Sidibé, animateur des émissions interactives La ronde des journalistes  et Palabre est  interdit de micro, par le CNC, pour un mois sur toutes les radios. Pis, le journaliste d’Espace TV, Chérif Diallo, a disparu, j’ignore s’il est arrivé ici.

 

Lansana Conté : sous mon régime, je vous disais que je n’avais pas peur des critiques. Le Lynx me caricaturait en m’appelant « Fory Coco ». Cela  me faisait rire.

 

Mohamed Diallo : le président Condé, pourtant professeur de droit, n’a pas le dos large comme vous, soldat de carrière. Il est allergique aux critiques. Parfois, il dit qu’il n’y a pas de journalistes en Guinée. Parfois, il soutient qu’il ne lit pas les journaux, qu’il n’écoute pas la radio, qu’il ne regarde pas la télé, qu’il ne va pas sur internet. Et c’est le même qui dit à ses ministres de se connecter sur Facebook. Paradoxal ! Si vous voulez le parler rapidement, vous l’écrivez sur Facebook ou vous le suivez sur Twitter.

 

Lansana Conté : vous méritez un président pareil, vous-là. Quand j’étais au pouvoir, dès que je parlais, vous me traitiez le lendemain de dictateur. Donc, vous n’avez pas à pleurnicher. Vous vouliez un démocrate, vous en avez aujourd’hui.

 

Pourtant, je l’avais prédit hier. « Tant que je serai vivant, ils n’accéderaient jamais au pouvoir. Pendant que nous souffrions sous la dictature, ils étaient partis. Ils ne peuvent pas aujourd’hui quitter leur exil doré pour venir nous commander ».

 

Mohamed Diallo : vous avez parfaitement raison. Vous étiez un visionnaire incompris. Durant son premier mandat, Alpha Condé n’a jamais organisé une conférence de presse. Ni lui, ni son premier ministre. Pis, il voyageait sans la presse. Quand on le critique, il prend son téléphone pour nous appeler comme s’il n’avait pas de lieutenants pour le faire.

 

Lansana Conté : Jean Marie Doré m’a dit que les guinéens regrettent mon départ

 

Mohamed Diallo : je viens de lire un article de presse où l’ancien ministre, Alhousseiny Makanéra, tient une torche allumée, porte un képi à l’effigie du PUP. Comme pour insinuer que les guinéens vous recherchent à l’aide d’une torche en plein jour. Mais trop tard.

 

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Lansana Conté : je ne souhaite plus me retourner au pays. Je mène une vie paisible ici. J’ai appris que tous mes collaborateurs ont changé de veste. Mais l’histoire donne raison à mon père, qui disait que les cadres, c’est comme la femme. Elle préfère le présent qu’à l’absent, le vivant qu’au mort, le bien portant qu’au malade.

 

Mohamed Diallo : ce qui est grave dans ça, c’est qu’ils assument l’actif, mais pas le passif. J’ai entendu des préfets qui ont rapporté que vous leur aviez donné ce conseil radiodiffusé suivant : « Prenez un peu (dans les caisses de l’Etat), mais ne prenez pas trop ».

 

Lansana Conté : je ne souhaite pas répondre à ce préfet menteur. Une fois, j’avais dit lors d’un message radiodiffusé : « tous les ministres sont des voleurs et des menteurs ». Je ne change pas d’avis. J’assume entièrement mes propos.

 

Mohamed Diallo : détrompez-vous, mon général. Certains vous sont toujours reconnaissants. Une fois, Dadis Camara a témoigné. « Lansana Conté, avec qui j’ai longtemps travaillé, m’inspire le respect. Alors qu’il était mal en point, il m’a invité à partager son repas une semaine avant sa mort. Après avoir formulé des prières pour qu’il se relève de sa maladie, je lui ai dit : « Si vous connaissez l’humiliation de votre vivant, c’est que Dieu n’existe pas. » Et je le pense vraiment. Voilà pourquoi j’ai attendu sa disparition pour prendre un pouvoir qui était à ma portée depuis plusieurs années ».

 

Lansana Conté : tu sais, il n’est pas bon de divulguer certains secrets- d’Etat. J'ai beaucoup vu, j'ai trop entendu, j'ai subi en Guinée. A l'instant où nous parlons, je pense au plus fort de la mutinerie de 1996, quand le Commandant Sow Yaya pilonna le Palais des Nations où se trouvaient mes bureaux. L’édifice prit partiellement feu. Je dus sortir de mon bunker souterrain pour me rendre aux mutins. Le lieutenant Kebe m’administra une gifle retentissante. Il fallait être moi pour tenir.

 

 Mohamed Diallo : justement, mon général, comment avez-vous vécu ces deux folles journées ?

 

Lansana Conté : oh, c’est une longue histoire. Je t’épargne des détails ennuyants. Le 2 février 1996, dans la matinée, j'ai été informé d'un déploiement de soldats qui, après avoir investi l'aéroport, se dirigeaient vers la ville en tirant des coups de feu. J'ai aussitôt cherché le contact du ministre de la défense d’alors, le colonel Abdourahmane Diallo, qui m'avait fait dire la veille que les problèmes à la base de ce mouvement étaient en voie de règlement. Mais face à la gravité de la révolte, j'ai donc décidé de prendre directement les choses en main à travers la destitution du ministre de la défense, l’invite aux mutins.

 

elhCependant, malgré ces mesures, des mutins se sont emparés de la radio pour annoncer le couvre-feu, la suspension de la Constitution, la dissolution du parlement et du Gouvernement ». A partir de cet instant, il devenait évident que des individus avaient, à la faveur des revendications des soldats, décidé de me renverser. Dans ces conditions, je suis passé à la radio pour distinguer ceux qui revendiquaient la hausse des salaires et ceux qui voulaient prendre le pouvoir.

 

Mohamed Diallo : vous avez une mémoire d’éléphant, vous me séduisez, mon général

 

Lansana Conté : après ce message, j'ai reçu, à deux reprises, les représentants des premiers- cités auxquels j'ai confirmé ma décision de régler le problème de ravitaillement et d'examiner celui des salaires. Satisfaits, ces hommes se sont retirés avec ceux des leurs qui les attendaient dans les parages du Palais des Nations.

 

C'est après que les envoyés des mutins se sont présentés et ont été reçus. J'ai tenu les mêmes propos qu'aux précédents. Mais compte tenu de leur objectif, autre que les problèmes de salaire et de ravitaillement, ils sont repartis insatisfaits.

 

La réponse ne s'est pas faite attendre : à partir de 18 heures, le Palais des Nations fut encerclé, puis attaqué par les armes lourdes habituellement utilisées sur les théâtres des grandes opérations militaires. Dans la nuit du 2 au 3 février, la salle de congrès fut également bombardée, incendiée et détruite.

 

Le samedi 3 février, ce fut l'assaut final, l'objectif étant de me tuer. Il fallait en finir pour épargner des vies innocentes. Vers 10 heures, j'ai décidé de me rendre au Camp Alpha Yaya. Ce qui fut fait. Arrivé, j'ai été pris en main par les loyalistes pendant que les putschistes composaient leur gouvernement. Peine perdue.

 

De mon côté, et conformément à mes promesses, j'ai confirmé ma décision d’améliorer les conditions de vie  des soldats. Mais en raison de l'euphorie, qui régnait, la réunion a été reportée au lendemain, dimanche 4 février. Ce fut ensuite le retour au Camp Samory dans les conditions que vous connaissez. Là se tint la rencontre programmée la veille.  Voilà relatés dans leurs grandes lignes les graves évènements qui ont secoué notre capitale Conakry, les 2 et 3 février.

 

Mohamed Diallo : mais après, certains vous ont accusé de politiser la révolte de l’armée.

 

Lansana Conté : la tentative de déstabilisation des mutins ayant échoué, leurs complices civils ont circulé les tracts au nom de l'armée dans le but de semer la psychose. Ce sont les mêmes qui, quelques jours avant les événements, avaient tenu des réunions dans certaines capitales européennes, invitant les cadres guinéens à se préparer à rentrer au pays pour y assumer de hautes fonctions.

 

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La logique des évènements montre qu'il s'agit là d'une action longuement préparée. Tu te souviendras en effet, qu’en novembre 1995, dans mon adresse à l'armée, je déclarais : « Il y a des gens qui veulent le pouvoir coûte que coûte. Ces gens-là ne l'auront jamais; parce que le pouvoir, en Guinée, à part Dieu, c'est le peuple qui le donne. Personne ne prendra le pouvoir par la force. On peut tenter, mais la réussite sera difficile. Car, il faut avoir la majorité pour diriger un pays. Celui qui n'a pas la majorité doit rester tranquille et attendre son tour ».

 

Mohamed Diallo : qu’aviez-vous dit aux mutins dans la nuit du 2 au 3 février 1996 ?

 

Lansana Conté : j’ai dit : « Il ne faut pas alarmer les gens, sinon certains auront la diarrhée. S'il est vrai que je n'ai eu comme préoccupation essentielle que l'amélioration des conditions d'existence du Peuple et la défense de ses intérêts, Dieu sauvera la Guinée, j'en suis convaincu. J'ai beaucoup peur pour les populations car, parmi les noms qu'on me cite, je connais certains qui sont très méchants, très sauvages. S'ils n'atteignent pas leur objectif la nuit, ils vont échouer lamentablement. Nous ne les laisserons pas faire, sinon ils vont brûler la ville. 

 

Mohamed Diallo : vous aviez eu chaud pendant ces folles journées. Vous aviez tenu un premier appel. Les mutins sont restés sourds. Ensuite, un deuxième. Résumez-moi celui-ci.

 

Lansana Conté : j’ai dit : « en vous écoutant, je crois que certains soldats sont de bonne foi. Par contre, des officiers manipulent certains sans avouer ce qu'ils veulent. Je viens d'être informé, et je suis sûr de ce qu'on me dit, qu'il y en a qui veulent perturber la situation dans le pays en prenant par la force le pouvoir.

 

Je demande à ceux qui revendiquent les salaires : si c'est vrai que vous ne revendiquez que l'augmentation des salaires, c'est un problème qui va être réglé. Des dispositions sont prises pour que tous les camps soient ravitaillés demain.

 

Mais en dessous, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, vous avez des gens qui manipulent et qui veulent prendre le pouvoir. Ceux-ci ne veulent pas entendre parler de négociations entre vous et moi. Ils veulent coûte que coûte prendre le pouvoir. Sinon, pourquoi, un soldat qui réclame son salaire se mettrait à tirer dans la ville, tuer des civils ? Un char vient de tirer sur le quartier paisible de Coronthie.

 

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Alors, les soldats qui réclament le salaire, je vous demande de rentrer dans les camps. Je vous ai promis ; je vais réaliser ; ne mélangez pas les choses. Rentrez dans les camps et attendez les décisions. Maintenant ceux qui veulent prendre le pouvoir coûte que coûte, laissez ceux-ci agir. Mais ne vous mêlez pas à eux. Je suis là pour vous ; je suis prêt à étudier tout ce que vous me dites ; mais vous êtes minés.

 

Si vous ne faites pas attention, on va agir en votre nom, alors que vous n'êtes rien dans ce qui se passe actuellement dans la ville. Je vous ai promis que je viendrai et que je prendrai des dispositions avant de venir. Vous serez satisfaits dans la mesure des possibilités de l'Etat, car je suis contre que vous soyez lésés ; mais laissez vos autorités régler vos problèmes.

 

Mohamed Diallo : vous avez fouettez leur orgueil en suscitant la suspicion entre eux

 

Lansana Conté : j’ai répété encore : « tous les soldats qui sont sortis dans la rue pour réclamer l'augmentation de salaires doivent immédiatement retourner dans les camps. Maintenant s'il y a des gradés qui veulent prendre le pouvoir, alors il vaut mieux qu'ils restent seuls dans la rue ; qu'on ne confonde pas ceux qui demandent l'augmentation des salaires et ceux qui veulent prendre le pouvoir.

 

Tout à l'heure, à Coronthie, ceux qui sont mécontents de la réponse que j'ai donnée ont tiré dans le quartier et ont tué huit civils, qui sont maintenant à l'Hopital Ignace Deen. Alors, si votre réclamation de salaires correspond à cela, alors ce n'est plus une réclamation de salaires ; c'est une guerre que vous voulez provoquer dans la ville. Et j'évite les tueries en Guinée surtout à Conakry.

 

Alors je demande une dernière fois encore : tous les soldats que je connais, tous les soldats que je connais qui me demandent à moi de leur faire face pour l'augmentation de leurs salaires, je leur demande d'entrer aux camps. Si vous m'entendez, si vous m'avez suivi, que vous soyez dans les rues ou dans les maisons ou aux camps, déposez vos armes, restez tranquilles ; vos problèmes seront réglés au plus tard lundi. Si vous avez besoin de me voir, n'ayez aucune crainte. Venez me voir au Palais ; on vous laissera rentrer, nous causons et vous retournez informer vos camarades. Et nous continuons à nous battre.

 

lcMohamed Diallo : donc, après cet appel, il y a eu la rencontre d’explication du 4 février ?

 

Lansana Conté : effectivement. Je leur ai dit comme ça : « j'ai le papier dans la main. Je n'ai rien oublié. Je vous dis donc au nom du Peuple qui m'a placé ici, je prends l'engagement que vos revendications seront respectées et appliquées. Il n'y a rien dans vos griefs qui ne soient pas faisable ; tout est faisable.

 

Mais que ceux qui ont pris des objets, s'ils connaissent Dieu, ils n'ont qu’à emmener ces objets où ils les ont pris. Ça nous fera honneur. Notre corps ne doit pas être sali, il faut que les populations sachent que nous voulons réparer l’erreur commise. Je vous en prie, en tant que soldat, faites ce que je viens de vous dire ; rattraper les choses volées ; ce qui peut être rendu, on va le rendre, ce qui ne peut pas être rendu, on demandera aux gens qui ont perdu de nous pardonner.

 

Mohamed Diallo : je vous remercie pour avoir éclairé cette histoire sensible de notre pays. Parallèlement, je vous informe également que votre ennemi, Charles Taylor, a été condamné, en mai 2012, à cinquante ans de prison à la Haye pour crime contre l’humanité.

 

Lansana Conté : triste mais rectificatif. Taylor n’est pas mon ennemi, c’est un pauvre type que les Blancs ont manipulé contre son propre peuple. Il doit être fusillé.

 

Mohamed Diallo : mille merci pour les précisions mais comment va votre état de santé ?

 

Lansana Conté : Qui n’est pas malade ? Moi, au moins, j’avais la chance de n’être malade que d’un point de vue physique. Et j’avais le courage de dire à tout le monde que je l’étais. Moi, je suis plus portant que vous. Jusqu’à présent, je grille cigarette sur cigarette, mange un plat de riz à la sauce de feuille, croque la noix de cola, regarde les films de guerre et d’espionnage et joue aux damiers. Mais on arrête-là les causeries. Tu m’as fait trop parler. La prochaine fois, tu m’expliqueras comment tu es arrivé ici. Je te laisse. Bonne soirée.

 

Mohamed Diallo : merci, mon général-président. Bon repos

 

Note de l'auteur : Seuls les personnages sont vrais. L'entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront notre inspiration et nous épargnerons des ennuis judiciaires. 

 

Paix à l'âme au président Conté et au journaliste Mohamed Diallo. Amine !

 

Abdoulaye Bah

Conakry, Guinée 224-622-14-15-09

Abdoulaye Bah