Chronique-fiction : entretien téléphonique imaginaire Cellou Dalein Diallo- Jean Ping

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Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Dans ce numéro, nous proposons un entretien téléphonique imaginaire entre Cellou Dalein Diallo, le chef de l’opposition guinéenne et Jean Ping, le principal opposant gabonais.

L’un, ancien premier ministre sous Conté a perdu deux élections sous Alpha Condé. En 2010 et en 2015. L’autre, ancien homme fort sous Bongo père et ex président de la commission de l’Union africaine (UA) a perdu le scrutin présidentiel du mois d’août 2016 au profit du président sortant, Ali Bongo.

Avant leur prochain tête-à-tête, les deux opposants ont décidé d’échanger au téléphone pour parler, entre autres, de leur défaite aux élections, des déboires qu’ils subissent et de la gestion de leur pays.


Jean Ping : allô petit frère, comment vas-tu ?

Cellou Dalein Diallo : je vais bien, mon cher Ping

Jean Ping : et la Guinée-Conakry sous Alpha Condé ?

Cellou Dalein Diallo : la Guinée se porte mal, en toute honnêteté

Jean Ping : et ton épouse ?

Cellou Dalein Diallo : elle se porte à merveille

Jean Ping : rappelle-moi son nom d’ailleurs

Cellou Dalein Diallo : Halimatou Dalein Diallo

Jean Ping : effectivement, j’ai du respect pour elle,

Cellou Dalein Diallo : qu’est-ce qui te fait dire cela ?

Jean Ping : J’ai suivi ses récents passages à Luanda, Dakar et Monrovia sur les réseaux sociaux. Partout où elle passe, elle dérange tout sur son chemin. Une véritable dame de fer. Elle mobilise plus qu’Ali Bongo. Quand je le dis ici à Libreville, on me taxe de mauvaise foi. Pourtant, c’est la vérité.

Cellou Dalein Diallo : tu auras l’occasion de la voir bientôt au Gabon

Jean Ping : transmets-lui mes salutations et mes encouragements, elle sera la bienvenue

Cellou Dalein Diallo : elle est à mes côtés, elle te dit la même chose aussi

Jean Ping : mais tiens, Diallo, qu’est-ce qui ne va pas ?

Cellou Dalein Diallo : comment ça ? Je ne vois pas de quoi tu fais allusion

Jean Ping : tu me réponds avec indifférence, c’est comme si tu ne veux pas me parler

Cellou Dalein Diallo : pas du tout, mon cher ami, sois- en rassurés

Jean Ping : es-tu malade ?

Cellou Dalein Diallo : non, je me porte à merveille

Jean Ping : Alpha Condé a-t-il annoncé son intention de se représenter pour un troisième mandat ?

Cellou Dalein Diallo : officiellement non

Jean Ping : a-t-il nommé Bah Oury au poste de premier ministre ?

Cellou Dalein Diallo : non, à ma connaissance !

Jean Ping : mais pourquoi me réponds-tu alors du bout des lèvres ?

Cellou Dalein Diallo : comment ça ? J’ai appris à bien parler à mes interlocuteurs

Jean Ping : apparemment, tu n’es pas content de me parler

Cellou Dalein Diallo : pourtant, je ne garde aucune dent contre toi

Jean Ping : en tout cas, si je t’ai appelé aujourd’hui, c’est pour laver le linge sale en famille

Cellou Dalein Diallo : je ne me souviens pas d’un contentieux entre nous

Jean Ping : je sais que tu n’as jamais pardonné mon annonce précipitée de la victoire d’Alpha Condé en 2010 avant la CENI, quand j’étais président en exercice de la commission de l’Union africaine.

Cellou Dalein Diallo (rire) : ne réveillons pas les vieux démons, j’ai oublié ça, c’est du passé

Jean Ping : il faut qu’on en parle une fois de bon, Diallo. Je dois te présenter mes excuses. Je ne ferais pas comme Alhousseiny Makanéra, qui est allé s’excuser à ton siège mais je le fais au téléphone.

Cellou Dalein Diallo : oublie-ça, ce qui nous unit est plus important que ce qui pourrait nous diviser.

Jean Ping : j’ai été victime du même vol que toi, au Gabon, en août dernier lors du dernier scrutin présidentiel

Cellou Dalein Diallo : je suis désolé, la prochaine fois sera la bonne, j’en suis convaincu, tu en as les moyens et les militants

Jean Ping : tu ne m’as même pas appelé pour compatir, ni m’envoyer un message de soutien

Cellou Dalein Diallo : il m’était difficile de le faire, à l’époque, puisque tu t’étais autoproclamé président

Jean Ping : il n’y a aucun doute, c’est moi qui ai gagné les élections comme toi en 2010

Cellou Dalein Diallo : dis-moi, ce qui s’est réellement passé au Gabon. Comment as-tu perdu face à Ali Bongo ?

Jean Ping : Ali Bongo a fait recours à l’espionnage, c’est un franc-maçon

Cellou Dalein Diallo : explique-moi sa méthode pour comprendre de quoi il s’agit. Comment as-tu perdu devant le président sortant, avec toute la coalition des leaders de l’opposition ? Je voudrais que Sidya Touré sache cela.

Jean Ping : qu’est-ce que Sidya Touré à voir dans nos causeries

Cellou Dalein Diallo : c’est mon ancien allié. Il m’a soutenu en 2010. Mais en 2015, il a demandé à la coalition de tous les partis de l’opposition autour d’une candidature unique pour barrer la route à Alpha Condé.

Jean Ping : je comprends à présent. Pour revenir à nos moutons, je te confirme qu’Ali Bongo ne pouvait en aucun cas gagner devant moi pour trois raisons. Premièrement, j’ai eu le soutien des principaux ténors de l’opposition. Ensuite, le bilan du septennat d’Ali ne plaidait pas en sa faveur. Enfin, il a été lâché par les puissances occidentales. Il s’est, donc, tourné vers la Chine et les arabes.

Cellou Dalein Diallo : mais comment expliques-tu ta défaite ?

Jean Ping : Ali a usé de la ruse, de la roublardise, de la force et de l’espionnage. Il a mis sur écoute tous les observateurs européens présents au Gabon. Au fur et à mesure que ceux-ci remontaient les résultats, qui me donnaient largement en avance, il comblait l’écart dans le Haut Ogoué.

Cellou Dalein Diallo : donc, c’est ce qui explique les 99% des suffrages dans le Haut Ogoué

Jean Ping : sais-tu l’argument qu’il a trouvé pour justifier l’injustifiable ?

Cellou Dalein Diallo : non, je n’en sais rien

Jean Ping : pour justifier le score soviétique enregistré dans le Haut Ogoué, les sbires d’Ali ont fait savoir que comme j’ai accusé leur champion d’être originaire du Nigéria, pendant toute la campagne électorale, ses parents du Haut Ogoué ont voté massivement pour leur fils. Si le ridicule tuait.

Cellou Dalein Diallo : 99%, c’est quand même trop gros. Cela me rappelle deux choses. Le roman « En attendant le vote des bêtes sauvages » d’Amadou Kourouma d’une part et le score à la soviétique enregistré lors des législatives de septembre 2013 à Mandiana en Haute Guinée d’autre part. 98% je te dis.

Jean Ping : en plus, Ali a fait bombarder mon quartier général. Là où j’avais centralisé tous les résultats du vote. Pis, il a imposé la terreur et la psychose. Il a fait tuer et arrêter des pauvres citoyens.

Cellou Dalein Diallo : il est réélu président mais le pays, pourtant si riche et beau, est bloqué, hélas

Jean Ping : en complicité avec Issa Hayyatou, il a organisé la CAN 2017 pour arroser sa victoire. Malheureusement, les Panthères ont été éliminés dès le premier tour. Les gabonais ont vidé les stades.

Cellou Dalein Diallo : tous les présidents, c’est du pareil au même, partout en Afrique

Jean Ping : le nôtre est pire que tous ses homologues du continent

Cellou Dalein Diallo : ce qui te manque, je l’ai dit à feu Tshisekedi, ce sont mes jeunes de la route Le Prince

Jean Ping : mais il paraît que ces jeunes t’ont lâché depuis l’exclusion de Bah Oury

Cellou Dalein Diallo : détrompe-toi, mon frère. Ces jeunes sont acquis à ma cause. Il suffit seulement que je débarque dans le coin, dès qu’ils entendent le vrombissement de ma voiture, ils sortent comme des fourmis.

Jean Ping : mais comment Alpha a pu prier un vendredi à la mosquée de Bambéto sans se faire cogner

Cellou Dalein Diallo : demande à Alpha combien il a déboursé pour prier là-bas sans le moindre incident

Jean Ping : s’ils sont aussi corruptibles, je te prie de les éviter, sinon ils risquent de se retourner contre toi.

Cellou Dalein Diallo : Alpha n’a rien compris. J’ai dit aux jeunes : chaque fois que le pouvoir vous donne l’argent, prenez l’argent et bouffez, c’est votre part. Dès que l’argent finit, occupez la rue plus fort que la veille.

Jean Ping : j’ai lu un reportage dans le journal Le Monde sur les enfants de Hamdallaye- Bambéto- Coza. Je rêve d’aller un jour en Guinée- Conakry pour échanger avec ces gosses- là.

Cellou Dalein Diallo : je suis fier d’eux. Ils n’ont pas peur des balles, ni des forces de l’ordre. Ils résistent, farouchement avec des cailloux et des bâtons. Ils ont secoué Conté, Dadis, Sékouba et Alpha.

Jean Ping : en tout cas, je te présente mes excuses, une fois encore

Cellou Dalein Diallo : oublie-ça je voudrais seulement que tu me dises qu’est-ce qui t’a opposé à Alpha

Jean Ping : il n’a pas honoré sa parole donnée. Pis encore, il m’a trahi

Cellou Dalein Diallo : comment ça ?

Jean Ping : il m’a supplié de trouver un point de chute pour Sékouba Konaté. D’où la création du haut représentant de la force africaine en attente. Mieux, il a voté pour Mme Dlamini Zuma contre moi.

Cellou Dalein Diallo : je comprends ta frustration

Jean Ping : il sait qu’il est Burkinabé

Cellou Dalein Diallo : la Guinée et le Gabon sont mal barrés (rire)

Jean Ping : pourquoi dis-tu cela ?

Cellou Dalein Diallo : si Ali Bongo est Nigérian et Alpha Condé Burkinabé

Jean Ping (rire) : sais-tu, comment les partisans d’Ali me qualifient pour me dénigrer ?

Cellou Dalein Diallo : non, je l’ignore

Jean Ping : ils disent que je suis Chinois

Cellou Dalein Diallo (rire): moi, le ministre Alhassane Condé a dit que je suis Somalien

Jean Ping (rire) : la dernière fois, un gabonais a été battu à mort en Chine. Les médias d’État à la solde d’Ali Bongo ont titré dans leurs journaux : « un Gabonais tué par les parents de Jean Ping ».

Cellou Dalein Diallo : je suis mort de rire, quand tu es opposant en Afrique, tu entends tout, on te fait voir tout.

Jean Ping : ce n’est pas ma compagnie qui me déplaît, je vais devoir te quitter. J’ai un rendez-vous urgent.

Cellou Dalein Diallo : ça été un grand plaisir de discuter avec toi, on va garder les contacts

Jean Ping : tu m’enverras ton numéro Watshap, je te contacte dès que possible

Cellou Dalein Diallo : bien noté, à la prochaine fois, porte- toi. Du courage

Note de l’auteur : Seuls les personnages sont vrais. L’entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront notre inspiration et nous épargnerons des poursuites.

 

 

 

  • Sow alpha boubacar

    Jan -ping à récolter ce qu’ il a semé

  • DOUMBOUYA Alkaly

    je regrette que des guinéens avertis comme les journalistes de Guineenews continuent d’utiliser le péjoratif « Guinée – Conakry » alors que notre pays s’appelle République de Guinée.
    Va-t-on continuer à apprendre aux autres de nous diminuer en ajoutant un péjoratif à notre nom?
    Rattrapez-vous lzes gars