Chronique-fiction : causeries d’outre-tombe Conté- Somparé sous le baobab

09 novembre 2017 4:04:01
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Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Dans ce présent numéro, le président Lansana Conté, reçoit son dauphin constitutionnel, Aboubacar Somparé, pour des causeries.

Ancien président de l’assemblée nationale et facilitateur du dialogue politique inter-guinéen de 2013, Aboubacar Somparé souffrait de la maladie de Parkinson. Il devait succéder à Lansana Conté fin 2018. Mais il avait été court-circuité par les militaires.

Profitant du week-end, ils font du thé sous un gros baobab, ils parlent de politique et de tout.

Lansana Conté : c’est maintenant que tu arrives, toi ?

Aboubacar Somparé : Mangué, je réglais des affaires au pays

Lansana Conté : que faisais-tu tout ce temps là-bas ?

Aboubacar Somparé : j’étais en train d’écrire mes mémoires

Lansana Conté : quelles mémoires ? Est-ce une obligation ?

Aboubacar Somparé : pas du tout mais un homme doit pouvoir faire halte, faire le bilan de sa vie, retracer les péripéties les plus intéressantes pour les générations futures.

Lansana Conté : et moi, je suis une femme ?

Aboubacar Somparé : non, vous êtes un soldat

Lansana Conté : es-tu venu avec mes journaux ?

Aboubacar Somparé : je n’ai pas eu le temps d’aller me ravitailler aux kiosques

Lansana Conté : es-tu tombé en faillite à ce point ?

Aboubacar Somparé : je ne manquais pas de sous, mais c’est ma maladie

Lansana Conté : donc, tu es comme Lansana Kouyaté, tu ne lis pas la presse

Aboubacar Somparé : il y a pire que nous deux

Lansana Conté : puis-je connaître leur nom ?

Aboubacar Somparé : Dadis Camara et Alpha Condé

Lansana Conté : pour Dadis, ça se comprend. En effet, les militaires sont allergiques aux critiques mais pour Alpha, je n’en reviens pas, je tombe des nues.

Aboubacar Somparé : mais pourquoi ? Avec Alpha, tout est possible, rien ne doit te surprendre

Lansana Conté : comment Alpha, ami de la presse hier, peut-il déclarer la guerre à la presse aujourd’hui. Très sincèrement, c’est le monde à l’envers.

Aboubacar Somparé : pour ton information, la presse projetait une marche. Sauf changement d’itinéraire, ils partiront du ministère de la communication à la HAC.

Lansana Conté : sous Alpha, ça marche trop, et ce n’est pas un bon signe

Aboubacar Somparé : l’opposition marche, Alpha marche, la presse marche

Lansana Conté : Alpha marche ? Jamais, il boîte (il rit à gorge déployée)

Aboubacar Somparé (il rit aux éclats) : la dernière fois, il marchait dans les rues de Kaloum

Lansana Conté : mais pourquoi marchait-il ?

Aboubacar Somparé : ils ont annoncé sa mort

Lansana Conté : c’est bien fait pour lui

Aboubacar Somparé : mais on ne souhaite pas la mort à son prochain

Lansana Conté : qu’il vive mille ans mais je dis que c’est bien fait pour lui

Aboubacar Somparé : ne t’énerves pas, Mangué

Lansana Conté : as-tu oublié quand ils ont annoncé ma mort à Moscou ?

Aboubacar Somparé : ce n’était pas lui, mais RFI

Lansana Conté : mais, Somparé, RFI c’était lui, qui était derrière

Aboubacar Somparé : as-tu des preuves, Mangué

Lansana Conté : qui est son ministre de la communication, aujourd’hui ?

Aboubacar Somparé : un certain Rachid N’diaye

Lansana Conté : c’est le même réseau

Aboubacar Somparé : il était plus virulent envers toi, qu’Alpha

Lansana Conté : je sais de quoi je parle (attends, j’allume ma cigarette)

Aboubacar Somparé : je t’ai envoyé les colas de Boké

Lansana Conté : je demande des journaux, tu m’envoies des colas, sacré Somparé

Aboubacar Somparé : je me plie à quatre, toutes mes excuses

Lansana Conté : excuses acceptées, mais dis-moi, quelle est la relation entre Alpha et la presse

Aboubacar Somparé : des relations tendues. Il dit qu’il n’écoute pas la radio, qu’il ne lit pas les journaux, qu’il ne va pas sur internet et qu’il n’y a pas de journalistes en Guinée.

Lansana Conté : mais c’est mal connaître la presse. Pourtant, il ne faut jamais avoir un journaliste sur son dos, fût-il le plus médiocre, le moins brillant.

Aboubacar Somparé : ça, ce n’est pas Alpha, il s’en fout de RFI ou de RSF

Lansana Conté : s’il ne veut pas finir comme Sarkozy, il doit rectifier le tir

Aboubacar Somparé : Sarkozy, c’est loin, le cas de Trump est là

Lansana Conté : tout mon regret, c’est le fait de n’avoir pas libéralisé l’audiovisuel, de mon vivant. Je m’en veux à mort, aujourd’hui.

Aboubacar Somparé : tu as bien fait de retarder la libéralisation des ondes

Lansana Conté : pourquoi dis-tu cela ? Et dire que c’est toi l’intellectuel

Aboubacar Somparé : aujourd’hui, quand tu écoutes les émissions inter- actives dans les radios privées, tu as l’impression que le pays est à feu, à sang et en larmes.

Lansana Conté : mais ce n’est pas une raison de fermer les radios privées. Il suffit de recadrer les journalistes. Tu sais, nos compatriotes ont soif de s’exprimer.

Aboubacar Somparé : moi, j’ai horreur de la presse

Lansana Conté : et comment t’informes-tu ?

Aboubacar Somparé : je m’informe à travers les amis

Lansana Conté : on n’est plus au moyen-âge, reviens sur terre

Aboubacar Somparé : les journalistes sont des menteurs

Lansana Conté : donnons le temps au temps, tu changeras d’avis tôt ou tard

Aboubacar Somparé : je peux donner ma tête à couper, mais je ne changerai pas d’avis.

Lansana Conté : parfait, revenons à nos moutons, comment se porte le PUP ?

Aboubacar Somparé : le PUP se porte à merveille. Le parti se prépare pour les élections locales

Lansana Conté : comment un parti mourant, qui a échoué aux élections présidentielles et aux élections législatives, peut-il espérer faire du miracle aux élections locales ?

Aboubacar Somparé : Mangué, le parti se porte bien. Je n’ai aucun intérêt à mentir.

Lansana Conté : pourtant, Jean Marie m’a dit que le PUP a été enterré juste après ma mort

Aboubacar Somparé : sûrement, il blaguait

Lansana Conté : il le disait d’un ton ferme et sérieux

Aboubacar Somparé : Mangué, toi aussi, la parole de Jean Marie n’est ni la Bible, ni le Coran.

Lansana Conté : mais pourquoi dis-tu cela ? Pourtant, il m’avait l’air sérieux.

Aboubacar Somparé : Jean Marie voulait te tirer la langue et te soutirer de l’argent

Lansana Conté : à ton avis, pourquoi ferait-il cela ?

Aboubacar Somparé : il veut financer son parti à partir de là

Lansana Conté : mais pour quel intérêt ferait-il cela ?

Aboubacar Somparé : il est mieux placé pour te répondre.

Lansana Conté : je vais l’appeler le soir au téléphone

Aboubacar Somparé : à vos ordres, mon général-président

Lansana Conté : comment peux-tu expliquer les séries de revers du PUP aux élections. Aujourd’hui, il est incapable d’élire même un vice-maire à Dubréka.

Aboubacar Somparé : les temps ont changé, Mangué.

Lansana Conté : ce n’est pas une excuse

Aboubacar Somparé : ce n’est pas une excuse, certes, mais quand tous les spécialistes en triche ont changé de maître, dès que tu as tourné le dos, que veux-tu ?

Lansana Conté : c’est-à-dire ?

Aboubacar Somparé : tous les tricheurs ont trouvé une chute au RPG, à l’UFDG, à l’UFR.

Lansana Conté : mais comment Mamadou Sylla a-t-il eu ses trois députés ?

Aboubacar Somparé : Mangué, il a utilisé son argent pour acheter les électeurs.

Lansana Conté : est-ce possible, sous Alpha ? Il dit que c’est l’ère de la démocratie non ?

Aboubacar Somparé : (il rit aux éclats)

Lansana Conté : mais pourquoi ris-tu aux éclats ?

Aboubacar Somparé : Alpha est l’inventeur du coup KO. Depuis, c’est la mode en Afrique.

Lansana Conté : mais comment Mamadou Sylla a-t-il pu avoir trois députés

Aboubacar Somparé : pendant les élections, Mamadou Sylla faisait voter les électeurs sur la Bible ou le Coran, selon que tu sois chrétien ou musulman. Si tu promets de voter pour lui, tu jures sur le Coran ou la Bible, et il te donne 200 000 francs.

Lansana Conté : Sylla n’a pas poussé les études mais il est réaliste

Aboubacar Somparé : mais il s’est brouillé avec Alpha

Lansana Conté : c’est leur affaire, pas la mienne

Aboubacar Somparé : aujourd’hui, Mamadou Sylla a rejoint Dalein

Lansana Conté : dis-moi, comment toi, dauphin constitutionnel, as-tu laissé passer le pouvoir sous ton nez au profit de Dadis Camara et sa troupe ?

Aboubacar Somparé : je le voulais, mais je n’avais pas vu les choses venir

Lansana Conté : la vérité est que tu n’étais pas préparé à accéder au pouvoir

Aboubacar Somparé : j’ai manqué de courage, de flair et d’anticipation, c’est cela la vérité

Lansana Conté : tu n’as que tes yeux pour pleurer

Aboubacar Somparé : les choses sont plus compliquées que tu l’imagines

Lansana Conté : on tourne la parenthèse, j’espère que tu es venu avec mon argent au moins ?

Aboubacar Somparé : je me plie à quatre et te présente mes excuses

Lansana Conté : tu as dilapidé mon pognon, c’est ça ?

Aboubacar Somparé : Alpha a tout pris

Lansana Conté : ne répète pas ça deux fois

Aboubacar Somparé : c’est la vérité, Mangué

Lansana Conté : pourtant, je t’avais prévenu de ne pas oublier mon pognon 

Aboubacar Somparé : Mangué, Alpha veut un troisième mandat

Lansana Conté : on tourne la page, dis-moi, comment se porte la Guinée ?

Aboubacar Somparé : la Guinée se portait mieux hier qu’aujourd’hui.

Lansana Conté : ah bon, les civils sont-ils pires que les militaires ?

Aboubacar Somparé : tu peux le dire à haute voix sans risque d’être contredit.

Lansana Conté : c’est le monde à l’envers, je tombe des nues

Aboubacar Somparé : aujourd’hui, les guinéens te recherchent à midi avec une torche

Lansana Conté : peine perdue, qu’ils me fichent la paix

Aboubacar Somparé : ils sont dans un regret qui ne dit pas son nom

Lansana Conté : sincèrement, je suis très déçu des guinéens

Aboubacar Somparé : pourtant, eux te portent dans leur cœur

Lansana Conté : le médecin après la mort, du n’importe quoi 

Aboubacar Somparé : même Alpha parle bien de toi

Lansana Conté : je n’en veux pas à Alpha mais plutôt à Cellou, Sidya, Kassory…

Aboubacar Somparé : comment ça ?

Lansana Conté : comment ont-ils pu cautionner l’élection d’Alpha

Aboubacar Somparé : personne ne l’a vu venir, il a pris tout le monde au dépourvu

Lansana Conté : vous auriez dû former le rassemblement des Conteites

Aboubacar Somparé : à l’image des Houphouëtistes en Côte d’ivoire ?

Lansana Conté : effectivement, tu as Cellou, Sidya, Kassory, Mamadou Sylla, Fall, Kouyaté, Souaré, Fodé Bangoura, Kiridi et… Chantale Colle, c’est une très belle équipe.

Aboubacar Somparé : tu n’as rien compris, Alpha a réussi à les opposer. A la veille des législatives, ils formaient un bloc solide. Mais depuis, ils se sont brouillés. C’est à peine s’ils se parlent. Alpha a jeté un os à chacun d’entre eux, ils se sont calmés.

Lansana Conté : tu blagues, j’espère

Aboubacar Somparé : je ne blague pas. Cellou Dalein Diallo est le chef de file de l’opposition. Sidya Touré est le haut représentant du chef de l’État. Kassory Fofana est ministre des investissements. Chantale Colle a abandonné la téléphonie pour l’énergie. Louceny Fall est en Afrique Centrale, Kiridi a deux postes ministériels

Lansana Conté : c’est leur affaire, et Elhadj Boubacar Biro, comment va-t-il ?

Aboubacar Somparé : il poursuit sa retraite à Mamou

Lansana Conté : Alpha Condé ne l’a-t-il pas nommé ?

Aboubacar Somparé : que Dieu vous pardonne, Mangué

Lansana Conté : c’est-à-dire ?

Aboubacar Somparé : Biro a rejoint Dalein depuis

Lansana Conté : mon Dieu, pourquoi ?

Aboubacar Somparé : il dit qu’il s’est trompé de choix

President of the Guinean National Assembly, Aboubacar Sompare leaves the chamber 23 February 2007 in Conakry after a vote against extending the martial law period. Members of parliament in Guinea unanimously refused to extend a martial law period imposed by President Lansana Conte on February 12 after mounting protest over his rule. The 86 members present at a special session of the 114-strong national assembly, rejected the call made by the embattled leader to prolong a state of siege due to expire at midnight today. AFP PHOTO GEORGES GOBET

Lansana Conté : il voulait me déculotter pour faire plaisir à Alpha non ?

Aboubacar Somparé : oui,

Lansana Conté : Dieu ne dort pas, courte queue se paie par courte queue

Aboubacar Somparé : il te trouvera ici, tôt ou tard

Lansana Conté : je vais devoir te quitter pour aller me reposer

Aboubacar Somparé : on se reprend le soir. Je vais saluer Bâ Mamadou, Siradiou et Jean Marie

Note de l’auteur : Seuls les personnages sont vrais (Photos crédit). L’entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront le sens de notre inspiration et les autorités nous épargnerons des poursuites judiciaires.