Chronique-fiction : Lamine Guirassy, invité Afrique de Christophe Boisbouvier

20 novembre 2017 21:21:26
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Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Dans ce présent numéro, nous vous proposons, un entretien imaginaire de Lamine Guirassy, PDG du Groupe Hadafo Médias, grand invité Afrique de Christophe Boisbouvier et de Radio France internationale (RFI).

L’invité Afrique de RFI, c’est parfois polémique, mais ce n’est jamais langue de bois.

 

Christophe Boisbouvier : Lamine Guirassy, bonjour !

Lamine Guirassy : bonjour, Christophe Boisbouvier !

Christophe Boisbouvier : il paraît que vous êtes une grande gueule

Lamine Guirassy : si c’est un compliment, je le prends volontiers

Christophe Boisbouvier : comment allez-vous ce matin ? Très bien ou très mal ?

Lamine Guirassy : je vais très bien, par la grâce de Dieu. N’en déplaise à mes détracteurs.

Christophe Boisbouvier : qui sont vos détracteurs ? Martine Condé ou Alpha Condé ?

Lamine Guirassy (il rit) : je ne vous laisserais pas continuer, la liste est longue, mais je suis serein.

Christophe Boisbouvier : vous êtes sereins, mais toujours est-il que votre média est dans le viseur du pouvoir. Votre radio est fermée, un de vos reporters est convoqué et l’État réclame six milliards aux radios. Quelle sérénité !

Lamine Guirassy : vous avez, exactement, décrit ce que traverse les médias en Guinée. Mais laissez-moi vous dire que Lansana Conté nous a laissés ici, il est parti. Dadis nous a laissés ici, il est parti. Sékouba Konaté nous a laissés ici, lui aussi est parti. Quelqu’un est allé jusqu’à dire que tant qu’ils seront aux affaires, Espace va émettre sur une autre planète, mais pas en Guinée. Celui-ci est parti. Et Espace a émis. Ce régime-là encore va passer et Espace sera là, s’il plaît à Dieu.

Christophe Boisbouvier : d’où tenez-vous ces assurances ?

Lamine Guirassy : ce ne sont pas des assurances mais une vérité universelle.

Christophe Boisbouvier : mais pour le cas précis d’Espace FM, vos déboires ont commencé, réellement; lorsque votre journaliste a déballé son enquête sur l’armée.

Lamine Guirassy : c’est le prétexte sinon le vrai mobile se trouve ailleurs.

Christophe Boisbouvier : d’abord, revenons à l’identité de votre enquêteur. Qui est-il ?

Lamine Guirassy : c’est un journaliste, jeune et brillant, qui s’appelle Moussa Moise Sylla.

Christophe Boisbouvier : c’est un journaliste réellement, dites-vous ?

Lamine Guirassy : il est journaliste et directeur d’Espace TV.

Christophe Boisbouvier : mais les autorités disent que c’est un inspecteur

Lamine Guirassy : un inspecteur ?

Christophe Boisbouvier : oui, un inspecteur 

Lamine Guirassy : c’est ma première nouvelle. Mais de deux choses l’une. Soit, vous plaisantez, soit nous ne parlons pas de la même personne.

Christophe Boisbouvier : il paraît que son vrai nom c’est Inspecteur Colombo. Mais il se fait appeler Moussa Moise Sylla.

Lamine Guirassy : ceux qui disent cela me font rire aux éclats. Ne prenez pas ces chansons au sérieux.

Christophe Boisbouvier : c’est quoi la vérité ?

Lamine Guirassy : pour dire la vérité, c’est un surnom. C’est nous qui l’appelons Inspecteur Colombo à cause de ses enquêtes. Mais son vrai nom, c’est Moussa Moise Sylla. C’est vérifiable.

Christophe Boisbouvier : ne pensez-vous pas qu’il est allé trop loin cette fois-ci ?

Lamine Guirassy : non, pas du tout. Au contraire, il a fait son enquête sur place depuis le troisième étage du siège de notre radio. Imaginez s’il était allé dans l’Espace …

Christophe Boisbouvier : mais ce n’est pas un astronaute

Lamine Guirassy : pour le besoin de l’enquête, imaginez qu’il aille dans l’espace pour zoomer l’armée

Christophe Boisbouvier : je répète ma question. Ne pensez-vous pas que votre journaliste est allé trop loin cette fois-ci.

Lamine Guirassy : vous allez tourner la question mille fois. Mais ma réponse est la même. Je ne vois pas les choses comme vous. Disons les choses sans langue de bois.

Christophe Boisbouvier : il aurait dû remonter ces informations aux autorités au lieu de les balancer dans les médias.

Lamine Guirassy : je suis désolé, nous ne sommes ni des policiers, ni des gendarmes. Mais des journalistes. Notre rôle, c’est d’informer. Donc, quand on a des informations vérifiées, on les porte au public.

Christophe Boisbouvier : quitte à brûler le pays ?

Lamine Guirassy : cela fait trois semaines depuis que nous avons diffusé notre enquête. Mais jusque- là, le pays n’a pas brûlé. Et nous sommes en saisons sèche. Donc, c’est un faux- débat.

Christophe Boisbouvier : vous semblez sous-estimer ce problème et pourtant….

Lamine Guirassy : nous ne le sous-estimons pas, mais il ne faut pas le sur-estimer non plus. Nous n’avons pas l’âge de RFI, certes. Nous avons dix ans. Mais depuis le début de nos émissions, nous n’avons jamais brûlé le pays. Et ce n’est pas notre intention.

Christophe Boisbouvier : et pourquoi le pouvoir veut-il vous intenter un procès ?

Lamine Guirassy : allez poser la question au pouvoir. Ce que je sais, c’est que qui veut noyer son chien l’accuse de rage. Je pense que le vrai mobile est ailleurs.

Christophe Boisbouvier : de quel vrai mobile parlez- vous ? Votre journaliste est poursuivi pour « atteinte à la défense nationale ». Des charges très graves.

Lamine Guirassy : je n’en disconviens pas mais ce qui me gêne, c’est que personne ne nous a démentis jusqu’à présent. J’entends qu’on nous a convoqués, qu’on nous a suspendu mais personne n’a démenti. Ne trouvez-vous pas cela bizarre ?

Christophe Boisbouvier : vous le savez, mieux que moi, les informations touchant l’armée sont sensibles.

Lamine Guirassy : je vous le concède. Mais rétablissons les faits. Notre reporter a mené une enquête sur l’armée. Il a diffusé ses résultats dans Les « GG ». Les autorités ne sont pas d’accord, c’est leur droit. Mais que ferait-on dans un pays normal ?

Christophe Boisbouvier : mais la Guinée est un pays normal sous Alpha Condé.

Lamine Guirassy : c’est une affirmation ou une question ?

Christophe Boisbouvier : c’est ce que les autorités disent, Alpha Condé en tête.

Lamine Guirassy : la parole des autorités n’est pas une parole biblique, désolé.

Christophe Boisbouvier : donc, vous contestez

Lamine Guirassy : J’aurais une autre occasion pour m’exprimer. Tout à l’heure, je disais que dans un pays normal, si les autorités ne sont pas d’accord, elles font un démenti, puis portent plainte. Et on va au procès. Point, barre.

Christophe Boisbouvier : c’est ce qu’elles ont fait pour peu que vous soyez honnêtes.

Lamine Guirassy : je suis désolé de vous dire que la procédure est biaisée.

Christophe Boisbouvier : la procédure est biaisée, c’est vous qui le dites. Ce qui reste clair, c’est que l’ouverture du procès, c’est dans moins de deux mois. Et vous feriez mieux de préparer votre défense.

Lamine Guirassy : nous sommes des républicains. Nous répondrons à la convocation de la justice. Mais ce qui est révoltant, c’est l’incohérence dans l’enchaînement des faits. C’est comme si quelqu’un dans son petit bureau tirait les ficelles.

Christophe Boisbouvier : comment ça ? Soyez un peu explicite

Lamine Guirassy : quand nous avons diffusé notre enquête sur les GG, la HAC a attendu des jours pour fermer notre radio, une semaine durant. A la fin de notre sanction, nous avons reçu la convocation de la gendarmerie, puis celle de la justice.

Christophe Boisbouvier : où est le problème dans ça ? Moi, je n’y vois rien.

Lamine Guirassy : s’il n’y avait pas une main noire derrière, dès la diffusion de notre enquête, nous aurions reçu sur le champ la sanction de la HAC, la convocation de la gendarmerie, celle de la justice. Toutes les plaintes à la minute près.

Christophe Boisbouvier : pour vous, une main invisible tire les ficelles. C’est cela ?

Lamine Guirassy : je donne ma tête à couper, une main noire tire les ficelles. J’ai l’impression que quelqu’un ne veut pas sentir Espace FM d’ici 2020. J’ignore qui mais je le sens.

Christophe Boisbouvier : qui a intérêt à faire taire Espace FM et pour quelle fin ?

Lamine Guirassy : S’il est vrai que les autorités ont des griefs contre nous, eh bien, dans un pays normal, on suspend le journaliste incriminé, pas tout le personnel, on aurait compris. On suspend l’émission incriminée, pas toutes les émissions, on aurait compris. Mais quand c’est tout le personnel, toutes les émissions, tous nos relais, une semaine durant, après la double convocation, il y a problème, il y a acharnement.

Christophe Boisbouvier : revenons à l’enquête de Moussa Moise Sylla. Vous avez suivi la première audition de votre journaliste. Comment réagissez- vous ?

Lamine Guirassy : Je suis sans mot.

Christophe Boisbouvier : vous êtes une grande gueule et vous êtes sans mot ?

Lamine Guirassy : je suis sans mot, sans langue de bois

Christophe Boisbouvier : lâchez-vous, on vous connait très tranchant.

Lamine Guirassy : je n’ai rien à dire sauf que j’ai peur pour mon pays.

Christophe Boisbouvier : vous avez peur ? C’est la panique déjà ?

Lamine Guirassy : pas du tout, cela ne me ressemble pas.

Christophe Boisbouvier : mais vous avez lâchez le mot

Lamine Guirassy : j’ai l’impression que nous ne sommes pas sur la même longueur d’ondes. J’ai dit que j’ai peur, mais c’est pour mon pays, pas pour moi. Voyez-vous ce que je veux dire.

Christophe Boisbouvier : je vois à présent mais revenons à l’audition de votre journaliste. Est-ce que vous y croyez ? Le 25 décembre, c’est la fête de Noël.

Lamine Guirassy : on veut nous faire tourner en rond. Mais nous, on les attend au carrefour.

Christophe Boisbouvier : êtes-vous rassurés par le début de ce procès ?

Lamine Guirassy : je vous dis, droit dans les yeux : je ne suis pas rassuré.

Christophe Boisbouvier : en quoi, ce début n’est pas rassurant à vos yeux ?

Lamine Guirassy : pour plusieurs raisons

Christophe Boisbouvier : la première ?

Lamine Guirassy : ce n’est pas rassurant, quand c’est celle sensée nous protéger, qui appelle elle-même le ministre de la défense nationale pour nous créer des ennuis ?

Christophe Boisbouvier : vous faites allusion à Martine Condé ?

Lamine Guirassy : ne comptez- pas sur moi pour prononcer son nom, c’est une folle.

Christophe Boisbouvier : c’est très grave ce que vous dites.

Lamine Guirassy : je ne fais que répéter, je l’avais dit auparavant, elle le sait

Christophe Boisbouvier : la HAC c’est quand même une institution

Lamine Guirassy : je ne parle pas de la HAC, mais de sa présidente.

Christophe Boisbouvier : mais c’est du pareil au même

Lamine Guirassy : en Guinée, tous ceux qui me fréquentent le savent, je suis, de nature, respectueux, courtois, jovial et républicain, mais je ne suis pas du genre à mâcher mes mots. Quand ça ne va pas, je dis ce que je pense. Je suis un homme libre.

Christophe Boisbouvier : pour vous, Martine Condé est à la base de vos malheurs ?

Lamine Guirassy : c’est elle, qui est à la base des ennuis, et personne d’autre. Malheureusement, elle n’est pas la bonne personne pour nous faire des leçons de morale.

Christophe Boisbouvier : que voulez-vous insinuer par-là, sans langue de bois ?

Lamine Guirassy : je voudrais dire à Martine Condé que je n’ai pas un enfant cinéaste, qui s’est fait passer journaliste pour se retrouver au Canada. Je n’ai pas non plus un enfant cinéaste, qui s’est fait inscrire sur la liste des journalistes de 2017.

Christophe Boisbouvier : qui a un enfant cinéaste qui s’est fait passer pour journaliste ?

Lamine Guirassy : celle à qui mon message est adressé a bien compris mon message.

Christophe Boisbouvier : voulez-vous dire que le fils de Martine Condé qui est cinéaste s’est fait passer pour journaliste pour voyager au Canada. C’est cela ?

Lamine Guirassy : menez vos enquêtes, j’ai fermé les parenthèses.

Christophe Boisbouvier : est-ce que Moussa Moise Sylla ne doit pas mener cette enquête sur ce jeune cinéaste.

Lamine Guirassy : on va finir avec l’armée. Après, on verra.

Christophe Boisbouvier : pour vous, tous ces mic-mac, c’est pour vous abattre ?

Lamine Guirassy : pour nous abattre, nous museler, nous faire taire à jamais.

Christophe Boisbouvier : alors, nous allons faire un jeu, nous vous montrons une photo et vous dites ce que vous pensez d’elle ?

Christophe Boisbouvier : Martine Condé

Lamine Guirassy : c’est une folle

Christophe Boisbouvier : Alpha Condé

Lamine Guirassy : c’est Papa promesse

Christophe Boisbouvier : Cellou Dalein Diallo

Lamine Guirassy : c’est Papa manifestation

Christophe Boisbouvier : Moussa Moise Sylla

Lamine Guirassy : c’est Cheytane

Christophe Boisbouvier : Sanoussy Bantama Sow ?

Lamine Guirassy : c’est ministre boxeur

Christophe Boisbouvier : Jean Marc Telliano

Lamine Guirassy : c’est voleur de tablettes

Christophe Boisbouvier : Lamine Guirassy, merci

Lamine Guirassy : c’est moi, qui vous remercie.

Note de l’auteur : Seuls les personnages sont vrais (Photos crédit). L’entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront le sens de notre inspiration et les autorités nous épargnerons des ennuis judiciaires.